La chronique
   
QUAND LES POULES AURONT DES DENTS
Travaux pratiques sur les croyances


A propos de l'émission “Les mercredis de l'histoire” du 16 octobre 2002 à 20h45 sur ARTE présentant le docu(menteur?) de William Karel : « Opération Lune ».


Enoncé dominant de départ :  
   
1 « Des soldats US ont sautillé sur la Lune  
   
Référent et contre référent :  
   
11 /Des soldats US ont sautillé sur la Lune/ 12 /Aucun soldat US n'a sautillé sur la Lune/
   
111 « Il s'agit d'images vraies »  
/Les images sont vraies/  
   
112 « Il s'agit d'images fausses » 121 « il s'agit d'images fausses »
(fabriquées en studio) (fabriquées en studio)


Les images et le discours inspirés par “l'alunissage” du 20 juillet 1969 relancent le débat sur les crédules et les douteurs (dès1969 des clubs et associations aux USA fonctionnaient sur le thème de la mystification et de la mise en cause d'images attribuées à des effets spéciaux, ce qui d'ailleurs n'est pas la même chose).
Autant les crédules sont des égarés, autant les “non-dupes-errent” (Lacan) et témoignent d'un égarement tout aussi dévot.

Il y va aussi de la perte de la “réalité' dans notre monde (cf. travaux de Jean Baudrillard sur “le crime parfait”).


La question se ramène à celle de la vérité. Non directement de la réalité mais de ce qu'on en dit, du jugement qu'on porte sur elle : c'est-à-dire de la verité d'une assertion, d'un jugement, fruit d'un psychisme humain.


Nous sommes en présence de deux énonciations de vérité absolue :

- L'alunissage du 20 juillet 1969, images et formule incantatoire (« Un petit pas pour l'homme … ») à l'appui ; « reportage » se donnant pour vrai (se jugeant reflet de la réalité).


- Le vrai-faux documentaire de Karel se donnant pour vrai, c'est-à-dire dénonçant « le vrai » énoncé au sujet de l'alunissage de 1969, c'est-à-dire niant sa réalité. Aucun soldat US n'a sautillé sur la Lune.
Devant la difficulté de gérer et de manipuler ces énoncés un recours passe par l'examen des conditions de leurs énonciations.

Celle du premier énoncé est marquée du sceau du sérieux, voire du grandiose. Celle du second est donnée comme canularesque.


Pour un court instant refaisons le monde (révisons l'histoire...) :


En 2002 apparaît une réfutation sérieuse de la croyance vulgaire (on a marché sur la Lune). C'est une dénonciation, une démystification, la preuve que la mission Apollo 11 n'était que mensonge.

A cette date la nouvelle et les images qui la fondaient avaient d'ailleurs été explicitement données et diffusées comme un canular « grandeur nature », une oeuvre de fiction, un exploit technique et une excellente plaisanterie. C'est seulement dans les mois qui suivirent que la rumeur commença à naître et à s'amplifier: et si c'était « vrai » et s'ils l'avaient fait « réellement » Quand on est capable de mettre en oeuvre de tels effets spéciaux on doit bien être capable de sautiller sur la Lune pour de bon... Il est même plus sûr de penser que la realité dépasse la fiction plutôt que l'inverse. De même si l'habitude est une seconde nature (Pascal), on peut dire que la nature n'était qu'une première habitude...

etc.


Si cela paraît dur à imaginer, on remarquera que c'est formellement le même coup qu'on nous fait aujourd'hui avec le documenteur (?).On a seulement l'inversion des valeurs de sérieux et de canular. La plus sûre manière d'être cru n'est-il pas de déclarer d'abord qu'on n'est pas sérieux ? De laisser aux “non-dupes” le soin de douter, d'errer et de construire eux-mêmes le piège où ils s'enferment ?


L'alunissage d'astronautes américains date peut-être du jour de sa « réfutation » (16 octobre 2002 pour les téléspectateurs européens) et il s'agit seulement d'une mise en conformité dans le réel de la rumeur qui datait du 20 juillet 1969. La forme canularesque saturant toute critique peut permettre de solder définitivement le doute. Mais la date choisie a un sens :
Quand on sait qu'un commentaire religieux déclare négligemment que la révélation coranique perdrait son influence le jour ou... des hommes marcheraient sur la Lune (al manac'h si chère à l'islam), autant dire jamais ou quand les poules auront des dents, on peut rapprocher du 11 septembre 2001 et comprendre que le « choc des civilisations » était programmé depuis longtemps.

Mais les poules pourraient avoir des dents, leur proximité dans l'évolution des espèces est grande avec les crocodiles par exemple.

Par contre comment le drapeau US de la célèbre image fait-il pour flotter en l'absence de tout vent possible ? Une réponse subreptice est donnée fugacement dans le documentaire, sérieusement mais c'est peut-être encore de l'humour.

On doit se laisser guider par la lumière qui éclaire, non par celle qui éblouit. C'est toute la différence parfois mince entre « les Lumières » et l'illuminisme.


Claude Champon et Tribune des Athées 21/10/2002



ACCUEIL | PRESENTATION | MANIFESTE | AVIS AUTORISES | LES ATHEES | STATUTS |
CHRONIQUE | ACTUALITE | RUBRIQUE LITTERAIRE | LA TRIBUNE | ARCHIVES | ACTIONS | BOUTIQUE |
CARNET D'ADRESSES | ADHESION-CONTACT |

Copyright © Union des Athées 2001