La chronique
   

Portrait d'un(e) athée déterminé(e) possible.

 

Il ou elle a été un enfant confronté à la séparation. Heureusement l'accès au langage permet de surmonter la douleur nécessaire, tous les psychologues reconnaissent qu'il permet de triompher de l'absence et d'accéder à l'autonomie. L'inconvénient est en revanche que celle-ci risque de fermer le recours à des soins maternants et de faire le deuil du plaisir qui va avec. C'est souvent ce qui rend des hommes et des femmes peu amènes, rigides, pas drôles.
Pour sauver sa peau l'enfant va pratiquer l'instabilité affective. Il alternera auprès d'une même personne une quête affective intense ; souvent déçu il opposera un rejet violent. Et l'habitude va s'installer à chaque rencontre de redouter d'être à nouveau abandonné, et donc de casser, au moment où vont s'installer les prémices du lien avec les servitudes qu'il impose.
L'organisation de la figure générale du refus est celle de l'indisponibilité à intérioriser et à laisser entrer dans son corps et surtout dans l'image de soi tout ce qui peut être appréhendé comme intrusif. Se met en place un calcul économique : l'enfant qui refuse les bonbons ou de " grignoter " entre les repas (ce sont d'ailleurs aussi des consignes éducatives) sera peu enclin toute sa vie à " gober " tout message de publicité idéologique, historique, sociétal ou affectif. Cet enfant a peur de se faire détruire par ce qu'il aurait ingéré, l'intrus qui pourrait le parasiter et le phagocyter. Il ne devient pas pour autant anorexique, surtout s'il s'agit d'un garçon.

D'habitude on a dans l'éducation subliminale des enfants l'objectif de " manger et ne pas être mangé " (devenir fort et s'affirmer socialement) ; ici on a peur d'être mangé par ce qu'on mangerait sans l'observance de certaines précautions, amorce d'une méthode critique ! On aura affaire à un communiste qui n'a jamais mis les pieds à la " fête de l'Huma " ou à un intellectuel qui bouderait toujours le festival d'Avignon.

Imaginez les réactions d'un petit garçon livré aux sollicitations religieuses (fréquentation du catéchisme) et au bout du compte à l'ingestion de l'hostie. Le plus court chemin de la conscience critique est alors évidemment de ne surtout pas y croire en liquéfiant la lamelle insignifiante et lisse comme du celluloïd. Chacun d'entre nous a pu disposer de mécanismes psychologiques assez connus pour réfuter de toutes ses forces le dogme de " la présence réelle ", sans avoir eu aucun besoin d'arguments théologiques.
Plus généralement un jeune garçon, de moins de dix ans par exemple, a appris à anticiper sur le départ et la séparation. Non seulement le dieu d'amour lui sera épargné, mais aussi toute croyance consolante à la clé du chantage aux enjeux conformistes posés comme importants (réussir dans la vie, fonder une famille, être respectable).
Dans le cas du dieu (chrétien) le danger est à la mesure de la grandeur exorbitante de l'objet : comment incorporer le Tout supposé de la création et son créateur avec ? Les autres menus objets de croyance lui apparaîtront comme dispositifs dérisoires, jamais fiables, frappés de précarité par l'arbitraire du divin caprice. Ce qui évite à l'individu type dont nous retraçons le parcours de former des rêves utopistes et notamment celui de l'avoir et de la capitalisation des efforts. Il pourra s'accommoder d'un certain minimalisme (ce qu'il n'a pas ne lui manque pas), se rendre justice (il a fait ce qu'il a pu et qui dépendait de lui) et se rattraper sans illusions par des consolidations et des réparations modestes, mais réussies.

Cette description est au plus celle d'exemples (qu'illustreraient Prométhée, Caïn ou le Satan de Milton), en aucun cas de modèles. Aucun jargon psychologique particulier n'a été utilisé. J'ai seulement invoqué des mécanismes formels fréquents chez Spitz.


Claude Champon et Tribune des Athées 23/7/2007

 




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