La chronique
   
CATHOLICISME ET NAZISME


On ne rencontre jamais deux mots en "isme” sans un troisième: le “tertium gaudens”, le troisième qui rit, ici l'athéisme.

Un prince de l'Eglise catholique, Jean-Maris Aron Lustiger sans doute mû par le désir de la “blanchir”, avait refait l'histoire en prétendant que le nazisme était athée : de là à insinuer que les athées déclarés sont nazis ou favorables à certaines thèses ... Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.

Des faits nouveaux viennent d'apparaître dans cette histoire : non pas qu'elle repasse les plats, mais que, comme en justice, des révélations se font jour. Notamment dans la biographie intitulée “Heidegger et son temps” par Rüdiger Safranski (1994 Grasset 1996)

Les heures et heurts et malheurs de Heidegger avec le nazisme permettent au moins d'affirmer par ricochet que le régime du IIIème Reich ne s'est jamais voulu “athée”, y compris et surtout dans des conflits et des recherches d'équilibres internes.

Deux rappels historiques:

- De par sa famille et sa région d'origine, actives contre le “Kulturkampf” de Bismarck, Martin Heidegger (exact contemporain de Hitler: il est né comme lui en 1889 et comme lui germain méridional) était catholique: il était destiné à la prêtrise, à la théologie; il essaya même un stage pour être accepté dans la Compagnie de Jésus, d'où les bons pères l'éjectèrent au bout de deux semaines pour raisons médicales (?).

- Hitler devient chancelier du Reich allemand le 30 janvier 1933. Le Concordat avec l'Eglise catholique est signé le 20 juillet de la même année 1933 par Pie XI, dont le Premier ministre (secrétaire d'Etat) n'est autre que Pacelli, futur Pie XlI, “le vicaire”.
Nous avons tous été bercés dans la réputation de la tradition de «prudence” de l'action diplomatique du Saint-Siège. Force est de reconnaître dans ce cas là que l'Eglise n'a pas moisi et qu'elle avait apparemment un besoin urgent de clarifier les règles du jeu avec la nouvelle direction allemande. Et réciproquement!

Les choses prendront beaucoup plus de temps pour que le même Pie Xl ponde l'encyclique “Mit brennender Sorge” (mars 1937) où il explique aux nazis qu'ils font des choses pas bien du tout" ... Rien à voir avec la condamnation du communisme, lui, "intrinsèquement pervers”.

La biographie de Heidegger, touchant à la période du rectorat de Fribourg et de son trop fameux discours, montre un certain nombre de choses qui ne tombaient pas sous le sens jusque là dans l'historiographie philosophique. D'abord il faut rappeler que Heidegger démissionnera de ce poste et qu'il avait été dès le début attaqué par des notables nazis comme suspect, peu sûr, voire fou et schizophrène à qui il serait imprudent de confier des étudiants (rapport psychiatrique de Jaensch de septembre 1933).

Ce rapport “psychiatrique” contient la phrase suivante sur les orientations idéologiques de Hiedegger : le sens de cette philosophie est un athéisme déclaré et un nihilisme métaphysique dont les représentants les plus distingués sont chez nous des écrivains juifs ; elle renferme donc un ferment de décomposition et de dissolution au peuple allemand.

(Dédié à Mgr Lustiger pour lui rappeler que beaucoup d'excellents athées sont d'origine juive).

Rien ne manque: l'athée est identifié par te bon docteur Jaensch, psychiatre, au fou ("L'insensé en son cœur a dit il n'y a point de dieu”) et au nihilisme "juif".
Ce qui ne devait pas intéresser les nazis et apparemment pourtant ne les laissa pas indifférents, c'est que Heidegger avait rompu philosophiquement en 1927 avec le christianisme: “La philosophie chrétienne est un fer de bois” (nous dirions un carré rond ou quelque chose comme ça d'impossible et d" contradictoire dans les termes).

Pendant la période même du rectorat, Heidegger, plein d" zèle, désapprouve en 1934 la reconstitution autorisée par les nazis de l'association d'étudiants catholiques “Ripuaria” dans les termes suivants: “Cette victoire officielle du catholicisme, ici même, ne doit pas être durable, elle porte atteinte à tout notre travail, et on ne saurait en concevoir un plus grand que celui que nous accomplissons en ce moment.... On ne connaît toujours pas la tactique catholique. Et un jour, cela nous coûtera cher.” Il démissionnait quelques jours plus tard du rectorat de Fribourg.


Les démêlés d'un intellectuel se lançant dans l'action avec le désir d'infléchir le pouvoir, comme ceux de Platon avec le tyran Denys de Syracuse, feront longtemps jaser. Ils ont au moins l'intérêt de miner la fable du nazisme “athée” entretenue par certains bons apôtres.


Claude Champon et Tribune des Athées 02/09/2002



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