La chronique
   

L'ABORD DES SECTES


Qui n'a jamais été sollicité par un beau (haut) parleur de Dieu ? On connaît les techniques de démarchages opérés par divers prédicants. J'en voudrais étudier une, qui concerne l'église catholique.
En Allemagne près de Cologne, lors des "JMJC", je trouvai le petit tract crasseux suivant :

Liebe junge Menschen :
Habt keine Angst vor Christus !
Er nimmt nichts,
und er gibt alles.
Wer sich ihm gibt,
der erhält alles hundertfach
zurück.

J'ai reproduit la typographie, la ponctuation et la disposition qui sont intentionnelles. Ces vers de mirliton étaient signés ... Benedikt XVI ... On peut traduire en français :

Chers jeunes gens :
N'ayez pas peur du Christ !
Il ne prend rien,
et il donne tout.
Celui qui se donne à lui,
reçoit tout au centuple
en retour.


Comme dans la rangaine commerciale "Les meubles Lévitan durent longtemps" ... on assiste au trouble de représentations archaïques, puériles (prendre, donner, être pris). Un marché simplet est offert comme avantageux aux "chers jeunes gens", si t'es sage t'auras du lolo. Mais la niaise débilité peut recouvrir une certaine rouerie verbale pouvant produire un effet subliminal. Il s'agit de tirer une efficacité symbolique des mots eux-mêmes tels qu'ils sont agencés.

On peut littéralement parler de structures d'échange préfigurant une présentation de calcul rationnel destinée à être convaincante. L'axe : rien-tout-tout (nichts-alles-alles) se voit complété et grossi par des verbes d'action : ne prend (rien)-donne (tout)-se donne-reçoit (tout au centuple en retour) (nimmt nichts-gibt alles-sich gibt-erhält alles hundertfach zurück). La greffe des deux axes engendre la promesse alléchante : le destinataire de bonne volonté reçoit au centuple en retour. C'est la multiplication des gains, l'ensemble des mises, le jack pot.

Le raisonnement (si on peut dire) est un raisonnement dont les trous délivrent subrepticement un message crypté qu'on peut reconstituer en faisant apparaître les non-dits.

Analyse d'un pseudo-raisonnement : Jésus ne prend rien et donne tout (au moins une fois, comme disent les Belges). Mais on peut se donner (tout ?) à lui, c'est-à-dire alors que Jésus peut (tout) prendre ce qu'il a déjà sans avoir eu besoin de rien demander. A cette condition inexprimée le donateur reçoit tout au centuple et a fait apparemment une bonne affaire, mais ce tout n'est pas exprimé. S'agit-il bien du premier "tout", c'est-à-dire du "tout" ?

Et que signifie "se donner" à Jésus et ne s'agit-il pas de se donner "tout" entier, ce qui n'est pas exprimé et qui n'est pas rien ? La générosité de Jésus n'en sort pas grandie, sans compter qu'il aurait les moyens. On peut traduire par : toi qui n'as pas les moyens donne-toi tout entier (puisque tu n'as que ça) et moi, qui ne te demande rien, puisque j'ai déjà tout, je te donnerai cent fois ce que tu as déjà reçu c'est-à-dire rien.

Donc : Chers jeunes gens : N'ayez pas peur du Christ ! Il ne prend rien car il a déjà tout sinon il ne serait pas Dieu, et il donne tout, qui ne lui coûte rien. Celui qui se donne à lui et qui se donne donc tout entier, reçoit ce tout au centuple en retour, c'est-à-dire rien qu'il n'avait déjà.

Le centre oblitétré du texte est bien "nichts" (rien) et rétroactivement la recommandation initiale (N'ayez pas peur du Christ) joue le rôle d'une dénégation : il faut justement se méfier d'un personnage capable de proposer un tel marché de dupes.


Claude Champon et Tribune des Athées 30 novembre 2006

 




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