La chronique
   
LECTURE D'ETE : DISCOURS DE LA METHODE RELIGIEUSE


Pour moi les lectures les plus diverses accomplies dans le même laps de temps ne peuvent que converger: ici et maintenant j'ai investi le pôle de la “méthode religieuse'.

Lecture N° 1 : L'article “Stupidissima” de Thierry Leclère dans le très calotin “Télérama” n° 2739 du 10 juillet 2002,

qui maltraite le livre d'Oriana Fallaci “La rage et l'orgueil” et invite à ne pas le lire (“livre qui donne la fièvre”), mais de prendre tout de suite “le médicament” d'un certain Tiziano Terzani (page 34). Ou quand une église vole au secours d'une autre.
Avec moi ça ne rate jamais. Je n'aime pas que Purgon ou Tartuffe me dise ce que je dois faire et j'ai l'esprit de contradiction : j'ai immédiatement reconnu la répression cléricale la plus caricaturale dans cette prétention de faire lire l'antidote et d'éviter ainsi l'ouvrage incrimine ! Logique de prêtres de Vatican UN: Veuillot, le Syllabus et l'index dans un magazine du début du XXéme siècle ! J'ai donc acheté le livre d'O. Fallaci et pas l'autre.

Lecture N°
2 : “La rage et l'orgueil” par Oriana Fallaci PLON 2002

Ces dernières semaines j'avais dû avaler à froid un grand nombre de commentaires injurieux sur le livre “scandaleux” et son auteur. L'article de 'Télérama” s'intitule “Stupidissima”, mais depuis quand la stupidité est-elle un péché ? Si l'anathème et le pamphlet sont l'apanage de tous de quelle autorité morale peut-on se réclamer si l'on utilise les mêmes moyens ? Et je n'avais toujours pas lu le brûlot …
Maintenant c'est fait. Donc il est vrai qu'il s'agit d'un caractère, au sens de mauvais caractère, sale caractère, fichu caractère, voire caractérielle ? Véhémence et avalanche sont ses deux seules saintes patronnes. Oriana Failaci se déclare athée et rien ne peut permettre de mettre sa parole en doute. Les athées ont parfois l'oeil lucide et la dent dure.
La malhonnêteté des critiques capables d'influencer surtout ceux qui n'auront pas lu le livre m'a sauté aux yeux dès que j'entrepris de mesurer les quantités qui y étaient respectivement consacrées à divers thèmes traités de manière passionnée et avec lesquels je ne suis pas forcément d'accord (j'ai compté le nombre de pages parmi les 134 du livre proprement dit, les 61 d'avis “au lecteur” de l'édition française n'apportent rien, il fallait “boucler”...) :

- panégyrique rituel des américains et des new-yorkais (de préference à patronymes italiens !) au lendemain du 11 septembre 2001 : 20 pages,

- amusante diatribe contre JP II accusé de s'écraser devant l'invasion musulmane : 2 pages,

- anti-islamisme primaire ou non, pleinement assumé : 30 pages environ (5 + 8 + 16),

- panégyrique ... du Dalaï-Lama : 6 pages,

- critique véhémente de l'Italie qui n'est plus ce qu'elle était du temps du papa de l'auteur (qui en reçut un jour une mémorable baffe) ou des héros du Risorgimento : environ 45 pages. Comme si on disait en 2002 que les Français n'ont plus grand chose de commun avec les “géants de 1793, ce qui est probable. Oriana Fallaci se présente avant tout comme une nationaliste italienne “de regrets” (également opposée au cavaliere” Berlusconi et a tout le monde). Un livre comme celui de Latifa Ben Mansour “Frères musulmans, frères féroces' (Ramsay 2002) est bien plus violemment dirigé contre l'islam que celui d'Oriana Fallaci, et “de l'intérieur', ce qui lui confère un impact supérieur.
Alors, dira-t-on, “la forme ... la fooorme !'. Mais depuis quand subordonne-t-on la forme (mauvaise) au fond qui serait alors acceptable, “bon”?
La citation concernant l'attitude des musulmans en prière mérite d'être remise dans son contexte. Pages 92 et 93 O. Fallaci écrit: “Moi je suis athée, grâce à Dieu. Irrémédiablement, orgueilleusement athée. Et je n'ai aucune intention d'être punie à cause de mon athéisme par les fils d'Allah. C'est-à-dire par des monsieurs (sic CC) qui au lieu de contribuer au progrès de l'humanité passent leur temps avec leur derrière en l'air, à prier cinq fois par jour.
Cela fait vingt ans que je le répète. ... Je faisais à peu près ce raisonnement il y a vingt ans:
“Quel sens y a-t-il à respecter ceux qui ne nous respectent pas ? Quel sens y a-t-il à défendre leur culture ou présumée culture alors qu'ils méprisent la nôtre ? Je veux détendre la nôtre, pardieu (probablement “per Baccho” en italien CC), et je vous informe que Dante Alighieri me plaît plus qu'Omar Khayyâm.””

N'oublions pas que des organisations soi-disant “anti-racistes” ont prétendu faire interdire le livre en France !!! Pour cause de stupidité selon ces gens intelligents. Mais cela fait frémir: à ce compte voilà toute l'édition sinistrée.
Oriana Fallaci cite avec bon sens un propos qui distingue les genres: “Parler de racisme par rapport à une religion est rendre un très mauvais service à la langue et à l'intelligence.” (p. 188)

De manière plus complète Jean Bricmont écrivait: “Invoquera-t-on le caractère odieux des propos tenus ? Mais on se heurte alors au problème du blasphème et de sa censure : presque tous les croyants se sentent blessés par les propos tenus par les athées ou par les adhérents d'autres religions. Est-il sage de confier au législateur le soin de distinguer entre propos vraiment odieux et propos qui ne paraissent odieux qu'en fonction de préjugés religieux ?“ (Préface au livre de Noam Chomsky “De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis” Contre-Feux AGONE Comeau et Nadeau 2001 p. 21).

Il est vrai qu'une anthropologie des gestes obsessionnels (Freud) symbolisant l'humiliation et la soumission reste à faire.

Donc livre parfois ridicule dans ses effusions positives, mais à défendre, car d'où vient tant de haine, sinon de “l'infâme”?

Lecture N° 3 : “La maladie de l'islam” par Abdelwahab Meddeb SEUIL 2002

A côté du poison supposé du livre d'O. Fallaci j'ai trouvé tout seul comme un grand et par mon seul libre examen un antidote (?) en l'ouvrage de A. Meddeb. Celui-ci est un homme irréprochable sur "la forme", poli, courtois, d'une grande dignité, érudit que j'apprécie toutes les semaines depuis longtemps sur France-Culture dans l'émission “Culture d'islam, et pourtant qui tape comme un sourd (qu'il n'est pas) sur la dérive de l'islam.
C'est un monument d'érudition qui prend les choses de très haut et parvient dans un grand luxe de références à faire des rapprochements pénétrants.
Là où Onana Fallaci s'en prend, justement, à quelques symptômes, Meddeb dresse un tableau clinique, généalogique et étiologique impressionnant. Et puis on apprend des choses et il s'agit d'un livre qui apporte des résultats, ce qui n'est pas fréquent dans l'abondante littérature consacrée à l'islam, aux banlieues, aux terrorismes.

- A. Meddeb pointe d'abord l'américanisation du monde comme cadre hégémonique favorisant “la maladie d'islam” ;

- L'émir Abd el-Kader confronté en son temps à l'européanisation sut éviter toute trace de ressentiment au point de forger le concept audacieux de “Khâdhil” (dieu lâcheur qui se serait retiré de sa création et qui abandonnerait ses propres croyants - un peu la notion post chrétienne du retrait de Dieu ...) ;

- L'auteur insiste sur une tradition de démontage des mythes en islam qui aurait pris fin spectaculairement avec le 11 septembre 2001. “Nous sommes passés du démontage des mythes à leur restauration”. Et A. Meddeb pointe la coïncidence avec le passage de l'occidentalisation du monde de la manière européenne à la manière américaine. La manière américaine de vivre, consumériste, peut être adoptée en conservant l'archaïsme, voire en construisant des simplismes qui n'ont jamais existé. Ben Laden et son groupe en témoignent à l'évidence.

- Ce qui est commun également à la maladie de l'islam et au cadre américano-planétaire est le culte rendu à la violence : le mot culte n'est pas trop fort si l'on observe la révision théologique opérée par un prophète de l'intégrisme, le syrien lbn Taymiyya (mort en 1328), qui comparait la religion à une colonne dont la base serait la soumission à Dieu, le fût la prière et le chapiteau le jihâd.

Plus sensationnelle l'étonnante unité de conception de l'islam ... et de l'idéologie nord-américaine à partir par exemple du code fondateur du Connecticut on 1650, déjà repère comme “idée étrange” par Tocqueville:

“Quiconque adorera un autre Dieu que le Seigneur sera mis à mort.”

“Lorsque je lis un tel texte, commente A. Meddeb, j'éprouve le sentiment que l'Arabie wahhabite et l'Amérique puritaine ont été tenues sur les mêmes fonts baptismaux.” (p. 76)

- En revenant à l'idéologue du wahhabisme (Abd al-Wahhab vivant au XVlllème siècle), A. Meddeb dénonce une manipulation de la phrase du coran : “Le hukm n'est qu'â Dieu” (XII, 40) en attribution de toute souveraineté à Dieu et en réduction du politique au religieux, asservissement général et écrasement de toutes les médiations humaines. Quelques pages plus haut l'auteur citait l'exemple, à ses yeux bien plus valable y compris pour des islamiques, de l'autonomie du politique pratiquée par Frédéric Il de Hohenstauffen :

“Frédéric, l'empereur excommunié, finira par mettre en scène son auto-couronnement au Saint-Sépulcre en parant sa tête de la sainte couronne de Jérusalem. Cet événement eut pour acteur un prince excommunié et pour théâtre le lieu le plus saint de la chrétienté, sans l'intermédiaire de l'Eglise, sans évêque, sans messe de couronnement. La cérémonie a eu lieu le dimanche 18 mars 1229, jour où Frédéric restaura le principe d'une royauté relevant immédiatement de Dieu sans médiation de I'Eglise.”
- Dates à l'appui A. Meddeb établit dans sa généalogie de l'intégrisme (mais n'est-il pas tenté par le pluriel ?) que le sionisme, soit l'idée, dénoncée par Voltaire, de constituer un Etat politique juif à l'emplacement des lieux saints des trois monothéismes, a été professé par les protestants bien avant d'être adopté en principe par les intéressés eux-mêmes (page 130).

La maladie de l'islam comme des autres monothéismes est celle du ressassement et de la maniaquerie (p. 200). (La récente émission du 30 juillet diffusée sur ARTE traitant du pèlerinage de La Mecque ne laisse aucun doute à cet égard.)

- On apprend enfin au détour des pages 209 et 210 que le temps du futur est ignoré par la langue arabe. Ce qui explique sans doute beaucoup de choses.

Lecture N° 4 : “Dieu sans barbe”

Vingt et une conversations instructives et amusantes sur la question très disputée de l'existence de Dieu par Paul Clavier LA TABLE RONDE 2002. Ce n'est pas barbant en effet, mais pas très original non plus, et pour cause. La méthode religieuse apparaît bien dans le souci d'interpeller ceux qui ne demandent rien et de faire du prosélytisme. Un personnage nomme “Théo” (vous l'auriez deviné, il s'agit de Paul Clavier -patronyme protestant d'ailleurs) convoque un ami 'Athé (comme c'est bien sûr) a réfléchir avec lui on termes de théologie naturelle (Dieu selon la raison ...) et il lui prête sa voix pour les réponses.
Deux siècles après les réfutations de la Critique de la Raison Pure (et le kantisme n'est pas un athéisme !), c'est un témoignage sur notre époque. Néanmoins le côté "prêcheur” des croyants se trahit très vite. Soit le dialogue de la “sixième conversation” pages 47 et 48, je cite et je proposerai une solution alternative plus favorable à l'infortuné (vous l'auriez deviné) Athé :

I. 3 ATHE. Je préfèrerais un Dieu qui ne change rien à ma vie, qui ne m'oblige à changer ma conception des choses et mon mode d'existence que si j'en ai envie, bref : un Dieu qui me liche la paix.

I. 7 THEO. Mais il te fiche la paix ! Tu peux l'ignorer à ta guise. Il est tellement discret qu'il ne t'oblige même pas à reconnaître qu'il existe. La seule question est de savoir si tu as intérêt à l'ignorer. Et si cette ignorance plus ou moins volontaire n'est pas le produit d'une résistance ou d'une appréhension par rapport à la perspective d'une vie avec Dieu. On se persuade aisément de la fausseté ou du moins de l'incertitude des choses dont on ne voudrait pas qu'elles soient vraies.

I. 16 ATHE. Que vient faire la mauvaise volonté dans cette histoire ?

I. 18 THEO. C'est une vieille histoire. On préfère couler en beauté que s'accrocher maladroitement à une bouée de sauvetage. Ce n'est pas très bon pour l'orgueil humain d'arriver à la conclusion que nous n'avons pas créé le monde, que nous sommes plutôt locataires et gérants, que maîtres et possesseurs de la nature.

Page 48 I. 3 ... je ne compte pas sur tes convictions du moment, mais sur ton ouverture d'esprit, et sur ta confiance dans la raison humaine.

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ET “ATHE” NE REPOND RIEN (du moins THEO ne lui laisse rien répondre ; c'est un peu court jeune homme). Il me plaît de donner quelque peu la parole à l'infortuné ATHE (tout le livre pourrait être repris de la même manière) :

ATHE. Il me fiche la paix ! Je peux l'ignorer à ma guise. Il est tellement discret qu'il ne m'oblige même pas à reconnaître qu'il existe ... C'est vrai. Mais c'est toi qui me tiens la jambe avec cet énoncé que tu m'obliges à entendre !

THEO. La seule question est de savoir si tu as intérêt à l'ignorer. Et si cette ignorance plus ou moins volontaire n'est pas le produit d'une résistance ou d'une appréhension par rapport à la perspective d'une vie avec Dieu. On se persuade aisément de la fausseté ou du moins de l'incertitude des choses dont on ne voudrait pas qu'elles soient vraies.

ATHE. Je te remercie de te préoccuper de mon intérêt qui devient ainsi la chose la plus importante du monde, car tu n'y ferais pas allusion pour me manipuler au profit du tien. Ton souci désintéressé me touche beaucoup. Mais qui êtes-vous croyants, pour toujours vouloir le bien des autres et tenter de les faire profiter du trésor de vos convictions ? Sa seule possession vous serait-elle insuffisante qu'il faille encore la voir partagée par les autres?
Tu te penches avec sollicitude sur mon intérêt bien compris - par toi, sinon par moi qui pourrais l'ignorer par mauvaise volonté. Quant à l'analyse de la mécréance que tu esquisses, elle n'est pas de toi ; ne sont-ce pas plutôt les athées qui ont pu dire de tous temps aux croyants assurés de leur foi : on se persuade aisément de la vérité ou du moins de la certitude des choses dont on voudrait qu'elles soient vraies ?
Il y a ceux qui affirment sans savoir (c'est ça la foi, l'illusion du désir) et ceux qui savent qu'il ne faut pas affirmer sans être capable de se justifier. L'obligation de la preuve revient aux premiers dans leur témérité et je dois donc fermement te retourner le compliment et renverser le renversement historique que leur attire leur prétention.

THEO. C'est une vieille histoire. On préfère couler en beauté que s'accrocher maladroitement à une bouée de sauvetage.

ATHE. De l'argumentation par “les intérêts” rien ne ressort inentamé, et d'abord pas la position de celui qui annonce et postule une existence positive. Certains athées pourraient arguer de leurs intérêts de classe sociale, par exemple, pour justifier en cohérence achevée leur athéisme; aucun croyant ne peut plus (ça n'a pas toujours été le cas) se satisfaire de l'élection divine par des raisons d'un ordre égoïste, en forme de choix sociaux et politiques. D'ailleurs toute littérature du soupçon et de la réduction à des intérêts humains-trop-humains ressortit à un désenchantement des pères et des dieux. Ce style nous appartient, il est mortel pour vous de prétendre le reprendre à votre compte. Le vieux style religieux était plutôt celui de l'accueil favorable aux révélations et aux apparitions, mais la foi n'a-t-elle pas perdu pied ?
Des recherches récentes on neuro-sciences ont montré que les effusions “spirituelles' s'accompagnent d'un plaisir cérébral analogue à celui du rat (repéré dès 1958) activant une pédale productrice de dopamine. Doute affreux : les croyants n'éjaculeraient-ils leurs oraisons que pour se faire plaisir? Il n'y aurait pas de mal à ça, mais il paraît que ça rend sourd. Les juifs ont fabriqué le dieu qui les arrange (d'après Golda Meïr dans ses “Mémoires”). Les musulmans restent abasourdis sous le coup d'une révélation qui les accable. Mais aucun chrétien, même protestant attache à “l'esprit du capitalisme”, ne pourra utiliser positivement l'argument de son intérêt bien compris et le hisser au niveau d'une prétention religieuse.

THEO. Ce n'est pas très bon pour l'orgueil humain d'arriver à la conclusion que nous n'avons pas créé le monde, que nous sommes plutôt locataires et gérants, que maîtres et possesseurs de la nature.

ATHE. Nous n'allons pas rivaliser à qui sera le plus modeste ! C'est par chez toi que l'orgueil est réputé le plus grand des pêchés, alors que votre volonté de croire que dieu est tel que vous vous le représentez témoigne de la plus grande témérité. Quel tollé chez les chrétiens quand ils eurent compris à leur manière que Darwin faisait “descendre” l'homme du singe. Où étaient les orgueilleux? Il est au contraire parfaitement cohérent pour un athée matérialiste (je n'en conçois pas d'autre) d'admettre que nous n'avons pas créé le monde, que nous sommes plutôt locataires et gérants, que maîtres et possesseurs de la nature. Mais nous pouvons être fiers d'aspirer à la propriété!

THEO. ... je ne compte pas sur tes convictions du moment, mais sur ton ouverture d'esprit et sur ta confiance dans la raison humaine.

ATHE. N'y compte pas trop on tentant de combattre à front renversé. La raison elle-même ne mérite pas être déifiée.


Lecture N°5 : “Image d'une vie humaine” (Exemplar Humanae vitae) par Unel da Costa Préface de Uaniel Bensaïd (en elle-même un véritable chef-d'oeuvre) CLIMATS 2002

Il s'agit bien de méthode religieuse au sens de méthode expérimentale scientifique, mais racontée du point de vue du cobaye de service!

Le contact des religions, leur expérience qui use, ne grandit personne et de grands malheurs ne font pas la grandeur. Même sceptique et cynique cet Uriel da Costa qu'on a voulu rapprocher de Spinoza (?) acceptait bien “de faire le singe avec les singes”, mais il n'a pu tenir le coup ... Des allusions persistantes tentent d'insinuer que da Costa aurait été le modèle et l'inspirateur de Spinoza : Oui et surtout non ! qu'on on juge :

De famille juive, marrane, devenu sincèrement catholique, Gabriel redécouvre les vertus du judaïsme et s'invente le prénom d'Uriel. Exilé comme juif en Hollande (d'où la coïncidence avec Spinoza dont les ancêtres connurent le même déplacement) il trouve une communauté rabbinique fort éloignée de son judaïsme reconstitué et “primitif” : de là à passer pour un intégriste qui veut revenir aux origines et prétend se passer des traditions accumulées, il n'y a qu'un pas !
Il sera excommunié par la synagogue, tentera donc de faire le singe, craquera et sera à nouveau excommunié, piétiné par la foule des fidèles.

Spinoza a su au contraire se tenir éloigné de toutes les illusions et de toutes les tentations de son prétendu prédécesseur. Il s'agit plutôt d'un contre-exemple, certainement pas d'un précurseur - ou à son corps défendant.

Da Costa avait fini par trouver que “...la loi n'était pas de Moïse, mais seulement une création humaine, qui ne différait en rien des trouvailles qu'on a faites déjà sur cette terre : car, sur beaucoup de points, elle était en lutte avec la loi de nature, et l'auteur de la nature.”

Restera à écrire le seul livre édite par Spinoza (et avec quel scandale !) : le Tractatus Theologico-Politicus dont ces trois lignes peuvent être considérées comme le programme.


Conclusion : il y a bien une “méthode religieuse” illustrée par ceux qui s'y prennent et mise à jour par ceux qui s'en sont dépris : elle est à l'exact opposé de la démarche scientifique.

Marottes et obsessions tautologiques caractérisent la méthode religieuse. Les croyants - et pas seulement religieux - sont d'autant plus intrusifs, soucieux de faire partager leur message, que leur révélation est pauvre et même s'appauvrit à l'usage.

A l'heure actuelle la volonté du nihilisme est plus apparente qu'en d'autres temps. Il est clair qu'au moment ou les occidentaux élaborent avec plus ou moins de bonheur, les musulmans ressassent. L'ivresse du désert qui “est Dieu sans les hommes” (Balzac) monte aux tètes. Il n'est pas sûr que son argument principal ne relève pas de l'esthétisation : comme le nazisme ou le stalinisme, l'intégrisme “a de la gueule”. Il y a du spectacle.

On pourrait même aller jusqu'à la formule de Pindare: 'Sun d'anagka pan Kalon” (avec l'inéluctable tout est beau), seulement elle peut se lire dans deux sens opposés :
Si on le construit, oui ;
si on le subit, jamais.

Une femme n'est pas un "diamant" (selon un hadj cite par Arte) "respectée” par son possesseur, car un diamant peut être possédé, mais ne pense ni ne parle.
Tout système symbolique, artistique, scientifique, voire religieux, peut être figuré comme un tronc de cône : dans le sens de l'ouverture vous allez à l'infini, à l'inverse vous convergez vers le point zéro et l'ennui. “On jugera l'arbre a ses fruits.”


Claude Champon et Tribune des Athées 02/08/2002



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