La chronique
   
DIEU, DIRECT OU OMNIBUS ?


Les incohérences du clergé catholique concernant la nécessité de son existence même apparaissent dans un article “Se confesser directement à Dieu ?“ du père Alain Bandelier dans le numéro spécial consacré au “pardon” de “Famille chrétienne” de janvier 2003.
Elles n'auraient d'autre intérêt que de cuisine interne si le dilemme mis en évidence n'aidait à distinguer plus clairement les notions d'EGLISE et de RELIGION et par là même de cerner mieux I'ATHEISME !

En effet un débat récurrent porte sur la question de savoir si les athées sont de “grossiers” anti-cléricaux maximalistes (on ne parle jamais de grossiers cléricaux) ou s'ils sont ailleurs.

On dira d'abord à juste titre que les athées n'ont pas attendu les églises chrétiennes pour exister. Plus cocasse : ce sont même les premiers chrétiens qui ont été traités d”'athées” par les honnêtes païens révoltés par leur prétention. Mais dans nos situations concrètes, hors les athées “de naissance”, on peut rencontrer ceux qui viennent du catholicisme et l'anti-cléricalisme a pu leur servir de passerelle, et ceux qui sont issus des protestantismes, généralement nordiques ou anglo-saxons, qui avaient déjà historiquement effectué la critique anti-cléricale des moines, des nonnes, des évêques et des papes.

En même temps le “dieu” des protestants, dans la mesure où il est débarrassé des attributs impérialistes romains, peut apparaître comme plus coriace que celui des catholiques: le protestantisme est un vieux fournisseur de “libres-penseurs” ou autres “agnostiques” qui ne se décident pas à franchir le pas de l'athéisme, qui les ronge.

- Premier argument du père Bandelier: “Dans les religions archaïques, il y a des spécialistes du sacré”, etc
Le mot “archaïques” n'intervient qu'à des fins dépréciatives. L'église catholique est très fière de son “ancienneté” ... Pseudo position jeuniste purement démagogique.

L'économie de l'article s'explique par le souci de lutter contre tout esprit de “libre examen” et au fond c'est toujours le vieux combat contre la bête noire: la réforme protestante et toutes les tentations, y compris chez les catholiques, basistes et évangélistes, eux aussi modernistes du retour aux sources !

- Après la dénonciation des “spécialistes du sacré” on peut s'attendre à ce que l'arrivée de l'Evangile constitue un tournant, ce qu'accomplit le bon père dès le début du deuxième paragraphe - et qui par la même occasion n'est pas très gentil pour les juifs : les prophètes, les grands prêtres, les lévites, les cohens et les rabbins relèvent-ils d'une “conception païenne de la religion”? “Il n'y a plus de place pour des intermédiaires, car il y a un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, un homme, le Christ” (Paul, 1ère Lettre à Timothée, 2. 5).
On a tout de suite compris que le bon père va rattraper d'une main ce qu'il avait lâché de l'autre : foin des intermédiaires, mais on pourra s'arranger pour se réclamer de la continuité de la médiation christique - les “prêtres” catholiques retrouvent leur pouvoir “incontournable” par la prétention à la vicariance (pape: vicaire du christ). On se disait bien aussi qu'un des leurs n'allait pas scier la branche sur laquelle ils sont assis.

- Le troisième argument consiste à contredire violemment ... le premier. Mais il faut le cacher. “Malgré les apparences, l'idée d'aller “directement” à Dieu n'a donc rien de chrétien. C'est une autre forme de paganisme”. Mais la dissimulation révèle aussi ce qu'elle devait cacher :
“Malgré les apparences”, il y a donc des apparences ... Ça saute aux yeux. “Une autre forme de paganisme”, symétrie rassurante et renvoi dos-à-dos, l'évangélisme constitue aussi un “autre” paganisme.

“C'est au fond la prétention d'être son propre prêtre”. Ça, les prêtres catholiques ne supportent pas, pas plus que les médecins l'automédication, les psychanalystes l'auto-analyse et n'importe quel expert qu'on prétende pouvoir se passer de ses services exclusifs et intéressés.
L'article de M. Bandelier montre les limites qui coincent les prêtres catholiques dans leur tentative de justification corporatiste. Ils oscillent toujours entre I'immédiateté et la médiation.
La première est plus séduisante et ils le savent. L'article se termine par les lignes suivantes:
“L'essentiel c'est la rencontre.... Me mettre simplement à genoux, et laisser le Christ me dire “Je te pardonne”. Là, il se passe quelque chose. Quelque chose de bouleversant !” Mais, cela, tout protestant pourrait le dire et il n'y a pas de prêtre à l'horizon.
Pourtant l'essentiel du propos est qu'on ne doit pas prétendre s'en passer…
Le centre de l'argumentation consiste à montrer que le chemin indirect est en fait le plus direct - comprenne qui pourra - et que le direct apparent “passe en fait par les méandres de notre subjectivité”. Il vaut mieux en effet qu'il passe par les méandres de la subjectivité du directeur de conscience ... Son ministère (service !) l'investit d'une autorité sacrée sur les hommes.

L'athée déclaré considère avec un égal mépris les églises et les religions. Pour autant il ne pratique pas le mélange des genres et ne les confond pas.
Il y a des églises sans religion, il y a bien des fonctionnaires de dieu qui n'y croient pas, et ce n'est pas d'aujourd'hui. Hier on parlait d'impostures; aujourd'hui on pourrait invoquer le phénomène bureaucratique et les nombreuses analyses qui y ont été consacrées au XXème siècle et qui débordent le religieux. On remarquera que des idéologies prétendues matérialistes sont compromises. Des ouvrages bien connus comme ceux de Milovan Djilas (1) ou de Voslensky (2) témoignent contre des cléricatures ... séculières. Le “socialisme réel “a pu engendrer des critiques internes comparables aux révélations qui dénoncent régulièrement le fonctionnement de l'église catholique (3).
Il y a des religions sans église. C'est rare ou tout simplement un mensonge. L'islam notamment (“qui n'a pas de pape” selon la forte parole de Jacques Chirac - mais le fantôme du calife ou l'imam caché hantent les âmes pieuses) fourmille de petits chefs religieux et de rivalités de clans et d'écoles théologiques ou juridiques. L'islam est profondément clérical, tout en prétendant le contraire. Ici aussi la prétention au “simple” et au “direct” dissimule mal le foisonnement des interprétations, des passages obligés, des ambitions et des egos.
Des religions innocentes, douces existent peut-être parfois. C'est la moindre des choses et les athées considèrent qu'elles ne font que leur devoir. On peut citer le bahaïsme - religion présentée comme sans clergé ni sacrements - ou la secte cao-daï au Vietnam (4); de telles religions paisibles sont d'ailleurs fortement persécutées, non par les athées, mais par les autres religions qui leur reprochent sans doute d'exercer une concurrence déloyale !

Les athées sont contre les religions. Ils ne croient pas au caractère obligé du soi-disant “fait religieux”. Ils constatent que les religions posent des questions futiles (5) et imposent des réponses de plus en plus inappropriées et dangereuses. Nous connaissons le fond de commerce des religieux: le problème du malheur et la liberté sexuelle des hominidés. Sur ces deux axes nous proposons, nous, un approfondissement individuel dans les consciences de plus en plus éclairées par la biologie et les neuro-sciences.

Les athées sont donc encore plus, si j'ose dire, anti-cléricaux, dans la mesure où leur rejet des impostures humaines, politiques, syndicales, néo-associatives, dépasse le cadre des prétentions étroitement religieuses, qui restent comme des cas particuliers du phénomène bureaucratique et les moteurs séculaires de toutes les manipulations.

1) Milovan Djilas La Nouvelle Classe, sorti à Vienne et Munich en 1957.
2) Voslensky Michael La nomenklatura Les privilégiés en URSS Pierre Belfond 1980, livre vigoureux et inspiré. Ce mot latin devenu soviétique signifie liste, index, réseau des ressources humaines, bref ... Al Qaïda en arabe. Le “religieux” n'avait-il pas toujours été de la partie ?
3) Last but no least: L'oeuvre de Drewermann; “Dans les couloirs du Vatican” G. Thomas et
M. Morgan-Witts Stock 1983 et “Le Vatican mis à nu” I Millenari (Mgr Marinelli ?) Robert
Laffont 1999; la littérature sur la pédophilie catholique ne cesse de croître à l'échelle mondiale.
4) Cf T.A. n0 96 septembre 1998.
5) “Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?“ Réponses in T.A. n
0s 104 et 105 2000.


Claude Champon et Tribune des Athées 22/01/2003



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