La chronique
   
LES ARTICLES “ATHEES” ET “ATHEISME” DE L'ENCYCLOPEDIE
par
CLAUDE YVON


Sous le signe de l'hypallage

L'abbé Claude Yvon (Mamers 1714 - Paris 1791), outre son concours à l'Encyclopédie, est connu par son “Apologie de l'abbé de Prades”, autre collaborateur de Diderot et d'Alembert. C'est une histoire compliquée pour nous, s'agissant d'une époque où l'identification des auteurs n'existait pas ou peu. De Prades fut accusé d'athéisme et condamné par ses supérieurs, suite à sa thèse de théologie soutenue en Sorbonne, “A la Jérusalem céleste”, d'abord accordée, puis refusée, attirant les foudres ecclésiastiques et parlementaires sur ... l'Encyclopédie ; et dut se réfugier en Prusse auprès du roi Frédéric II, athée de réputation...
D'après mes sources, récentes ou anciennes, il est possible que l'abbé Yvon ait rédigé la thèse de l'abbé de Prades (usage toujours en vigueur dit-on) et il est à peu près sûr que Diderot lui-même a au moins écrit la troisième partie de “L'Apologie de l'abbé de Prades”... Dans cet imbroglio Yvon à son tour fut inquiété et partit visiter la Hollande... À son retour il semble avoir calmé le jeu ; publia des ouvrages historiques sur le christianisme et deux lettres à J-J Rousseau suite à celle que ce dernier avait cru bon d'envoyer à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris. Ses livres portent tous sur le thème de l'accord postulé entre philosophie et religion (“Histoire de la religion” d'abord ; “Histoire philosophique de la religion” Liège 1779). Il soutient que l'Etat doit rester “indifférent en matière de religion” (plus près, avant la lettre, de la loi de 1905 que de Lamennais !). Il finit ses jours chanoine de Coutances et historiographe du comte d'Artois, deux régimes de retraites de l'époque.


L'abbé semble avoir aimé les situations ambiguës, cherché pour le moins le contact avec des gens sulfureux et volé à la rencontre des impies, ce qu'on appellerait de nos jours “le dialogue” avec les “non-croyants”...


Selon les historiens consultés il serait resté, à la différence de l'abbé de Prades, fidèle à l'orthodoxie catholique et probablement un croyant sincère... Reste à savoir croyant à quoi ? De toutes manières cette éventualité donne encore plus d'intérêt à sa très curieuse façon de traiter de l'athéisme. Outre ATHEES et ATHEISME Yvon développa aussi les entrées AME et DIEU. On ne peut s'empêcher de penser qu'il bénéficiait de la confiance de Diderot et d'Alembert pour s'être vu confier des articles aussi “chauds” et stratégiques. Ne souhaitant peut-être pas “se mouiller” directement sur de tels sujets, ils avaient préféré y coller ... un prêtre et il est certain qu'il ont relu et approuvé ses articles.

Sur l'athéisme le travail de l'abbé Yvon peut être présenté comme une fusée à trois étages.

1 - On a d'abord l'article ATHEES qui ne fait pas moins de 26 pages 1/2 format A4 et qui constitue un balayage minutieux, une étude extensive de la question. Yvon ne distingue pas moins de “trois classes” d'ATHEES, “trois sources” d'inspiration athée et trois “raisons” invoquées (il n'y a pas forcément coïncidence entre ces trois trinités...). Il traite longuement de la question des “chinois” (un peuple tout entier peut-il être athée ?), commente les arguments de Pierre Bayle sur une possible morale paradoxale des ATHEES. Les “ATHEES” sont présentés comme une population variée et pas forcément unie.

2 - L'article ATHEISME beaucoup plus court (4 pages A4) ne traite, lui, que de l'athéisme le plus radical, écartant tous les sens paresseux ou approximatifs. Il semble prendre au sérieux la désinence en “isme”, ne retenant que le sens précis, persistant et délibéré, “militant” du mot (“les ATHEES de système”, “ATHEES de théorie”).

3 - J'ai retenu enfin et commenté (Tribune des Athées n° 106) la conclusion de ce dernier article, qui semble le texte le plus dense et qui cerne au plus près la “compréhension” du concept, ainsi que celle collatérale et complémentaire, tout à faire détonante de ... la “religion”, dès lors devenue l'objet de la mise en cause !
L'étude menée, après une première lecture amusée et impressionniste, conduit à la proposition d'une “clé” justifiée par la cohérence et l'unité de style, ainsi que par le tour d'esprit constant et des éléments de méthode exposés par l'abbé dans son premier article, ATHEES.

Il s'agit de la figure de rhétorique dite Hypallage. Exemples :
Elle rit à belles dents. Il a passé de longues années en Afrique. Ce marchand accoudé sur son comptoir avide (V. Hugo). lbant obscuri sub sola nocte per umbras (Virgile ; ici on a même deux hypallages croisées pour le même prix).

“On paraît attribuer à certains mots d'une phrase ce qui appartient à d'autres mots de cette phrase (sans qu'il soit permis de se méprendre au sens).” Littré


PROCEDE D'ECRITURE, PROCEDE DE PENSEE

Par l'hypallage on opère constamment des déplacements entre l'essentiel présenté et le référent. On déplace des attributs et plus largement des affects. Le secondaire devient principal et le principal secondaire. L'abbé Yvon sur les athées accumule sereinement les poncifs, garants de sa bonne “foi” : la vertu des athées est douteuse car ne reposant pas sur la peur du châtiment ultime ; on peut les faire mourir ; ils représentent un danger permanent pour l'ordre des sociétés, etc. Tout cela est banalement “vrai”, en fait seulement “réel”. L'affectation d'indulgence sur affectation de condamnation permanente donne seulement l'impression d'un prêtre bon ... et entraîne un effet de banalisation. Mais il porte en même temps des coups bien plus terribles à la pensée unique du temps (la religion chrétienne) dans des phrases portant sur des objets autres, amenés par association. Le voisinage croisé de l'athéisme normalement dénoncé et de la religion classiquement invoquée débouche sur un contraste ... renversé. Bien sûr l'abbé Yvon ne dira jamais de “bien” de l'athéisme, mais en en traitant il finira toujours (ce n'est pas un mot en l'air ni une clause de style) par dire du “mal” de la religion de référence.

Pour étudier les déplacements en question j'ai d'abord relevé les injures, outrages adressés aux athées. La somme en est très pauvre, venant d'un prêtre catholique et le ton très modéré :

dans l'article de 26 pages 1/2 A4 j'ai trouvé :
infecté, empoisonné, venin (p. 2) ; énorme erreur (p. 4) ; abominable (il s'agit d'une reprise de Bayle) (p. 6) ; malice (p. 7) ; crime (p. 8) ; pernicieux (p. 9) ; secte (p. 26) et canaille (bémolisé par un courtois “s'il est permis de se servir de cette expression” p. 27) ;

dans l'article de 4 pages A4 : odieux, absurdités, avilit et dégrade, punissable et (l'homme athée) ennemi de tous les autres.

Dans la seule conclusion de cet article j'ai décompté les phrases courtoises, lénifiantes, de pur constat traitant des athées et les phrases dures, incisives, visant l'environnement de référence et le relativisant, c'est-à-dire ... la religion, mettant en cause son caractère sacré, transcendant, indépendant et souverain, la réduisant à une fonction instrumentale de mécanisme régulateur de l'ordre social.
Premier groupe : Onze, je ne compte pas les phrases évidemment polies, car apologétiques, mais les seules consacrées (si j'ose dire ) aux affreux athées en question.

Second groupe : - “La religion est si nécessaire pour le soutien de la société humaine, qu'il est impossible, comme les Payens l'ont reconnu aussi bien que les Chrétiens, que la société subsiste si l'on n'admet une puissance invisible, qui gouverne les affaires du genre humain.” Et Yvon de renvoyer à son autre article ATHEES.

Il est très joli et très subtil de montrer que les Payens (avec majuscule) donnaient déjà raison aux Chrétiens avant leur apparition, à moins que cela ne veuille dire que les Chrétiens n'ont rien inventé en dépit de la “révélation” dont ils s'enorgueillissent. Style réversible.

- “La crainte et le respect que l'on a pour cet être (Dieu ! CC) produit plus d'effets dans les hommes, pour leur faire observer les devoirs dans lesquels leur félicité consiste sur la terre, que tous les supplices dont les magistrats les puissent menacer (Les athées mêmes n'osent le nier).” Cette phrase est aussi un monument de rouerie puisque les athées ne risquent pas en effet de nier ce qu'ils affirment tous les jours comme une accusation et une dénonciation contre la religion. C'est l'abbé Yvon qui leur offre ce qu'ils réclament ! On peut se demander alors si l'abbé Yvon ne “roule” pas précisément pour ceux qu'il a fonction de mépriser ou de combattre (les Payens et les Athées). Sans aller jusque là, ou bien l'abbé apologiste remporte une victoire à la Pyrrhus, ou bien dans le même temps et de bonne “foi” il exprime une vision sociologique de la religion, mais la dégradation du christianisme est alors clairement exposée par un de ses ministres dans la terrible phrase qui couronne tout l'édifice des exposés d'Yvon comme leur ultime leçon :

- “La religion est plus encore le soutien des Rois, que le glaive qui leur a été remis” (d'ailleurs par la religion au pays de la monarchie de droit divin depuis “le baptême de Clovis”...).

Le déplacement s'est opéré d'une opinion, prêtée d'ailleurs à juste titre aux athées, dix lignes plus haut à sa reprise en position ultime à la fin du texte. Il y a là un effet d'écho, l'imputation aux athées cette fois-ci en moins, comme si l'abbé Yvon reprenait à son tour subrepticement cette exécrable opinion ... à son compte. C'est au moins une validation sinon une conversion de l'auteur !
Et il ne peut s'agir d'une négligence. L'abbé Yvon avait copieusement remarqué dans son long article ATHEES que la réduction des religions à des instruments de pouvoir politique était une donnée permanente de tous les argumentaires athées. Pas moins de sept occurrences : deux fois dès la première page !, une fois pages 10,12, 14, 21 et 27 et dernière.
On peut rappeler sur ce sujet que la stigmatisation de Machiavel comme “athée” a toujours fait l'unanimité alors qu'on ne trouve chez lui pas une ligne de contestation des dogmes ni même d'anticléricalisme. Mais son indifférence évidente et la subordination de la religion et de la morale à la politique, qu'il professe, sont suffisantes (pour Campanella par exemple).

Piste à suivre : sociologue des religions avant la lettre l'abbé Yvon serait à l'origine de la position chrétienne blasphématoire ou “athée” selon lui, toujours cynique dans les deux cas, selon laquelle “il faut un dieu pour le peuple”.

Joseph de Maistre (1753-1821) : “Les souverainetés ... n'ont de force, d'unité et de stabilité qu'en proportion qu'elles sont divinisées par la religion.” De Bonald (1754-1840) ou Chartes Maurras (1868-1952) ne diront pas autre chose.
Edgar Quinet analysait la position “il faut un dieu pour le peuple” comme annonciatrice de la mort du christianisme. Critique développée de nos jours par Marcel Gauchet (2000).
Démocratisé, banalisé et massifié le lieu commun du dieu-gendarme-social n'en finit pas d'expirer. Le comte de Montalembert (1810-1870) soutenant la loi Falloux en 1850 clame : “Aujourd'hui la société est menacée. Qui peut la sauver ? Est-ce l'instituteur ? ... Non ... Qui défend donc l'ordre sans s'en rendre compte souvent soi-même ? Il faut bien le dire, c'est le curé.” Atterrissage sans douceur, poussant la religion au statut de parti politique de type nouveau. De dégradation en dégringolade nous avons bien de nos jours (2001) le futur slogan de campagne du démochrétien Bayrou : “La France humaine”, ex-chrétienne, ex-divine


Sur l'usage constant des déplacements qui marque la prose de l'abbé Yvon on en trouve la théorie page 4 de l'article ATHEES à l'occasion d'une dialectique ébouriffée digne de son confrère l'abbé Dom Deschamps, précurseur de Hegel, ou de Proudhon :

“Il ne saurait assurément y avoir d'ATHEE convaincu de son système, car il faudrait qu'il eût pour cela une démonstration de la non-existence de Dieu, ce qui est impossible ; mais la conviction et la persuasion sont deux choses différentes. Il n'y a que la dernière qui convienne à l'athée. Il se persuade ce qui n'est point : mais rien n'empêche qu'il rie le croye aussi fermement en vertu (quel mot ! CC) de ses sophismes, que le théiste croit l'existence de Dieu en vertu des démonstrations qu'il en a. Il ne faut pour cela que convertir en objections les preuves de l'existence de Dieu, et les objections en preuves. Il n'est pas indifférent de commencer par un bout plutôt que par l'autre, la discussion de ce qu'on regarde comme un problème : car si vous commencez par l'affirmative, vous la rendrez plus facilement victorieuse ; au lieu que si vous commencez par la négative, vous rendrez toujours douteux le succès de l'affirmative.”

Réversibilité théorisée non sans brio : un numéro de haute voltige à donner le tournis ! La ronde des objections et des preuves, leurs transmutations réciproques ne font-elles pas l'effet d'un étonnant renvoi dos-à-dos des positions croyantes et athées ?

Dans un long “pavé” de la page 5, que l'on peut sauter dans une première lecture, le père Yvon confirme sa virtuosité et son goût pour les déplacements et la réversibilité des argumentaires.

(“Jettez les yeux sur les principales controverses des Catholiques et des Protestants, vous verrez que ce qui passe dans l'esprit des uns pour une preuve démonstrative de fausseté, ne passe dans l'esprit des autres que pour un sophisme, ou tout au plus pour une objection spécieuse, qui fait qu'il y a quelques nuages même autour des vérités révélées (est-ce de l'humour ? ! CC). Les uns et les autres portent le même jugement des objections des Sociniens : mais ceux-ci les ayant toujours considérées comme leurs preuves, les prennent pour des raisons convaincantes : d'où ils concluent que les objections de leurs adversaires peuvent bien être difficiles à résoudre, mais qu'elles ne sont pas solides. En général, dès qu'on ne regarde une chose que comme l'endroit difficile d'une thèse qu'on a adoptée, on en fait très peu de cas : on étouffe tous les doutes qui pourraient s'élever, et on ne se permet pas d'y faire attention ; ou si on les examine, c'est en ne les considérant que comme de simples difficultés ; et c'est par là qu'on leur ôte la force de faire impression sur l'esprit. Il n'est donc point surprenant qu'il y ait eu et qu'il y ait encore des ATHEES de théorie, c'est-à-dire des ATHEES qui par la voie du raisonnement soient parvenus à se persuader qu'il n'y a point de Dieu. Ce qui le prouve encore, c'est qu'il s'est trouvé des ATHEES que le cœur n'avait pas séduits, et qui n'avaient aucun intérêt à s'affranchir du joug qui les incommodait. Qu'un professeur d'athéisme, par exemple, étale fastueusement toutes les preuves par lesquelles il prétend appuyer son système impie, elles saisiront ceux qui auront l'imprudence de l'écouter, et les disposeront à ne point se rebuter des objections qui suivent. Les premières impressions seront comme une digue qu'ils opposeront aux objections ; et pour peu qu'ils aient de penchant au libertinage, ne craignez pas qu'ils se laissent entraîner à la force de ces objections.”)

Selon lui tout est affaire de place et de priorité de positionnement, dirions-nous aujourd'hui. Très désabusé et planant avec autorité sur les pratiques de controverses et discussions entre points de vue opposés le père Yvon pratique au kilomètre le double langage : “ATHEES que le cœur n'avait pas séduits” peut signifier aussi bien réfractaires à la grâce qu'ATHEES sérieux même pas motivés par le libertinage ; “s'affranchir d'un joug qui les incommodait” ou aussi bien qui ne les “incommodait” pas... Où veut-il en venir ? A nous signifier que les objections faites aux athées sont considérées par eux comme des preuves et donc prises à leur profit pour des raisons convaincantes ?
Son analyse des préventions d'esprit assimile audacieusement croyants et athées comme catholiques et protestants sans que l'on comprenne clairement l'allusion aux sociniens (“chrétiens réformés” qui nient la Trinité et la divinité du christ - il ne reste pas grand chose...).

Page 18 dans une cascade de citations, invoquant Bayle citant Cicéron sur les Epicuriens... :
“Ils vivent mieux qu'ils ne parlent ; au lieu que les autres parlent mieux qu'ils ne vivent.” Des chrétiens qui ont la révélation peuvent vivre “dans les plus énormes dérèglements du vice”, tandis que des athées peuvent être inoffensifs car ... inconséquents ! Et Yvon de citer sans la critiquer cette pensée de Bayle : “Il serait infini de parcourir toutes les bizarreries de l'homme ; c'est un monstre plus monstrueux que les centaures et les chimères de la fable.” Ne croirait-on pas entendre le marquis de Sade ? et quid du “créateur” d'une telle monstruosité ?
Enfin, dans la foulée, page 27 et dernière :

“ … l'examen de la force du frein qu'il faut imposer à l'homme qui vit en société : or nous avons prouvé qu'outre le frein des lois humaines, il fallait encore celui de la religion.”

Toujours l'ambiguïté chère à notre acrobatique abbé. Que signifie le “nous” employé ? La modestie ou la majesté de l'auteur ? Ou l'amplification et le renvoi à une élaboration commune (avec les affreux athées !) ? Avec Yvon le doute est toujours permis.

CONCLUSIONS :

1- L'athéisme apparaît comme un thème qui subvertit ceux-là mêmes qui veulent le traiter à l'abri de la seule dénonciation ordinaire. On peut seulement le dénoncer tant qu'on ne l'approfondit pas. Mais l'abbé Yvon est allé au charbon...

2 - Une prose nouvelle et moderne : illustrant une théorie performative du langage, Yvon marque souvent la supériorité du “signifiant” sur le “signifié”. Ce que l'on dit vaut moins que la manière de s'exprimer, ce qui conforte l'idée que la philosophie matérialiste (par exemple !) est avant tout un style.

3 - Un apport de l'abbé Yvon est qu'il nous interdit, à nous athées, la “conviction”, tout en nous concédant la “persuasion”. Je pense que nous ne devons pas ressentir cela comme un coup de patte mais plutôt comme “un coup de main”. Nous pourrions assimiler cette position à celle d'Albert Beaughon instaurant notre “refus des croyances” et notre irrespect à leur encontre. Non seulement nous ne sommes pas “vaincus”, mais tous essayons de n'être pas “c...” (vaste programme). Tout-à-fait sérieusement si l'on est convaincu ou persuadé (au passif) c'est de l'extérieur et dans une situation de dépendance, tandis qu'il aura fallu SE persuader seulement pour finir par l'être, ce qui requiert un travail sur soi-même dans l'autonomie.

4 - Chez Yvon la religion et “dieu” sont objectivés et déchus de leur précieuse subjectivité personnelle (Dieu moteur de l'histoire universelle). Dieu est froidement discuté comme objet des croyances ou des incroyances et dépouillé au profit de la croyance elle-même.

5 - Mieux, l'abbé Yvon décrit l'attitude de l'athée avec les mots par lesquels l'athée stigmatise celle du croyant (“il se persuade ce qui n'est point”). Attaquer l'athée comme croyant abusé, cela ne revient-il pas à supposer d'abord en principe le néant de toute croyance ?

6 - Que reste-il à l'issue de tout ce jeu de massacre ? La bipolarité dialectique et le sociologisme pratiqués par l'abbé Yvon le conduisent à postuler des lois qui ne paraissent pas “humaines” (mais il n'écrit pas pour autant “divines” : nous dirions de nos jours institutionnelles ou structurales...) et pointent une philosophie immanente où “la religion”, dernier sujet abordé à la fin des deux articles consacrés aux ATHEES et à I'ATHEISME (hommage ou in cauda venenum ?) apparaît comme chose humaine, trop humaine.
L'abbé Yvon a pu vouloir donner l'impression d'avoir transcendé l'opposition entre athéisme et religion, il aurait ainsi triomphé de la difficulté d'écrire ces articles dans l'Encyclopédie. Mais s'ils culminent dans la conscience commune d'une “vérité”, Si on y tient, c'est celle de I'instrumentalité fondamentale du religieux et de sa désacralisation.


Claude Champon 07 mai 2001

Communication au Congrès annuel de l'Union des Athées du 03/6/2001 salle de la LP 10-12 rue des Fossés-Saint-Jacques 75005 PARIS



Tous droits réservés Claude Champon et Tribune des Athées


SOURCES ET REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES :


- CD Grande Encyclopédie
- Les Cahiers de Science et vie V - 18e siècle, La Grande Encyclopédie N0 47, octobre 1998

- GAUCHET Marcel, Conférence de I'UDTS, “Croyances religieuses et croyances politiques” prononcée au CNAM à Paris le 30/11/2000

- LAROUSSE Grand dictionnaire du XlXème siècle, Article YVON Claude

- LAROUSSE Dictionnaire de la littérature française et francophone, 1987

- MOUREAU François, Le roman vrai de l'Encyclopédie, GAWMARD, 1990

- QUINET Edgar, Leçons de 1843 au Collège de France Cornus des oeuvres de philosophie française, FAYARD, 1984

- VOVELLE Michel, LEMARCHAND, GILLI et al. Le siècle des Lumières t. Il PUF, 1997



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