La chronique
   
BREVES ATHEES


BREVES ATHEES 1 : DE LA LIBERTE DE PENSER

La liberté de penser n'a jamais été menacée sous la plus atroce des tyrannies.
Voilà un “droit de l'homme” que ses pires adversaires sont forcés de respecter, et pour cause : le for intérieur est inviolable. Le psychisme de chacun de nous est sans portes ni fenêtres. Il peut même arriver que nous ignorions nous-mêmes nos propres pensées, alors …

Quand on parle de “la liberté de penser” il est clair que c'est de la liberté d'exprimer notre pensée qu'il s'agit. A la fin du fractatus theologico-politicus” Spinoza résume:

" 1° Il est impossible de priver les individus de la liberté cf exprimer ce qu'ils pensent.

2° La reconnaissance de la liberté individuelle de juger ne menace ni le droit, ni le prestige d'arbitre, incarnés par la souveraine Puissance. Avec la réserve, toutefois, que nul n'abusera de cette liberté pour introduire dans la communauté une espèce quelconque de législation nouvelle, ou pour se livrer à quelque activité que ce soit, contraire aux lois traditionnelles.

3° La jouissance individuelle de la liberté de juger ne représente aucun danger pour la paix et n'entraîne aucun inconvénient, auquel il ne soit très facile de prévoir un remède.

4° Elle ne menace, en aucun cas non plus, quelque ferveur sacrée que ce soit.

5° Les lois instituées, concernant les problèmes spéculatifs, sont tout à fait inopérantes.

6° Enfin, la jouissance individuelle de la liberté de juger (qui ne menace ni la paix, ni aucune ferveur véritable au sein de la communauté publique, ni le droit de la souveraine Puissance) est en outre elle-même indispensable à la conservation de la paix, de la ferveur et du droit politique souverain.”

On connaît la vieille blague (anti)communiste: Deux soviétiques sont assis côte-à-côte sur un banc public. Ils ne se disent rien. Soudain l'un d'eux pousse un gros soupir. L'autre, indigné et inquiet, se lève et part en marmonnant: “Je refuse de parler politique"."

La “liberté de penser” commence en fait avec celle de s'exprimer, par la parole (déjà en tenant compte des circonstances, des interlocuteurs, des auditeurs ...), plus grave encore, par l'écrit (scripta manent !). Expression par laquelle on se constitue comme humain s'adressant à d'autres humains potentiels. Et la parole est sûre, et l'écrit encore plus.

Par pensées j'entends en général des sortes de synthèses, de crases, de raccourcis délivrant un message global, dont le niveau intellectuel peut varier (injures, opinions, jugements, rejets ou adhésions combinés) et qui permet de sortir de la rétention mentale du type je n'en pense pas moins ou je me comprends …

Peut-on écrire sur les murs ou ailleurs ce que l'on “pense”, par exemple de chefs d'Etats plus ou moins théocratiques, en général 'sacrés” ?

Selon les pays est-il permis ou périlleux de graffiter par exemple: "JP2 assassin”, en taisant allusion aux campagnes anti-préservatifs menées par te pape sur le continent africain et ailleurs ?
M. J., candidat de la LCR aux législatives en France, militant anti-raciste, anti-fasciste et anti-antisémite était poursuivi le 17 juin 2002 devant le tribunal correctionnel de Chambéry sur citation du parquet pour “provocation à la discrimination d'une nationalité à caractère racial” (le français est douteux, la formule assez confuse : le parquet veut-il insinuer que certaines nations seraient racialement définies ?) Il reconnaît avoir écrit: "S. … assassin, intifada vaincra”.

La LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et (Antisémitisme) s'est constituée partie civile.
Le président de la Ligue des droits de l'homme a apporté son soutien à M. J..

Source: Le Monde du mercredi 19 juin 2002 page 16


BREVES ATHEES 2

Dans un livre parfois confus mais toujours érudit Gérard Haddad traite des folies millénaristes' (Livre de Poche n° 4325 2002). A ce propos, dans une publication de la secte Loubavitch (“La Sidra de la semaine" 08/06/2002) on peut trouver des affirmations qui prêtent à sourire :

Devant le tombeau du Rabbi
- Peut-on prier pour des bienfaits matériels ?
- Certainement. Le “matériel” d'un Juif relève du domaine spirituel.” (page 4)

Beaucoup moins drôle dans la rubrique (page 3) consacrée à l'appel de la secte 'Je veux Machia'h maintenant ! ”, le court texte signé H.N. (Nisenbaum) et intitulé “Etincelles de Machia'h”, “D.ieu sera Un':

“Le prophète Zacharie (14: 9) annonce que, lorsque le Machia'h viendra, en ce jour, D.ieu sera Un et Son Nom sera Un”. Certes, pour le judaïsme, le principe de l'unité Divine, est une idée fondamentale. Cependant, celle-ci est d'application éternelle. Pourquoi est-il nécessaire de la rattacher aux temps messianiques ?
C'est qu'aujourd'hui, l'Unité de Dieu n'est pas manifeste. Ainsi la création peut sembler être une entité indépendante, dotée d'une parfaite autonomie. Lorsque le Machia'h viendra, au contraire, l'unité absolue du Créateur apparaîtra à l'évidence pour tous. Chacun verra alors que l'univers, la matière sont profondément inexistants devant la Lumière Divine qui les irrigue et les fait exister. Chacun sera conscient que l'Unité Divine inclut et dépasse la totalité de l'existant.”

Il est clair que pour ces millénaristes “le sens de l'histoire' consiste en une réappropriation et une résorption de sa création” (l'univers, la matière) par le “créateur”, bref la fin du monde en une sorte d'implosion définitive. Que le culte forcené de l'Un (ça se dit monothéisme ) soit destructeur et autodestructeur face au foisonnement de la matière et de la vie apparaît clairement ici.


BREVES ATHEES 3 : CONCORDAT + LAICITE "OUVERTE" : N'EN JETEZ PLUS!

ou LA RELlGION DOMAINE DOMINANT de la formation des Professeurs des Ecoles en Alsace-Moselle (source FDM n° 19 du SNESUP mai 2002)


Le statut local de l'Alsace-Moselle oblige les futurs Professeurs des Ecoles à recevoir un cours de religion, dont ils peuvent se dispenser contre un cours de “philosophie morale”! Légalement l'enseignement supérieur échappe au statut, mais il y a des pressions d'un côté et un manque de courage politique évident de l'autre.

Le Bulletin Officiel de l'Education Nationale n° 15 du 11 avril 2002, organisant l'année des fonctionnaires stagiaires en IUFM, introduit un “passage obligé' : histoire du fait religieux, d'un point de vue laïc (ici le syndicat en question commet une faute relevant peut-être de l'acte manqué; il faut encore écrire “laïque”, 'laïc' n'a de sens qu'à l'intérieur de l'institution cléricale).

Braves stagiaires qui auront deux cours sur le fait religieux: un cours laïque et un cours religieux. Dieu deux fois servi.

Vu la réduction constante des horaires de formation, toutes les disciplines perdent un nombre considérable d'heures. Une seule voit son horaire augmenter : la religion. Il y aura plus d'heures de religion (laïque ou religieuse) que d'heures de sciences ou que d'heures sur la maternelle ou l'AIS (adaptation et intégration scolaire si nécessaire pour les élèves en difficulté voire handicapés).

Il reste maintenant à étendre le cours de religion religieuse aux professeurs de lycées également formés dans les IUFM. La nouvelle majorité politique en France résistera-t-elle à la tentation de poursuivre ce qui a été si bien amorcé par la précédente ?


BREVES ATHEES IV : PAS D'HOMICIDE POUR UN F0ETUS
(source : le quotidien gratuit “20 minutes” du 26/06/2002)

La Cour de cassation a tranché. L'enfant à naître ne peut pas être victime d'un homicide.

La chambre criminelle de la Cour a statué hier (soit le 25 juin 2002) : pénalement, le fœtus n'existe pas. Par conséquent, sa mort ne peut engager la responsabilité de quiconque.

Cette décision est dans la droite ligne de celle prise par l'instance supérieure, l'assemblée plénière de la cour de cassation le 29 juin 2001.

Elle annule l'avis contraire du parquet général de Versailles émis le 6 juin 2001.

Première réflexion: Enfin les juges font leur travail et “disent le droit”. Leur décision renvoie à leurs chères études les innombrables et divers “comités d'éthique' plus ou moins auto-proclamés et tous bien empressés et déférents aux diverses influences “spirituelles” et évidemment spiritualistes et religieusement humanistes.

Seconde réflexion: Dans des domaines où même les sciences ne garantissent pas des comportements complètement rationnels chez leurs acteurs on constate des arrangements superstitieux en termes de compensations plus ou moins illusoires. Avez-vous remarqué que tous les partisans de l'avortement libre sont opposés à la peine de mort et que tous ceux qui la prônent au contraire défendent avec conviction les droits du fœtus voire de l'embryon ? Pour ma part je n'ai jamais rencontré d'exception

Et effectivement :

L'UNION EUROPEENNE RECONNAIT LE DROIT A L'AVORTEMENT (Libération du 04/7/2002)

L'avortement doit être “légalise, sûr et accessible a tous" affirme une résolution votée par le parlement européen a Strasbourg sur “la santé et les droits sexuels et génésiques” adoptée le 3 juillet par 280 voix contre 240 et 28 abstentions. Les eurodéputés appellent les gouvernements des Etats membres et des pays candidats à l'adhésion à s'abstenir dans tous les cas de poursuivre en justice des femmes qui se seraient fait avorter illégalement'.

Cette victoire pour la liberté des hommes et des femmes a été obtenue péniblement face aux efforts des 'pro-lifes'. Face à la mobilisation des conservateurs et des démocrates-chrétiens, c'est l'appui du groupe charnière des libéraux, économiquement de droite et socialement de gauche, surtout issus des pays anglo-saxons et du nord de l'Europe, qui a permis aux communistes, socialistes et verts de contrer les antiavortements.

L'adhésion a l'Europe de l'Irlande (réalisée) ou de la Pologne (à venir) se mesurera AUSSI sur des questions de société et de liberté.


Claude Champon et Tribune des Athées 21/06/2002



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