La chronique
   
CREATION, PIEGE A ... DIEU

Contre tous les spirituels, animistes, célestins, éthérés, aériens, fumeux, soufflés, inspirés, souffleurs, spirites, moulins à vent, évaporés, verbeux, venteux, spiritualistes, pneumatistes, flatulents, péteux et autres pétomanes.


Le dialogue met en scène Hylas, le matérialiste et Théophile, l'ami de dieu, le croyant.


- Théophile, dont le visage semble contracté par l'effort intellectuel:
Voilà... Le Créateur a Créé la Création.

- Hylas : Vous ne vous êtes pas trop fatigué pour trouver ça?

- T, triomphant: Cherchez l'erreur pour voir!

- H : Mais on pourrait dire, ma non-foi, bien des choses en somme. D'abord que faisait le dieu avant de créer?

- T : Avant de créer le temps, môssieu, il n'y avait pas d'avant”, et toc.

-H : Oui, c'est une citation connue. Seulement maintenant qu'il a créé le temps, selon vous, il est pris au piège de l'avant et de l'après, mais passons.
A mon avis le dieu s'ennuyait ferme “avant”. Appelons cet “avant” son ennui. Alors votre dieu a voulu se scinder, s'extérioriser, voir du pays, échapper à son pitoyable narcissisme, il aurait alors « crée »: mais ce n'est que depuis qu'il y a eu les anges, les démons et les hommes que le dieu a su, rétrospectivement, ce qu'étaient ennui, scission, extériorisation, voyage et évasion.

Avec sa création votre dieu, sourd et muet “avant”, j'insiste, est devenu conscient de ses imperfections. Je vois dans votre divin maître un malade mental atteint de dysmorphophobie qui s'est arraché un morceau de lui-même, un organe, un membre encombrant ou jugé tel et l'a jeté loin de lui comme un enfant capricieux, mais personne ne le lui a rendu.

Votre dieu tout-puissant court d'échec en échec : d'abord il a maintenant sous les yeux, si j'ose dire, le spectacle navrant de son déchet - il a extériorisé l'étron qu'il tenait auparavant en son intimité. Raffinant en “créant” des êtres proclamés “vivants” il se les met aussitôt à dos en partie ou en tout. La moitié des “anges” déserte, se révolte; il les mate avec l'aide de l'autre moitié et prisonnier du temps qu'il a créé, il ne peut plus rien contre l'existence et la prolifération des démons. L'irréversible lui échappe. Quant au genre humain c'est la totalité de l'effectif (deux sur deux) qui se détourne de lui. Pour un succès, c'est un succès.

En créant, votre dieu a perdu son innocence et sa toute-puissance. Je sais bien que le christianisme surtout est capable de prétendre qu'il s'agit d'une sorte de “qui perd gagne” avec des dialectiques effrontées du haut et du bas, selon lesquelles quand on s'abaisse on est élevé, etc, mais il ne s'agit monsieur que de jeux verbaux qui lassent.

Chaque septième jour (le nombre sept illustre seulement les limites de la mémoire spontanée de faits fortuits que rien ne relie) votre dieu se tourne et se retourne en considérant l'immensité de la sottise qu'il a faite. La seule consolation c'est que dans cette contradiction avec sa propre création, le dieu oublie qu'il n'est sans doute qu'un petit sous-dieu, métissé et taré, précisément le septième avatar du seul vrai dieu, lui propre et discret, indifférent à tout, parfait et absent.
Autrement dit quand votre dieu a le cafard il pense que la création est sa pire ennemie, qu'en créant il s'est suicidé. La création est la mort de son créateur.

- T, depuis quelques temps suffoqué :
Paradoxe des paradoxes !

- H, très remonté :
Et ce ne sont pas vos génitifs hébraÏques qui vous sauveront, eh banane...

- T, grave :
Monsieur vous avez commis un anthropomorphisme indigne en attribuant à Dieu un quelconque “cafard”; quant à votre banane, quel mépris...

- H, hilare :
Pardon, monsieur, et le cafard et la banane sont de très nobles créatures de votre créateur. Du moins elles ne l'ont pas rejeté, eux. Il appartenait à des espèces plus hautes...

- T, inquisitorial :
Ah voilà que vous donnez dans le satanisme, cette odeur de soufre, aussi ... Vous seriez le porte-parole de l'Ennemi...

- H, sérieux :
Allons, monsieur, toutes vos saintes écritures se ramènent à un seul message écrit avec du sang: “La création m'a tuer”. Les graphologues reconnaissent parfaitement l'écriture du dieu et le faible niveau littéraire de celui qui a commis le regrettable calembour “tu es Pierre et sur cette pierre...”
Votre déité favorite s'est conduite comme une femme hystérique qui croit enfanter et ne produit que du vent; quant à votre esprit il est à son tour bien capable de produire des grossesses nerveuses.

- T, énervé :
Nous n'avons rien de commun, votre “esprit” à vous est malsonnant et détestable et n'a rien à voir avec l'Esprit qui préside à tout. Mais quelle joie trouvez-vous à blasphémer?

- H, sérieux, presque fervent :
A montrer, monsieur, que la parole indignée et révoltée par la bêtise est seule souveraine et suffit à remplir ces espaces infinis qui effrayaient Pascal ou aussi bien le vide de la pensée des croyants. A réaffirmer qu'il est criminel de poursuivre d'innocentes créatures au prétexte d'épargner une entité infondée, et que le père Coton qui poussait le roi Henri IV à préférer le juron “jarnicoton” à la formule “jarniguieu” (je renie dieu) était un dangereux nihiliste, plus ivre de destruction - était-il propriétaire du nom de cet aimable végétal qui nous habille? - que de l'humilité prétendue dont il satisfaisait son orgueil.

- T : C'est intolérable...

- H, précis :
Je savais déjà qu'aucun croyant ne peut être tolérant. Ayant assis leur cause sur tout, ils ont tout à perdre et sont ainsi les plus lâches des hommes. Mais rassurez-vous, monsieur, votre meilleure garantie de survie réside dans mon incrédulité profonde. Je n'aurais pas d'idoles à qui vous sacrifier.

- T, furieux :
En tous cas, vous, vous ne me faites pas peur.

- H, sarcastique :
Voyez le blasphémateur qui méprise en moi une créature du dieu qu'il adore!

- T, hors de lui :
Il n'y a aucun dialogue possible avec vous. “Parle à mon cul ma tête est malade”!

- H :
Monsieur, vous dérapez. On dit: Parlez à mon postérieur, mon intelligence est défaillante. Mais puisque vous le prenez sur ce ton, sachez que cette partie du corps que vous semblez dédaigner est aussi le visage de la créature comme les Anciens l'illustraient avec le mythe de Baubô. C'était une époque où les “dieux” riaient et les hommes aussi.

- T, épuisé :
Adieu, monsieur et néanmoins, allez en paix.

H, pacifique :
Et vous, monsieur, allez en pet.


Claude Champon le 05/12/2000



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