La chronique
   
EN EST-IL DU GENRE DU DIEU COMME DU SEXE DES ANGES ?

(C'est le dieu chrétien qui est déchu)

Pourquoi, parmi les animaux, l'Homme est-il un être particulier ?

L'Homme est particulier parce qu'il n'est pas pareil que la femme.


L'excellent livre dEdwige Khaznadar (1), d'où est tirée (page 67) cette réponse écrite d'un élève (donc garçon) de 6ème, rappelle un certain nombre de préjugés afférents à la distribution des genres grammaticaux dans la langue française.

L'absence du “neutre”: loin de l'unisexisme anglo-saxon (“the”) d'ailleurs peu enviable, “On” est homme, sexuellement orienté (oms, hom page 62).

Le caractère “marqué” soi-disant réservé au genre féminin, préjugé redoublé par celui qui veut que le masculin soit toujours à l'origine de la forme féminine, éternellement seconde et “dérivée” comme Eve d'Adam.
L'auteur montre que c'est la forme féminine au contraire qui révèle la consonne finale du mot au masculin qui reste alors muette !:
“Le -e final n'est pas la marque du féminin: c'est le masculin qui est marqué, morphologiquement, par l'absence de ce -e final, pour une partie des adjectifs et des noms communs de personnes français.” (p. 43)

La “marque” toujours un peu flétrissure, comme sur l'épaule de Milady, est renversée en contre-marque affectant ... le masculin. La castration a changé de camp (p. 159).


LA CRITIQUE DU MACHISME LINGUISTIQUE PEUT ETRE ETENDUE A L'OBJET DIVIN.


“Jean fait Jeanne”, “paysan fait paysanne” (grammaire “pour toutes les classes du second degré” citée p. 102).
Et “dieu” dans tout ça, que “fait” (?) -il ? - La “créature” par excellence, la femme.


Madame Khaznadar remarque, page 185, que si l'on peut dire en français :“La chatte est un animal”, on ne peut pas dire: “La femme est un homme”.

Premier fou-rire: La chatte est un animal; l'homme est un animal; donc la femme (qui ne peut être dite homme) n'est pas un animal.

Deuxième fou-rire: Peut-on dire de “Dieu” qu'il est un homme ? Non, surtout pas. Encore que les chrétiens du moins croient pleinement en l'incarnation...

Du “seigneur” on ne peut rien dire ni “marquer”, d'où l'usage des juifs d'écrire par exemple en français “d.ieu” avec une faute intentionnelle qui les exonère à leurs yeux de tout reproche d'avoir prétendu le nommer.

Mais du moment que “dieu” est incarné, dit et écrit, il cesse d'être unique et “seul”, d'être ambivalent et de ne souffrir aucune indexation à quelque catégorie que ce soit de sa création. C'en est fini de la logique du “non marqué” absolu qui confinait à l'innommable, ce qu'ont très bien compris les vrais chrétiens que sont les “Témoins de Jéhovah”.
Il en est du “dieu” comme du neutre, formulé dans sa prétention même au ... masculin. Mais tiré d'un côté de la catégorie biologique de la sexuation, pourquoi “dieu” ne serait-”il” pas, jamais ou même seulement de temps en temps, “elle”, au féminin, de l'autre côté ? Comme l'homme fait à son image Dieu est-il “particulier parce qu'il n'est pas pareil que” sa moitié-femelle (page
59) ? (2)

Pour un époux francophone parier de “sa moitié” indique qu'il n'en est aussi que l'autre du couple entier dont il se fait le porte-parole. Les “parties” valent le tout. (3)

Dieu au masculin reste d'ailleurs rare; il n'est accompagné que de l'adjectif divin alors que les alternances féminines ne lui manquent pas ! (4)
En face, sans même aller jusqu'aux constructions de Jean Genêt (“Divine” dans “Notre-Dame des Fleurs”) ou de Pierre Gripan (“cette vieille négresse à la pipe vissée entre les dents” qui est Dieu dans “L'incroyable équipée de Phosphore Noloc”), on trouve déesse, divinité et divine, parfois dive (toujours bouteille), déité, divination qui donne deviner; diva n'est jamais que deva en sanscrit. Tout cela signifie “jour” (cf Dictionnaire historique de la langue française Robert pp. 1080-1081) et fait de tous les croyants les adorateurs de la seule lumière (cf Dupuis De l'origine de tous les cultes 1791).

On pourrait imaginer une alternance en genre, directe ou même renversée comme celle de “la soleil” et “du lune” dans d'autres langues que le français.
Ou aussi la complétude des deux sexes et des deux genres, ce qui résoudrait le problème d'attributions jugées arbitraires d'une langue à l'autre. Des féministes chrétiennes aux USA ont réécrit les prières et s'adressent à leur dieu en termes de “Il et Elle”. C'est la totale. Rien n'interdirait aux monothéismes, dans des langues d'ailleurs plus propices à l'alternance que l'anglais, d'en faire autant, sauf la lourdeur des phrases qui en résulterait.

On voit mal le judaïsme ou l'islam représenter “dieu” comme une superwoman. Abraham, Moise et Mohamed semblent adhérer avec “dieu” à un club londonien interdit aux femmes.

Mais nulle part le renforcement virilisant du “dieu” n'est plus fort qu'avec le christianisme. Ici le piège à “dieu” a totalement fonctionné: il s'agit de la religion la plus opposée à l'alternance “divine” à partir du moment où “dieu”, ambivalent et même totivalent au départ, s'est identifié à un “fils”, Homme souffrant, homme complet. Le “christ” n'a pas de règles : il saigne sur la croix, ce qui en constitue l'équivalent symbolique, mais explique aussi pourquoi les prêtres et jusqu'au prêtre ultime, auto-proclamé “vicaire du christ” (cf l'encyclique “Summi pontificatus” de Pie XII en octobre 1939), c'est-à-dire remplaçant du fils qui est son père, ne peuvent en aucun cas être femmes.
La question n'est pas de savoir en effet si des femmes peuvent exercer la prêtrise; la réponse de l'interdit porte sur le fait que des prêtres ne peuvent pas être féminins. Et ce qui est décisif n'est pas le sexe du “père” (créateur fusionnel neutre de la Genèse), mais celui du “fils” qui l'emporte. C'est dieu-le-fils qui virilise irréversiblement son père et le christianisme fonde davantage le machisme que le judaïsme. Le verrouillage est total.

On peut rêver à ce qu'aurait été un christianisme charmeur, fantasmatiquement et grammaticalement équilibré, dont le deuxième personnage eût été une christine, une vraie perle, qui aurait permis de faire l'économie de la déesse surnuméraire “vierge-marie” et d'éviter toute quadrature de la “trinité”:

Le seigneur, “le père” unique, masculin aurait envoyé à l'humanité pour la sauver sa “fille” unique, féminine, sous les auspices de l'esprit saint unique.
La sainte trinité aurait eu une autre allure et on peut imaginer les conséquences dans l'histoire dés nations, des arts, de la musique. Alors que les églises chrétiennes réduisent les femmes au paganisme et en développent une méfiance accrue à leur encontre, les chrétiennes, amoureuses du mâle dominant, le seigneur-père, se seraient symétriquement identifiées au seigneur-fille comme les hommes, séduits par la maîtresse salvatrice, au seigneur-père; les enfants impubères en période de latence selon saint Freud se seraient délectés du seigneur pigeon-neutre
- Là on dérape, objecta Pécuchet.
- Pourquoi ? rétorqua Bouvard, on n'a jamais été aussi sérieux.


Un choc violent apparaît qui fonde sans doute tous les refoulements et toutes les obsessions de la sexualité qui hantent les trois grands monothéismes notamment.

Alors que “dieu” n'a pas de sexe, ne relève pas de la logique de la reproduction par séparation (méiose), mais de la “création” holistique, ce en quoi d'ailleurs il présente l'évocation d'une vie particulièrement archaïque (mitose), le judaïsme, le judéo-christianisme et le judéo-mahométisme le confisquent dans un genre unique.
Le christianisme en particulier veut même faire croire qu'il a été absorbé tout entier dans les parties d'une de ses créatures, le sexe masculin, réinvoqué sans relâche dans les symboles de la croix, des calvaires, des triptyques, de la tiare, des cloches et clochers

La grammaire illustre la théologie (Nietzsche); une grammaire sexiste ne fait que refléter une théogonie dégradante. De la neutralité originelle perdue, d'un encombrement minime et doté du moins de réalité possible (ni ... ni...), le “seigneur” a involué en entité théophallocratique suscitant la revendication symétrique d'une déité féminine.

La pure théologie grammaticale énoncerait qu'en français l'homme n'a pas de nom (p. 159); quant à la femme elle va au mieux du nom de son père à celui de son mari. Mais nous avons changé tout cela, la boîte de Pandore a été ouverte et les ennuis ont commencé.


1) Le féminin à la française L'Harmattan 2002 240 pages 19,80 EURO

2) Bouvard raffolait de l'histoire de Toto sortant du catéchisme, l'air préoccupé, qui demande à son père: - C'est vrai que le bon dieu il est marié ?
- ??
- Ben le curé, i'dit toujours: l'bon dieu avec sa grande Clémence

3) “La mère de mes enfants” n'est pas mal non plus.

4) Il semble que les orant(e)s s'adressent plus facilement à des figures féminines (sorcières, fées, antiques divinités matriarcales.

Bouvard citait volontiers une histoire rapportée par Anatole France:
C'est un sicilien qui n'a pas vu exaucer un vœu; il retourne furieux à l'église, passe devant le christ en croix et rageur murmure: “C'est pas pour toi que je viens, fils de pute, mais pour ta Sainte Mère.”

Pécuchet lui préférait celle d'une jeune sicilienne priant la vierge en ces termes: “Oh vous qui avez conçu sans pécher, accordez-moi la grâce de pécher sans concevoir.


Claude Champon et Tribune des Athées 10/6/2002



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