La chronique
   
METHODE CRITIQUE, COMMENT ON ECRIT L'HISTOIRE
ou les mésaventures de Henri-lrénée Marrou


Les athées déclarés devraient, moins que les autres, tomber dans les panneaux quotidiennement tendus par les media : les intoxications, manipulations et rumeurs diverses. Vaste programme - . -

Henri-lrénée Marrou était un historien de renom, membre de la secte catholique romaine et fier de l'être, dont le livre “De la connaissance historique” (Seuil Points Histoire H 211975) fut utilisé par des générations d'étudiants en histoire ou en philosophie, sans parler de “l'honnête homme” de référence convoqué à sa lecture effectivement intéressante. Historien et croyant, il écrivit quelques pages assez plaisantes et finit par admettre certaines contradictions qu'il résolut -avec le minimum de malhonnêteté possible ... (pages 99 à 103; 128 à 131). Les athées peuvent profiter de son effort intellectuel d'analyse.

Marrou commence par énumérer les précautions à prendre dans la recherche historique fondée sur des “documents”, à partir de la tradition de Droysen, Langlois et Seignobos, Bernheim et Harsin :

CRITIQUE EXTERNE.
Critique d'authenticité ; critique de restitution (reconstituer un original disparu). Critique de provenance.

CRITIQUE INTERNE.
Critique d'interprétation.
Critique de crédibilité.

Mais il regimbe contre l'orientation “positiviste” de la défiance, du soupçon et de la violence faite aux “documents”. Le bonhomme a des raisons de relativiser celle méthode qui le ramène d'ailleurs à ses obsessions favorites...:

“En fait ce programme a été surtout prôné par les spécialistes de l'histoire politique ou ecclésiastique du Moyen Age occidental, domaine dont la documentation est encombrée de chroniques de seconde main, de diplômes et de chartes falsifiés, de vies de saints outrageusement antidatées.”
On ne lui fait pas dire.
Mais H-I Marrou est pressé de dépasser la critique “négative” à laquelle il lui “paraît utile de substituer la notion positive de compréhension du document”. C'est le concept “Carrefour” (il faut positiver, coco) hors duquel point de salut.

“Prenons comme exemple l'interprétation des Evangiles canoniques. Que de temps perdu par la “critique” à rechercher la crédibilité du témoignage qu'ils portent sur les événements de la vie de Jésus!”

On notera avec intérêt la nature de “l'exemple”, certainement pas péché au hasard, les guillemets agacés qui affublent le mot “critique” et “les événements de la vie de Jésus” qui supposent donc l'existence historique du personnage, alors que c'est toute la question.

“un Evangile : ce n'est pas un recueil de procès-verbaux, de constats d'événements, plus ou moins exacts ou tendancieux, plus ou moins fidèlement transmis; l'auteur ne se proposait pas de fournir un jour une documentation à l'histoire historisante, mais bien autre chose : il voulait, dans la perspective existentielle de la catéchèse ecclésiastique, transmettre à ses lecteurs la connaissance du Christ nécessaire au salut ; pour élaborer celle image de Jésus, il a pu être amené à toute une manipulation de ses sources qui nous déconcerte peut-être (par son indifférence, par exemple, à la chronologie), mais qu'il serait naïf de qualifier de falsification ou de mensonge.
Les non-dupes errent, on connaissait la chanson; mais si à ce compte les “critiques” sont des “naïfs”, alors ceux qui se gaussent d'eux sont des cyniques, il n'y a pas de milieu.
“Il serait plus naïf encore d'imaginer qu'on puisse décomposer ce témoignage et, séparant le bon grain de l'ivraie, isoler un pur noyau de “faits” authentiques : les Evangiles ne sont pas un témoignage direct sur la vie du Christ, ils sont un document primaire, et d'une valeur incomparable, sur la communauté chrétienne primitive : nous n'atteignons Jésus qu'à travers l'image que ses disciples se sont faite de lui - ce qui ne veut pas dire que celle image soit trompeuse, encore qu'elle ne soit pas celle que l'historien événementiel aimerait qu'elle eût été”. Ouf ! bel effort !

Parachute ultime et prime à la préméditation: le bon père Marrou nous explique ensuite qu'un document “faux” peut se révéler “positif” sous un autre rapport, car sussure-t-il exquisément :
“il est rare qu'un faux ait été un acte “gratuit””. Voilà qui est bien rassurant en effet !


“(la connaissance historique) repose en définitive sur un acte de foi : nous connaissons du passé ce que nous croyons vrai de ce que nous avons compris de ce que les documents en ont conservé.”
Voilà qui est “révisionniste” en diable

“Constater que la connaissance historique est issue d'un acte de foi (car “faire confiance” et “avoir la foi”, c'est tout un, comme le montrent bien le grec et le latin, pisteuô, credo) n'est pas pour autant nier sa vérité, nier qu'elle puisse être susceptible de vérité.”
Evidemment, ça l'arrange bien, mais nous, on n'a pas confiance.



Et le bouquet

“... à la différence d'autres religions qui ne mettent en cause que des vérités éternelles ou des symboles mythiques (toujours la concurrence déloyale CC), le christianisme repose sur des vérités de caractère historique G.. l'Incarnation, la Passion, la Résurrection, ...) est chrétien celui qui croit en Celui à qui saint Pierre a cru.”
Et est oursin celui qui croit En l'ours qu'a vu l'homme.

S'ensuit un procès en négationnisme à l'encontre de ceux qui de bonne foi ou pour s'amuser auraient mis en doute l'existence dE Napoléon (Whately et Pérès), de Max Müller ou de Descartes, tout cela pour prouver l'inanité des démonstrations de l'inexistence de toute la sainte famille. Le vrai du réel sert finalement à faire passer les hallucinations.


Aux contorsions en “compréhension” de H-I Marrou il est permis de préférer le sérieux critique dé Gabriel Bonnot, .. abbé de Mably (c'était le frère de Condillac avec qui il instruisait le futur prince de Parme) dans ses traités: “De l'étude de l'histoire” et “De la manière d'écrire l'histoire” (Corpus des oeuvres de philosophie en langue française Fayard 1988). Comme quoi un athée du 21 ème siècle peut se sentir plus proche d'un prêtre de l'ancien royaume de France que d'un sorbonnard de la république soi-disant laïque.


Claude Champon et Tribune des Athées 22/01/2003



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