La chronique
   
SUR LA QUESTION DE L'EMPLOI DU MOT HUMANISME CHEZ LES ATHEES


I - Il est clair que l'humanisme a d'abord été une réaction contre le surnaturel et le culte des dieux. L'Antiquité gréco-latine reste la référence avec des formules telles que “L'homme est la mesure de toutes choses” (Protagoras) ou “Rien de ce qui est humain ne m'est étranger” (Térence).
On peut en gros déceler la même tendance avec l”'humanisme' renaissant d'Erasme ou de Rabelais: il faut substituer les hommes tels qu'ils sont et animés par un projet rationnel de vie aux représentations religieuses usées (essentiellement catholiques romaines).

L'humanisme est vu comme la critique et la réfutation de tout renoncement au profit des déités.


II - Mais à l'échelle planétaire si l'expression “humanisme athée” semble souhaitable et cohérente, ne serait-ce que pour s'accorder avec l'usage langagier des nords-américains ou de scandinaves et de quelques autres, elle pose néanmoins un problème que l'on n'évitera pas.
En effet, dans les mêmes régions qui ont vu naître les humanismes anciens (des sceptiques, sophistes, épicuriens ou stoïciens), s'est développée une mystique judéo-chrétienne dont le coeur est le dogme de l'incarnation: “Dieu s'est fait homme”. Le christianisme est la seule grande religion qui 'ose” prétendre sauver l'homme et conclure un compromis avec la “transcendance” divine (ce n'est pas du tout, par exemple, le cas de l'islam; l'attitude bouddhiste est encore différente, souvent présentée comme de compassion cosmique).

Un athéisme uniquement préoccupé de batailler contre l'aliénation de l'humain au profit du divin risque d'être tourné et récupéré par un christianisme se posant comme le meilleur champion de l'homme: on remarquera que les soubresauts internes de la chrétienté (évangélismes, schismes) n'évacuent pas la question au contraire et ne vont pas dans le sens de la libération religieuse. C'est dans le christianisme “réformé” des protestantismes qu'on trouve la prétention la plus absolue à revendiquer “l'homme-dieu”, titre d'un livre de Lue Ferry, qui constitue un excellent résumé de la démarche.
Seuls Marx et surtout Max Stimer (dans “L'unique et sa propriété”) ont dénoncé la pseudo libération opérée d'abord par Feuerbach. Il ne sert en effet à rien de décrocher “dieu” de la voûte céleste étoilée si c'est pour l'inscrire au cœur de l'homme. On assiste même à une aggravation du phénomène religieux par son intériorisation.

La tâche des athées ne se limite pas à inviter les hommes à renoncer à leur renoncement et leurs agenouillements devant des idoles, mais à veiller aussi à ce que l'homme ne se prenne pas lui-même pour un “dieu”. Le dernier dieu à détruire est sans doute contenu dans les défauts et les prétentions humaines, trop humaines (ici continuité de Stimer à Nietzsche).

En France et en Europe il faut être d'autant plus vigilant qu'on a pu voir des humanismes “chrétiens”: une particularité francophone fut le rejet essentiellement par Sartre de tout “humanisme” illustrant soit une grande mollesse de la pensée républicaine (Jean Guéhenno), soit une manœuvre des prétentions conservatrices contre son oeuvre et son action (“l'existentialisme chrétien” de Gabriel Marcel).


III - Ne pas abandonner l'humanisme ni quoi que ce soit à nos adversaires, d'accord, mais en prenant la précaution de le revendiquer dans un sens uniquement négatif (“dieu” mis à la porte risquant toujours de se faufiler par les fenêtres des bons sentiments, cf “l'humanItaire” !). Se méfier des mots en “... isme” :Il faut défendre les hommes, y compris contre eux-mêmes, sans humanisme de même qu'il faut soutenir la rationalité scientifique (méthode expérimentale et connaissance approchée) sans tomber dans le “scientisme'.

Claude Champon et Tribune des Athées 30/5/2002




ACCUEIL | PRESENTATION | MANIFESTE | AVIS AUTORISES | LES ATHEES | STATUTS |
CHRONIQUE | ACTUALITE | RUBRIQUE LITTERAIRE | LA TRIBUNE | ARCHIVES | ACTIONS | BOUTIQUE |
CARNET D'ADRESSES | ADHESION-CONTACT |

Copyright © Union des Athées 2001