Congrès 2001 de
l'Union des Athées
03 juin 2001
   
Le congrès traditionnel de Pentecôte s'est déroulé dans une ambiance sympathique et agréable.
Le 250ème anniversaire de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert a été l'occasion d'interventions extrêmement intéressantes.
        Claude Champon a présenté une analyse originale des articles "Athées" et "Athéisme" de l'Encyclopédie écrits par l'abbé Yvon.
        Georges Filloux a fait un exposé sur la naissance du matérialisme, dont la philosophie de Diderot et la parution de l'Encyclopédie sont les témoins les plus marquants.
        Roger Galizot a fait une courte digression au sujet d'Averroès (Abu al-Walid ibn Rushd), médecin, juriste et philosophe arabe du XIIème siècle sous le califat de Cordoue qui chercha à démontrer le caractère incréé de la nature et du mouvement et surtout à concilier l'exercice de la raison et de la philosophie parallèlement à la religion.
On lui attribue la doctrine de la "double vérité" qui, en fait, rabaissait la religion au même niveau que la science.
        Bruno Alexandre a montré que, malgré tous les efforts des croyants, il faut bien admettre que la foi est contre la raison et la morale ("il est moralement nécessaire de nier l'existence de Dieu").
Nous espérons sortir bientôt un numéro spécial reprenant ces interventions.
La présence d'un prêtre dans la salle, moderne et ouvert comme il se doit, apporta beaucoup d'intérêt aux débats.
        Il paraissait sympathique et content d'être venu.
        Il faut cependant que je vous dise qu'il n'y a pas très longtemps, les sangs ont failli me tourner à la lecture d'un article écrit par un de ses congénères.
        Il faut bien vous rendre compte, et je ne le répéterai jamais assez, que la France (hormis l'Alsace – Lorraine) jouit actuellement d'un statut assez particulier dans ce qu'on appelle le "concert des pays européens".
        Dans tous ces pays qui l'entourent (qui l'encerclent !), des cours de religion sont dispensés dans les écoles publiques aux frais du contribuable par des religieux de tous bords payés par l'état.
En Belgique, monarchie catholique s'il en est, un ministre, plus clairvoyant ou plus courageux que les autres (ou simplement plus pragmatique, je pense, mais pas très catholique en tous cas), osa suggérer de remplacer les cours de religion et de "morale laïque" (tous qualifiés de "cours philosophiques") par des cours de philosophie (ne vous inquiétez pas, il faut être Belge pour comprendre la différence !).
        On ose à peine imaginer ce qui arriva : les professeurs de "morale laïque" et ceux des diverses religions reconnues (israélite, catholique, protestante et islamique) s'unirent pour tous ensemble produire un manifeste qui tente par des arguments, pas très convaincants au demeurant, de justifier le maintien des cours de morale et de religion et lancèrent une pétition qui récolta 152.500 signatures.
        C'est dans ce contexte donc que mon curé rédigea l'article qui parut dans un grand quotidien du soir, mais qui paraît aussi le matin je suppose.
        Je vous fais grâce des argumentations vaseuses et jésuitiques (se défendre contre ce qu'on ne vous reproche pas et des choses de ce genre) qui servent de prélude à ce qui me fit bondir.
Après avoir innocemment expliqué que les cours de religion développaient l'intelligence, la volonté et l'esprit critique des élèves ( !)et de s'être excusé des activités de l'inquisition ("doctrine ecclésiale malencontreuse", on croit rêver – sans nous dire qu'elle existe toujours sous le nom de Congrégation pour la Doctrine de la Foi), ce brave homme ose écrire ce qui suit :

        "L'information précise (culture historique), l'esprit critique devant sa propre église et la sincérité des regrets sont indispensables pour construire (sic) des hommes et des femmes profondément croyants et lucidement tolérants.
        On devrait même, dans un cours de morale laïque scientifique, reconnaître que depuis la Révolution française les grands génocides ont été perpétrés par des institutions antireligieuses. Ce serait un "révisionnisme" intellectuel de méconnaître le génocide des Vendéens par la Terreur, celui des Arméniens par la Turquie laïcisée, de même que les camps d'extermination soviétiques et nazis organisés par des régimes totalitaires et athées…"
        Vous avez bien lu : depuis la révolution française les grands génocides ont été commis par des institutions antireligieuses.
        Mais, sans insister sur le fait que l'on confond allègrement « antireligieux » et « anticlérical », la phrase se veut habile : ce ne sont pas les hommes, mais les institutions qui ont commis ces génocides.
        Evidemment, puisque chacun sait que les braves gens qui commettaient ces génocides avaient pratiquement tous subi une bonne et longue éducation religieuse. Il sait bien, ce cher homme, qu'à l'époque, pas plus qu'aujourd'hui, les athées n'étaient certainement pas majoritaires.
        Mais voyez plus loin : "les camps d'extermination soviétiques et nazis" mis en parallèle avec "totalitaires et athées".
        Remarquons en passant qu'on oublie un peu vite que Staline était séminariste et qu'il fallut bien faire appel à un pope orthodoxe pour bénir les chars et les avions.

        Mais voilà bien du révisionnisme !
        Comment ose-t-on encore aujourd'hui nier sans rougir le fait qu'Hitler était catholique, et que c'est bien grâce au parti catholique et au Vatican qu'il a pu accéder au pouvoir. Et passer au bleu sans l'air de rien le fructueux concordat de 1933 est un peu épais !
        Comment ose-t-on nier aussi sans vergogne que c'est le jeune et très catholique état Croate, fraîchement reconnu par le Vatican, qui organisa les génocides et les camps d'extermination parmi les plus atroces ? Parce que le bon Tudjman a fait raser le camp et le musée de Jasenovac au point qu'il n'en reste plus trace (dans la bible on traduit cela pudiquement par "jeter l'interdit"…) ?
        Comment ose-t-on plaider pour laisser un tel falsificateur d'histoire, ou un tel ignorant, enseigner quoi que ce soit à des enfants ?

        Et puis aussi, il n'est pas très malin, notre bon curé.
        On a vu qu'il accusait les institutions, et pas les criminels, et on a vu pourquoi.
Mais que de maladresse sous tant d'hypocrisie !
        Entendez donc le pape faire des repentances et demander des pardons : il ne s'agit ici aucunement d'accuser l'institution "Eglise" d'avoir commis tant de forfaits pendant tant de siècles, mais de pardonner aux quelques pauvres brebis égarées qui les ont commis.
        Cette fois, on argumente exactement en sens contraire.
        Ce serait risible et ridicule si la méthode n'était aussi dangereuse.

        Imaginez donc que demain (il faut toujours de l'imagination), un bon nazi moderne, Haider par exemple, se mette à raisonner comme le pape: "ce n'est pas le nazisme qui est responsable des massacres imbéciles du passé, mais les quelques malheureux qui n'avaient pas bien compris notre merveilleuse doctrine.
        Maintenant que vous nous avez pardonné nous aimerions bien aussi une aide substantielle de l'état pour que nous puissions mieux qu'avant enseigner aux enfants la haute spiritualité de nos convictions."

        On va où là ?
        On se moque de qui ?
        Quand nous déciderons-nous à refuser que l'on nous prenne pour ce que vous pensez ?
        Sous quel prétexte devons nous encore accepter que des institutions criminogènes et dont la criminalité est avérée depuis des siècles "éduquent" les enfants et les adolescents ?
        Comment ose-t-on encore nous les présenter comme honorables.
        Comment ose-t-on encore, dans la grande majorité des pays, prélever des impôts pour les entretenir ?
        C'est insensé.
        Il devient grand temps que les athées du monde entier (comme ça on, sera peut-être un peu plus nombreux) se serrent les coudes et osent dire "non".

Je ne suis pas pessimiste, mais je vois le consensus s'établir dans l'Europe entière et je dis : Français, prenez garde, ne vous croyez pas éternellement à l'abri de votre constitution : le mouvement s'étend même aux Etats-Unis. Là aussi, on veut introduire officiellement les rabbins, les curés, les pasteurs, les imams et les autres dans les écoles.
        Ce n'est pas le moment de baisser les bras.

Johannès Robyn



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