Fête de la laïcité 2002
intervention de J. Robyn
de l'Union des Athées

29 septembre 2002
   


Dans l'Europe d'aujourd'hui, la notion de laïcité paraît extrêmement vague et semble souffrir plusieurs définitions.
Le mot lui-même est typique des langues romanes et n'a d'équivalent dans les langues germaniques que sous forme de « libre conscience » (vrijzinnig, geistesfreiheit), « libre pensée » (fritanke, freethinking), « humanisme » (humanism) ou encore « séculier » (secularism).
Je ne sais pas comment on dit « laïque » en grec ou en turc, mais la différence des termes ne cache pas une différence d'interprétation. Il paraît certain que ce terme n'a pas le même sens pour la reine d'Angleterre ou de Hollande, le pape ou Helmut Kohl, le roi d'Espagne ou le roi des belges. Même entre francophones d'un même pays, les différences de conception sont plus que des nuances.
On pourrait penser que les termes « État laïque » feraient l'unanimité sur la notion de séparation des églises et de l'État, mais ici encore, tout est question d'interprétations, voire de différences irréductibles.
On peut cependant comprendre qu'aujourd'hui, plus aucun croyant sensé (il y en a d'autres !) ne désirerait vivre dans un état religieux. Il sent confusément qu'il y perdrait sa liberté de croyance et d'exprimer publiquement sa foi, sa liberté religieuse, de pratiquer ouvertement son culte, en un mot, sa liberté de conscience et d'expression.
Pour beaucoup de religieux, la notion de séparation des églises et de l'État signifie donc que l'état ne doit pas se mêler des affaires religieuses. Pour beaucoup de laïques, c'est l'inverse : on souhaiterait que les églises ne se mêlent pas des affaires de l'État…
Comme athées, nous avons un besoin vital d'un État laïque selon la seconde version.
Je pense que peu d'autres laïques contesteront les deux conditions minimalistes (il y en a d'autres) que je cite :
  1. Un état laïque ne peut interdire ni favoriser aucune croyance ou religion, ainsi que son expression publique.
  2. Si le discours religieux est libre, un état laïque ne peut pénaliser sous aucune forme le discours anti-religieux.
Même en passant sous silence une série d'autres conditions qui font un véritable état laïque et en ne conservant que les deux que je viens de citer, il nous faut malheureusement constater qu'à ce jour, AUCUN état de l'Europe qui nous entoure ici ne peut être qualifié de laïque. TOUS reconnaissent, subventionnent et favorisent certaines religions de leur choix et leur enseignement dans les écoles publiques. Se rend-on seulement compte que ce faisant ils se livrent à des pratiques qu'ils prétendent bannir , c'est-à-dire la discrimination religieuse la plus arbitraire fondée sur de seuls choix politiques et non éthiques, ainsi que la manipulation mentale par l'endoctrinement des enfants les plus jeunes ?
Et quelles sont les religions majoritairement favorisées ? Ce sont comme par hasard les plus exclusives et les plus intolérantes, les plus immorales et les plus criminelles.
Le mot « criminelles » n'est pas excessif. Elles portent en germe dans leurs fondements tous les racismes, incitent au suicide par la sanctification du martyre ou appellent ouvertement au meurtre.
Et curieuse morale en effet que celle de ces dieux barbares qui exigent des sacrifices, de ces dieux racistes qui sélectionnent un peuple élu, de ces dieux fous qui tuent leur propre fils pour nous « sauver », de ces dieux meurtriers qui recommandent à leurs fidèles de tuer ceux qui ne croient pas en eux.
Aucune de ces religions les plus ouvertement favorisées n'a connu, prôné ou défendu la démocratie, autre impératif laïque incontournable, si ce n'est parfois tardivement, suivant les circonstances et dans leurs intérêts les plus immédiats. Elles ont toutes un caractère hégémonique et totalitaire et ne se portent bien que sous une dictature, religieuse de préférence.
Toutes se sont imposées aux individus de leur communauté sous peine de mort des récalcitrants.
Tous nos gouvernants pratiquent le révisionnisme historique en cherchant à gommer ces faits des héritages culturels de ces religions, héritages que l'on voudrait nous faire endosser à tous.
Et que penser de ce curieux « humanisme » qu'elles professent : la vie sera bien plus belle après la mort, dans une béatitude paradisiaque. Comment peut-on favoriser ou seulement permettre d'apprendre aux enfants dès leur plus jeune âge un tel mépris de la seule vie dont nous disposons ?
Et la France ? Seul pays européen à s'être donné une constitution laïque et prévoyant en principe explicitement la séparation des églises et de l'État ?
Oui, mais ! Car il y a des  « mais ». Cette même constitution stipule que la République « respecte toutes les croyances ». Lorsqu'on sait le sens que prend le mot « respect », il ne faut pas s'étonner qu'un tel texte pénalise évidemment toute critique de toute croyance.
Il suffit de voir les remous causés par une affiche d'un film comme « Amen » ou encore le procès fait à Houellebecq, impensable il y a seulement vingt ans. Que penser de cette France qui emboîte le pas à ses partenaires européens en instaurant l'enseignement du « fait religieux » dans les écoles publiques ? Alors qu'on refuse l'enseignement de philosophes matérialistes comme Diderot, qui avait plus d'occasions de s'exprimer sous une monarchie catholique qu'aujourd'hui dans une République « laïque » !
Qu'espèrent donc tous nos bons apôtres européens et déistes ? Des états paisibles et plurireligieux ? C'est sans doute souhaitable, mais ne se rend-on pas compte qu'il y a là une impossibilité matérielle lorsque ces religions sont elles-même intolérantes et exclusives les unes par rapport aux autres. On réclame une « laïcité ouverte », mais si on commençait par ne tolérer que des « religions ouvertes » ?
Les athées sont bien les premiers à réclamer d'urgence une société laïque. Si toutes les religions peuvent s'entendre provisoirement sous l'égide de leurs dieux uniques respectifs, toutes s'entendent toujours pour tenter d'éradiquer ce qu'elles désignent sous le nom du plus grand mal : l'athéisme.
Les associations défendant la laïcité pourront toujours compter sur l'Union des Athées à leurs côtés.
Johannès Robyn



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