La chronique
   
LA PRETENTION UNIVERSELLE DES TROIS MONOTHEISMES
PERSONNALISES ENGENDRE L'INTOLERANCE TOTALE


François Léger dans son ouvrage “La pensée de Georg Simmel” (Edition KIME 1989) commente ainsi (page 267') sa pensée concernant la question religieuse:


“L'unité de Dieu, on l'a vu, c'est d'abord le symbole, la représentation transcendante de l'unité du groupe; il est normal, dans l'Antiquité et dans les civilisations primitives, que chaque groupe ait son Dieu propre comme chaque individu a son père; loin de vouloir convertir d'autres groupes à son culte, on garde son Dieu jalousement car il représente une “possession” religieuse qu'on ne désire nullement partager, et les dieux étrangers sont refusés non point parce que ce seraient de faux Dieux, mais précisément parce qu'ils existent et peuvent constituer un danger.

Le christianisme, au contraire, a brisé la solidarité de Dieu avec une société particulière : son Dieu, non seulement n'est pas le Dieu des seuls chrétiens, mais il est l'Unité de l'univers et il importe donc de propager son culte: croire à d'autres Dieux est se révolter contre lui, et la parole du Christ “quiconque n'est pas avec moi est contre moi” signifie pour Simmel un tournant décisif dans la sociologie de la religion. La tolérance est pour le christianisme aussi contradictoire en soi que le serait l'intolérance pour les religions antiques ou primitives.

Ainsi le Dieu étroitement lié à un groupe dont il symbolisait l'unité n'était que l'ébauche d'un Dieu qui le nie parce qu'il représente, lui, l'unité universelle.”



Ce résumé talentueux ne mérite que des confirmations:


- Le point de départ est le “totem” de chaque groupe comparable au “père” de l'individu. Ici convergent Freud et Durkheim, contemporains de Simmel.

- L'attachement “jaloux” d'un groupe à son dieu n'est pas sans faire écho au propos prêté au dieu particulier des juifs, revendiquant sa propre jalousie (cf. le texte superbe centré sur: “...car Yahvé ton dieu est un feu dévorant, un dieu jaloux.” (Deutéronome 4, 24) ...). Le “Catéchisme de l'église catholique”, lui, n'hésite pas à prétendre le contraire: “Adam et Eve perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle. Ils ont peur de ce Dieu dont ils ont conçu une fausse image, celle d'un Dieu jaloux de ses prérogatives”. (§ 399 p. 90). Ils n'ont rien compris, les cons! Non seulement on est prié de croire à des vessies mais aussi de les prendre pour des lanternes. Rien n'est plus étranger à la simple honnêteté intellectuelle (citer les textes dont on se réclame) qu'un théologien en service commandé - et quand ils travaillent en équipe …

- On saluera l'exceptionnel moment romain qui permit à l'empire de “récupérer leurs dieux avec les peuples vaincus; on sait que leur générosité ne rencontra que deux résistances de fanatiques, celle du populisme juif et celle de la communauté chrétienne universaliste.

- La solidarité brisée, c'est évidemment l'œuvre du vrai fondateur du christianisme, Saül alias Paul, qui annonce à ses correspondants “romains”, immigrés juifs à Rome: “Ainsi il n'y a point de distinction entre le Juif et le Grec, parce qu'ils ont tous deux un même Seigneur” (Rom. 10, 19). Rien ne ressemble plus à un esclave qu'un autre esclave du même maître. Du point de vue des “histoires” drôles racontées en France, Coluche plaidait également sur un mode dérisoire pour un pays commun aux Belges et aux Suisses
- Qui, un jour ou pendant des années, a “milité” a rencontré le “quiconque n'est pas avec moi est contre moi”; un bon disciple de Jésus aura été Lénine (“Avec un fusil de ce côté-ci ou de ce côté-là, mais pas de conciliateur, pas de conciliateur” Kronstadt 1918).


Il est clair en bonne logique que l'Un ne revendique pas moins que le Tout; il n'y a pas de dieu plus jaloux et plus exclusif que celui qui prétend être le seul en son genre, et quand il s'agit du genre humain je ne vous dis pas.

Au niveau des croyants on observera que les gens relativement archaïques ne sont pas généreux, ils sont “jaloux” de leur vérité, mais au moins n'ennuient pas les autres avec leurs convictions. A moins qu'un autre universel ne les hante (l'argent ou le pouvoir).

Le pire avec les monothéistes c'est qu'ils ruissellent de générosité et veulent absolument faire profiter de leur “bonheur” ceux qui ne leur ont rien demandé; débordants, ainsi sont les chrétiens quand on les laisse faire, et que dire des musulmans non cités dans les réflexions de Simmel ni de son exégète !


Claude Champon et Tribune des Athées 13/8/2002



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