La Tribune N° 109
(extraits) décembre 2001
   






EDITORIAL


Lorsque vous recevrez cette "Tribune", vous aurez déjà fêté, dignement nous l'espérons, la 32ème année de notre Union, première association officielle portant explicitement le nom d'Athée.
La presse et les médias bien-pensants, et bien souvent aussi ceux qui croient ou prétendent pratiquer une "laïcité ouverte", qualifient notre attitude "d'intolérante, provocante" et que nos propos "sont outranciers, stupidement haineux et exhalent les relents d'un anticléricalisme primaire et obtus, que l'on pouvait croire révolu" ou encore ne sont "qu'un rabâchage idéologique niant 2000 ans de christianisme".
Ces jugements ne peuvent que nous stupéfier (ou nous faire rire) par leur incohérence et leur outrecuidance ridicule.
Qui donc nie les vingt siècles d'histoire de la domination chrétienne en Europe ? Nous les nions si peu justement que, au vu de l'expérience, nous n'en voulons plus, chrétienne, bouddhiste, islamique, juive ou autre.
Que se passe-t-il donc dans la tête de ceux qui, si fiers de leur "héritage" religieux, fondé sur l'intolérance haineuse la plus bête, prétendent, sans rire, nous faire aujourd'hui des leçons de morale ou de "tolérance" ?
Tirer sa fierté du fait que les humains ont malgré tout continué à vivre, à penser, à réfléchir et à créer est d'un ridicule insondable, et vouloir de plus nous faire croire que c'est grâce à leurs religions que les rares choses un peu acceptables de l'histoire humaine ont été possibles est la caractéristique d'un orgueil démesuré et scandaleux.
Chaque fois que des hommes ont fait quelque chose d'un peu convenable, ils l'ont fait contre leur religion, contre les croyances, les préjugés, les dogmes, contre la vérité établie et même contre leur "culture", objet redevenu laïquement tabou.
À leurs risques et périls, bien souvent, mais les brebis galeuses sont presque toujours récupérées sous forme de martyrs. Mieux encore et plus subtil, leur appartenance religieuse (forcément, vous auriez dû essayer de ne pas être chrétien en Europe, et aujourd'hui, essayez toujours de ne pas être musulman né en pays d'islam !) est mise en avant pour nous prouver que c'est bien leur religion qui favorise les actes ou les créations d'exception.
Dépassé, obsolète, révolu l'anticléricalisme ? Il est à souhaiter qu'il reste bien vivant aussi longtemps qu'il y aura des cléricalismes de toutes les espèces.
Et les cléricalismes survivent encore longtemps après la perte de foi de leurs ouailles (ils sont structurés pour cela, les "ouailles" pas)…
Aujourd'hui, les prosélytes des "grandes" religions s'évertuent à nous persuader que leur religion, et aussi celle de leurs concurrents, n'est porteuse que d'amour et de paix.
"Christ est amour", "L'islam est porteur de paix" : mots doux et rassurants qui bercent (et endorment) l'entendement des auditeurs qui conservent, pour la grande majorité, un fonds religieux aussi ténu soit-il, par leur éducation ou leur "culture". Inconsciemment, face aux guerres impliquant directement les religions, ils se sentent un peu déculpabilisés.
Ces nouveaux discours religieux ne peuvent se tenir qu'au prix d'entorses et d'interprétations fantaisistes de leurs textes fondateurs les plus sacrés, même pour les musulmans (on sait que toute "interprétation" non orthodoxe du Coran est sévèrement punie).
Une telle attitude paraît pour le moins bizarre à l'athée. Elle suppose une reconnaissance implicite de la mauvaise interprétation de ces mêmes textes depuis des siècles, et aussi, pourquoi introduire aujourd'hui, parfois au chausse-pied, des conceptions modernes qui ne s'y sont jamais trouvées, pourquoi donc avoir attendu si longtemps ?
C'est reconnaître, sur une expérience qui a duré des siècles, coûté des millions de vies, entravé l'évolution sociale et intellectuelle de toutes les sociétés religieuses, l'échec total des conceptions religieuses passées.
C'est reconnaître aussi que les religions suivent les inclinations et l'évolution des hommes, et ne les guident pas, comme on voudrait leur faire croire.
Tout cela est très joli, mais pourrait-on nous expliquer pour quelle raison on conserve alors ces vieux textes qui n'ont jamais voulu dire ce qu'on veut leur faire dire maintenant ?
Une nouvelle religion, une nouvelle conception de "dieu" ?
Fort bien, mais alors qu'on mette la bible, les évangiles et tous les saints livres des docteurs de l'église (ils se sont quand même tous trompés), le coran et tous ces livres révélant la parole sacrée aux archives, à la disposition des étudiants et des érudits qui pourront encore mieux mettre en valeur les insanités qu'ils contiennent.
Et pourquoi ne favorise-t-on pas l'enseignement religieux des sectes ? Voilà bien de nouvelles religions !
Non, contre toute logique, on s'accroche au passé, qu'on estime pourtant à réinterpréter et même, au besoin à s'en repentir et on se bat par tous les moyens contre les nouvelles religions qui montent.
C'est parfaitement absurde, personne n'essayerait de réutiliser un vieux système qu'il constate n'avoir pas bien fonctionné pour en refuser un nouveau qui marche bien…
C'est pourtant ce que l'Europe laïque, ou plutôt religieusement pluraliste, s'évertue à faire.
Niant résolument l'expérience néfaste de siècles d'histoire religieuse, on enseignera les religions (pas leur histoire, mais pourquoi séparer l'histoire des religions de l'histoire tout court) et les juifs, les bouddhistes, les chrétiens et les musulmans seront tous tolérants et ouverts et tout ce petit monde, dont la "culture" n'a jamais pu imaginer une démocratie, sera évidemment démocratique.
Il n'y aura plus que les athées pour être sectaires et intolérants ! Avec un peu de chance, nous serons peut-être "tolérés" et ce mot retrouvera tout son sens.
Rêver d'un état plurireligieux est une belle utopie humaniste, mais qui ne pourrait théoriquement fonctionner que si ces religions sont elles-mêmes libres, démocratiques, "ouvertes", sans prétentions politiques ou législatives, et ne cultivent pas, dans leurs fondements, la haine de soi et de l'autre, l'exclusion et l'intolérance.
Comment se fait-il que cette Europe qui se voudrait "laïque", bien que fondée par des catholiques convaincus, accepte de favoriser l'enseignement dans les écoles publiques des religions précisément les plus intransigeantes.
Comment espère-t-on que des enfants à qui on apprend que son peuple a été élu par son dieu, que l'homme est mauvais par nature (si c'était vrai, il y a longtemps que nous ne serions plus là), qu'on gagne le paradis par la souffrance ou par le sacrifice de sa vie (et de celle des autres) pour la défense de sa foi et que de toutes manières son dieu est le seul vrai, que ces enfants puissent devenir des démocrates laïques ?
Pense-t-on sincèrement qu'en les enseignant dans les écoles ces religions évolueront vers une sorte de déisme agnostique ?
C'est sans doute que ces rêveurs sont agnostiques…
Nous, "dieu", on s'en fout, il ne nous gêne pas, il est bien dans son au-delà. Ce qui nous em…, ce sont les religieux qui nous imposent leurs lubies.

Johannès Robyn

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AGNOSTIQUE ? KÉSACO ?

On le sait au moins depuis Parménide "L'être est, le non-être n'est pas ..." (1) et la question "pourquoi n'y a-t-il pas rien" (2) est aussi idiote que de se demander "pourquoi le violet n'est il pas noir" ? (voir les "Tribunes" n°108 p.2, n°105 p.5 et n°104 p.6). Pour l'athéiste, tout ce qui EST est du monde, et il n'y en a donc pas "d'autre" .
Il y a un monde et il n'y a que celui-là, ou si on veut, dit autrement : "Il n'y a de monde que le monde" (3).
Ceci qui ne signifie évidemment pas qu'il affirme que tout ce qui est (l'univers entier) lui est connu. Ce qu'il n'a pas encore perçu fait aussi partie du monde, mais ne se trouve en aucun cas dans un "au-delà" inexistant.
S'entendre dire "l'un est" (4) ne lui paraît pas plus étrange que "les choses sont" (aux pommes ?) ou "les choses sont un" (c'est à dire sont "l'être"), parce que ces formules pseudo-transcendantes ne font jamais que le ramener à Parménide, ce qui, outre le fait de n'être ni original ni très neuf, ne cache pas grand chose si ce n'est une évidence et même une "lapalissade".
L'athée est donc bien avant tout un "athéiste" au sens de Kojève (le "théiste" étant celui qui admet l'existence d'un "au-delà"), comme la plupart des agnostiques (je ne pense pas connaître d'agnostique théiste, quoique...).
L'athée pense que la diversité infinie du monde ne lui permettra jamais de le connaître entièrement, ni de tout expliquer définitivement. Ici encore, beaucoup d'agnostiques tiennent un discours semblable, mais déjà un début de décantation se dessine.
Le fait d'admettre l'infinie diversité du monde implique évidemment qu'il y aura toujours pour nous des "choses" inconnues (heureusement !). Mais l'ambiguïté, ou l'impré-cision, du langage mène insensiblement à l'assertion "il y a donc des choses inconnaissables".
La nuance peut être de taille !
Si pour nous, les "choses" non encore connues étant de ce monde et donc toujours susceptibles d'être découvertes (connues, potentiellement "découvrables"), puis éventuel-lement expliquées, nous ne pouvons gratuitement affirmer qu'il existe de l'inconnaissable, de l'inconnaissable "en soi", par nature, de l'inconnaissable éternel et asséner l'assertion "l'inconnaissable est" (remplacez "l'inconnaissable" par "Dieu" et on y est) sous prétexte que, puisqu'il y aura toujours de l'inconnu, il "y a" de l'inconnaissable.
Il est aussi absurde de qualifier l'inconnu, par exemple de la qualité "inconnaissable", que de prétendre que le non-être est.
Certains agnostiques (5) pourtant fondent leur déisme sur cette approche (l'ultime "inconnu"), même si, comme l'athée et la grande majorité des agnostiques, ils affirment "ne pas croire" (l'athée ne "croit" pas plus au monde qu'à la matière).
C'est un peu comme si on disait que certains nombres définis par une suite infinie (comme le nombre "pi" par exemple) sont inconnaissables puisqu'on ne peut jamais calculer toutes leurs décimales (ou, plus simplement, pourriez-vous écrire un nombre qui vaudrait exactement 1/3 ?).
À ce compte, il serait plus correct de dire qu'on ne "connaît vraiment" jamais rien…(ah ! "l'essence" des "choses"…), ce qui n'est, en définitive, qu'une autre évidence très banale.
Ceux qui se disent agnostiques et affirment qu'il existera toujours de l'inconnaissable dans l'inconnu ont une attitude contradictoire avec leur propre doctrine : ils ne laissent plus la porte ouverte aux autres hypothèses.
Plus grave : comment peut-on affirmer quoi que ce soit à propos de l'inconnu ?
Plus conformes à la doctrine, à la logique et au bon sens, certains nous disent : "Il est possible qu'il existe de l'inconnaissable." (on n'écarte aucune hypothèse).
Le fait de ne pouvoir nier une telle assertion (et l'athée s'en gardera bien) conforte ce type d'agnostique (d'ailleurs parmi les moins agressifs à notre égard) dans sa position.
Mais les athées indélébiles que nous sommes répondent avec le même bon sens : "Si quoi que ce soit existe, même qualifiée d'inconnaissable, cette "chose" est de ce monde et a de ce fait une action sur lui, action que nous pourrons percevoir un jour (nous non plus, ne nions aucune hypothèse a priori) et la "chose" ne sera plus "inconnaissable". Si maintenant j'admets que l'on pourrait, du moins théoriquement mais à l'encontre du bon sens, concevoir un inconnaissable existant à jamais indécelable (qui n'aura jamais aucune interaction avec le reste du monde), alors cette chose est comme si elle n'était pas, elle n'aura jamais rien à voir avec le monde, ce serait un existant qui aurait toutes les caractéristiques de l'inexistant et supposer qu'elle puisse exister ou non ne change rien à rien."
L'athée serait donc encore plus agnostique que l'agnostique.
Si jamais il vous arrive de discuter avec un tel agnostique, faites comme moi, allez prendre un pot avec lui (ou avec elle) et parlez d'autre chose, par exemple du fait que les dinosaures n'ont jamais pu percevoir l'explosion d'une bombe à hydrogène (et pourtant elle existe), et aussi qu'ils ont perçu des choses qui existaient que nous ne percevrons plus jamais…
Mais le clivage entre l'athée et d'autres agnostiques prend une autre forme lorsqu'on nous annonce qu'il faut bien (ou qu'il n'est pas impossible qu'il existe) un horloger (ou un grand architecte), un esprit ou une force (supérieure) qui "organise" le monde pour qu'il soit tel qu'il est. Pour certains même, la "beauté" du monde atteste de l'existence possible de ce "grand esprit", quel que soit le nom qu'on lui donne.
Si effectivement l'athée lui non plus ne peut écarter aucune hypothèse, même si elle paraît contraire à son savoir ou invraisemblable, encore faut-il qu'il s'agisse vraiment d'une hypothèse, c'est à dire d'une assertion vérifiable, contrôlable, (même seulement sur le plan théorique), discutable et surtout réfutable, conditions que l'hypothèse "dieu" (même au sens agnostique) ne paraît pas remplir. De plus, et c'est le plus important ici, le "sens" de l'organisation ou de la beauté relèvent plus d'une tournure d'esprit ou d'un ensemble d'émotions bien humaines que d'une qualité divine.
On retrouve presque l'anthropomorphisme des "êtres supérieurs" de toutes les religions.
Et puis, ne pourrait-on répondre, avec bien plus d'arguments, que bien au contraire le monde n'est qu'un chaos (certains diraient "un merdier") pas du tout organisé, qui ne "sait" pas du tout "où il va", qu'il y existe de tout et n'importe quoi, tout ce qui est "possible", pourvu que ça "sur-existe" pour un certain temps (6), même les trucs les plus impensables, mais qu'on peut toujours finir par découvrir à un moment donné.
Parler de "magnifique ordonnance" ou de "beauté" ne relève que de rêveries subjectives et futiles, ce qui n'est évidemment pas interdit, mais ne fait pas progresser notre compréhension du monde.
Dans cette catégorie d'agnostiques (on ne peut être exhaustif, les variétés d'agnosticisme sont aussi nombreuses que les conceptions religieuses), la plupart aboutissent à une sorte de panthéisme inavoué : "l'esprit" serait dans la matière, "Dieu" dans le monde, le monde serait "Dieu".

On veut bien, mais pourquoi appeler ça "Dieu", le terme à une connotation historique beaucoup trop précise, à moins bien entendu de supposer que ce "Dieu-monde" soit influençable et que nos incantations puériles ou nos rites ridicules pourraient parfois le faire changer d'avis. Si ce n'est pas le cas, il ne s'occupe pas de vous, alors, ne vous occupez pas de "lui".
        Les athées réfutent l'hypothèse "dieu" (ce qui est plus rationnel que de nier une existence invérifiable) parce que d'une part, lorsque le terme "dieu" désigne une "chose" trop précise, l'hypothèse est absurde, contradictoire, déresponsabilise (déshumanise) l'homme et finit par en faire (de ce "Dieu") une "chose du monde", ce qui en ôte son caractère divin, et d'autre part, lorsque sa qualification devient trop vague, ni le terme ni l'hypothèse ne signifient plus rien.
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(1) Philosophe éléate (d'Élée) du VI-Vème siècle avant l'ère chrétienne, disciple de Xénophane de Colophon.
Son raisonnement - tout théorique - (il n'y a donc pas de vide - assimilé au non-être - et le monde est plein) le conduit paradoxalement à conclure à l'impossibilité du mouvement (son élève Zénon produisit bien d'autres paradoxes, dont les mécanismes ne furent étudiés en profondeur qu'au début du XXème siècle, avec Russell entre autres). Ceci amena Démocrite (d'Abdère) à en prendre le contre-pied (démarche poppérienne avant la lettre) en développant la théorie atomiste de Leucippe, première physique matérialiste (connue) excluant l'intervention des dieux dans une explication du monde (mais en réintroduisant le "vide" où ses "atomes" pouvaient se mouvoir).
De son œuvre détruite, il reste quelques vers ("De la nature") traitant de l'unité et de l'éternité de l'être.
(2) Il ne peut y avoir de discours sur le rien. Voir le livre posthume (L'athéisme) de Kojève (que l'auteur n'a jamais voulu publier. Coll. Tel chez Gallimard, 1998) et ne pas faire confiance aux critiques et autres commentateurs (comme l'auteur de la préface, Laurent Bibard) qui voudraient nous faire croire qu'il "chosifie le néant", c'est juste le contraire.
(3) Remplacez "monde" par "Dieu" (Allâh) et vous aurez le début de l'appel à la prière des musulmans, qui commence par une négation apparente : "Il n'y a (pas) de Dieu (autre) que Dieu".
(4) Dans le bassin méditerranéen oriental, la divinité (unique) se désignait par "El", "Yah" ou"Lah" (encore toujours "El" ou "Io" dans les manuscrits de la Mer Morte ; voir aussi le mot "yahada", communauté), à rapprocher de Yah-weh et de Al-lâh. Voir aussi l'étymologie du mot "(h)allélouia(h)"...('Illel-w-yah).
Ici aussi, on peut remplacer "l'un" par "Dieu" pour retrouver une formule bien connue.
(5) Je ne veux pas être aussi sévère avec "les agnostiques" qu'ils le sont généralement avec les athées ("nier l'existence de dieu est aussi irrationnel que d'affirmer son existence") et les mettre "tous dans le même sac".
(6) Voir Diderot dans sa "Lettre sur les aveugles".

Johannès Robyn

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JE SUIS AGNOSTIQUE, DIT-IL

        Spyros Artavanis-Tsakonas, gréco-américain, est un savant éminent de cinquante cinq ans.
        Élu professeur au collège de France dans la nouvelle chaire biologie et génétique du développement, il a prononcé jeudi 26 avril 2001 sa leçon inaugurale publiée pour l'essentiel dans le journal Le Monde du surlendemain.
Il déclare se situer à l'aube de la biologie informatique ou bio-informatique, c'est à dire la recherche des rapports qui unissent cette forme de mathématique à la biologie.
Comme il le fait remarquer, la science n'est plus l'affaire de solitaires mais d'équipes pluridisciplinaires, ce qui introduit une nouvelle psychologie, pour affronter le nouveau concept de "mégascience" y compris, désormais, en biologie avec des approches plutôt moléculaires, ou plutôt génétiques, ou plutôt embryologiques, etc.

Lui-même dirige plusieurs équipes aux Etats-Unis et en Europe pour lesquelles le paramètre expérimental n'est plus le seul gène isolé mais le génome, d'où la génomique devenue l'élément majeur de la "biologie du développement" qui se présente comme une discipline extraordinairement vaste et prometteuse en médecine et par suite pour l'ensemble de la société. Je m'arrête là, car ça devient compliqué…

Mais il est un autre aspect à retenir, que l'on trouve dans sa conclusion et qu'il, exprime ainsi : "En tant que chercheur et donc en tant qu'agnostique, je dois laisser la porte ouverte à de nouveaux systèmes de valeurs".
Or, beaucoup d'autres savants ont écrit ou disent la même chose. Certains vont jusqu'à prétendre, éblouis, que ce qu'ils découvrent sort de la main de Dieu qui par eux se révèle au monde comme Être parfait créant et animant tout sans cesse. Mais aucun n'en a jamais tiré la preuve de l'inexistence de Dieu, ce qui peut paraître troublant.

En fait, le vrai savant est celui qui cherche et trouve des vérités toujours partielles et provisoires. Le vrai savant ne peut jamais être parfaitement sûr de rien car il sait d'expérience que le dévoilement de la "Vérité" sera, à l'échelle du temps, infini et surprenant. Il sait que demain ou plus tard ses découvertes seront approfondies jusqu'à être dépassées, anéanties, car telle est la loi du développement ininterrompu de l'esprit humain, du moins jusqu'à disparition possible de l'espèce.
Le Petit Larousse illustré de ma jeunesse est formel : l'agnosticisme est "toute doctrine qui déclare l'absolu inaccessible à l'esprit humain."
Au fond, telle peut être aussi la conviction de l'athée, car lui aussi, pas plus que quiconque, ne peut atteindre l'absolu pour en extraire des conclusions définitives sur dieu.
L'athée n'a jamais prétendu prouver son inexistence ; simplement, il n'y croit pas ; c'est un "sans-Dieu" tranquille qui échappe à l'angoisse métaphysique, ce d'où il tire son vrai bonheur.
Pour lui, les dieux - car il y en a beaucoup à la surface de la terre, selon les peuples et les civilisations - sont inventés de toute pièce par les religions qui s'en servent comme outils de domination avec pour conséquences des rivalités, des conflits, des guerres auxquels l'athée reste parfaitement étranger car il est pacifique.
L'athéisme est une philosophie matérialiste au seul service de l'homme qui doit apprendre à gérer son environnement dans le respect des équilibres conformes à ses intérêts et à l'abri des mythes et des préjugés.
Ainsi l'athée peut faire un bon bout de chemin avec l'agnostique quand celui-ci parle de laisser la porte ouverte, ce que l'on appelle aussi la libre pensée.

Max Bayard

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LA FOI ET LA HAINE

        De nombreuses analyses ont été publiées ces derniers temps par des penseurs de toutes appartenances pour tenter d'expliquer les motifs du déchaînement de violence auquel nous venons d'assister.
        Certains ont postulé que l'arrogance du monde occidental, sa richesse fondée sur l'exploitation des pays les plus pauvres était un motif suffisant pour qu'après avoir longtemps couvé, une tourmente explose un jour.

        On peut certes comprendre que la haine des déshérités se focalise d'abord sur le symbole le plus universellement reconnu de la domination impérialiste, les États Unis d'Amérique. Mais cette interprétation «économique» est par trop simpliste. Elle n'explique pas par exemple les massacres de simples citoyens commis en Algérie par les Islamistes, les tortures et les exécutions sommaires par les Talibans, etc...

        Il faut bien qu'un autre facteur porte l'expression de la haine à son paroxysme tout en faisant disparaître toute notion d'humanité. Inutile de chercher très loin ce catalyseur :

Il a déjà été dit que les religions, toutes sans exception, n'ont jamais servi à rapprocher et réconcilier les hommes, bien au contraire. Elles ont été et continuent d'être la cause de souffrances indicibles, de carnages, de violences physiques et spirituelles monstrueuses, constituant l'un des plus ténébreux chapitres de la misérable histoire humaine.

José Saramago (Prix Nobel de Littérature 1998)
le Monde 22/09/01
        Au cours des siècles, le record de la haine et de l'extermination a pu être ainsi attribué alternativement à l'une ou à l'autre des grandes religions, avec des intermèdes offerts par quelques idéologies mystiques, comme le nazisme (Gott mit uns).
        Pour le moment, la réaction de M.Bush (God bless America, «croisade» du bien contre le mal) paraît relever d'un retour en force du mysticisme chrétien le plus archaïque face aux attaques des Islamistes.

        Les événements récents ont en outre montré que des individus pourvus de diplômes universitaires authentiques, c'est à dire qui ont assimilé quelques chapitres des sciences et des techniques, produits rationnels de l'intelligence humaine, restent néanmoins convaincus que s'ils utilisent cette intelligence pour se détruire de façon spectaculaire en compagnie d'autres êtres humains qui ne fréquentent pas leur église, il restera d'eux quelque chose qui sera transporté au Paradis par les voies les plus rapides.
        Comment comprendre cette schizophrénie mortelle ? Comment expliquer que des individus normalement intelligents admettent un postulat délirant, asséné par des chefs qui se gardent bien d'agir par eux-mêmes.
Il suffit d'avoir LA FOI, c'est-à-dire de croire sans réfléchir aux fables les plus débiles que les dignitaires de toutes les religions construisent et enrichissent en fonction de leur imagination, avec le mépris le plus total pour la raison.

Jean Legault-Démarre

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DIEU, L'ÉGLISE ET LA GUERRE

'ai sous les yeux un ouvrage broché qui fut imprimé sur du mauvais papier en 1822 chez Rimbaut, à Tournai (Belgique).
Il s'intitule "Dieu, l'Eglise et la Guerre" et son auteur fut Jacques Lepetit.
Il s'agit d'un ouvrage pamphlétaire dans lequel sont dénoncés les manœuvres et les actes de l'Eglise catholique durant les troubles que certains pays d'Europe connurent entre 1850 et 1920.
J'y relève, aux pages 46 et 47, les impudents mensonges qu'un canard jésuitique (dixit l'auteur) intitulé l'Opinion de la Manche diffusa en 1917.
Il y était question d'un prêtre allemand qui, en mourant dans une ambulance lors de la bataille de la Marne, aurait dit à une religieuse que les soldats allemands avaient vu dans le ciel la Vierge qui leur tournait le dos et semblait les repousser de la main droite tout en s'inclinant vers Paris. Une autre religieuse aurait reçu une confidence semblable d'un prisonnier allemand. A en croire ce dernier, la Vierge repoussait les allemands à chaque fois qu'ils recevaient l'ordre d'avancer et, le 8 septembre, elle l'aurait fait avec une telle force que tous auraient détalé ! Cent mille soldats auraient vu le prodige affirmait cette gazette...
Aux pages 324 et 325 de son livre, l'auteur rapporte divers témoignages faisant état d'un ange monté sur un cheval qui serait apparu aux anglais lors de la célèbre bataille de Mons.
Jacques Lepetit considérait tous ces témoignages et ces textes comme des hallucinations, des exagérations ou des mensonges et il avait bien raison. Pour tout dire, j'en ai des quantités d'autres, du genre, dans mes archives. Depuis l'aube des temps, en effet, et bien avant même que l'empereur Constantin fut censé avoir vu dans le ciel la croix qui lui aurait assuré la victoire et en aurait fait un chrétien, tous les peuples ont prétendu avoir été aidés par leurs dieux sur les champs de bataille. De fieffés menteurs ou des naïfs ont écrit sur ces faits pour en témoigner (!) face à l'Histoire. Mais, le plus souvent, il n'y eut à leur base que des rumeurs savamment distillées par des prêtres qui savaient qu'une rumeur, pour peu qu'elle rencontre des esprits enfiévrés par la mysticité et l'ignorance, se transforme bien vite en témoignages apparemment solides et que ces derniers émanent de faux témoins qui ne demandent eux-mêmes qu'à y croire...

Ce qu'il y a d'amusant (si l'on ose dire en parlant des horreurs de la guerre), c'est que le même dieu s'est bien souvent retrouvé à la fois du côté des vainqueurs et des vaincus. Dans ce cas, les prêtres ont toujours retourné leur veste avec un talent consommé pour expliquer aux vaincus que le dieu les a punis pour leur impiété.
Nombreux furent les papes de l'Eglise catholique qui prirent nettement position dans certains conflits. Il y en eut même, jadis, qui combattirent l'épée à la main. Jean-Paul II, dont on connaît la subtilité (?) a fait mieux que tous ses prédécesseurs puisqu'il vient d'expliquer que le commandement divin "tu ne tueras point" semble connaître au moins une exception...
Elle s'appliquerait précisément aux événements du 11 septembre.
Ouf! Les chrétiens peuvent dormir tranquille : Dieu ne leur en voudra pas si, pour massacrer un petit nombre d'intégristes musulmans, on en vient à tuer des quantités d'innocents.
Amen!

Marc Halet

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NE NOUS Y TROMPONS PAS

        Ce n'est pas parce que nous ne prions pas, nous incroyants, que nous ne sommes pas sensibles aux malheurs d'autrui et que nous ne sommes pas capables de compassion.
        Ainsi, des suites de la tragédie qui a frappé les USA et plus spécialement New York, Manhattan ; des milliers de morts : d'abord ceux qui se trouvaient dans les appareils et qui ont vu leur mort arriver, soit volontairement, soit involontairement ; ensuite ceux qui se sont trouvés dans les tours, ou sous les tours lorsqu'elles se sont effondrées ; les sauveteurs, pris au piège, accourus pour venir en aide aux premières victimes.
Donc, des deuils ; et des blessures ; que de souffrances !
        Mais nous serions tentés de dire : s'il existait un dieu omniscient, tout-puissant et bon… comment aurait-il pu permettre cela, et tant d'autres choses affreuses qui adviennent chaque jour à travers notre vaste monde. Comment, dans ce cas particulier, n'aurait-il pas arrêté, avant qu'il ne soit trop tard, le bras des assassins ?
        Laissons donc de côté la façon dont chacun éprouve ou manifeste sa compassion. Pour notre part, elle est d'autant plus grande que nous ne mettons aucun espoir dans quelqu'autre monde et que nous ne pouvons assigner aux trépassés aucun autre destin post mortem : simplement un pur et simple anéantissement. Certes, cela n'est sans doute pas gai ; pas réconfortant. Qu'y pouvons nous, et si nous estimons qu'il en est AINSI.

Tout se passe par conséquent, selon nous, dans CE monde et dans aucun autre ; tout dépend de nous, des hommes, pour ce qui est de la part des choses sur laquelle ils ont quelque pouvoir. A nous de faire en sorte que ce qui fut, ce qui a été, ne soit pas, ne soit plus.

Il y a hélas beaucoup de chemin à faire. Le cardinal Lustiger dit : il faut que change le cœur de l'homme. Nous ne sommes pas sûrs que ce soit là que se situe le problème ; plus que dans le cœur, nous pensons que c'est dans sa tête que les choses se passent.
Dans sa tête, c'est-à-dire, dans son esprit, dans son mental ; dont nous savons qu'il comporte à la fois du conscient et de l'inconscient. De ce dernier, nous ne connaissons pas grand chose ; tout au plus, pouvons-nous parfois en mettre à jour quelques bribes (à la faveur de la psychanalyse ?). Sur le conscient même, il n'est pas toujours facile d'agir.
On reconnaît cependant aux humains une part de liberté, et une possibilité de volonté
L'instrument qui nous paraît le plus propre à "redresser la barre", c'est la raison.

Oui, plus qu'aux sentiments qui envahissent le cœur, nous croyons que l'être humain dispose, malgré tout (c'est-à-dire malgré tous les conditionnements dont il est plus ou moins prisonnier, soit génétiquement, soit par l'effet de son environnement) d'un potentiel de liberté, de volonté, de raison, à l'aide duquel il peut faire en sorte de s'extraire de l'animalité et de promouvoir en lui ce qu'il contient de meilleur.

Cela s'appelle, pour certains, la vertu : autrement dit, la force de caractère grâce à laquelle il se comportera de manière à ne pas nuire à autrui mais au contraire à se solidariser avec les autres, sachant que l'on n'est pas seul au monde, que "l'on a souvent besoin d'un plus petit que soi", et qu'il convient de "ne pas faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas qu'on nous fît."
Voilà une morale bien simpliste ? Je n'en connais pas de meilleure ; je veux dire : qui soit accessible à tous, et qui puisse être mise en œuvre par chacun ; c'est affaire de bonne volonté.

J'entendais récemment le philosophe Paul Ricoeur, raisonnant sur la philosophie morale, qui soulignait notamment que si le libéralisme politique était hautement souhaitable puisque lui seul, permettait l'expression de toutes les idées et toutes les opinions ; si le pluralisme appelait nécessairement un "dissensus", d'ailleurs bénéfique, il y avait une ligne qui ne devait jamais être franchie : c'est celle qui sépare l'argumentation, la discussion, voire la contestation, de la violence.
La barbarie commence, ou recommence, dès que l'on a recours à celle-ci.
Je crois effectivement que c'est là une vérité incontournable : qu'aucune cause quelle qu'elle soit ne justifie ce recours, tout au moins pour celui qui veut demeurer dans le cadre d'une humanité civilisée.

Voilà le B.A.BA que je propose à ceux qui accepteront de décliner le mot BARBARIE à la lumière de tout ce qu'il reste d'animalité dans l'homme ; c'est-à-dire de cet instinct qui l'amène à vouloir imposer par la force ce dont il ne peut convaincre par l'esprit, par l'argumentation.
Ce n'est sans doute pas de nature à tout résoudre ; mais ne sont ce pas les "écritures" qui disent qu'au commencement était "le verbe" ? Le verbe, c'est le contraire de la violence ; et quand celle-ci se substitue au verbe, il n'y a plus "qu'à tirer l'échelle".

Henri Blandin

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QUAND LE BATIMENT VA, TOUT VA
(Hymne du B.T.P.)
ou
DES DÉLOCALISATIONS RELIGIEUSES

D'après "Le Monde" (07/12/2001), déjà le directeur du petit musée de l'Afghanistan de Bubenberg, en Suisse, propose la reconstruction "in situ" des bouddhas géants de Bamiyan réduits en poussière par les talibans au printemps.
Le "in situ" est ambigu : s'agit-il de les remettre en place à Bamiyan… ou en Suisse ? Alors, mine de rien, superbe avancée en termes de prosélytisme religieux.
Dans le même numéro du même journal on apprend que des centaines d'ouvriers chinois travaillent, jour et nuit, à la copie grandeur nature d'une des deux statues pour l'ériger, le 2 mars 2002, un an jour pour jour après les dynamitages, dans un parc d'attractions du Sichuan.
Tenez-vous bien : que la Chine "communiste" vole au secours d'une idolâtrie sur son propre sol à des fins touristiques dans une région où il y a pas mal de musulmans en dit long sur "le veau d'or qui est toujours debout".
Le même journal révèle que l'entreprise qui a édifié la statue géante de Gilbert Bourdin, alias messie cosmoplanétaire de la cité sainte de Mandarom Shambhasalem (à vos souhaits), dynamitée le 6 septembre 2001 à Castellane a été chargée d'en évacuer les gravats. Les croyances, ça va, ça vient et ça rapporte plutôt deux fois qu'une : une fois à l'aller et une autre fois au retour…
C'est comme l'église catholique romaine qui préfère les repentances (dernière en date : les "missions") à l'indifférence.
Tant qu'on parle d'elle, la voilà rassurée

Claude Champon

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MÉDIOLOGIE, MÉDIOCRE THÉOLOGIE

        En ces temps de carnages, attentats, bombardements, bruits de bottes, les "média" ont réagi avec un sens assez sûr de l'ambiance : sur les couvertures "Dieu" est partout. Saine association d'idées : là où est la souffrance le grand manitou ne saurait manquer.
        Même la "culture" officielle s'en mêle. Ainsi "Le Monde" du 16 novembre 2001 dont la page V est un monument de bondieuseries. Le Révérend Père Tincq se fend d'un article d'où il ressort qu'aux athées et autre incroyants il manque quelque chose. Nous sommes des handicapés, des infirmes. Tout ceci comme interprétation du livre de Pascal Boyer "Et l'homme créa les dieux" (Robert Laffont 2001).
Mais on n'est pas surpris.

Il est rejoint dans ses efforts par Christian Delacampagne qui devrait plutôt se nommer Du Poncif. Son article "Une biographie de l'Eternel" en fourmille. Qu'on en juge :

1 - …"la culture religieuse n'est plus guère répandue de nos jours"… Mais quand le fut-elle ? Quand les églises étaient pleines de gens qui braillaient dans une langue qu'ils ne comprenaient pas, y avait-il plus de "culture religieuse" ? J'étais premier au catéchisme (du temps de Pie XII) et tout ce que je sais du christianisme je l'ai appris plus tard en voyageant en Italie dans les musées et les églises !

2 – "ce vieux classique inusable : la Bible." En voilà une balançoire. Les catholiques restent toujours très réservés sur "l'usage" du vieux classique ; quant aux protestants, absorbés dans leur colloque singulier avec manitou, ils procèdent par grognements entendus. Moins on en parle, mieux c'est. Par contre il faut la retraduire constamment comme si ça pouvait l'améliorer.

3 - …"un petit peuple". Larmoiements garantis, alors que ça commence à bien faire avec les petits peuples dont on sait que ce sont les pires, les plus teigneux, les plus arrogants, les plus sûrs d'eux-mêmes arc-boutés sur leur victimisme commode ; complexe du petit village breton. On avait aussi le petit peuple vietnamien capable de flanquer une rouste aux USA ; à quand l'héroïque petit peuple afghan qui a déjà flanqué une rouste à l'URSS ? Ou corse ?

4 – Dans la bagarre Delacampagne-Du Poncif en vient tout naturellement à accuser Régis Debray dont il présente (descend ?) le livre "Dieu, un itinéraire" d'antisionisme et d'antisémitisme.

5 – "Debray, cela se sent, a de la sympathie pour Jésus, de l'admiration pour le courage des premiers disciples, de la tendresse pour le personnage de Marie." L'ancien quotidien de "la rue des Italiens" ne cesse de se rapprocher de la place Saint-Sulpice. Il est vrai que Régis Debray depuis les temps de la Bolivie ne paraît pas très univoque.

6 – Delacampagne admoneste Debray qui n'admettrait pas que le XXIème siècle sera…(vous connaissez la suite). Et il propose une formule qui aurait échappé au pape de la médiologie : "Athées, vous n'avez rien compris."

        Nous comprenons que le "rien" existe, comme le petit pois dans la boîte crânienne de certains.
D'où transition à un articulet du "Figaro littéraire" du même jour présentant un nouveau livre de Pierre-Emmanuel Dauzat, spécialiste de la thèse du suicide de Jésus, ce qui n'est pas très bouleversant. "En un mot, comme l'ont bien vu les nominalistes, Dieu n'est jamais que le nom de Dieu. Et c'est ce nom qui est irréfutable."

Mais qu'est-ce que "réfuter" un nom ? Ou de l'art de faire dire aux nominalistes exactement le contraire de ce qu'ils réfutent.

Claude Champon

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LE CORAN, MESSAGE DE PAIX ?…
pour ceux qui veulent y croire envers et contre tout

"Dieu a mis un sceau sur leurs (les incrédules) cœurs et leurs oreilles ; un voile est sur leurs yeux et un terrible châtiment les attend. Certains hommes disent : nous croyons en Dieu et au Jour dernier, mais ils ne croient pas. Ils essayent de tromper Dieu et les croyants ; ils ne trompent qu'eux-mêmes et ils n'ont pas conscience. Leur cœur est malade : Dieu aggrave cette maladie. Un châtiment douloureux sera le prix de leur mensonge" (1) Sourate II (la vache ou la génisse) verset 7

"Si vous ne le faites pas (apporter des témoins autres que Dieu) – et vous ne le ferez pas – craignez le Feu qui a pour aliment les hommes et les pierres et qui a été préparé pour les incrédules." (1) II, 24

"Ils ont dit : "Nos cœurs sont incirconcis". Non!… Que Dieu les maudisse à cause de leur incrédulité."(1) II,88

"Allâh maudisse les incroyants." II, 83 ou 89.

"Aux incroyants la honte du tourment (ou un supplice ignominieux)." II, 84 ou 90.

"Aux incroyants l'affreux tourment (un châtiment douloureux)." II, 98 ou 104.

"Ceux qui troquent le chemin et le pardon contre l'erreur et le tourment, comment vont-ils endurer le feu ?" II, 170 ou 175

"Dieu n'aime pas les transgresseurs. Tuez-les partout où vous les rencontrerez." (1) II,191

"Allâh n'aime ni l'incroyant (le pécheur incroyant) ni l'impie." II, 276 ou 277

"Les incroyants, je les tourmenterai terriblement (ou je les punirai d'un châtiment cruel) en cette vie et dans l'autre et ils seront sans recours." III (la famille d'Amram), 49 ou 56

"Quiconque cherche une autre religion que l'Islam ne sera pas accepté." III, 79 ou 85

"Qu'Allâh éprouve ceux qui croient et détruise (ou fasse disparaître) les incroyants." III, 135 ou 141

"Nous jetterons l'effroi dans le cœur des incroyants." III, 144 ou 15

"Les incroyants vont et viennent dans le pays, mais ne t'y trompe pas, piètre est leur joie, et leur refuge sera la géhenne (ou leur demeure sera l'Enfer)." III, 196 ou 196-197

"Nous tenons prête pour les incroyants la honte du tourment (ou une peine ignominieuse)." IV (les femmes), 37 ou 41.

"Ceux qui ne croient pas à nos versets (ou à nos signes), nous les pousseront au feu. Chaque fois que leur peau sera brûlée, nous leur donnerons une autre peau pour qu'ils goûtent le tourment." IV, 56 ou 59.

"Ne prenez pas d'amis (ou de patrons) chez eux avant qu'ils émigrent dans le sentier d'Allâh. S'ils tournent le dos, saisissez-les, tuez-les où que vous les trouviez." IV, 89 ou 91

"S'ils ne se tiennent pas à l'écart, s'ils ne se rendent pas à vous et ne déposent pas les armes, saisissez-les, tuez-les où que vous les trouviez. Nous vous donnons tout pouvoir sur eux." IV, 91 ou 93

"Allâh tient prêt pour les incroyants la honte du tourment (ou un supplice ignominieux)." IV, 102 ou 103

"Nous tenons prête pour les incroyants la honte du tourment (ou un supplice ignominieux). IV, 150 ou 151

"Les incroyants qui nient nos versets seront les hôtes de la fournaise (ou les compagnons de l'Enfer)." V (la table servie), 10 ou 13

"Les incroyants qui nient nos signes seront les hôtes de la fournaise (ou les compagnons de l'Enfer)." V, 86 ou 88

"Oui, les incroyants auront le tourment du feu." VIII (le butin), 14

"Vous ne les avez pas tués, c'est Allâh qui les a tués." VIII, 17

"Les pires bêtes, aux yeux d'Allâh, sont les incroyants qui s'entêtent à ne pas croire." VIII, 55

"Annonce aux incroyants l'affreux tourment. Les incroyants avec qui vous avez fait un pacte et qui ne vous ont pas fait tort et n'ont aidé personne contre vous, eh bien respectez ce pacte jusqu'à son terme car Allâh aime les fidèles. Une fois passés les mois sacrés, tuez les incroyants où que vous les trouviez. Prenez-les, assiégez les, dressez leur des embuscades. S'ils se repentent, font la prière, acquittent l'aumône, laissez-leur le champ libre, car Allâh pardonne, il a pitié." IX (la repentance, ou l'immunité), 3-5

"Ceux qui ont accusé de mensonge Dieu et son prophète sont restés chez eux. Un châtiment douloureux atteindra bientôt ceux d'entre eux qui sont incrédules" (1) IX, 90

"Parmi les bédouins qui vous entourent et parmi les habitants de Médine, il y a des hypocrites (des polythéistes) obstinés. Tu ne les connais pas ; nous, nous les connaissons. Nous allons les châtier deux fois, puis ils seront livrés à un terrible châtiment." (1) IX, 101

"Croyants, combattez les incroyants qui sont dans vos parages et qu'ils vous trouvent durs." IX, 123.

"Ceux qui ne croient pas aux versets d'Allâh, il ne les guide pas, ils auront l'affreux tourment." XVI (les abeilles), 104.

"Nous avons préparé pour les coupables un feu dont les flammes les envelopperont. S'ils crient au secours, nous les secourrons avec une eau comme du bronze en fusion pour leur brûler la face." XVIII (la caverne), 29.

"Ah ! si les incroyants connaissaient le moment où ils ne pourront soustraire au feu leur face ni leur dos, car ils seront sans recours." XXI (les prophètes), 39

"On taillera des vêtements de feu pour les incroyants, on leur versera de l'huile bouillante sur la tête." XXII (le pèlerinage), 19

"Les croyants continueront d'en douter jusqu'à la venue de l'heure soudaine, quand leur viendra le tourment d'un jour dévastateur." XXII, 55

"Ils nient l'heure, mais nous avons préparé un brasier pour ceux qui nient l'heure. Quand le brasier les apercevra, ils l'entendront mugir et siffler." XXV (le critère), 11-12

"N'écoute pas les incroyants, combats-les rudement avec ce Coran." XXV, 52

"Le jardin sera rapproché des fidèles et la fournaise se montrera aux égarés." XXVI (les poètes), 90-91

"Les incroyants qui nient nos signes et la rencontre de l'autre vie seront dans le tourment." XXX (les Romains), 16

"Allâh maudit les incroyants, il leur a préparé un brasier." XXXIII (les ligues), 64

"L'incroyance des incroyants ne fait qu'accroître l'horreur qu'Allâh avait d'eux." XXXV (le créateur), 39

"Malheur aux incroyants, à cause du feu." XXXVIII (çâd), 27

"Ils auront un nuage de feu sur eux et sous eux." XXXIX (les groupes), 16

"Les incroyants auront le grand tourment." XLII (la délibération), 26

"Les incroyants profitent, ils mangent comme des bestiaux, mais ils auront le feu pour logis." XLVII (Mahomet), 12

"Nous avons préparé un brasier pour les incroyants." XLVIII (la victoire), 13

"On vous lancera du feu et du bronze en fusion et vous serez sans recours. LV (le Miséricordieux), 35

"Ceux qui ont nié nos versets seront les hôtes de la fournaise." LVII (le fer), 19

"Aux incroyants l'affreux tourment." LVIII (la plaidoirie), 4

"Les incroyants qui ont nié nos versets seront pour toujours les hôtes du feu. Mauvais avenir." LXIV (la duperie réciproque), 10

"Noé dit : Seigneur, ne laisse pas d'incroyants circuler sur Terre, car si tu les laisses, ils égareront tes esclaves et n'engendreront que des pervers sans foi." LXXI (Noé), 26-27

"Pour les incroyants, nous avons préparé chaînes, carcans et brasier." LXXVI (l'homme), 4

"Les incroyants, qu'ils aient le livre ou qu'ils ajoutent des dieux, iront dans le feu de la géhenne et y seront pour toujours. Ce sont les pires des humains." XCVIII (la preuve), 6
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Les références sont faites d'après:
(1) bibliothèque de la Pléiade (Gallimard) trad. D. Masson.
Pour les textes qui ne sont pas marqués (1) :
1 : l'édition en coll. Points, au Seuil, en 1998 (réimpression de juin 2001) ; traduction de Jean Grosjean pour les Éditions Philippe Lebaud, 1979.
2 : l'édition en coll. PBP, chez Payot, en 2001 ; traduction d'Édouard Montet en 1958.

Note de JR : Toutes les traductions donnent le même sens à ces textes. Nous faire croire qu'il ne s'agit que d'une question d'interprétation relève du mensonge le plus grossier. D'ailleurs, depuis qu'ils ont été écrits, ils ont toujours été interprétés ainsi.
Il n'y a aucune raison pour que des "laïques au grand cœur" nous fassent avaler qu'il s'agit d'un "message de paix".

extraits choisis par Claude Courouve et Johannès Robyn

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UN CAS D'ÉCOLE

Pendant les frappes (c'est plus chic que de dire bombardements ; "dommages collatéraux" pour victimes civiles; "guerres" pour mesures de représailles inutiles et dangereuses) les affaires continuent.

On dit : "quand un vieillard africain meurt, c'est toute une bibliothèque qui brûle." Mais quand une bibliothèque brûle, c'est une bibliothèque qui brûle avec toutes les idées, tout le savoir qui est dedans. Heureusement, avec l'imprimerie, peu de livres sont à un seul exemplaire ; elle peut être reconstituée. Mais qui pourra reconstituer la grande bibliothèque d'Alexandrie ? Les ouvrages perdus me manquent, même s'il m'aurait été difficile d'en prendre connaissance.

Quand une bibliothèque brûle, on se moque de l'emballage, on s'inquiète de ce qu'il y a dedans. Quand une église brûle, on ne s'inquiète que de l'emballage. Il n'y a rien à l'intérieur et c'est contagieux.
Elles fonctionnent comme une pompe à vide pour les esprits et le porte-monnaie. Plus les esprits se vident et plus les troncs se remplissent.
A déconseiller aux ramollos du cogito. Mieux encore, on y entre avec ses propres idées et on y ressort avec les idées de l'officiant. A trop les fréquenter, on en arrive à faire n'importe quoi. Par exemple : accorder une subvention pour la reconstruction d'une église de quartier qui a brûlé, en contradiction avec la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat (construction postérieure à 1905) alors que les assurances s'occupent très bien de ces choses là.
Il faut dire que le meilleur moyen pour un conseil municipal socialiste d'éviter de se faire éreinter par son opposition de droite est encore de devancer ses désirs. Il fallait y penser.
Après, notre maire peut reprocher à son opposition d'être nulle. On aurait pu espérer une petite réaction, une vague objection de la part des communistes. Mais non, il y a longtemps que les communistes ne voient plus rouge.
A mon avis, ils continuent toujours à prendre leurs ordres du Kremlin. Ils tombent sur Poutine, lequel ayant d'autres Tchétchènes à fouetter, les branchent directement sur le Vatican. On voit le résultat. Leur campagne électorale va encore être un franc succès.

Cette église, selon notre maire, fait partie du patrimoine culturel de la ville, qu'on se le dise ! Elle fait, selon moi, surtout partie du patrimoine privé et cultuel. Auraient pu faire partie du patrimoine jardinier de la ville les anciennes serres du jardin de Maurepas, détruites et urbanisées. Que dire aussi du sort des marronniers centenaires des places Hoche et St Anne ? Arrachés à la fleur de l'âge, ils n'avaient sans doute pas eu le temps d'entrer dans le patrimoine rennais. Ils ont été remplacés par de petits arbres que nos arrières petits enfants pourront, peut-être, contempler adultes.
Le phénomène inverse est observé en ce qui concerne l'église dite "bonne nouvelle" sur cette même place St Anne.
De modeste chapelle à la fin du XIXème siècle, elle est devenue une immense et indigeste pièce montée qui, si elle avait été terminée, aurait envahi toute la place.
Espérons que les choix patrimoniaux de notre maire n'iront pas jusqu'à encourager l'achèvement du prétentieux édifice. Quoique … Une sortie d'église à deux pas du métro, c'est tentant, ça peut faire venir la clientèle.

Enfin, au cours de ce calamiteux conseil municipal, une personne s'est opposée au désir du maire. Une seule. Un conseiller municipal Radical de Gauche. Il fit au cours de son intervention toutes les objections que peut émettre un laïque républicain. Calmement, avec sang froid. Il lui en fallut lorsque à sa remarque : "Je n'ose imaginer une atteinte à la laïcité" notre maire l'interrompit d'un ton cassant : "Et bien, n'imaginez pas !"
Quand on se plaint du manque de discipline dans les collèges et quand on voit comment notre maire mène à la baguette ses conseillers, on se dit qu'il y a vraiment des talents gâchés.

En attendant, il est réconfortant de rencontrer un homme de convictions qui a le courage de les défendre seul contre tous. Bravo Monsieur Puil ! J'avais complètement oublié que le Parti Radical de Gauche existait encore mais je me demande si je ne vais pas y adhérer.

Nous avons des points communs : les Athées d'Ille et Vilaine ont été jusqu'à ce jour les seuls à protester auprès des conseillers municipaux.
Un petit effort, camarades !

Damathée 4 novembre 2001 (extrait du site Les Athées d'Ille et Vilaine)

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SONDAGE CHEZ LES SONDEURS

Pour répondre à la question : "Qui sont les athées, que représentent - ils ? " j'ai consulté une dizaine de grands instituts de sondage qui sévissent dans le monde, c'est impressionnant ce que l'on sonde.
Ce qui est surprenant c'est l'élasticité des opinions et leurs interprétations, certaines façons sournoises de poser les questions donnent des réponses qui visent de toute évidence à caresser le donneur d'ordre dans le sens du poil.
On peut imaginer que si la Tribune des Athées avait les moyens de commander un sondage, ses questions seraient dans la teneur et dans la formulation assez différentes de celles du "Pélerin", de "La Croix", ou du "Vatican".
Première incongruité frappante : selon une enquête MONDIALE de Gallup International, la plus grande jamais réalisée selon eux (60 pays représentant 1,25 milliards d'individus) et ce à l'occasion du millénaire, 88% des Européens de l'ouest ont une religion contre 91% aux U.S.A, 96% Amérique Latine, 99 % Afrique de l'Ouest. La moyenne mondiale pondérée est : 87% croient, 13% ne croient pas (date du sondage non communiquée). Pour Newsweek, c'est 94% des Américains qui croient en un dieu. (13-14 sept 2000).
Selon les Américains 88% des Européens sont "croyants".
L'institut de sondage BVA qui a réalisé une étude en 1999 a une vision sensiblement divergente : 41% des Français croient en un dieu, 6% ne croient en aucune forme de divinité (donc athées selon BVA) 22% ne savent pas s'ils croient ou pas (sont agnostiques, toujours selon BVA 24-25 sept 2000).

Le seul sondage Français que j'ai trouvé à ce jour confirme les chiffres que nous avions à l'esprit : 1 Français sur 4 est athée, 1 sur 5 a peur de couper le cordon (les agnostiques), 9% croient en une intelligence supérieure qui n'est pas dieu..., 2% comme d'habitude ne savent pas.
Les Français semblent avoir une attitude plutôt rationnelle face à la spiritualité, 24% pensent avoir eu des expériences spirituelles, 74% non. Ces 74% donnent une bonne indication de la réalité des convictions religieuses de nos concitoyens.
Nous avons en revanche de sérieuses raisons d'être inquiets pour la santé mentale outre-Atlantique, où la boîte crânienne commence elle aussi à souffrir d'obésité :
79% croient en la résurrection de J.C, 84% "que dieu fait des miracles", 75% que "Satan ou le diable" existent, 48% ont personnellement vécu ou été témoins d'un miracle (Newsweek 13-14 avril 2000).

Mes frères, je vous le dis en vérité... y'a du pain sur la planche.
Si vous aviez dans l'idée de mettre en roue libre votre sens critique et votre scepticisme, ce n'est pas le moment.
La société se comporte comme si les athées n'existaient pas. Ici en France, le quart de la population est ignoré, bafoué, méprisé avec la complicité de tous les médias. Si nous n'y prenons garde nous serons des gibiers de potence potentiels...

Faites vous entendre, mettez du poil à gratter dans la culotte de vos voisins, on nous empêche de parler en ne nous donnant pas la parole, il nous reste la liberté de penser, pour combien de temps ?
Nos voisins Américains ont le droit de ne pas être chrétiens mais pas de ne pas avoir de religion, selon Mr. Bush.
Apparemment nos journalistes pensent la même chose.

Roze des Ordons

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LIBERTINAGE,
PARADOXES, CONTRADICTIONS ET MENSONGES

Le mot religion vient du latin religio, de relegere "rassembler" ou religare relier.
Toute secte religieuse, qu'elle soit établie ou reconnue ou qu'elle prétende à l'être, se revendique d'une mission universelle, menée au nom d'une vérité révélée à forme de commandement divin, celle de "rassembler" ou de "relier" universellement les hommes au nom de son dieu, de ses dieux ou, à tout le moins, de ses croyances universelles.
En fait, cette universalité se réduit à une particularité, une spécificité – lourdes de sens et de conséquences historiques – qui ne porte que sur les "frères" – et, plus ou moins accessoirement, les "sœurs" - en religion et exclut tous les "incroyants", c'est-à-dire tous ceux qui ne croient pas en une quelconque déité mais aussi tous ceux qui ont d'autres croyances religieuses et, a fortiori, ceux qui n'en ont aucune.
Ainsi, comme l'Histoire et l'actualité – cette Histoire en devenir – l'attestent, ce rassemblement est toujours exercé contre d'autres et l'universalité proclamée n'est rien d'autre que l'habillage idéologique d'une prétention impérialiste à la domination… universelle.
C'est là un coup sévère porté à la notion et réalité de rassemblement. D'une sévérité telle qu'il renvoie cette prétention – cette Vérité – d'universalité au rayon des mensonges et autres impostures.
Qu'en est-il de cette autre prétention religieuse de relier les hommes ?

Relier a trois sens :
1. Assembler les feuilles (d'un livre) et les munir d'une couverture rigide. Relier un ouvrage ancien.
2. Lier ensemble. Relier deux cordages.
3. Joindre, mettre en communication. Bateau qui relie deux îles. / Fig. Établir un rapport (entre). Relier deux phénomènes.
Le premier renvoie à l'imprimerie et pourrait donc a priori sembler totalement étranger à notre objet mais, symboliquement, il révèle cette réalité religieuse qui consiste d'abord à rassembler un troupeau de fidèles, selon une expression religieuse couramment utilisée, puis à le placer sous la couverture (ô combien) rigide d'une autorité absolue, celle de… dieu (ou de dieux) qui, par délégation en quelque sorte, est exercée par ses (leurs) représentants, (auto)constitués en une caste et, plus précisément, en un ordre - le clergé (1) -, qui scelle sa légitimité en la fondant sur un système de dogmes imprimés dans un ou plusieurs livres
(2).

Ainsi, comme on le voit, cette référence à l'imprimerie est d'autant plus pertinente que ce rassemblement du troupeau va jusqu'au marquage de chaque tête de bétail par l'impression, souvent physique (circoncision, scarification, tatouage, colliers et autres colifichets divers…), du sceau du… propriétaire !

(1) Ordre… à l'instar de celui des chevaliers teutoniques, des templiers… mais, aussi, des Waffen S.S. !
(2) Livres qui constituent doublement une couverture : celle dont on recouvre le troupeau pour le… parquer et celle dont se prévaut le clergé pour à la fois justifier ses faits, ses gestes, ses sentences… et masquer ses propres désobéissances aux obligations et interdictions (sexuelles, alimentaires…) faites au troupeau !
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Le deuxième sens explicite clairement un lien de soumission, de subordination, de différenciation (par opposition aux autres… les in- ou non-croyants)… mais aussi de réification – et donc de déshumanisation - et, enfin,… d'atomisation en ce sens que les individus ainsi reliés sont assujettis à une véritable incomplétude - un vide ou, au moins, un manque existentiels – qui n'est comblé que par la ré-union de chaque individu à tous les autres - ses semblables - et qui fait qu'en définitive, un être humain n'est reconnu comme tel par la secte que pour autant qu'il renonce à son individualité – et donc à sa particularité, son unicité, son identité, sa dignité…- et donc à son humanité, singulière et unique, - en se fondant anonymement dans le troupeau pour n'être plus qu'un… fidèle, autrement dit, au mieux, un sujet (3) et, au pire, un objet (4).


Le troisième sens est celui que toutes les sectes revendiquent avec force et insistance pour mieux faire oublier les deux premiers qui correspondent pourtant à la réalité du fait religieux en tant qu'essence de toute religion.
Dans cette acception, les religions mettent les croyants en relation, en communication, en communion… et, ipso facto, donnent – révèlent ! – du sens à la Vie et à leurs vies.
Même si elles insistent beaucoup sur la notion de communion, qui est la réunion du troupeau de fidèles dans la pratique commune et collective du rite cultuel et qui participerait donc d'un rapport horizontal, force est de constater que cette mise en relation est de nature verticale : par la médiation du rite, en tant que soumission à(aux) dieu(x) et à sa(ses)Vérité(s) révélée(s) et, au-delà à l'ordre établi en son(leur) nom, le fidèle est mis en relation avec… dieu (les dieux).

En outre, par cette communion les fidèles témoigneraient (joyeusement !) de leur solidarité mutuelle et collective dés lors que, partageant les même croyances et pratiques, chacun, obéissant fidèlement à la même autorité, se reconnaîtrait dans l'autre, dans tous les autres…

Outre que l'on pourra chercher en vain la solidarité, la communion, le partage, la reconnaissance de l'autre, la (re)connaissance de soi dans l'autre… chez les condamnés attendant, ensemble mais chacun dans l'isolement absolu de sa cellule, dans le couloir de la mort, l'exécution de la peine capitale à laquelle ils ont été condamnés ou chez les animaux de boucherie forcés d'emprunter, là aussi ensemble mais l'un derrière l'autre dans la plus totale rupture de l'unité du troupeau, le chemin de l'abattoir, nous sommes bien forcés de noter que, au regard de l'habillage humaniste des sectes, le lien religieux constitue un paradoxe tragique puisque sa verticalité, dés lors qu'elle soumet chaque individu/fidèle à l'autorité divine, fait, par essence, obstacle à l'effectivité et à la plénitude d'une relation horizontale qui, sans cette verticalité exclusive et totalitaire, serait celle d'individus qui, assumant pleinement leur humanité, se reconnaîtraient, dans leur unicité et leurs différences singulières, pour ce qu'ils sont et pour ce que les autres sont : des hommes et des femmes.

(3) Celui qui est soumis à une autorité absolue et placé dans une situation de subordination et de dépendance.
(4) "Au mieux" parce qu'il reste un être vivant comme le sont les animaux d'un troupeau. "Au pire" parce qu'il n'est plus alors qu'une chose et qu'une chose ne relève ni de l'humain, ni de la vie.
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Le lien religieux est le renoncement tragique à l'humain et,
plus généralement, à la vie (5). Il est l'isolement absolu d'individus ayant perdu leur humanité. Il est le triomphe des foules… (de) solitaires.
Il n'est pas rare de nos jours de voir certaines sectes revendiquer la Déclaration Universelle des droits de l'Homme pour, s'affirmant victimes de l'intolérance, revendiquer le rétablissement de leurs droits sinon bafoués, du moins offensés.
Notons d'abord que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme est la reconnaissance des droits, naturels et inaliénables, des hommes, de tous les hommes – et des femmes, de toutes les femmes bien entendu mais aussi des enfants, de tous les enfants – en tant qu'individus et nullement d'organisations comme le sont les États et… les sectes en tant qu'organisations (auto)instituées et, éventuellement, reconnues et établies, d'une part et que, d'autre part, cette Déclaration a été prise, par nécessité au regard de l'Histoire, pour mettre à la charge de ces organisations… l'obligation de respecter ces droits des individus, de tous les individus. Ainsi, en droit, seuls les croyants, en tant qu'individus, peuvent se prévaloir de cette Déclaration lorsque leurs droits, naturels et inaliénables (6), sont violés ou simplement menacés.
Relevons également que cette revendication religieuse n'est pas universelle – loin s'en faut – puisque certaines sectes – islamiques par exemple – non seulement ne reconnaissent pas la légitimité de cette Déclaration au motif qu'elles ne reconnaissent que les seuls droits (7) accordés – concédés, octroyés, tolérés… par dieu – mais encore, au nom de leur(s) vérité(s) révélée(s) et dans le cadre de l'ordre religieux établi - par délégation divine ! – s'estiment fondées à ne pas respecter ces droits humains et, par conséquent, à trucider, massacrer, violenter, opprimer, torturer, bannir… - toutes celles et tous ceux qui, se proclamant de cette usurpation que sont les Droits des hommes, violent… le(s) droit(s) de… dieu (8).
Rappelons aussi que les sectes qui, aujourd'hui, revendiquent à leur avantage ces Droits Universels de l'Homme sont celles qui, hier (9)
en toute sérénité, pour la plus grande gloire de leur dieu, les bafouaient joyeusement et s'estimaient autorisées à (faire) trucider, massacrer, violenter, opprimer, torturer, bannir… les hérétiques, les apostats, les païens, les incroyants…, bref toutes celles et tous ceux qui se reconnaissaient dans d'autres vérités ou qui ne se reconnaissaient dans aucune vérité on ou supra-humaine, voire, plus généralement, dans aucune Vérité!
Ceci dit, attachons-nous au paradoxe que constitue la revendication par une secte, quelle qu'elle soit (10), de la Déclaration Universelle des droits de l'Homme.

(5) La vie ici-bas sur cette terre qui, comme disait le poète, "est parfois si jolie" et qui le serait certainement plus souvent… sans religion !
(6) Dont celui… de croire et de pratiquer sa/ses croyances dés lors… qu'elles ne portent pas atteinte aux droits d'autres individus.
(7) Et, en fait,… devoirs !
(8) De leur dieu, bien sûr et pas… du dieu des autres !
(9) Et ce "hier" n'est pas si loin que cela !
(10) Sachant que la plus coutumière d'une telle revendication est la secte catholique, apostolique et romaine mais que d'autres (scientologie en particulier) y ont régulièrement recours pour justifier leur prétention à l'obtention du statut de secte établie et reconnue.
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Voyons quelques articles de cette déclaration : "Article premier : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité". "Article 2 : Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamées dans la présente Déclaration, sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion publique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation…"."Article 3 : Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne". "Article 7 : […] Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination".
La liberté de conscience
11 et d'expression n'est pas clairement explicitée dans cette Déclaration, même si elle est sous-jacente à de nombreux articles12.
Or, diverses pratiques comme le baptême, les rites d'initiation, la tenue des registres d'état civil, l'éducation religieuse, l'imprégnation religieuse d'un certain nombre d'événements (mariage, décès…), la mention de la religion sur les pièces d'identité… sont, à l'évidence, autant d'atteintes aux droits universel et inaliénables des hommes, notamment en ce qui concerne la liberté de conscience.
En effet, par exemple, baptiser un enfant n'est pas autre chose que marquer un individu du sceau de sa sujétion à une communauté religieuse et, ainsi, à le différencier d'autres communautés, voire l'opposer à ces autres communautés et le soustraire d'abord à une identité nationale - la citoyenneté politique - et, au-delà, universelle - l'humanité.
En conditionnant une conscience et en lui imposant les signes (parfois indélébiles) d'une appartenance à une organisation et à une conviction, de telles pratiques sont une véritable atteinte à la liberté de conscience et d'expression que, dans certains lieux, on ne peut recouvrer qu'au prix de sa vie.
Cette atteinte peut être partielle, en ce sens que la liberté gagée - emprisonnée - peut être recouvrée - apostasie, conversion… - ou absolue et définitive
13.

(11) Et, en terme de conviction : la liberté de croyance et… de non-croyance.
(12) Cette liberté est clairement énoncée dans le pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966). Ainsi, Article 18 : "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion […] Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d'avoir ou d'adopter une religion ou une conviction de son choix. […] Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte d'avoir ou d'adopter une religion ou une conviction de son choix […]. Article 19 : "Nul de peut être inquiété pour ses opinions. Toute personne a droit a la liberté d'expression ; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce […].
(13) Ainsi, dans certains pays on ne peut changer de religion et, a fortiori, décider de n'en avoir aucune. Dans d'autres, la liberté de conscience peut être recouvrée - reconquise - dans le for intérieur de ses convictions et dans la sphère privée de sa vie mais, en revanche, ne peut l'être officiellement, dans la sphère publique et donc, aussi, politique (citoyenneté) comme dans ces pays où la religion, acquise du seul fait de la naissance, continue d'être mentionnée sur les papiers d'identité alors même que l'on est athée, le divorce est interdit pour des motifs religieux que l'on ne reconnaît pas ou plus.
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Il est donc paradoxal que ces sectes revendiquent, soi disant au nom et dans l'intérêt de leurs fidèles mais, en fait pour une raison d'ordre (14), des Droits universels qu'elles violent non seulement aux dépens de leurs fidèles mais aussi de toutes celles et de tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans leur ordre et qui n'ont pour seul tort que d'être nés ou de vivre dans les pays où, par puissance temporelle interposée, elles exercent leur domination totalitaire.
Un paradoxe qui, en fait, est une tragédie que certains vivent au prix du sang et des larmes puisque ces droits ne sont revendiqués que pour mieux exercer contre les hommes le droit absolu et donc totalitaire d'un dieu.
Un paradoxe qui ne saurait masquer cette énième imposture religieuse : l'anéantissement de l'humain au profit du divin et… de ses clercs !
Pour mieux asseoir son ordre totalitaire en interdisant toute liberté d'expression, de discussion, de confrontation, de contradiction, de recherche…, la secte romaine a décrété que ses chefs étaient… infaillibles !

Quel paradoxe que cette infaillibilité du mandataire d'un mandant… faillible !
En effet, n'est-il pas faillible ce dieu de la secte romaine qui en donnant, quasiment à son insu, une conscience et un libre arbitre à sa créature a permis à cette créature de porter atteinte à la perfection de son œuvre - la création - en pêchant et, ainsi, en introduisant le mal dans l'ordre universel, et supposé être éternel, du bien.

N'est-il pas faillible ce même dieu qui, fatigué des travaux/corvées de sa création, assoupi, voire endormi de fatigue à moins que ce ne soit épris d'ivresse de vin ou de folie des grandeurs (!?!), a créé son contraire, son non-moi – ou, plus précisément, son anti-moi -, son ennemi… le diable dont le seul but est de détruire ce qu'a fait et ce que fait le premier ?

N'est-il pas encore faillible ce dieu qui s'évertue à créer un monde pour sa créature - l'homme - et aussitôt après convenir que la (vraie) vie de cette créature ne sera pas dans ce monde-ci mais dans un autre monde dont nul livre révélé ne nous fait d'ailleurs état de sa création ?

N'est-il toujours pas faillible ce dieu qui, au nom de l'amour, crée la souffrance, la maladie, la maltraitance d'enfant, le mensonge…, bref autant de violences, de brutalités, d'injustices… dans lesquelles seul un masochiste pourrait voir les preuves de l'amour que lui prodiguerait leur auteur ?
Et quelle faillibilité que la création d'une œuvre éternelle - au sens d'immortelle - faite pour et autour d'une créature… mortelle !
Dans ces conditions, par quel mystère son représentant attitré - le pape - peut-il, lui, être… infaillible ? Par quel autre mystère un fou furieux pourrait-il charger une tierce personne de réaliser, pour lui, des actes de raison, de sagesse, d'amour… ?
Par quelle magie, une incompétence deviendrait-elle une compétence entre les mains de celui à qui elle est déléguée ?
Mais alors, si le pape, qui, sauf preuve contraire est un homme et non dieu lui-même, est infaillible n'est-ce pas là une révélation : "dieu n'est pas le créateur mais… la chose créée" ?


(14) Comme on dit "raison d'État".
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Et, si cette inversion de postulat : "dieu est l'invention/création sinon de l'homme, du moins d'un homme ou de quelques hommes et non inversement", est rejetée au motif que l'infaillibilité ne saurait créer la faillibilité et la perfection, l'imperfection…, pourquoi et comment l'accepter dans sa version dogmatique initiale : "dieu, infaillible, a créé un être faillible, l'homme et des hommes faillibles surgit sporadiquement un être infaillible… le pape" ?


Toutes ces questions d'infaillibilité et de faillibilité pourraient n'être qu'un galimatias ennuyeux de radoteurs séniles. Malheureusement, cette infaillibilité du chef de la secte romaine a pour conséquence tragique de lui conférer une sorte d'extraterritorialité et d'a-temporalité juridiques et morales qui, parce qu'elle ne le rendrait pas justiciable des lois humaines et que sa secte, établie et reconnue, a force d'écoute, de persuasion, de pression, d'orientation, de direction… auprès de nombreuses autorités temporelles (15), lui permet d'imposer à de nombreux hommes la loi d'airain inhumaine - et même anti-humaine - de son dieu et, ainsi, de continuer vouer à la souffrance et à la mort une bonne partie de l'humanité.

Pendant longtemps, la secte romaine s'est retranchée derrière le droit canonique (16) pour s'opposer à la levée du secret de la confession.

De nos jours, elle a plutôt tendance à se référer aux Droits de l'Homme (17), voire même, modernisme et pseudo-laïcité obligeant, à invoquer, à l'instar de certaines professions comme, par exemple, les journalistes, le… secret professionnel.

Le secret professionnel ? mais, alors la prêtrise serait un métier et non plus une vocation ? et, dans l'affirmative, si ceux qui organisent, administrent, encadrent… le culte exercent une métier , la religion ainsi pratiquée n'est plus une croyance, une foi mais… une prestation de service ! et si, en assurant cette prestation, les prêtres revendiquent le bénéfice de dispositions juridiques de la société publique (18), la prestation de service elle-même – la religion – relève du même champ juridique et, de ce fait, du… code du commerce - une prestation de service est un acte commercial de type marchand - et se trouve assujettie à la fiscalité - T.V.A. et impôt sur les bénéfices - !

En ce qui concerne le secret de la confession, dont la secte romaine veut faire une capacité absolue opposable à la Justice des hommes, il convient de relever que, de tous temps et c'est encore vrai de nos jours, cet absolu a été et est régulièrement écorné par la secte elle-même, toujours, bien entendu, à son seul profit.

(15) États, institutions politiques diverses, médias, "conseils d'éthique"…
(16) Droit soi-disant d'inspiration divine puisque découlant de la Vérité révélée ou, plus exactement de l'ordre établi par la secte lui permettant de se situer au dessus de la Justice des hommes et même de la soumettre à son ordre totalitaire.
(17) Et nous avons vu quel paradoxe il y a à revendiquer les Droits de l'Homme pour, en fait,… violer les droits des hommes !
(18) De nature civile et, plus précisément, politique par opposition à cette société privée que constitue la secte en elle-même et dans ses relations à ses fidèles.
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Ainsi, cela n'a jamais représenté et ne représente toujours pas un obstacle moral - déontologique pour faire dans l'air du temps ! - de le lever pour, par délation aux autorités temporelles - Souverain, Police, Justice… -, livrer un individu dangereux ou coupable à la puissance publique avec laquelle elle est acoquinée ou tout aussi dangereux et coupable au regard de ses intérêts propres (19).

Inversement, les nombreuses affaires de pédophilie impliquant des religieux (romains) révélées au corps défendant de la secte et malgré les précautions prises et les pressions exercées, cette même secte se refuse à faire dans la délation quand il s'agit de ses agents - et, a fortiori, hiérarques - et ce, quand bien même les faits connus du confesseur participent d'une violation des Droits de l'Homme et, singulièrement, des droits, de la dignité, de l'intégrité physique et morale, de la liberté… d'un individu !

Sauf quelques rares exceptions, si elles admettent l'inéluctabilité de la mort, du moins physique et ici-bas, les sectes condamnent le suicide au motif que les créatures de dieu n'ont pas le droit - sic ! - de mettre volontairement fin à la vie que dieu leur a donnée.
Bien entendu, une telle interdiction peut être comprise comme la marque d'un bon propriétaire qui entend préserver et même faire fructifier ce précieux capital que constitue le… troupeau de ses fidèles. Mais elle est tout de même paradoxale.

En effet, ce même dieu qui m'aurait donné la vie ne retient pas pour autant le doigt qui, en pressant la gâchette, tirera la balle qui me tuera. Il ne retient pas non plus la tuile qui, en tombant du toit, me tuera. Il ne fait rien non plus pour éviter qu'une voiture surgisse, me fauche sur le passage protégé et me tue… Bref, il n'évitera pas ma mort en en supprimant la cause.
Au contraire, dans la logique religieuse de ma création divine, c'est dieu - et lui seul et non le hasard ou quelque autre nécessité - qui décide de ma mort et qui, pour ce faire, organise la causalité conjoncturelle de cette mort.

Ainsi, si dieu est l'auteur de ma vie, il l'est tout autant de ma mort. Mais alors, pourquoi refuser d'admettre que cette causalité conjoncturelle puisse être mon propre geste et que, par exemple, cela soit moi-même qui appuie sur la détente du revolver ? Ne serait-ce pas mon créateur qui, in fine, déciderait de mon geste comme l'opportunité la plus immédiate (faute d'avoir sous la main une tuile, une voiture, un assassin…), de mettre fin à ma vie comme lui seul en a décidé ? Pourquoi donc dire que, dans ce cas, ma volonté ne serait pas, comme toujours, celle de dieu ?

Dieu n'est pas philosophe (20). Sa condamnation du suicide ne résulte pas de ce que celui-ci serait la manifestation, certes tragique, de ma liberté absolue et donc l'affirmation, révoltée et tout autant absolue, de mon humanité et donc de… sa négation.

Pourtant cette condamnation du suicide faite au nom de dieu relève bien d'une question de liberté - liberté de conscience mais aussi liberté de faire et d'être -. Si, maître absolu de ma liberté absolue, je puis décider de ma mort, je puis aussi, en toute liberté toujours absolue, de donner la vie - de procréer - ou de ne pas donner la vie.
Et c'est là que le bât blesse pour toutes les sectes.
Car si l'homme, en pleine conscience, peut donner ou ne pas donner la vie, alors… il n'y a plus de place pour dieu comme l'auteur de toute vie !

Les sectes ne condamnent pas le suicide pour préserver la vie d'un individu mais pour éviter la mort de dieu !

Une pensée
: Dieu existe… je le rencontre chaque matin au fond de la cuvette des W.C. Bizarrement, à chaque fois, il disparaît quand je tire la chasse !
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(19) Propres au sens de particuliers, personnels, partisans, spécifiques… et non de nets, dépourvus de souillure, probes,
moraux… dans la mesure où la délation ne saurait être considérée comme une… vertu !
(20) Sinon cela se saurait et, au vu de sa création - les guerres, les infanticides, les massacres, les viols… -, il y a belle lurette que, étant justement philosophe, … il se serait suicidé !

Jean-Charles Cabanel

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COMMENT DÉFINIR ET ILLUSTRER LA CONCEPTION ATHÉE DU MONDE ?

Le plus souvent nous nous contentons de parler d'athéisme matérialiste, de monisme et d'immanence. Mais des questions plus ou moins naïves, de plus ou moins mauvaise "foi" (pour nous la foi n'est jamais bonne) peuvent nous être posées :

- "La pensée" est-elle dans les neurones ?
- Comment peut-il y avoir une "montre" (le cosmos ordonné, encore que ...) sans "horloger" ?
- D'où vient l'ordre (supposé) ? Et j'ajouterais : où va-t-il ?
- Le "hasard" peut-il organiser quoi que ce soit ? Et les miracles ? Sont-ce la même chose ?
- Les "problèmes" scientifiques et les "mystères" des religieux n'est-ce pas la même chose ?
- La feuille est-elle déjà dans le bourgeon ?
- Le cerveau sécrète-t-il la pensée comme le foie la bile (formule du philosophe marxiste Georges Politzer dans les années 1930) ? Est-il d'ailleurs si facile de comprendre que le foie sécrète la bile ? Car enfin le foie n'est pas de la bile solide ni la bile du foie liquide.
- A partir de combien de cellules hépatiques peut-on parler de foie ? Autrement dit comment se fait-il que le foie ne soit pas composé de petits foies en réduction (vieille doctrine de l'homéomérie), et d'ailleurs à quoi ça avancerait puisque chaque petit foie devrait lui-même être composé (mais à quel moment de la régression ?) de simples cellules hépatiques ?
- Tel patron ou "valet de l'impérialisme" était-il déjà dans le gauchiste ou le syndicaliste d'il y a trente ans ?
- L'"ultima (seconde qui) necat" était-elle déjà parmi les "omnia qui vulnerant" ?
- Peut-on faire du simple avec du compliqué ? Et tout aussi difficilement du compliqué avec du simple ? Peut-on faire de l'un avec du multiple et du multiple à partir de l'un ?

- Pour mémoire et pour le folklore, des chrétiens ont posé il y a longtemps la question de la présence du "christ" dans le pain de la communion. Certains avaient ingénieusement répondu que le "christ" était dans l'hostie comme le lapin dans le pâté de lapin : présent partout et repérable nulle part. Nous savons qu'il peut arriver de nos jours que du pâté au (?) ou de (??) lapin soit complètement dénué de la moindre trace du sympathique animal. Ou bien c'est du chat, ou pire, ou rien.
Dans les deux cas il faut (y) croire.

Mais sans aller jusque là les petits malins en question furent anathématisés et déclarés hérétiques, stigmatisés sous le nom de "patulaires" (du latin "patula", pâté). Curieuse religion dont le "fondateur" peut être assimilé à un agneau ou à un poisson mais pas à un lapin... Question de goût sans doute.

Je propose la seule question :

LE FROMAGE EST-IL DEJA DANS LE LAIT ?

Diverses réponses peuvent illustrer un certain nombre de positions proches ou éloignées de la nôtre et qui permettront de l'affiner (c'est le cas de le dire). Cette question bizarre combine et réunit les interrogations classiques sur :

1 - le passage du possible à l'acte (Aristote, Leibniz, Hume)
2 - le passage du repos au mouvement (de Zénon d'Elée à Bergson et Borgès)
3 - le passage de "l'extérieur" à "l'intérieur" (problèmes classiques de l'hérédité des caractères acquis (Lamarck), du quantitatif au qualitatif ou de la contradiction "interne" plus intéressante dans le marxisme que le conflit externe)
4 - le passage du désordre à l'ordre (Darwin)
5 - le passage de la matière à la "conscience" (Edelman et Tononi)
6 - le passage du lait au caillé et au petit-lait; du passage "à la limite" d'un nombre fini de molécules à leur absence (nombre d'Avogadro ; cf les sujets qui fâchent : "mémoire de l'eau", homéopathie..., les mutations géniques, la mort).
De l'impossibilité de diviser "à l'infini".


Je m'appuie sur trois livres récents :

Daniel C. Dennett :
Darwin est-il dangereux ? O. JACOB 2000
Gerald M. Edelman et GiulioTononi :
Comment la matière devient conscience. O. JACOB 2000
Jean-Jacques Kupiec et Pierre Sonigo :
Ni dieu ni gène. SEUIL 2000

1 - Le fromage est dans le lait (comme) en germe. L'entéléchie est dans la puissance et aussi bien l'âme dans le corps. C'est d'Aristote, mais on aurait tort de se moquer; les réponses postérieures et même modernes ne sont que de peu en progrès sur ce verbiage.
La perspective "analytique" énonce qu'il n'y a rien dans le fromage qui ne fut d'abord dans le lait, car pas de lait pas de fromage. Mais la conséquence n'est pas bonne, c'est tout le contraste entre le nécessaire et le suffisant, on préférera :
- La perspective "synthétique" : il y a quelque chose de différent dans le fromage; il y a bien quelque chose en plus (quantité), le ferment lactique, qui produit des modifications (qualité).
Certes la question portait sur le passé (du lait), mais de nos jours on dira que justement il ne s'était encore rien "passé".
A moins de prétendre dans un furieux accès de finalisme que le lait est devenu ce qu'il était (de toute éternité ? par essence ? pour nos désirs eux-mêmes essentiels et éternels ?). "Finalement" dans cette vision le lait, au début, était fromage et personne ne le savait ! La fermentation lui permit seulement de devenir ce qu'il était ("deviens ce que tu es", on reconnaît le précepte d'une étrange sagesse, rencontrée aussi bien du côté de Socrate que chez Nietzsche !). C'est le monde renversé où le seul mouvement possible est de réversion.

Le malaise de la raison vient ici d'une part de ce que la cause transitive et finale en fait toujours TROP et développe du moindre pot au lait tout ce qu'il peut devenir, espérance moquée par La Fontaine dans une fable célèbre, le lait ayant pu "oublier" certains excès de fonctionnalité des formes de son existence; mais que d'autre part la cause seulement immanente relève désespérément de l'ordre du PAS ASSEZ, nous soumettant à la tautologie du faitalisme : du lait, c'est du lait.

Entre du lait qui est et sera toujours du lait et ne pourra pas être autre chose faute de se corrompre et de disparaître et un fromage qui "préexistait" déjà de toute éternité sous les apparences provisoires d'un lait fallacieux, le spiritualisme se partage entre deux fixismes qui interdisent tout mouvement réel.

Les uns et les autres démontrent à leur corps défendant que toute pensée de la "puissance" (au sens de "en puissance") est impossible (Bergson, Ernst Bloch et tous les penseurs de "l'espérance").
A quoi s'ajoute l'argument décisif : tout lait ne devient pas fromage. Il n'y a pas nécessité, mais sélection des événements. Le nouveau s'actualise, ou non; tel est le point de vue "synthétique" matérialiste qui laisse place à l'imprévisible.

2 - Le passage du lait au fromage tombe sous l'interrogation classique de la preuve de tout mouvement. Le questionnement zénonien, sa façon de couper les cheveux à l'infini, connaissent des réponses : "Le mouvement se prouve en marchant" (Diogène en attendant le "E pur si muove" de Galilée) ou "Au début était l'action" (Goethe) ou encore "La preuve du pudding, c'est qu'on le mange" (Engels).

La réponse à la question posée est alors négative : le lait est un liquide bas et méprisable, une matière première, que seule l'action - chacun peut rayer la mention qu'il juge inutile - : de Dieu, du saint esprit, de la praxis humaine, de la race élue, du prolétariat éclairé‚ sous la direction de son guide suprême, des extra-terrestres, de la présure - peut transformer en fromage. TOUTES ces positions sont "dualistes" et pour le meilleur ou pour le pire distinguent la puissance (le féminin) de l'acte (machiste). Le vocabulaire est toujours celui, fondateur, d'Aristote : le lait, sécrétion maternelle, est CAUSE MATERIELLE (le ce-sans-quoi), - on a souvent rapproché en indo-européen "maternel" et "matériel" -, le moule CAUSE FORMELLE ! (un fromage, c'est d'abord un formage, cf la "fourme d'Ambert"), l'action CAUSE EFFICIENTE et le résultat CAUSE FINALE ou - toujours le monde renversé - cause de la cause, entéléchie seule capable de donner puissance... à la puissance. Le modèle est celui de la reproduction humaine "classique", l'homme ‚éveillant et "activant" la passivité féminine (c'est mot pour mot la théorie aristotélicienne qui s'applique aussi bien au domaine de la fabrication des fromages qu'à la "chose" même, la procréation notamment humaine).

Dans le détail de la cause efficiente certains pour leur confort trouveront des arguments "matérialistes" : les libre-penseurs préféreront la présure à dieu. Mais comme la présure est sécrétée par la caillette de jeunes ruminants créés comme toutes choses, par dieu, et sans doute à son image, ils étaient vite rattrapés par les curés combatifs du siècle dernier. Mais, depuis, les dévots ont perdu pied devant le développement de la biologie.
Idéalistes ou "matérialistes" les positions dualistes sont nos vrais adversaires. Tous les religieux et spiritualistes sont dualistes car ils ne peuvent manquer de reconnaître, fût-ce avec condescendance et comme occasion de grâce, la matière, la boue du péché, la création dont leur système de haine de soi et des autres a besoin, ne serait-ce que pour garantir leurs prétentions. Quant aux matérialistes dualistes ("il y a peut-être quelque chose d'autre..."), ce sont des timides et des honteux.

Pour être complets mentionnons la position curieuse des "anthroposophes" (suscités par Rudolph Steiner suite à une scission d'avec les "théosophes"). Leur réponse à la question est clairement positive. Il s'agit d'un holisme spiritualiste inspiré de Goethe, qui permet de "voir" et de pratiquer l'ensemble des apparences en surimpression simultanée, la meilleure image de cette performance étant celle de l'hologramme.
Il est vrai que selon un scientifique partisan de cette théorie, Henri Bortoft, chercheur en physique quantique, il faut mettre en œuvre une modalité de la conscience récalcitrante à la pensée commune... Un goethéen ou un steinerien "voit" A LA FOIS le litre de lait et le morceau de fromage comme Goethe "voyait" "l'Urpflanze" dans chaque plante rencontrée. Intuition intellectuelle d'un raccourci de l'évolution dans la simultanéité de tous les mondes multiples... L'écueil pouvant rester une lecture en terme de prototype, voire d'idée platonicienne.

Serions-nous condamnés à osciller entre la transitivité causale et le finalisme d'Aristote d'une part et la prédétermination mystique de Platon de l'autre ?
Ces deux positions sont insupportables à un matérialisme athée un peu digne de ce nom, c'est-à-dire débarrassé de croyances a priori. Le miracle permanent du même qui engendre de l'autre ou la tautologie du même qui engendre le même sont également irrecevables.

On reconnaît ici le mystère de la transformation un beau matin des cellules souches totipotentes de la morula embryonnaire en cellules différentes, spécialisées.
De même nous ne sommes jamais devant l'aquarium au moment exact où un têtard devient grenouille...
Passant tous les jours à côté d'une énorme gare de triage qui échange et dispatche des wagons à longueur de journée nous ne voyons jamais rien bouger. Ces effets de seuil, ou d'échelle, ou de "résolution" ne sont éclaircis que grâce à une lecture vraiment darwinienne de ... Darwin (cf Kupiec et Sonigo) : ça "bouge" toujours quand nous ne sommes pas là... Inversement, plus on observe, plus il y a de différences révélées.
Quand une raquette de tennis renvoie la balle nous croyons "voir" l'impact, mais c'est faux : il n'y a pas d'image de la balle frappant la raquette, 25 images par seconde constituant un réseau trop lâche. On a montré qu'il faut une résolution de 1500 images par seconde, soit un ralenti de la vision normale par 60.

Selon Fontenelle, "de mémoire de rose on n'a jamais vu mourir un jardinier". La blague est piquante et on voit bien quelle "éternité" est visée. Tout athée est comme une rose qui n'aurait jamais vu mourir un jardinier, à plus forte raison ne l'ayant d'abord même jamais vu vivre. L'effet de seuil ou de "définition" ou de "résolution" d'image est le moyen moderne de penser l'existence et la non-existence. Quand j'ai le nez "trop" près d'une image, je ne vois plus rien. A ce compte la particule élémentaire nommée neutrino (de trois types, tau, mu et nu) serait un bon modèle d'être athée. Alors que certains leur prêteraient volontiers la "conscience" (Penrose, Franck Hatem et le "GREC - B"; cf. mon article dans la TA n° 96, septembre 1998), cette énorme concession idéaliste ne ferait que fonder l'athéisme. En effet, un neutrino à ce jour est connu pour tout traverser : les galaxies, la Terre, votre corps, le mien.
Un neutrino traverserait dieu s'il existait; doté de "conscience" il l'ignorerait superbement. Au passage le neutrino qui traverse les hommes les ignore aussi.
Les roses ignorent le jardinier à cause de la brièveté de leur vie; elles ont par trop le nez dans des événements trop courts.
Le jardinier n'entre pas dans leur échelle de conception.

est piquant de voir que la particule qui est au plus près de l'éternité (hors-temps) qu'il se puisse imaginer et qui traverse tout ce qui est connu possède un pouvoir de néantisation encore plus fort.
A la limite les neutrinos seraient seuls dignes d'être "dieux", mais incapables d'apporter les émotions religieuses indispensables à la masse des humains : le plaisir de dire des bêtises ensemble, d'être convaincus d'avoir la vérité, de haïr ceux des autres religions, de s'identifier à des mythes ou à des personnages.

Nous ne pouvons faire autrement que de nous débarrasser de la cause.
Une des plus grandes philosophies rationalistes de tous les temps, et peut-être la seule, celle de Spinoza, refuse la cause transitive; il ne reste que la cause immanente, "causa sui" minimale. Partout où il y a invocation d'une causation, "dieu" n'est pas loin (exemple du mécanisme newtonien ou leibnizien, d'Einstein !). Nietzsche reprendra cette critique.
Si l'on pense, et nous le pensons, que le finalisme est lié à la transitivité causale, il est à propos de se débarrasser des deux du même coup. La laïcité est à ce prix et doit aussi dépasser toutes les religions de l'effort même "humain" avec ses cadences "infernales", son pseudo-stakhanovisme, son goût du travail bien fait, son dépassement de soi-même et autres balivernes.

Pour la question qui nous occupe il est certain que le fromage a cessé d'être le lait d'origine.
Avec des contorsions dialectiques on pourrait à la rigueur le qualifier de "lait-dépassé". Mais si l'on veut éviter d'une part tout saut qualitatif incompréhensible ("Et pourtant, ça caille !") et de l'autre toute participation mystique (comme chez Platon ; cf Paul Ricoeur "Platon et Aristote" cours 1953-1954, CDU 1966), il reste la solution qui consiste à faire état d'une occasion de transformation par un contexte organique (génique) et culturel ("mèmique" selon le néologisme de Dawkins), en l'occurrence un estomac humain et un système digestif adapté à une certaine orientation (aucun animal ne consomme, sauf par accident, de lait fermenté, ni n'en fabrique de dérivés - des civilisations entières les ignorent).

A ceux qui sursauteraient ici je dirai qu'il s'agit d'un prolongement du fait par exemple que l'estomac ne se digère pas lui-même.
La position de tout référent se lit en termes d'immunité et d'identité. Le fromage est déjà dans le lait : AU VOISINAGE D'UN ÊTRE CAPABLE DE SE METTRE DANS DES CONDITIONS TELLES QU'IL PUISSE L'EN TIRER.

Il n'est de matérialisme que référentiel, ce qui évite de se compromettre avec quelque a priori que ce soit. Il y a du mouvement et il y a de l'espace, cela ne fait pas du second la "cause transitive" du premier.

3 et 4 - Où on retrouve les effets d'échelle et de seuil.

C'est le problème récurrent du "chaînon manquant", de l'absence de traces des petites différences, toujours la critique zénonienne qui déclare tout mouvement et tout devenir impossibles.

Comment la fermentation du lait produit-elle autre chose que du lait fermenté ? Comment un seul lait (de vache ou de brebis ou de chèvre) produit-il des fromages différents ?
"Y a-t-il un système, un ordre, une économie des choses, par où la matière puisse conserver cette perpétuelle agitation, qui semble lui être essentielle, et pourtant maintenir de la constance dans les formes qu'elle produit ?"
(Hume : "Dialogues sur la religion naturelle")
Comment la destruction du lait peut-elle produire la forme relativement stable et caractérisée d'un fromage ? Comment une "corruption" peut-elle produire un être relativement constant (vingt deux siècles après, c'est toujours l'horizon d'Aristote) ?

Suite des réflexions de Hume :

"Il y a certainement une telle économie : car tel est effectivement le cas pour ce monde-ci. Le continuel mouvement de la matière, en moins d'une infinité de transpositions, doit donc produire cette économie ou cet ordre; et par sa nature même, ledit ordre, une fois établi, se soutient durant de longs âges, sinon pour l'éternité."

Deux bêtes noires : le charcutage infini des éléates et l'éternité. Le recours matérialiste : l'espace fini divisible et du temps, beaucoup de temps.

Conclusion :

"Supposez que la matière soit jetée en une position quelconque par une force aveugle, sans guide; il est évident que cette première position doit, selon toute probabilité, être la plus confuse et la plus désordonnée qui se puisse imaginer, dénuée de toute ressemblance avec ces œuvres de l'industrie humaine qui, en même temps qu'une symétrie de parties, découvrent un ajustement des moyens aux fins et une tendance à la conservation de soi-même... Ainsi l'univers s'en va de longs âges en une continuelle succession de chaos et de désordre. Mais se peut-il qu'à la fin il se fixe de façon à ne pas perdre son mouvement ? Ne pourrions-nous pas espérer une telle position, ou plutôt l'atteindre sûrement, d'après les éternelles révolutions d'une matière que rien ne guide . Et cela ne rend-il pas compte de toute la sagesse et de toute l'industrie qu'il y a dans l'univers ?"

Hume écrivait cela en 1751 ... et s'arrangea pour que ces "Dialogues" ne fussent édités qu'après sa mort (1776) et ils le furent en 1779. L'étude de la sélection naturelle des humains exerçant la profession de penser et d'écrire devrait comporter un important chapitre consacré aux œuvres inachevées ou posthumes ...

Diderot avait déjà préfiguré Darwin dans sa "Lettre aux aveugles" (1749), publiée elle, et qui devait conduire son auteur à la prison de Vincennes :

"Je vous maintiens (...) que les monstres se sont annihilés les uns les autres au fur et à mesure ; que toutes les combinaisons défectueuses de la matière ont disparu, et que n'ont survécu que celles dont l'organisation n'enveloppait pas de contradiction, qui pouvaient subsister par elles-mêmes et se perpétuer."

"S'il est admis que le désordre détruit l'agencement des éléments, il n'en demeure pas moins qu'il lui fournit ses matériaux."
(Mary Douglas "De la souillure", p. 111 – FM 1981)
Invoquons l'objection classique de l'architecture :
peut-on expliquer le moindre mur, la moindre maison, les cathédrales (!) par une longue série de jets de pierres au hasard?
A force de jeter des cailloux obtient-on autre chose qu'un tas de cailloux ?
Mais qu'est-ce qu'un mur, une maison, une cathédrale sinon un tas de cailloux - ordonné ? Qu'est-ce que le fromage sinon du lait (qui a bien ou mal, selon la civilisation) tourné ?

L'argument (ou l'objection) de "l'ajustement" pourrait favoriser l'invocation d'un dessein, d'un projet, d'un coup de main surnaturel, de ce qu'Edelman nomme "crochet céleste".
Mais cet ajustement découle suffisamment de l'histoire perceptible de l'architecture : on part du tas plein, de l'amas, de l'amoncellement.
Mais qu'est-ce qu'un cul de four, un pigeonnier ou un igloo sinon un tas "creux" "porté" par la voûte ? Comme si le sol se décollait, se boursouflait, comme "levé" (fermenté !).

De même qu'est-ce que le gothique sinon le roman épuré, ramené à ses lignes de force rendues visibles, permettant par les intervalles ménagés l'entrée de la lumière ?

Jeter des pierres est rien moins que négligeable et toute l'ethnographie indique qu'il s'agit d'un geste utile puis symbolique (lapider un ennemi, le diable (cf La Mecque), commémorer une tombe, une mort violente, l'emplacement d'une bataille, baliser une piste peu visible dans le désert).

Or tout geste qui se cherche se trouve par des rejets et des améliorations voulues ou découvertes par "hasard", mais utilisant toutes la pesanteur pour la dénier.
Un menhir défie la chute. Un dolmen est le fruit de la pose ou du lancer de deux pierres porteuses et l'humeur sportive de nos aïeux a dû privilégier pendant des millénaires un lancer ou plutôt une dépose adroite de la troisième, destinée à tenir en équilibre et à ménager un précieux espace.
On jette des pierres sur un mort et ça devient une pyramide (où il y a encore beaucoup de plein et peu de vide...).
Et ne dit-on pas toujours "jeter" un pont ?

Il est vrai que tout édifice peut dans l'autre sens, par dégradation, l'âge, se ramener à une ruine, à un tas de gravats (semblable au tas initial d'accumulation de la matière première!) : les remparts parisiens de Charles V élèvent le sol sur le parcours des actuels "grands boulevards" de Paris.
La quantité de matière est identique et réversible (on visite au Sinkiang chinois une ancienne ville en terre cuite au soleil, qui s'effondre sans cesse et sans cesse est rebâtie à l'aide des débris réformés réexposés au soleil...).

Pour l'argument de la "conservation de soi-même" (et bien davantage !) il faut convoquer la question classique du singe "dactylographiant" l'Iliade (mais des millions de singes avaient essayé‚ jusqu'à ce que l'un d'entre eux, un bimane handicapé en plus, nommé Homère...) ou tout simplement l'expérience quotidienne du langage humain :

"... toute langue naturelle comporte un nombre fini de phonèmes (ou de lettres dans son alphabet) et chaque phrase peut être représentée comme une suite finie de ces phonèmes (ou lettres) bien que le nombre de phrases soit infini."
(Noam Chomsky "Structures syntaxiques", Seuil 1969, p. 15).
        Que le désordre prime et que les répétitions s'accumulent n'interdit pas l'innovation, la surprise, la découverte; sinon les enfants, donc les hommes ne parleraient jamais.
Von Kleist (1777-1811) avait rédigé un texte intitulé "Sur l'élaboration progressive des idées par la parole" (in "Anecdotes et petits écrits" P.B. Payot, 1981) où il développe la formule "L'idée vient en parlant" inspirée de l'expression française "L'appétit vient en mangeant".
Comme peu de nos lecteurs disposent sans doute du temps nécessaire pour édifier une cathédrale en jetant des cailloux, on évoquera la situation usuelle où quelqu'un de très ému et indigné, suffoqué par la révolte commence à protester dans le plus grand désordre de la parole.

L'exemple donné par Kleist est celui de la foudroyante "sortie" de Mirabeau le 23 juin 1789 dont on connaît la forme parfaite, totalement apocryphe (dans sa "Treizième lettre à ses commettants" Mirabeau lui-même (re)produit une version beaucoup moins réussie !) :
"Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes".
Je résume le mouvement (décrit par Kleist) de plates répétitions, de réponses "au petit bonheur", de bafouillages, de renversements saccadés sous le coup de l'indignation face aux ordres du roi; de toute une lutte qui ne sera d'ailleurs pas menée à terme contre "l'esprit de l'escalier".

Les affects et les arguments se bousculent au portillon. Mirabeau "en conversant de façon affable ne pensait pas encore aux baïonnettes avec lesquelles il allait conclure".
La forme même des bafouillages préfigure le rythme de la réponse synthétique qui en sera forgée après coup, tant une élaboration révolutionnaire se doit d'être collective ("Je me révolte, nous sommes" - A. Camus).

Mirabeau ne sait pas encore au début ce qu'il dira à la fin, ainsi d'une "providence" qui est en fait une "post(é)vidence", avec toutes les illusions de reconstitution après coup, qui font l'histoire. Tâtonnement expérimental : on part de l'absence de réaction, alors qu'il s'agit d'exprimer une révolte par une parole performative : le dit du refus qui est le refus lui-même.
Les formes des lois du hasard en œuvre sont :

- la (dernière) goutte fait déborder le vase, d'où la RÉPÉTITION et son outrance (bégaiement) ;
- le RENVERSEMENT du sujet et de toute la problématique (qui pose des questions ? qui donne les ordres - "ici" ! ?) ;
- l'invocation d'une nouveauté : un concept-repère d'identification propre et absent (ici la Nation) que ne possède pas, et pour cause, le persécuteur, pris par défaut. ;
- la poursuite et l'achèvement du RENVERSEMENT : "votre roi" et même dans l'élaboration postérieure "votre maître", qui désolidarise encore davantage l'actant de toute reconnaissance du pouvoir absolu contesté, l'en libère et le rend performativement "libre" ;
- SYNTHÈSE et CAPITALISATION des définitions énumérées tout au long de la conversation :

Allez dire (renversement du sens du message ; c'est l'Assemblée qui fait dire quelque chose de fort et de menaçant au roi et s'instaure maîtresse de la parole)
A votre maître (vous, c'est vous, un esclave ; nous échappons à la maîtrise)
Que nous sommes ici (assurance substituée à l'encore faible "nous ne quitterons pas nos places"). Le présent exprime à la fois la plate évidence et un droit solennel, éternel.
Par la volonté du peuple (substitué plus tard à "nation" avec le bénéfice de l'évocation d'une force matérielle). C'est sans doute la victoire décisive de la "sortie" de Mirabeau ou à lui prêtée.
Le messager du roi aurait pu invoquer … Dieu, mais il ne le fait pas, la monarchie "de droit divin" est à bout de souffle ; l'Assemblée conquiert l'avantage sur le pouvoir de se réclamer d'une autorité nouvelle absente qu'elle présentifie par sa parole.
Et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes (compensées dès lors par les armes du peuple évoqué)
Le mouvement se prouve en ... tâtonnant. Ce qu'un scientifique "en recherche" exprimait sous la forme canonique : "En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chances que ça marche."
Cette phrase due à Rouxel illustre l'image d'un shadok s'essayant au bilboquet et prenant la boule sur la tête.

5 - Si des fromages variés peuvent être faits avec du lait, diverses consciences peuvent se construire à partir du schéma corporel humain, mammifère, vertébré, arthropode pourquoi pas.
Ici se présente la solution principielle de l'adaptation de la matière et de sa structuration spatiale.
La symétrie latérale, l'ordre vertical dorso-ventral et la segmentation antéro-postérieure (tête, thorax, abdomen) sont à l'évidence les schèmes en trois dimensions de consciences possibles. Et ce "réductionnisme" revendiqué, loin d'appauvrir la vie, ouvre sur la diversité de ses manifestations.
Que les insectes comme les vaches, les poissons comme les araignées présentent des références serrées au même "Bauplan" suscite à juste titre l'admiration. Celle-ci n'a d'égal que l'effarement devant la pluralité des manifestations spécifiques de la vie, qui renforce l'interprétation en termes d'essais, d'expériences très nombreux et plus ou moins réussis.
Si l'on pense que le modèle usité couramment même chez les spiritualistes est celui du "miroir" ("conscience réflexive", dédoublement naïf par l'ange gardien chez les catholiques ou par Jeminy Crikett dans Pinocchio, "stade du miroir" de Wallon repris par Lacan, dédoublement de la personnalité chez J-J Rousseau), il est clair que ce sont des conditions matérielles et spatiales précises, relevant de la géométrie, qui orientent l'hallucination plus ou moins respectable que l'on a baptisée "conscience".
Plutôt que d'en faire le "reflet" d'un esprit supérieur, qui lui-même renverrait à un autre, etc., il suffit de la démarquer des conditions spatiales de son apparition. Elle est sans doute présente dès le "début", mais il faut lui donner le temps de se manifester.
Comme pour le fromage à partir du lait.
Et pour ceux qui demanderaient où est la présure, c'est qu'ils sont tombés dans le piège :
l'objet parallélipédique du début de "2001, l'odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick (ce titre mériterait une interprétation !) coïncide avec l'idée ("idée !!!" comme dans les bulles de BD - qu'on interprétera comme "divine" ou "diabolique" - "la guerre gross malheur") du premier singe détournant un objet, un fémur gisant, en outil, PARDON EN ARME pour aider à la sélection naturelle de ses adversaires au bord du marigot de référence.
Claude Champon

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Y A-T-IL DEUX JUSTICES CRIMINELLES
EN FRANCE ?


        Un prêtre de la Communauté des frères de Saint-Jean (une congrégation catholique) a, selon la plaignante, violé une fillette de moins de quinze ans.

Que pensez-vous que son évêque (l'évêque d'Autun) fit ?
        Plutôt que de s'en remettre aux autorités publiques compétentes, il saisit l'évêque canoniste résident à l'archevêché de Lyon pour une enquête canonique préliminaire avant l'éventuelle ouverture d'un procès ecclésiastique.
Se croyait-il encore sous le Moyen Âge quand l'Église pouvait par exemple en 1431 par le truchement de l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, condamner Jeanne d'Arc à être brûlée vive sur une place de Rouen pour complaire à l'occupant anglais qui d'ailleurs n'en demandait pas tant (1).

        Pouvait-il ignorer les acquis de la Révolution de 1789, la loi de 1905 qui sépara enfin l'Église de l'État, ainsi que l'article 2 de la constitution de 1958 déclarant la France laïque et le Nouveau code pénal de 1993 traitant du secret face au crime ?

        Toujours est-il que le procureur de la République saisi d'une plainte désigna un juge d'instruction qui mit le religieux en examen pour "viol par personne ayant autorité", le plaça sous contrôle judiciaire et prescrivit une perquisition judiciaire dans les bureaux de ladite officialité.
C'est alors que parmi d'autres documents des disquettes informatiques ont été emportées par les enquêteurs, lesquelles contenaient aussi, paraît-il, des informations "secrètes" étrangères à l'affaire en cause.

D'où les cris d'orfraie du président de l'épiscopat qui invoque pêle-mêle, le secret professionnel, la liberté de culte, une laïcité bien comprise, les droits et la dignité de la personne humaine, et même les fondements de la démocratie pour menacer de recourir à "l'objection de conscience" contre l'État inquisiteur qui chercherait ainsi à "s'emparer de Dieu". (Le Figaro du 05 novembre 2001.

Pourtant, tout est clair et simple : il n'y a qu'une justice pénale en France. Depuis longtemps la prétendue justice ecclésiastique, qui applique une législation étrangère (le droit canon régi par l'État du Vatican) est purement privée et seulement tolérée, réservée aux questions internes de l'Église catholique : simple discipline de ses membres et reconnaissance éventuelle de la nullité de mariages religieux.

        Et c'est uniquement devant la justice publique que "quiconque" – même un évêque – doit absolument dénoncer l'auteur d'un crime – notamment sexuel, comme le viol - sur un mineur de quinze ans : articles 434-1, 434-3 et 226-14 du Nouveau code pénal.

Imagine-t-on les musulmans appliquant la charia dans nos banlieues ?

Max Bayard

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ATHÉE SANS DÉSEPÉRANCE

        La lettre de l'ami Faucher, publiée en page 20 de la Tribune de septembre, montre que nous ne mettons pas le même contenu derrière le mot "athée".

Pour moi ce n'est pas faire "table rase de toutes les croyances religieuses", c'est ne pas s'en préoccuper et s'efforcer de construire une hypothèse cohérente en anthropologie : l'idée de dieu est une invention humaine.
Elle n'est pas sortie toute fabriquée du cerveau de nos ancêtres comme cette déesse grecque qui sortit toute armée de celui de Zeus. Elle s'est construite peu à peu, sous l'influence des peurs engendrées par les éléments déchaînés, de l'angoisse devant la mort quand ils ont compris qu'ils étaient mortels etc.

Il n'y a pas trente six solutions : ou il existe des dieux, ou il n'en existe pas.
Alors pourquoi choisir la seconde hypothèse impliquerait un "état de manque, car (la) vie n'a plus de sens "
Quel manque ? Quelle absence de sens ?
Ce n'est que l'obscurantisme religieux (aidé par quelques cuistres PSY) qui cherche à nous faire croire à ce manque et à cette absence de sens.

Il n'y a pas de dieu, il y a ce que nous observons : la matière, ses propriétés - que nous sommes loin de connaître toutes - et leurs applications au cours de l'écoulement du temps. Les espèces vivantes font partie de ces applications, dont le sous-ensemble qu'est l'espèce humaine.
Où est-il question de "faire recette" ? de "remplacer (les) croyances d'un autre âge par la foi en une matière éternelle" ?
Il ne s'agit pas d'une foi ou d'une croyance, mais d'une hypothèse rationnelle.
Et il n'y a pas de "néant absolu" parce qu'il n'y a pas d'absolu.

En fait l'ami Faucher semble rechercher un athéisme "soft" pour déiste.
Autant relancer la quête de la quadrature du cercle.

L'hypothèse - l'intime conviction - que chacun de nous EST le fonctionnement de son corps ne m'a jamais désespéré et s'il y a à trouver un sens à sa vie (ce dont je ne suis pas tellement convaincu) c'est à chacun de nous de le trouver en soi-même (1). Peut-être que certains n'en sont pas capables… et je ne sais pas si cela se soigne.
Faudrait-il leur retirer le droit de vote ? C'est-à-dire basculer dans l'intolérance ?
Certainement pas.

Il faut apprendre à vivre heureux (*) avec des gens qui pensent autrement et leur apprendre à vivre (heureux ?) avec nous… à condition, cela va de soi, qu'ils ne remettent pas en cause l'exercice des libertés démocratiques.
Dans ce domaine comme dans d'autres, la recherche de l'unanimité c'est la recherche de la pensée unique.

J'aimerais que beaucoup d'athées s'expriment comme tels pour montrer leur nombre, mais ne recherchons pas des athées robots… comme il existe des croyants robots.

(1) cf. la "Tribune" 103 p.2 (ndlr).
(*) Le bonheur c'est la santé nerveuse (Marcel Boll)

Marc Prévotel

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VIVRE SANS DIEU(X)

Les dieux, la religion et les croyances sont garants de la morale : sans un minimum de préceptes moraux, aucune société humaine ne survivrait.
Mais les punitions les plus sévères, même la peine de mort, ne suffisent pas toujours à assurer une certaine éthique, aussi primitive soit-elle.
La certitude d'être constamment surveillé par un dieu ou un esprit qui voit tout et la crainte d'un châtiment éternel sont des garde-fous bien plus efficaces (1).

Les dieux, la religion et les croyances constituent le lien qui unit les individus d'un groupe humain: une foi et des rites communs font de l'autre un peu plus votre semblable et le respect de règles communes soude le groupe.
La pratique de rituels renforce le sentiment d'appartenir à une communauté (la communion).
La soumission à une même entité supérieure fait des autres individus du groupe en quelque sorte vos frères, surtout si on la présente comme votre père commun.

Les dieux, la religion et les croyances rendent seuls possibles le maintien d'un ordre social et politique durable : pourquoi l'individu accepterait-il des lois et des règles contraignantes si elles n'émanaient pas de la volonté d'un être supérieur, supra-humain ?
Comment accepterait-il l'autorité d'un autre individu si celui-ci n'était pas désigné par la volonté divine ?
Ne voit-on pas combien dans nos démocraties la lutte pour le pouvoir est âpre, agressive et donne si souvent lieu à des affrontements, sinon sanglants du moins parfois brutaux ?
L'histoire de l'humanité ne nous enseigne-t-elle pas que les civilisations les plus stables étaient celles où l'autorité suprême était de droit divin ?

Ces quelques arguments, parmi d'autres, sont avancés par ceux qui croient que les dieux (ou mieux, un seul) sont nécessaires à l'homme pour vivre en société.

Ces arguments sont bien entendu facilement pulvérisés par tous ceux qui ne l'entendent pas de cette oreille.

Stabilité de l'ordre politique et social?
Les dieux et les religions ont été inventées pour que les opprimés acceptent leur sort sans protester en attendant leur récompense éternelle dans l'au-delà.
Ne serait-ce d'ailleurs pas les guerres sans merci et bien terrestres que se sont toujours livrées entre eux les candidats à l'autorité de droit divin ainsi que les meurtres de leurs concurrents, frères, pères, mères, femmes, cousins ou autres qui auraient quelque peu fait douter de l'intervention divine et désacralisé la fonction ? Ou le banditisme, le meurtre et les massacres seraient-ils le critère de la divinité ?

Ciment et union d'un groupe humain ?
C'est précisément là que le bât blesse. D'un groupe humain bien particulier, parmi d'autres, peut-être, et encore…
Il n'y a, hélas, pas qu'un seul dieu...
Les dieux, les religions et les croyances divisent l'humanité en groupes antagonistes et sont les ferments mortels de guerres et de massacres incompréhensibles.
On a même vu des luttes fratricides sanglantes entre tenants d'un même groupe pour des questions ridicules de doctrine ou de rituel.
Et en ce qui concerne la "fraternité" envers ceux de son propre groupe, on constate hélas qu'elle consiste bien souvent à être un peu (ou beaucoup) moins "frère" avec les humains d'autres groupes, la capacité de "fraternité" de l'individu moyen étant généralement très limitée.

Garants de la morale ?
Moraux, les ouvrages fondateurs de nos "religions du livre" ?
Et quelle morale ?
De ce point de vue, ils sont rebutants, sinon ridicules.
Curieuse morale que celle de ces dieux barbares qui exigent des sacrifices, humains ou autres, de ces dieux racistes qui choisissent un peuple élu parmi tous les autres peuples de la terre, de ces dieux fous qui tuent leur propre fils pour nous faire la leçon en prétendant nous sauver ou de ces dieux criminels qui recommandent à leurs disciples soumis de tuer tous ceux qui ne croient pas en lui.
Et quelle est donc la morale d'un être tout-puissant et omniscient qui laisse souffrir ou massacrer des enfants dans des guerres d'adultes ?
Si l'adulte conscient sait parfois pourquoi il souffre ou meurt, l'enfant lui, souffre et meurt toujours pour rien.
Et est-il bien moral de faire croire aux hommes que cette vie sur terre n'est qu'un mauvais passage, qu'ils seront pardonnés pour toutes leurs fautes et qu'ils jouiront dans l'au-delà d'une vie de béatitudes éternelles après leur mort ?

"Les voies de dieu sont impénétrables" et c'est un grand mystère, mais nous n'avons pas besoin d'une morale mystérieuse.
Nous sommes des hommes et pas des dieux ; nous avons besoin d'une morale humaine et non divine et incompréhensible


Si les deux attitudes, la première qu'on pourrait qualifier de voltairienne ("Si Dieu n'existait pas, il faudrait L'inventer"), et la deuxième, qui pourrait être celle d'agnostiques ou d'athées, présentent chacune une certaine cohérence, elles souffrent cependant toutes deux d'une simplification réductrice et prennent le problème par le mauvais côté.

La première présuppose implicitement que l'homme est mauvais et qu'il lui faut un maître, supra-humain, omniscient et omnipotent bien sûr, pour le maintenir dans la bonne voie.
L'autre pourrait conduire à un optimisme exagéré. Non pas qu'elle suppose l'existence du "bon sauvage" de Rousseau, mais elle accorderait une importance trop grande à nos capacités intellectuelles à fonder une morale sociale universelle sur des bases purement rationnelles.
Nos comportements sociaux ne sont pas "tombés du ciel" et ne sont pas non plus le fruit de notre seule réflexion rationnelle, ou exclusivement le résultat d'un processus d'acquisition et d'assimilation par apprentissage
Les anthropologues prennent de plus en plus conscience qu'aussi loin que l'on puisse remonter dans le temps, l'homme serait "par nature" un animal social. On ne veut pas prétendre par là qu'il est "par nature" bon, généreux ou vertueux, mais qu'il aurait toujours, par nécessité, vécu en groupe.

Animal social ?

Observez donc parmi nos "frères les animaux" ceux que l'on appelle grégaires, qu'il s'agisse d'un colonie de pingouins, d'un troupeau d'éléphants ou même d'une bande de corbeaux.
L'organisation "sociale", en ce qui concerne la survie du groupe, peut atteindre des niveaux extraordinairement complexes et efficaces, que ce soit pour se procurer la nourriture, assurer la protection des petits ou avertir la troupe de l'approche d'un prédateur ou de tout autre danger.

Le "rituel" qui préside aux priorités de dépeçage d'une proie chez les grands carnassiers ne peut laisser personne indifférent, ni même l'attitude des vautours qui , bien éduqués, attendent sagement leur tour jusqu'à ce que ces messieurs-dames aient fini leur repas pour aller faire la sieste.
L'astuce du chimpanzé distrayant un de ses copains pour lui piquer sa banane ou les ruses incroyables et la résistance opiniâtre du "dingo" australien pour sauver sa progéniture semblent parfois même dépasser nos propres capacités, suscitant notre admiration au point qu'on cite parfois nos "frères inférieurs" en exemple.
Ajoutez à cela que l'ambiance au sein d'une troupe de n'importe quelle sorte d'animaux est généralement bien plus paisible que dans la plupart des groupes humains…

Ces comportements, souvent considérés comme proches des nôtres, n'ont pas échappé aux fabulistes et aux conteurs dès la plus haute antiquité.
Mais dire que certains animaux ont des comportements humains ou qu'ils n'en sont pas conscients et que c'est uniquement leur instinct qui les guide, si ce n'est pas vraiment faux, n'a en fait pas beaucoup de sens.

Notre cerveau humain n'est pas, dans ses principes de fonctionnement, fondamentalement différent de celui des autres animaux.
Le développement de notre cortex, résultat particulier de l'évolution de notre espèce, en affinant notre niveau de conscience, n'a jamais supprimé cette partie inconsciente de notre cerveau, que nous appelons subconscient, où se passe inlassablement un nombre incalculable d'opérations de détection, de reconnaissance, d'évaluations et de prises de décision influençant en grande partie notre comportement hors de tout contrôle de notre fameux "cerveau conscient".
C'est donc bien plutôt nous qui nous comportons comme les animaux (sans vouloir vous vexer).
D'ailleurs ne dit-on pas encore maintenant malin comme un singe, rusé comme un renard pour ne parler que de certaines qualités intellectuelles ?
L'antique sagesse populaire ne s'y est pas trompé.

Comme chez eux, une grande partie (sinon la plus grande) de notre cerveau assurant la survie au niveau fondamental (et la vie en groupe fait partie de ces nécessités) est gérée par des "circuits" indépendants de tout apprentissage, qui se mettent en place lors de la formation du cerveau comme on naît généralement avec deux bras et deux jambes.

C'était le sens des termes "animal social" par nature, et qui ne signifiait pas que "Mère Nature", divinité bienveillante, aurait prévu consciemment de doter nos cervelles de systèmes aussi complexes que prodigieux, mais plutôt que c'était le résultat d'une lente évolution sur des millions d'années des cerveaux animaux en général.
Il ne faut pas en déduire non plus que l'apprentissage des nouveaux-nés, humains ou animaux, est tenu ici pour négligeable (les petits des oiseaux doivent apprendre à voler, les petits carnassiers apprennent à chasser etc.).
Ce que l'on voulait dire c'est qu'un sentiment moral, si on peut l'appeler ainsi, se trouverait implanté dès la naissance dans les cerveaux de tous les animaux grégaires.

Et les dieux dans tout ça ? Et les religions ?

"Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse" aurait dit Laplace, mais la réflexion de Pascal Boyer (2) est au moins aussi intéressante : "De par notre nature, nous avons des dispositions pour le sentiment moral, c'est pourquoi nous pouvons nous plier à des règles morales et les appliquer dans des situations très diverses. Les concepts de Dieu ou d'esprits ne rendent pas ces règles plus contraignantes mais parfois plus intelligibles.
Nous n'avons donc pas créé les dieux pour faire fonctionner la société. Nous avons des dieux en partie parce que nous sommes dotés d'un équipement mental qui rend la société possible mais que nous ne comprenons pas toujours comment celle-ci fonctionne."

Pour ma part, j'ajouterai que je n'ai jamais vu le "peuple lapin" se prosterner devant une statue de Nanabozo le Grand Lapin (3), esprit de la prairie mort en sacrifice au Grand Dieu Chasseur. Lorsque ces sympathiques petits animaux perçoivent l'approche du grand prédateur humain, plutôt que de prier, ils préfèrent s'enfuir, ce qui me paraît une solution bien plus sage que de s'agenouiller.

Mais nous ne sommes pas des lapins, ni des animaux n'est-ce pas (qui a encore dit que pour être homme il fallait croire en dieu ?) !
Parce que justement, à notre connaissance, nous ne voyons que l'homme pour offrir des sacrifices, ou pour offrir le sacrifice de sa propre personne à une divinité courroucée pour attirer sa bienveillance. Ce serait donc là une caractéristique humaine qui nous différencie des animaux.

C'est encore une fois prendre le problème à l'envers.
C'est accorder à la divinité une qualité bien humaine : avoir un penchant de sympathie pour ceux qui nous font plaisir - mais quel animal ne finit pas par "trouver sympathique" celui qui lui fait plaisir en le nourrissant par exemple, ou bêtement en lui gratouillant la bedaine ?
Ne pourrait-on alors en déduire que même nos dieux se comportent comme des animaux…?
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(1) Il y a un dieu derrière moi qui me surveille et que je suis le seul à voir, mais chaque fois que je me retourne pour le regarder il disparaît…
(2) Pascal Boyer : "Et l'homme créa les dieux – comment expliquer la religion." Robert Laffont - octobre 2001, dont la lecture a inspiré cet article.

(3) poème de Jacques Prévert :
Dieu est un grand lapin
une fois il a eu un fils
un joyeux lapin
et il l'a envoyé sur la terre
pour sauver les lapins d'en bas
et son fils a été rapidement liquidé
et on l'a appelé civet.


Johannès Robyn

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100 ANS !


"Les associations de personnes pourront se former librement sans autorisation ni déclaration préalable"
Telle est l'heureuse formulation et le principe fondamental, libéral et démocratique, posé en son article 2 par la loi du 1erjuillet 1901 relative au contrat d'association, toujours en vigueur bien que retouchée à plusieurs reprises.
Résultat : des dizaines de milliers d'associations de toute nature et d'importance variée tissent une vaste toile d'entraide et d'initiatives citoyennes sur l'ensemble du territoire national.
Le succès est patent et demeure plein d'avenir.
Ce que l'on a oublié par contre, c'est que cette loi contenait un titre III consacré aux congrégations religieuses qui elles, à titre d'exception, ne pouvaient plus se former ni se maintenir sans une autorisation donnée par une loi particulière chargée de déterminer les conditions de leur fonctionnement, ceci dans des délais stricts (art. 13)
Ainsi y aurait-il désormais des congrégations autorisées et d'autres non autorisées et donc illicites, qu'elles aient négligé ou refusé de se déclarer dans lesdits délais.
Les illicites seraient alors "réputées dissoutes de plein droit" et leurs biens liquidés en justice (art.18) selon des modalités fixées ultérieurement par le décret du 16 août 1906.
Il était toutefois prévu l'attribution d'une allocation en capital ou en rente pour les congréganistes nécessiteux, à prendre sur l'actif restant de la liquidation judiciaire.

Cette législation répressive suscita un vif émoi et une profonde indignation dans les milieux catholiques de la France entière, alors même que le ministère Combes succédait à celui de Waldeck-Rousseau considéré comme plus bienveillant (voyez Anatole France dans L'Église et la République ou Le Parti Noir – 1904).
Ainsi à Angers, Ville Noire s'il en est, des troubles éclatent à l'occasion de la liquidation en avril 1903 des biens des Oblats de Marie-immaculée et des Capucins dont les congrégations mères n'avaient pas été autorisées par la Chambre des députés et qui par suite étaient réputées dissoutes de plein droit dans tout le pays.
Des manifestations de protestation ont lieu Cour Saint-Laud, boulevard Saint-Michel, près du Palais de Justice et au Champ-de-Mars où s'échangèrent injures et coups sous les jets de pierres. La gendarmerie à cheval aux ordres du préfet intervint et des arrestations eurent lieu.
D'un côté les Chouans chantaient le Magnificat après avoir crié Vive les pères, Vive la liberté ! alors qu'en face fusaient des À bas la calotte, la Vierge à l'écurie et surtout Vive la sociale ! qu'accompagnait l'Internationale sortant vibrante de poitrines d'Apaches, une sorte de gauchistes de l'époque.
Cela se trouve dans les colonnes du "Patriote de l'Ouest" républicain et radical-socialiste qui croisait le fer avec "Le Petit Courrier" et "L'Anjou", bien-pensants (droite cléricale et même réactionnaire).

En tout, près de 14.000 établissements congréganistes ont été fermés, 272 poursuites engagées et 637 condamnations pour délit de congrégation non autorisée prononcés.
Puis la rigueur faiblit et le gouvernement impose la tolérance aux préfets dans l'élan d'unité nationale de 1914 précédant l'hécatombe.
Mais ce n'était toujours pas suffisant pour le haut clergé et Vichy qui souhaitait sa collaboration lui offrit une série de lois lui rendant son rôle, son prestige et ses biens : loi du 3 septembre 1940, celles des 21 février et 30 mai 1941 et surtout celle du 8 avril 1942 qui plaça définitivement (elle est toujours en vigueur) les congrégations sur le même plan que les autres associations, sauf quelques nuances sans grandes conséquences.
Tout au long de cette sombre période, l'évêque d'Angers marcha "résigné", dans les pas de Pétain (Golias n° 29) ce qui ne l'empêcha pas de poursuivre paisiblement l'exercice de son ministère jusqu'en 1950.

Prenons l'annuaire d'Angers pour 2001, page 155 : les instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de vie apostolique (disons ex-congrégations).
On trouve cinq communautés religieuses d'hommes (dont les capucins, qui sont revenus !) et vingt et une communautés religieuses de femmes (dont les Oblates bénédictines, alors qu'en 1903 c'étaient des hommes !).
Elles constituent ensemble le premier propriétaire foncier et immobilier de la ville. Ce qui remet en mémoire le fameux "milliard congréganiste" évoqué par Waldeck-Rousseau en 1903 : "Le milliard congréganiste existe, on le voit partout, aussi bien au sommet des collines qu'au creux des vallons et dans les rues de nos grandes villes…"
Il s'agissait de francs-or, qu'en sera-t-il en euros ?

En définitive, 100 après, l'Église catholique fait à peu près ce qu'elle veut sur le sol de la France, surtout que l'on n'a jamais su ce qu'est exactement une congrégation religieuse sinon une communauté de gens du même sexe liés par des vœux (chasteté, pauvreté, obéissance) vivant sous l'autorité d'une Règle et d'un Supérieur aux ordres d'un évêque ou du pape.
Comme sous l'Ancien Régime, la Vème République laïque reste la "fille aînée de l'église", bienveillante et par trop généreuse
On en reparlera en 2005.
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"À l'issue d'une longue réflexion", la Province de France des Jésuites a sollicité et obtenu par décret du 19 février le statut de congrégation reconnue légalement. Jusqu'alors elle n'était que tolérée, mais licite.

Max Bayard

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SUR L'ÊTRE SUPRÊME

        Umberto Eco, outre ses grands succès de romancier (Le nom de la rose, Le pendule de Foucault) reste un théoricien érudit et un logicien redoutable. Son récent livre "Kant et l'ornithorynque" (Grasset 1999 - Livre de poche n°15026, 2001) est constitué de divers écrits rassemblés en chapitres.
        Un homme médiatique, qui "fait carrière" et sans doute beaucoup d'argent, ne prendra pas le risque de s'engager sous la bannière de l'athéisme déclaré. Pourtant je pense qu'on peut tirer des choses précieuses notamment de son chapitre premier (Sur l'être) en le "traduisant" et en l'orientant dans un sens qui s'avère facilement favorable à notre cause.

- L'être par opposition à tel ou tel étant ne peut être pensé que comme "être suprême" (réponse rituelle à la question "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?")
Les athées ne doivent pas se sentir mal à l'aise face à cette proposition et pourraient plutôt prendre garde à la formule "dieu n'existe pas", qui ne casse pas toutes les vitrines qu'ils pourraient imaginer… Ce sont les penseurs chrétiens les plus clairvoyants, les théologiens scolastiques, qui ont fait depuis longtemps profession d'athéisme !
En effet (d'après Gilson "L'être et l'essence" Vrin 1948, complété depuis) "existere" désignait d'abord dans leur langue l'acte par lequel un sujet accède à l'être en vertu de son origine… Il devient alors nécessaire de dire que, si Dieu "est", Dieu "n'existe pas". Il est vrai que ex-ister signifie bien devoir son être à autre chose, en dériver, alors que par définition "Dieu " créateur est incréé et ne procède que de lui-même.
Un croyant raffiné peut très bien refuser d'admettre que "Dieu existe", il pensera plus profondément "Dieu est".
Dieu est alors assimilé à l'être et à rien de moins (ce qui d'ailleurs ruine toutes les prétentions religieuses comme l'avait bien vu Spinoza).

- En effet (comme le disait Peirce "Nominalism versus Realism", 1868), l'être est l'abstraction totale qui appartient à tous les objets exprimés par des termes concrets. Ce concept possède une extension illimitée (tout appartient à l'être, aucun étant ne lui échappe) et un intension (ou compréhension) nulle. Traduit par le mot dieu, ou nature, ou grand merdier, l'être renvoie à tout, mais (et du même coup) ne signifie rien. Pascal l'avait senti… et Hegel déjà écrit.

Tous les prêtres ne sont pas des idiots et les plus malins s'étaient trouvés athées, sinon athéistes (car là il y en allait de leur carrière et de leur vie). On est d'autant plus fort à défendre une position dont on connaît l'inanité.

- Et comme le persifle Eco :

"Soit dit en passant, si la condition normale était le rien et si nous n'en étions qu'une excroissance malaventureuse et transitoire, l'argument ontologique tomberait à son tour… De toutes les réfutations de l'argument ontologique, la plus vigoureuse semble exprimée par la simple question : "Mais qui a jamais dit que l'existence était une perfection ?" Une fois admis que la pureté absolue consiste dans le Non-être, la plus grande perfection de "Dieu" serait alors de ne pas exister. Le fait de le penser comme existant serait l'effet de notre étroitesse d'esprit, capable en lui attribuant l'existence de salir ce qui a la droit suprême et la chance inimaginable de ne pas être."
Notre époque si friande de "crimes contre" ceci ou cela pourrait reconnaître le "crime contre l'inexistence" : seraient mis en examen tous les imposteurs de l'affirmation incontrôlée.
Il va falloir multiplier le nombre de prisons…

Eco, qui semble faire la petite bouche avec Spinoza, ne peut s'empêcher de retrouver l'argument et la tournure spinozistes, quand il évoque : "… celui qui, lorsqu'on lui avait demandé s'il croyait ou pas en Dieu, avait répondu : non, moi je crois en quelque chose de bien plus grand." Et d'ajouter :
"La question "pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?" recèle sans doute une autre inquiétude, concernant l'existence de Dieu. Mais l'évidence de l'être est première. La question de Dieu ne se pose qu'ensuite. La question "qui a fait tout ça ? qui le maintient dans l'être ? ne peut surgir qu'après avoir pris acte de l'évidence, notissima, il y a quelque chose"

J'ai contesté par ailleurs l'évidence de ce "quelque chose" (cf mon article dans la "Tribune" 105, p. 5), mais on voit bien, pour nous, l'intérêt de cette argumentation intermédiaire, qui produit d'ailleurs en raccourci un bénéfice immédiat : il ne peut y avoir de religion de cet être suprême (par où Robespierre s'est trouvé dans la position d'un gaffeur monumental, à qui on préférera l'athée Sade). Toute religion, par les affects qu'elle utilise, par les pratiques qu'elle met en œuvre, par les représentations culturelles qu'elle charrie, est partielle et ne peut rendre comte du tout qu'elle invoque.
C'est aussi pourquoi les "panthéistes" (Spinoza, Hugo, Huxley) sont automatiquement condamnés par les religions établies en termes "d'athéismes". Ce qui compte chez les religieux c'est l'esprit boutique et le culte de leur petite différence. Essayez de traiter un luthérien de calviniste et réciproquement et vous verrez les réactions.

On n'est pas forcé de "croire" en quoi que ce soit. A son tour la position laïcisée "croire en l'être", qui plus est "suprême", est trop faible et défère toujours à "la forme de l'Un" (concept dû à Marcel Gauchet, cf sa conférence dans le cadre de l'UTLS du 30/11/2000 au CNAM) et un athéisme de deuxième degré porterait plutôt à relativiser l'être et à le concevoir comme problématique. On peut admettre qu'à chaque instant l'être est et n'est pas, et ainsi de suite. L'être des athéistes serait stochastique, et c'est bien ainsi que paraît son évidence quotidienne, n'en déplaise à Eco.

- "L'être est avant même que l'on en parle." Là je trouve Eco bien présomptueux. On peut très bien défendre l'idée que, comme "Dieu", l'Être évidemment suprême est un fait de langage. C'est l'être de la parole injonctive qui a de bonnes chances d'être premier. Le mensonge n'est pas déformation de la parole, mais sa condition même. "Au début était… le mythe." Et il faut bien aussi s'en défendre : perspective qu'Eco dans son agenouillisme ontologique a négligé, celle d'une révolte contre tout l'être.

Donc on avance et cela peut s'exprimer sous forme d'arborescence :

1 - Dieu existe (pensée vulgaire)
2 - Dieu n'existe pas (réfutation de base)
        2.1 Un nombre imaginaire ou une fourmi de dix-huit mètres de long, ça n'existe pas, mais cela est. DIEU EST, dans la mesure où on en parle, où il est dans l'être de la parole.
Mais dans cette affirmation c'est le verbe qui prime ; "dieu" ne fait pas le poids, il n'y a que de l'être, d'où le vrai argument ontologique :
        2.2 L'ÊTRE EST (exit "Dieu", qui "n'est que", donc qui "n'est pas", comme un étant particulièrement débile au concept à extension illimitée et à intension ou compréhension nulle, colosse aux pieds d'argile et improductif)
        L'être est, et même il n'est rien (un étant parmi d'autres, comme le nombre zéro, l'ensemble vide), L'ÊTRE EST RIEN (ce qui est différent de ne pas être, qui serait une contradiction dans les termes, d'où RIEN (N)'EST.

3 - Mais le soupçon qui atteint chaque étant, "Dieu" parmi d'autres, écorne à son tour l'être suprême lui-même.
La réponse à la question "pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" se paye pas de mal de dégâts.
On a appris qu'il y du rien et qu'il y a aussi du quelque chose.

D'ailleurs, c'est pareil.

Claude Champon

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L'INUTILE BEAUTÉ

- Sais-tu comment je conçois Dieu ?
Comme un monstrueux organe créateur, inconnu de nous, qui sème dans l'espace des milliards de mondes ainsi qu'un poisson unique pondrait des œufs dans la mer. Il crée, parce que c'est sa fonction de Dieu ; mais il est ignorant de ce qu'il fait, stupidement prolifique, inconscient des combinaisons de toutes sortes produites par ses germes éparpillés.

La pensée humaine est un heureux petit accident des hasards de ses fécondations, un accident local, passager, imprévu, condamné à disparaître avec la terre et à recommencer, peut-être ici ou ailleurs, pareil ou différent, avec les nouvelles combinaisons, des éternels recommencements.
Nous lui devons, à ce petit accident de l'intelligence, d'être mal en ce monde qui n'est pas fait pour nous, qui n'avait pas été préparé pour recevoir, loger, nourrir et contenter des êtres pensants, et nous lui devons aussi d'avoir à lutter sans cesse quand nous sommes vraiment des raffinés et des civilisés, contre ce qu'on n'appelle encore les Desseins de la Providence.

- Alors tu crois que la pensée humaine est un produit spontané de l'aveugle parturition Divine ?

- Parbleu ! Une fonction fortuite des centres nerveux de notre cerveau, pareille aux actions chimiques imprévues dues à des mélanges nouveaux, à tous les phénomènes enfin, engendrés par les fermentations infinies et fécondes de la matière qui vit.
La preuve en éclate pour quiconque regarde autour de soi.
Si la pensée humaine, voulue par un créateur conscient, avait dû être ce qu'elle est devenue - si différente de la pensée et de la résignation animales - exigeante, chercheuse, agitée, tourmentée, est-ce que le monde créé pour recevoir les êtres que nous sommes aurait été cet inconfortable parc à bestioles, ce champ à salades, ce potager sylvestre rocheux et sphérique où votre Providence imprévoyante nous a destinés à vivre nus, dans les grottes ou sur les arbres, nourris de la chair massacrée des animaux, nos frères, ou des légumes crus poussés sous le soleil et les pluies ?
Mais il suffit de réfléchir une seconde pour comprendre que ce monde n'est pas fait pour des créatures comme nous.
La pensée, éclose et développée par un miracle nerveux des cellules de notre tête, toute ignorante, impuissante et confuse qu'elle est et qu'elle demeurera toujours, fait de nous, les intellectuels, d'éternels et misérables exilés sur cette terre.

Contemple la, cette terre, telle que Dieu l'a donnée à ceux qui l'habitent. N'est-elle pas, visiblement et uniquement, plantée et boisée pour les animaux ?
Qu'il y a-t-il pour nous ? Rien !
Pour eux, tout : les cavernes, les arbres, les feuillages, les sources, le gîte, la nourriture et la boisson.
Aussi les gens difficiles comme moi n'arrivent jamais à s'y trouver bien. Ceux là seuls qui se rapprochent de la brute sont contents et satisfaits.
Mais les autres, les poètes, les délicats, les rêveurs, les chercheurs, les inquiets... Ah ! Les pauvres gens !…

Je mange des choux et des carottes, des oignons, des navets et des radis parce que nous avons été contraints de nous y accoutumer, et même d'y prendre goût, parce qu'il ne pousse pas autre chose.
Mais c'est là une nourriture de lapin et de chèvre, comme l'herbe et le trèfle sont des nourritures de cheval et de vache.
Quand je regarde un champ de blé mûr, je ne doute pas qu'il ait germé dans le sol pour des becs de moineau ou d'alouette, mais non point pour ma bouche.
En mastiquant du pain, je vole donc les oiseaux, comme je vole le renard et la belette en mangeant les poules.

Les animaux n'ont rien à faire pour vivre ici-bas.
Ils sont chez eux, logés et nourris, ils n'ont qu'à brouter ou à chasser et s'entre-manger selon leurs instincts, car Dieu n'a jamais prévu la douceur et les mœurs pacifiques ; il n'a prévu que la mort des êtres acharnés à se détruire et à se dévorer.

Il nous a fallu, à nous, du travail, de l'effort, de la patience, de l'invention, de l'imagination, de l'industrie, du talent et du génie pour rendre à peu près logeable ce sol de racines et de pierres. Mais songe à ce que nous avons fait, malgré la nature, contre la nature, pour nous installer d'une façon médiocre, à peine propre et à peine confortable, à peine élégante, à peine digne de nous.
Et plus nous sommes intelligents, raffinés, et plus nous devons vaincre et dompter l'instinct animal qui représente en nous la volonté de Dieu.

Songe qu'ils nous a fallu inventer la civilisation, qui comprend tant de choses, tant, depuis les chaussettes, jusqu'au téléphone !…
Regarde ce théâtre : n'y a-t-il pas là-dedans un monde humain créé et par nous, imprévu par les Destins Eternels, ignorés d'eux, compréhensible seulement par nos esprits ?

Maupassant (communiqué par Nicole Janicot)

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CONCORDAT PAS DEPASSÉ ?

C'est en tous cas ce qu'affirme le journal La Croix dans son numéro du mardi 17 juillet 2001.
Rappelons que ce concordat de 1801 est un traité passé entre le pape Pie VII et la République française dirigée par le premier consul Napoléon Bonaparte.
Il fut signé le 15 juillet 1801, converti en loi le 8 avril 1802 et publié le 18 avril de la même année – le jour de Pâques - ! Ce même jour, les voûtes de Notre-Dame de Paris ont retenti d'un "Te Deum" qui, paraît-il, "a jalonné son histoire".
Ce cantique d'actions de grâce de l'Eglise catholique "célébrait la réouverture de l'édifice au culte après les affres de la période révolutionnaire et le retour à ce qu'on appelait la paix des consciences".

Le Concordat de 1801 contient dix-sept articles.

Le premier reconnaît la religion catholique "apostolique et romaine" comme "la religion de la grande majorité des Français".

Les articles 4 et 5 transfèrent au premier consul le droit de nommer les évêques, réservant, comme dans le concordat de 1516, l'institution canonique au pape.

D'après les articles 6 et 7 , les évêques et les ecclésiastiques du second ordre devront prêter serment au gouvernement.

L'article 14 assure un traitement convenable aux évêques et aux curés.

Les articles 16 et 17 reconnaissent au Premier Consul et à ses successeurs les mêmes droits et prérogatives dont jouissaient autrefois les anciens rois, à condition toutefois qu'ils soient catholiques. Dans le cas contraire, un nouveau traité serait nécessaire.

Le précédent concordat de 1516 resta en vigueur jusqu'à la Révolution. La constitution civile du clergé, qui lui fut substituée par l'Assemblée Constituante (12 juillet 1790) devint l'occasion d'attaques violentes contre le clergé et la religion catholiques. Le Premier Consul en signant ce traité espérait mettre un terme à ces conflits répétés. Beaucoup d'évêques ont servi le pouvoir avec zèle, ce qui leur a valu le sobriquet de "préfets violets".
Il a fallu attendre la loi de séparation des Eglises et de l'Etat du 9 décembre 1905 pour que cette convention soit dénouée. Mais le Concordat est toujours appliqué dans les trois départements dits concordataires, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la Moselle, territoires qui ne furent restitués à la France qu'en 1918.
Le journal La Croix affirme donc que ce traité – dont "on" a fêté le bicentenaire les 14 et 15 juillet 2001 – est très apprécié des habitants d'Alsace et de Moselle et qu'il reste "une forme juridique adaptée de collaboration entre l'Eglise et l'Etat".
Quels sont les arguments avancés par Joël-Benoît d'Onorio, directeur de l'institut des relations Eglise-Etat (?) pour défendre un tel point de vue?
Dans un premier temps, d'Onorio avance le fait que ce traité a survécu à deux siècles, à huit régimes politiques et à deux guerres mondiales !
Ce qui me semble un peu spécieux, car comme le déclarait Marx, "l'ancienneté du knout n'est pas un argument qui suffit à fonder son caractère respectable".
Il annonce ensuite que plus de 110 accords de ce type sont actuellement en vigueur dans le monde, ce qui, selon lui, prouve la validité d'un tel traité et sa modernité.
Il s'agit, toujours selon J.B. d'Onorio, d'une forme très moderne des relations entre l'Eglise et l'Etat qui s'est largement développée au XXème siècle.

Les accords concordataires signés aujourd'hui – sous Jean-Paul II, 77 accords de type concordataire ont été signés, dont un concordat en tant que tel avec la Pologne – garantissent, du point de vue de l'Eglise catholique, ses préoccupations majeures pour la vie des catholiques – J.B. d'Onorio prend deux exemples : parité du traitement pour les organismes chrétiens par rapport aux autres organismes du même secteur, dans le domaine éducatif ou sociocaritatif, utilisation des medias, liberté de création de médias catholiques, liberté d'accès des catholiques aux médias publics et parfois même "clause garantissant le respect de l'Eglise dans les média".
J.B. d'Onorio termine par cette menace à peine voilée :
"les Français auraient beaucoup à apprendre…"

L'auteur va encore plus loin dans la falsification puisqu'il prétend que les Alsaciens et Mosellans restent attachés viscéralement à ce statut spécifique des cultes. Un sondage publié par les Dernières Nouvelles d'Alsace confirmerait le très fort attachement des Alsaciens à la structure paroissiale (pour 95% des sondés !). Ce concordat ferait partie du patrimoine.

Notons que les bâtiments culturels sont entretenus par les communes, ce qui doit poser quelques problèmes quant à la répartition des budgets municipaux.
Le traitement des "ministres des cultes reconnus" coûte à l'Etat plus de 200 millions de francs pour 1500 "salariés" (ce qui place le traitement à environ 11 000F par mois en moyenne). Les évêques de Strasbourg et de Metz sont nommés par le Président de la République (qui ne fait qu'entériner le choix du Vatican).

Le journaliste distingue avec raison , me semble-t-il, le statut scolaire qui est une survivance de la loi Falloux de 1850 et le Concordat qui n'ont été abrogés ni l'une ni l'autre (l'Alsace-Moselle a été annexée au Reich allemand entre 1871 et 1918). Seul le statut scolaire provoque de vifs débats, le concordat lui-même ne suscite guère de polémiques, voilà la conclusion à laquelle arrive La Croix.

Pourquoi ne généraliserait-on pas à la France entière ?
Ce morceau de bravoure nous est fourni par le même journal La Croix, mais dans sa livraison du 14 juin 2001, ce cantique commence par les mots : "Te Deum laudamus..."
Pas une seule fois l'Eglise catholique n'est désignée autrement que sous la forme "l'Eglise", comme si cette dernière était encore dans notre pays la seule religion
Les cultes reconnus : catholique, luthérien, réformé et juif.
La religion musulmane apparue plus récemment en France n'est pas reconnue.

Ce qui prouve à l'évidence la modernité et l'adaptabilité de ce traité.

Jean-Bernard Lalaux

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L'ENSEIGNEMENT RELIGIEUX EN ALSACE

En Alsace-Moselle, l'enseignement religieux est obligatoire, y compris dans le public.
Sauf dispense des parents.
Prémonition insulaire ?

Le débat sur la Corse a été lu d'une manière différente en France dite concordataire et en France de "l'intérieur" .Surtout à la lumière du droit local de l'Alsace-Moselle, où le catéchisme obligatoire plie, sans rompre, sous la poussée de la sécularisation de la société.

"Les principes généraux du droit local fixent dans ses textes une présence institutionnelle du religieux dans les écoles en Alsace-Moselle", explique Bernard Zahra, professeur de droit à l'institution de La Salle à Metz, et auteur d'un ouvrage-référence sur le droit local. (1)
"Le statut scolaire est en partie lié au régime des cultes reconnus. La législation des cultes est constituée par l'ancienne loi du 18 germinal An X - Concordat de 1801 et !es articles organiques des cultes catholiques et protestants - et de nombreux textes d'application dont le décret de 1808 pour le culte israélite.
Les écoles publiques, en droit, sont confessionnelles ou interconfessionnelles.
A Metz, par exemple, toutes les écoles publiques, sauf une, sont catholiques. Dans les faits, elles sont la plupart du temps aujourd'hui interconfessionnelles, voire neutres ".

Il n'empêche. Nourrissant les griefs rituels, en congrès des parents FCPE, et continus de la Ligue de l'Enseignement, l'obligation de l'enseignement religieux reste une réalité, il est vrai très variable d'un établissement à un autre.

De une à deux heures

"C'est la loi Falloux du 15 mars 1850, modifiée par les autorités allemandes sous l'annexion et complétée par les autorités françaises après, qui fixe les principes de base", souligne Bernard Zahra.
A Metz, toutes les écoles publiques, sauf une, sont catholiques.
"Les maternelles, devenues en pratique intercon-fessionnelles, doivent prévoir, selon les directives ministérielles, une activité "d'éveil religieux" animée par l'institutrice. Appliquée dans l'enseignement privé confessionnel, cette pratique est tombée en désuétude".

Dans les écoles élémentaires publiques, l'obligation est fixée par un décret de... 1974 : "Il précise que l'enseignement religieux est d'une heure par semaine, qu'il peut être porté à deux heures à la demande des parents en CE2, CM1 et CM2
Et que les parents peuvent demander la dispense de cet enseignement, par écrit, en début d'année scolaire.
En dehors de l'horaire officiel, le prêtre, le pasteur ou le rabbin, peut assurer un supplément intitulé
"heure de catéchisme".
Quant à l'élève dispensé, il est en principe tenu de suivre un enseignement de morale de durée équivalente ".

Vrai pour l'essentiel en Alsace, pas en Moselle.
Quant à l'enseignement de la religion dans le secondaire - dont les établissements publics sont non confessionnels – il est régi par des textes …allemands de 1873 et 1887.
Revisités certes par des dispositions françaises dont un arrêt du Conseil d'Etat du 23 mai 1958.

Prévu par les programmes officiels, le cours de religion est fixé à une ou deux heures selon les effectifs. "Le contenu est laissé à la discrétion des autorités religieuses concernées et agréées", précise Bernard Zahra qui observe qu'il "n'existe pas de pratique homogène de l'enseignement religieux". Ni du principe d'obligation. "Dans nombre d'établissements, la procédure utilisée est plus proche de l'inscription en cours de religion que de la dispense".
Sans compter la chute de fréquentation observée en lycée.

Et l'islam?

Le droit local met en relief un problème de taille: la non prise en compte de l'islam, pourtant devenue la 2ème religion de France. Bernard Zahra l'admet volontiers. "On va vers une intégration de l'islam", pense-t-il, rendant hommage à Jean-Pierre Chevénement, "qui est celui qui a le mieux défendu le régime des cultes".
Le spécialiste messin ne se fait pas faute de citer d'abondants passages de l'allocution prononcée par le ministre de l'Intérieur à Strasbourg en novembre 97 lors de l'ordination épiscopale de Mgr Doré. "En Alsace et en Moselle, le statut particulier des relations porte, plus que dans le reste du territoire national, la marque de notre longue histoire ".
Et de définir "la laïcité comme une valeur, pas un dogme".

Et, comme en écho au discours ministériel, Bernard Zahra note "qu'en Alsace Moselle, on est plus en concordance avec ce qui se pratique dans l'ensemble des pays européens.
C'est l'Histoire. Et non le résultat d'un marchandage comme en Corse ".
Jean-Pierre Chevènemént ne dira pas le contraire.
Textes : Philippe Rivet
(Liberté de l'Est)

(1) "A la découverte du droit local" par Bernard Zahra, qui a su enrichir son ouvrage avec les contributions des meilleurs spécialistes du droit local, Editions Fensch Vallées – Thionville, 3ème édition septembre 2001.

FORMATION RELIGIEUSE

L'enseignement religieux est assuré par des personnels qui appartiennent à différentes catégories "d'agents publics" rétribués par l'Etat.
Parmi les agents non titulaires - la très grande majorité - on trouve soit des "certifiés auxiliaires de religion", soit des vacataires, soit des professeurs contractuels, soit des maîtres-auxiliaires.
Pour résorber l'auxiliariat, un concours a été ouvert cette année aux maîtres-auxiliaires titulaires d'une licence, ayant quatre ans d'enseignement à temps plein dans les huit dernières années.
Parmi les agents titulaires figurent des maîtres auxiliaires titularisés adjoints d'enseignement (AECE) et des adjoints d'enseignement promus professeurs certifiés.
Les I.U.F.M. (Instituts de Formation des Maîtres) prennent en charge la formation religieuse des futurs professeurs des écoles et du second degré. Tout comme l'université des sciences humaines de Strasbourg, qui compte deux facultés de théologie, catholique et protestante, l'Université de Metz étant dotée d'un département dit centre autonome d'enseignement et de pédagogie religieuse. Il faut également mentionner l'existence de missions d'inspecteurs, partagées entre des inspecteurs ecclésiastiques et les inspecteurs pédagogiques.
Les premiers assurent un rôle déterminant dans le choix des enseignants en faisant les propositions de nomination.
Les seconds assurent le contrôle pédagogique de tous les enseignants de religion. Article de Philippe Rivet
---------------------------------- (Est Magazine, 2 septembre 2001)

BUDGET DES CULTES : AVIS DOSIÈRE (1)
une opinion partisane plus qu'une analyse objective.

Dans leur édition du 3 novembre, "les Dernières Nouvelles d'Alsace" ont rendu compte du rapport de M. Dosière, député socialiste de l'Aisne, rapporteur de la commission des lois de l'Assemblée Nationale.

Association " Laïcité d'accord ! "
Bernard Anclin, Président ; Roland Couderc, Secrétaire

Nous nous voyons dans l'obligation d'émettre ici les plus vives réserves quant à la démarche de M. Dosière et aux conclusions qu'il en tire.

Une étude fort peu républicaine.

Il est frappant de constater tout d'abord que l'exposé n'évoque même pas les contradictions, pourtant bien connues, que l'on peut relever entre d'une part le maintien du Concordat en Alsace-Moselle, le statut scolaire local, et d'autre part la Constitution et les lois de la République Française (laïcité, égalité, non discrimination, liberté de conscience, séparation des Eglises et de l'Etat).

Une attitude rigoureuse eût consisté à exposer clairement cette contradiction et à tenter d'y répondre. N'est-ce pas là le rôle du législateur ? - En outre, une attitude objective aurait consisté à faire une enquête exhaustive sur le terrain, incluant l'audition de tous les courants de pensée, y compris les associations laïques d'Alsace-Moselle dont les options ne sont pas moins respectables...

M. Dosière s'en est tenu exclusivement à la version "officielle", relayant une prétendue satisfaction consensuelle dépourvue de tout esprit critique, comme s'il voulait empêcher tout débat. Un avis bien peu respectueux de l'examen des faits et des lois.
Son avis expose longuement l'historique de la spécificité alsacienne-mosellane, remontant au XVIIème siècle, mais ignore superbement le décret du 10 janvier 2001, portant sur la réactualisation du texte même du Concordat.

N'était-il pas nécessaire de mentionner également les directives de codification du droit local énoncées par M. Juppé, Premier Ministre (circulaire du 30 mai 1996) ?

Le statut scolaire local.

En outre, dans son avis qui porte, rappelons-le, sur le budget des cultes, M. Dosière introduit la question du statut scolaire local ; ce chapitre n'a aucune raison d'être dans cette étude, car il n'a aucune incidence sur le budget des cultes.
Le statut scolaire local n'a pas son origine dans le Concordat et n'a aucun lien direct avec lui !
Est-ce une méconnaissance du sujet ? ou bien une tentative de faire accepter non seulement le Concordat, mais aussi un statut scolaire discriminatoire envers les membres des religions non reconnues, notamment l'islam, et envers tout ceux ne se reconnaissant dans aucune religion, qui tendent pourtant à devenir aujourd'hui majoritaires dans toute l'Europe (cf. les résultats d'enquêtes publiés dans les "Archives des Sciences Sociales des Religions").
Ce statut ne respecte pas la liberté de conscience. S'agissant encore du statut scolaire local, M. Dosière sait-il qu'il n'existe aucun recueil officiel des textes qui le fondent ? Sait-il que ce statut scolaire est totalement inaccessible aux parents d'élèves et aux administrateurs ?
Nous le mettons au défi de nous procurer l'ensemble des textes constituant ce maquis juridique que le gouvernement refuse de codifier (malgré la circulaire Juppé) ! Certains textes présentent un anachronisme stupéfiant : sait-il, par exemple, qu'une ordonnance de l'époque allemande, apparemment toujours en vigueur, stipule que les chefs d'établissements doivent être de nationalité... allemande !

Faire avancer le débat sur des bases constructives

Monsieur Dosière fait état d'un sondage donnant 90% d'approbation au Concordat et au statut scolaire en Alsace et Moselle. Ce sondage n'a aucune valeur scientifique.
Il est fondé sur l'ignorance entretenue des populations qui n'ont jamais été correctement informées du contenu réel du statut scolaire. Car, même en Alsace-Moselle, on confond souvent le statut scolaire avec l'ensemble du droit local.
Certains croient même que si l'on modifiait le statut scolaire, il n'y aurait plus de régime local de la Sécurité sociale, ni même de congé le vendredi saint...
Il est urgent que l'information sur le statut scolaire ne soit plus monopolisée par les seuls partisans de ce statut.
Seule une information pluraliste permettra de faire avancer le débat sur des bases constructives
----------------------------------------------
(1) Avis 3324 de René Dosière, député de l'Aisne – 30 pages environ. Peut être consulté sur le site Internet de l'Assemblée Nationale :
http://.assemblee-nationale.fr/budget/plf2002/a3324-04.asp

DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE (DNA)
BUDGET DES CULTES dimanche 25 novembre 2001.

Adrien Zeller, président UDF du Conseil Régional d'Alsace a écrit au député de l'Aisne, René Dosière (Parti Socialiste) pour le féliciter d'avoir étudié le budget des cultes d'Alsace-Moselle "de manière réaliste et objective" (D.N.A. du 03 novembre 2001).
Il rappelle l'arrêt du Conseil d'Etat (6 avril 2001) qui l'estime compatible avec le principe de laïcité.

Samedi 8 décembre 2001 a eu lieu le
Colloque National de la Libre Pensée pour l'abrogation du Concordat de 1801 et du statut scolaire d'Alsace-Moselle
organisé sous l'égide de l'I.H.E.U. (International Humanist and Ethical Union), à l'appel de la LIBRE PENSEE, FNEC FO 67 – LAICITE 67 – CLR 68 – FERC CGT (54), FNEC FO (54) avec Charles Coutel (philosophe), Babu Gogineni (Secrétaire Général de l'Internationale Humaniste), C. Eyschen et J. Salamero (Libre Pensée), la Ligue de l'Enseignement Luxembourgeoise, etc… à la Faculté de Droit de l'Université Robert Schuman, Place d'Athènes à Strasbourg

Le 15 juillet 1801, "tant pour le bien de la religion que pour le maintien de la tranquillité intérieure" Napoléon Bonaparte, Premier Consul de la République signe le Concordat de 1801.
Depuis cette date, les ministres des trois cultes reconnus sont rétribués par l'Etat, les religions sont élevées au rang de services publics. Le 9 décembre 1905, la loi de séparation des églises et de l'Etat, en instaurant la laïcité institutionnelle comme pilier de la République, abroge le concordat de 1801.
En 1918 lorsque l'Alsace et la Moselle reviennent à la France, les forces cléricales, s'appuyant sur les circonstances historiques et les renoncements des gouvernements de la République, et en amalgamant le régime clérical avec les acquis sociaux locaux, imposent le maintien du Concordat et du statut scolaire d'exception en Alsace-Moselle.
Qu'est-ce que le statut scolaire d' Alsace-Moselle ?
Le statut scolaire n'est fondé sur aucun texte légal.
La religion est rendue obligatoire par les autorités locales, avec l'appui des gouvernements de la République, partout y compris dans les IUFM. Le statut scolaire d'Alsace-Moselle est un véritable régime de ségrégation honteuse, qui ne respecte pas la liberté de conscience, où on fiche les élèves, où les enfants qui ont une dérogation sont isolés sous un préau, dans un couloir, dans un vestibule. C'est un véritable déni de justice, une atteinte aux libertés fondamentales.
Prétextant l'existence de ce statut, le ministère de l'Education Nationale organise le recrutement de professeurs de religion (instauration d'un CAPES de religion en 2000 et 2001), alors qu'il supprime des postes, ferme des classes dans les matières classiques. Longtemps considéré comme une anomalie, le régime clérical d'Alsace-Moselle est aujourd'hui devenu un symbole pour tous ceux qui demandent le développement des particularismes régionaux anti-égalitaires et la prééminence des communautés religieuses sur la liberté de conscience des citoyens.
Ainsi, les autonomistes corses et bretons n'hésitent pas à s'en prévaloir pour demander l'établissement d'un régime spécifique dans leur région, les clergés prennent appui sur le Concordat pour en demander son extension à d'autres parties de la République dans le cadre de l'intégration européenne et de la Réforme de l'Etat.

Pour la défense de la liberté absolue de conscience.
La laïcité est un gage et un ferment de progrès et d'émancipation des hommes, c'est pour cela que les associations et personnalités signataires défendent la loi de séparation des Eglises et de l'Etat et demandent son application à l'Alsace et la Moselle.
Le philosophe Henri PENA-RUIZ sera bientôt à Epinal pour une conférence sur la laïcité qu'il donnera à la salle Barbelouze de Golbey, 1 place du Souvenir à Golbey, le vendredi 1
er février 2002 à 20H30.

PÉTITION POUR UNE FACULTÉ DE THÉOLOGIE MUSULMANE À STRASBOURG

Le magazine francophone sur Internet "Aslim Taslam" propose une pétition pour la création d'une faculté de théologie musulmane à Strasbourg.
La dernière livraison du magazine musulman Aslim Taslam, né en novembre 2000 sur Internet, propose à la signature une pétition. Elle plaide pour la création d'une faculté de théologie musulmane au sein de l'Université Marc­Bloch de Strasbourg, ce qui serait, écrit-elle "une formidable chance pour l'émergence de l'Islam en France et pour la construction d'une société plus tolérante et plus sereine".
Le projet d'une faculté dé théologie musulmane à Strasbourg a déjà été à deux reprisés défendu par l'ancien président d'université et théologien protestant Étienne Trocmé.
Son rapport de 1996, établi à la demande du président d'alors, Albert Hamm, avait été accueilli avec beaucoup de réserve dans les différentes composantes de l'université.
Depuis, concurrencé par d'auges projets universitaires, le projet s'était enlisé, malgré la création d'une association en sa faveur, autour de l'universitaire Ralph Stehly, directeur du Centre d'histoire des religions de l'université.
La pétition reprend les principaux arguments du rapport Trocmé : Strasbourg, à laquelle l'Histoire a légué les deux seules facultés publiques de théologie catholique et protestante, qui délivrent des diplômes d'État, serait le lieu idéal de création d'une approche universitaire de l'islam.
Pouvant compléter la formation d'imams, cette filière serait surtout destinée à former des spécialistes de bon niveau de l'islam, croyants ou non.
Article de Jacques Fortier
DNA rubrique RELIGION, 24 novembre 2001.

DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE, 06 décembre 2001

Un colloque indigne éloigné de l'éthique universitaire
Express Strasbourg

Le colloque anti-concordat n'est pas cautionné par l'université

L'université Robert-Schuman (Strasbourg-3), dans un communiqué, explique qu'elle "a découvert avec consternation et indignation les propos des organisateurs de la manifestation placée sous l'égide de l'International Humanist and Ethical Union" et programmée samedi 8 décembre à la faculté de Droit (DNA du 2 décembre). "De tels propos témoignent d'une agressivité et d'un sectarisme en totale contradiction avec les valeurs prônées par l'Université française". L'université indique donc quelle "condamne très fermement cette attitude intolérante, provocante et indigne d'un mouvement qui se réclame de la liberté de conscience, et ne cautionne en aucune manière une manifestation aussi éloignée de l'éthique universitaire".
Interrogé par les DNA, Christian Mestre, président de l'université Robert-Schuman, indique qu'il ne refusera pas pour autant les locaux promis aux associations organisatrices.
Seuls des risques sérieux de troubles à l'ordre public lui permettraient de rompre le contrat signé en mai dernier.
Mais il entend bien souligner que ce colloque n'a rien à voir avec les activités de son université.

INTERVENTION DE BERNARD MIRGAIN ,
PRESIDENT DE LA FEDERATION DES VOSGES
AU COLLOQUE DE STRASBOURG
samedi 08 décembre 2001

Puisque nous sommes à Strasbourg, quelques mots en Alsacien :

Salut bisamme, ich hab net viel ziet, aber ich wil eps save, starig und ganz klar.
(bienvenue à tous, le temps m'est compté, mais je voudrais dire quelques mots, avec toute la force de ma conviction et la plus grande clarté)

Wir sind net bäsi Junge... ce que je traduirais en Français par "nous ne sommes pas des sauvageons", ceci est ma réponse au communiqué vipérin du Président de l'Université Robert Schuman….

Le quotidien régional "Les dernières nouvelles d'Alsace" a publié en juin dernier un sondage concernant les pratiques religieuses en Alsace. (D.N.A. des 26, 27 et 28 juin 2001) dans un article intitulé "le ciel n'est pas vide au-dessus de l'Alsace".
Rien à voir avec les cigognes, bien entendu, ni avec la pollution à l'ozone ou le nuage de Tchernobyl.
On nous rebat les oreilles avec la même idée préconçue : la foi, en Alsace, est solidement chevillée aux houblonnières.
Je cite les D.N.A. : "Les incroyants affirmés n'y sont qu'une poignée", "les catholiques seraient 61 %, les protestants 20 %, les musulmans 8%, les juifs 6%" . Et de conclure : "l'incroyant, d'ailleurs, devient une espèce rare (3%), la très grande majorité des Alsaciens croit en une transcendance."
Au pays de Hansi et de l'ami Fritz, le soleil se lèverait à travers le vitrail, le sentiment religieux serait à l'Alsace ce que la sardine est à l'huile ou ce que les chaussures à pompons sont aux evzones.
Parmi les croyants sondés, il n'y à peine que 25 à 30 % d'entre eux qui vont à la messe une fois par mois.
Mais précise le sondage, il reste les Alsaciens "pascalisants" (entendez les croyants qui ne se rendent à l'Eglise que pour un mariage, un enterrement ou un baptême).
Les commentaires se montrent outranciers, je cite encore : "on peut noter que l'allergique au lieu de culte, celui qui n'en a jamais franchi le seuil, n'apparaît pas dans notre échantillon." "7% des Alsaciens lisent régulièrement des textes sacrés".
Ces croyants qui ne prient plus "en communauté constituée", "méditent au moins de temps en temps (45%)".
A propos de quoi ? le sondage ne le dit pas…
"7 % des Alsaciens ont un ancrage spirituel fort" (à peine "8% de fidèles" regardent les émissions religieuses sur France 2 alors que plus de 70 % ne les regardent jamais), "39% ont un lien plus ténu avec la spiritualité" et enfin, "54% sont éloignés ou détachés de la religion".
Station de pompage, de captation de l'identité alsacienne, les DNA adhèrent à la fiction identitaire d'une Alsace stratifiée, fossile, comme un Pompéi menacé par l'engloutissement sous les coulées de la loi de séparation, de la loi de 1905…

Qu'en est-il vraiment ? Moins de 10 % de Français fréquentent la messe et les taux de fréquentation du catéchisme s'effondrent partout, même lorsque l'instruction religieuse est obligatoire.
A Strasbourg, en collège, ce taux atteint 29%. A Thann, le taux de participation à l'enseignement protestant est de 1% et à peine 0,3 % d'enfants israélites sont représentés. En 20 ans, de 1977 à 1997, la baisse des effectifs de l'instruction religieuse dans le second degré a baissé de 37 % et atteint aujourd'hui 50% !
Selon le compte rendu des actes du Symposium de Strasbourg (à Strasbourg, en 1997, actes publiés chez Oberlin), le taux de participation à cet enseignement religieux obligatoire est inférieur à 10 % dans les lycées, à 8% dans les Lycées d'Enseignement Général et Technique, et à 17 % dans les Lycées Professionnels.
Ce qui signifie que plus de 90% des parents font une démarche administrative pour obtenir une dispense.
Est-ce cela qu'on appelle une approbation unanime de la religion obligatoire à l'école?
La proportion des jeunes de 18 à 29 ans qui se disent sans religion dépasse les 50% selon un article récent des D.N.A., ce qui n'invite pas les autorités ecclésiastiques ou religieuses à l'optimisme.
Dans le département de la Moselle, c'est pire encore. Pour ce qui concerne l'année scolaire 2000-2001, selon les données statistiques chiffrées fournies par le Rectorat et ses services académiques, le taux de participation aux cours de religion obligatoires est de 2,3% en lycée, 1,72 en Lycée Professionnel et E.R.E.A., et reste inférieur à 39% en collège (soit un total de 23%).
Autrement dit, on oblige les 3/4 des parents à solliciter par écrit une dispense pour déroger à un principe général, par ailleurs dénué de tout fondement juridique sérieux. C'est sans doute une "manière différente de vivre la laïcité républicaine" si l'on s'en tient aux conclusions du rapport René Dosières ….
En Moselle toujours, l'effectif élèves relevant du culte israélite est de 46, celui du culte protestant de 390 sur une population scolaire qui dépasse 52.000 élèves.
Les instituteurs qui assuraient autrefois l'instruction religieuse ne sont plus que 0,2% à accepter de prendre en charge la catéchèse…
Et la religion demeure pourtant une matière obligatoire dans le cursus des IUFM de Strasbourg et de Metz !

Pourquoi, dès lors, maintenir ce régime d'exception scolaire ? La réponse est simple : L'Alsace et la Moselle sont des paradis budgétaires pour les cultes reconnus. Ce que l'on peut observer, c'est que s'il y a crise de la transmission religieuse, la transmission des fonds budgétaires et des subventions va bon train, elle. Comme si la fin de Dieu exacerbait la faim de subsides, les appétits financiers des clergés, des marchands du temple.
Le régime d'exception scolaire, véritable régime d'apartheid scolaire, est comme une Tour de Babel, non pas dressée vers le Ciel, mais plutôt vers les tiroirs-caisse de l'Etat.
Puisque les quêtes de la messe dominicale ne permettent plus de se remplir les poches, les clergés se servent des oripeaux concordataires comme un brumisateur.
L'objectif est double: il s'agit d'abord d'évangéliser, de vassaliser l'Europe, et puis surtout de "karchériser" la laïcité.
Que vive la laïcité en Alsace et en Europe !
Bernard Mirgain
Strasbourg, le samedi 08 décembre 2001.

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LE VATICAN ET LES NAZIS

Le Vatican réaffirme son soutien au cardinal Stepinac


C'est avec le plus grand sérieux que l'Osservatore Romano titrait dans son édition française du 13 novembre 2001 :
"Avec le Cardinal Stepinac ont été condamnés le droit et la liberté". (1)
L'article fait référence à une messe pour le IIIème anniversaire de la béatification du Cardinal prononcée à Zagreb par Mgr Tauran, Secrétaire pour les relations avec les États, qui évoque en particulier son attachement personnel au Cardinal Stepinac.
Dans ses louanges au cardinal fasciste croate, l'Église perd la mémoire au delà du 30 septembre 1946, date à laquelle commença son procès par les communistes yougoslaves.
Mieux vaut en effet, pour une Église dont l'histoire est souvent lourde à porter, ne retenir que cette condamnation et nier sa participation au régime pro-nazi des Oustachi dirigé par le sanguinaire Pavelitch. Stepinac a été béatifié en octobre 1998 lors de la venue du pape Jean Paul II en Croatie.
Dans les années 1945 - 1950 le futur pape Paul VI, alors Mgr Montini, s'était employé lui aussi à venir en aide aux criminels de guerre en organisant leur fuite.

(L'Osservatore Romano novembre 2001)


Le Vatican s'oppose aux poursuites judiciaires sur l'or nazi entreposé dans sa banque


La banque du Vatican a accueilli, pendant la seconde guerre mondiale, l'argent volé par le régime pro-nazi des Oustachi Croates. Des poursuites judiciaires ont donc été entreprises à San Francisco contre le Vatican, les Franciscains et la Banque Nationale Suisse.
La somme n'est pas modique puisqu'il s'agit de millions de dollars en partie en or, une fortune qui a permis les nombreuses "exfiltrations" de fascistes après la fin de la guerre, principalement vers l'Amérique du Sud. Le Vatican essaie maintenant d'empêcher la tenue d'un procès en se retranchant derrière sa qualité d'État indépendant qui devrait lui garantir l'immunité. C'est ainsi qu'il effectue des pressions sur le gouvernement des États Unis.
De plus en plus urgente apparaît la nécessité de dissoudre l'état du Vatican, dernière dictature religieuse en Europe.

(Yahoo actualités 24 novembre 2000)


Note de J.R.

(1) Dans le texte de l'homélie, on lit : "C'est pourquoi, avec Mgr Stepinac, ce n'est pas seulement un homme qui a été condamné, mais aussi le droit, la dignité et la liberté de l'homme ; le droit, la dignité et la liberté de l'ensemble de la nation croate."...
Et un peu avant : "Nous nous rappelons tous de l'enseignement du Cardinal Stepinac, de sa parole décidée quand il s'agissait de défendre les droits de l'Église."...
Les juifs, les tziganes et les orthodoxes s'en souviendraient à coup sûr s'ils n'avaient pas été abattus comme du bétail dans les camps croates sous le contrôle ou la direction des "bons pères"... À ce propos on lira avec intérêt "L'Église catholique face au fascisme et au nazisme" (Henri Fabre - éditions EPO et Espace de Libertés 1995) ; "Le génocide occulté" (Marco Aurelio Rivelli - éditions L'âge d'homme 1998) et surtout "Jasenovac, das jugoslawische Auschwitz und der Vatican" (Vladimir Dedijer - éditions Ahriman Verlag 1988).

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ENCORE DES REPENTANCES
Le pape demande pardon aux aborigènes d'Australie
et aux
autochtones d'Océanie

La méthode est maintenant bien rodée : on demande pardon et tout est oublié.
Mais le pape, loin d'être un imbécile, prend bien soin de prononcer la repentance au nom des membres de l'Église et pas de l'Église en tant qu'institution : "L'Église exprime son profond regret et demande pardon pour toutes les fois où ses fils ou ses filles ont participé ou participent encore à ces injustices". L'honneur est donc sauf...
Le document utilisé pour cette déclaration a été rédigé en 1998 (Ecclesia in Oceania).
Au programme de cette fausse contrition : violences, abus sexuels et enlèvement d'enfants à leur familles (plusieurs dizaines de milliers) commis par les curés depuis l'arrivée des premières missions en Océanie en 1827. Si d'habitude JPII se rend sur place, il a cette fois innové en restant à Rome et en envoyant sa déclaration par messagerie électronique.
Le progrès permet désormais d'éviter la confrontation directe avec les victimes, habile utilisation mais qui peut aussi être honnie selon le but que l'on poursuit.
Le pape a aussi rappelé que "dans l'Église les abus sexuels sont en profonde contradiction avec l'enseignement et le témoignage de Jésus Christ", un bel effort d'analyse après 2000 ans de massacres et d'oppression... Et pour mieux faire diversion, Karol Wojtyla déplace son propos vers les problèmes actuels qui menacent ce qui reste des aborigènes : disparition de la culture, perte d'identité et des droits, danger des jeux d'argent, aliénation de leurs terres.
Sans oublier d'attirer la compassion sur l'Église elle-même en gémissant que le phénomène des viols "a été dramatique pour la vie de l'Église et devenu un obstacle à la proclamation de l'Évangile".
En stratège habile le Vatican retourne aussi la situation à son compte en plaidant pour une action plus marquée des religions dans les questions sociales.
L'Église catholique reste donc une institution de vampire qui, par tous les moyens, s'accroche à sa proie pour en retirer la substance qui la maintiendra en état de nuire.

(Yahoo Actualités 22 novembre 2001)

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JACK LANG ET RÉGIS DEBRAY
CONTRE LA LAÏCITÉ

Dans l'intervieuw accordé à l'hebdomadaire Marianne le 12 novembre 2001, Régis Debray avait exprimé son souhait de voir l'instauration de cours de religion à l'école.
Le Nouvel Observateur confirme dans son numéro 1936 (début décembre 2001): ''Régis DEBRAY a été chargé d'une mission de réflexion sur l'enseignement des religions dans les écoles laïques par le ministre de l'éducation nationale, Jack Lang. Le philosophe doit faire des propositions sur les programmes et la formation des enseignants''.
Depuis des années, Jack Lang détruit la laïcité mieux qu'aucun clérical de droite n'aurait osé le faire.

(site de Jocelyn Bezecourt : http://www.atheisme.org/)

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LETTRE À LA RÉDACTION DE
LA TRIBUNE DES ATHÉES

Messieurs,

Le 25 novembre 2001, un laboratoire privé américain a annoncé qu'il avait réussi à cloner des cellules humaines en utilisant la méthode qui a donné naissance à la brebis Dolly en 1997, que vous avez brillamment analysée (la méthode, pas la brebis) dans la TA n° 91.
Pour le moment, il semble que la multiplication des blastomères n'ait pas dépassé le stade de six cellules, trop précoce pour que l'on puisse les utiliser comme cellules souches en thérapeutique.
A cette occasion, les polémiques sur l'aspect éthique du clonage ont repris avec une intensité renouvelée. Ainsi, le professeur Mattéi craint de voir "comment l'homme peut perdre son humanité" dans la poursuite de ces expériences (France Inter, le 26/11/2001, 9h30).
Cependant, je n'ai trouvé dans aucun des commentaires la réponse à une question qui me paraît fondamentale :

l'introduction du noyau d'une cellule somatique dans un ovocyte énucléé crée la première cellule d'un futur être humain.
Cette cellule a-t-elle une âme ?


Etant donné votre compétence bien connue dans le domaine spirituel, peut-être pourrez-vous m'éclairer ?
Je vous en remercie par avance

Jacques Leroy-Dupont

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QUESTION A DES GENS QUI NOUS SONT PROCHES

Suite à une intéressante réunion de plusieurs organisations laïques réunies le samedi 10 novembre à l'invitation de l'Observatoire International de la Laïcité, il m'est venu une interrogation.

Quelques militants amis ont raconté qu'ils avaient approché des imams et autres personnalités musulmanes françaises. De manière informelle et sans mandat de part ni d'autre.
Pourquoi pas ?
L'opinion a été plusieurs fois émise qu'il fallait faire preuve de beaucoup de "pédagogie".
Mes oreilles se sont dressées à ce doux vocable (professionnellement je suis concerné).
En effet nous expliqua-t-on (une personne approuvée par d'autres) : ils demandent tout de suite si la laïcité par hasard, ça ne serait pas l'athéisme ?

Or les amis laïques dont il s'agit ne font pas difficulté de se déclarer "athées" à tout instant, y compris ce jour-là et même avec jovialité, alors qu'on peut se demander – à "l'Union des Athées" – à quoi exactement ça les engage.

Et bizarrement les récits s'arrêtent là : on n'a jamais su comment nos amis laïques répondaient à cette peur des musulmans d'avoir en face d'eux d'affreux athées.
On peut toujours imaginer et en tous cas ne pas se priver de poser la question.

Quel fut le cours "pédagogique" de la conversation ?

Claude Champon

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BRÊVES

Le sacristain électronique "Belltron" exposé à la foire du sacré à Rome, qui ouvre et ferme les portes de l'église, éteint les lumières et les cierges et déclenche à distance l'orgue et les cloches, tient dans la poche du curé.

Le téléphone portable de Maxis Communications, premier opérateur malaisien de téléphonie mobile, indique la direction de La Mecque et sonne l'heure de la prière.

À peine le président George W. Bush venait-il d'adresser ses vœux "chaleureux" au monde musulman à l'occasion du ramadan qu'une bombe américaine de 250 kg endommageait une mosquée dans la ville afghane de Khost.

"Ceux qui traitaient les nôtres de "terroristes" ont aujourd'hui affaire avec des membres de gouvernements responsables", s'amusait à remarquer, jeudi 15 novembre lors d'une visite au siège des Nations unies, Nelson Mandela, autrefois "terroriste", prix Nobel de la paix et "sage d'Afrique" depuis.
(Christian Colombani - "Le Monde" – 20/11/2001)

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QUESTION CONCOURS

George Steiner (*) vient, paraît-il, de poser une "forte interrogation" : "Quelle serait la contrepartie athée d'une fresque de Michel-Ange ou du Roi Lear ?"
        Avis aux amateurs !
(*) "Grammaires de la création" – Gallimard.
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