La chronique
   
LA DIVINE MAIN

A Maupassant


Il était une fois un homme, un pauvre hère et même un grand pécheur, qui avait perdu sa main droite, la plus chère et qu'est-ce qu'il la regrettait!

Clint Adam, c'était son nom, n'imaginait pas de souffrance plus grande que la perte de cette main : il se la rappelait, la bichonnait en pensée, la mignotait, repassait dans sa tête tous les services qu'elle lui rendait.

Il avait été un escroc superbe, son habileté était célèbre; sa fameuse main d'or y était pour beaucoup. Quelle tristesse donc. Mais venus d'on ne sait où des gens qui se nommaient Durenard, Berloup et surtout Hakim, au nom de prophète voilé (cf l'oeuvrette de jeunesse de Napoléon Bonaparte) lui proposèrent de lui implanter une nouvelle main, une autre main à la place de la sienne, perdue.

Adam ne fut pas de joie. Les prestiges de la science lui sautèrent aux yeux. On lui recolla donc une main appartenant à un autre, quidam qui s'était jeté inconsidérément (vérifié par tous les détecteurs de mensonge), sur un arbre bordant la route nationale qui le conduisit à la morgue. Tout d'abord notre homme de se réjouir; cette colonisation d'un organe étranger lui parut le fin du fin, le truc des trucs. Il choya la nouvelle venue et l'appela carrément “divine”. C'était donc à l'image du créateur une divine prothèse, source de miracles, opposant le pouce aux autres doigts et confirmant l'humanité d'Adam.

Les jours passèrent. Adam commença à s'apercevoir que sa main ne faisait pas toujours ce qu'il voulait, mais plus volontiers ce qu'elle voulait, elle. Il conçut une horreur absolue pour l'étranger qui dirigeait dans sa maison, son corps. La prothèse régnait en maîtresse et même sécrétait des poisons dont souffrait le reste du corps d'Adam. La prothèse était divine, de l'aveu de tous, mais il y avait un besoin vital de la couper et de la séparer du corps. Trop, c'est trop et si truc il y a, alors il fallait l'éliminer avec toute la sainte farce.

Le moment était venu où Adam sentait la divine main lui serrer le cou et commencer à l'étouffer. Il envoya promener Durenard, Berloup et surtout Hakim et retrouva son heureux état d'antan, de monomane qui l'éloigna d'autant plus des singes, nos cousins. Mais on ne peut pas tout avoir.

Dieu alla se faire voir comme organe supplétif surnuméraire refusé.

Claude Champon 22/10/2000


Toute ressemblance avec les aventures de l'australien Clint Hallam serait pure coïncidence.

On peut aujourd'hui croiser dans la rue un professeur de philosophie qui a “bénéficié” il y a six ou sept ans d'une transplantation cardiaque. C'est un spécialiste de “l'autre”; il fait des travaux pratiques.



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