La Tribune N° 115
juin 2003
   

DANS CE NUMÉRO :

Prix de l'Union (Finngeir Hiorth)        
L'athéisme, hier et aujourd'hui        
Prix Albert Beaughon (André Lama)        
Prix Albert Beaughon (Bruno Alexandre)        
Dieu dans la constitution européenne        
L'église et l'Europe        
Fêtes laïques        
Recette de la galette à la merde        
L'encéphalopathie spongiforme religieuse        
Méthode critique, comment on écrit l'histoire        
Le missile et l'anathème        
Epouses intouchables        
Le diable au corps        
Brèves        
Histoire de voiles        
La maladie des physiciens L'uchronie, ou précession du temps, maladie religieuse         


Les puissances néfastes s'acharnent sur nous : déjà que nous vous avons fourni la T.A. n° 114 avec un retard appréciable, cette fois, les bornes sont dépassées.
En effet, la T.A. 115 n'a pu être livrée, même hors délai.

Il est inutile, je présume, d'encore présenter des excuses, mais aucun membre du bureau ne peut être mis en cause, et de ma part, je puis vous assurer que c'est n'est pas simple négligence.
Tout ce que j'ai pu faire en réparation, c'est de vous faire parvenir en un seul envoi, deux numéros de la Tribune, la 115 (qui vous a sûrement manquée !), et une tribune 116 qui elle sera livrée, cette fois (j'espère) à peu près dans les temps.

Le congrès annuel, lui aussi, a souffert de circonstances néfastes imprévisibles : une grève des chemins de fer a empêché bon nombre de personnes de se rendre à Paris.

Malgré tout, le nombre de présents était suffisant pour créer une ambiance chaleureuse et les discussions se prolongées tard dans l'après midi.

Les débats se sont ouverts sur une présentation des textes proposés dans la convention européenne : l'article 2 du préambule et l'article 37.

Envahissant l'école publique, le "fait religieux" se veut encore européen.
Nous avons déjà abordé l'an dernier le problème de l'enseignement du "fait religieux" à l'école, et nous y reviendrons à nouveau lors de l'examen des manuels scolaires.
Retenons cependant déjà que certains pays, dont l'Espagne, entendent bien remettre les cours de religion proprement dite dans les programmes scolaires, où cette matière serait alors enseignée au même titre que les mathématiques ou l'histoire.
Ne perdons pas de vue non plus, que le "modèle alsacien" a de plus en plus tendance à être pris non plus comme une exception, mais comme référence pour le reste du pays.

En introduisant les "valeurs religieuses" dans la constitution européenne et en entérinant les communautés religieuses comme interlocuteurs privilégiés, on ignore délibérément le fait que les croyances religieuses et leur pratique sont en perte de vitesse phénoménale depuis des années, et que le "mal" ne fait que s'accroître.
En envahissant l'enseignement ainsi que les textes fondateurs européens, on voudrait faire croire que l'état de "croyant" est "naturel" et allant de soi.
On ignore simplement de la sorte les préoccupations intellectuelles de près d'un quart de la population.

Et ajouter aux "communautés religieuses" privilégiées les "organisations philosophiques et non confessionnelles" ne change rien à l'affaire, sinon à tout embrouiller au grand bénéfice des églises : depuis quand une religion est-elle à mettre en parallèle avec une "philosophie" ?
Et que désigne plus particulièrement les "organisations non confessionnelles" ?

Si le but était de tenir compte de l'avis de n'importe quelle organisation, religieuse ou autre, sur le même pied d'égalité, pourquoi alors mentionner plus particulièrement les "communautés religieuses" ?
Pourquoi donc tant de sollicitude ?
Si quelque chose aurait dû être dit, c'est peut-être que ces fameuses "communautés religieuses" n'avaient PAS à être privilégiées par rapport aux autres, comme c'est visiblement le cas maintenant. Mais ne valait-il pas mieux ne rien dire ?

L'agaçant, et les croyants le savent bien, c'est cette prétention des "communautés religieuses" à s'accaparer tous les aspects "positifs" de nos sociétés actuelles, de se considérer comme les initiateurs de la civilisation actuelle et de vouloir "légaliser", ou normaliser cette prétention dans des textes fondateurs, voire même d'imposer cette vision dans l'enseignement public.
Et, quitte à nous faire encore traiter d'anticléricaux (mais quel mal y aurait-il ?), c'est bien le Vatican en tête qui mène la charge.
Au nom de quoi ? De notre "héritage chrétien" ?
On l'a déjà dit, nous n'héritons que des morts ou des disparus, et le christianisme n'en est (hélas) pas encore là.
De plus cet "héritage" est largement usurpé, nous avons déjà plus d'une fois insisté sur ce point (voir édito du n°114).

S'inspirant lui-même de traditions religieuses millénaires, le christianisme s'est empressé, dès que possible, de gommer, d'éradiquer par des méthodes pour le moins brutales (incendies de grandes bibliothèques "païennes", profanation et destruction de lieux de culte, interdits et persécutions) les traces de ses concurrents ou de ses inspirateurs.
Il a aussi largement dû s'adapter, dans nos pays, à ce qui n'a pu être effacé entièrement des traditions anciennes.
Ceux à qui on impose par la violence une forme de société, n'en sont pas les "héritiers", mais plutôt les victimes.
Vu sous cet angle, on devrait plutôt admettre que c'est le christianisme qui s'est fait de force l'héritier d'une partie du monde qu'il a partiellement détruit.
Parricide violent et autoritaire, légataire "universel" (catholique) autoproclamé d'un "héritage" dont il n'a conservé que ce qui lui plaisait, il s'est constamment opposé à toute évolution intellectuelle (à tout "spiritualisme" qui s'écarte de son orthodoxie), à tout progrès social ou scientifique.
Il n'y a pas vraiment là de quoi être fier, et pourtant, c'est ce dont il se glorifie, et personne ne proteste, ou si peu...

***

Cette année, le bureau a décidé d'inaugurer un nouveau prix: le prix Albert Beaughon.

En effet, nos scrupules de ne pas sombrer dans l'autosatisfaction en distribuant des prix à nos propres membres sont tombés.
Parallèlement au "prix de l'Union des Athées", qui peut éventuellement être décerné à un non membre (s'il l'accepte !!) ce nouveau prix (tout symbolique d'ailleurs, comme l'autre) sera particulièrement destiné à un membre de l'Union.

Pour rattraper le temps perdu et faire bonne mesure, nous avons décerné un prix 2002 ainsi que le prix 2003.

Il est dommage qu'André Lama n'ait pu être présent.
Il vaudrait mieux que les grèves dans les transports publics laissent la gratuité pendant la période de grève, au moins l'utilisateur n'en voudrait pas aux grévistes !
Finngeir Hiorth, lui, lauréat du prix de l'Union, est venu tout spécialement d'Oslo (Norvège) pour le plaisir (eh oui) de nous rencontrer.

Fidèle lecteur et fournisseur d'articles pour la Tribune, il s'est montré extrêmement sympathique et intéressé par les débats qui ont suivi.

Le déjeuner fut, comme d'habitude, un moment agréable de rencontre et de discussions.

L'après-midi fut consacrée aux dérives "totalitaires" religieuses des manuels scolaires. Les interventions, dont celle, remarquable, de Bruno Alexandre, seront reprises dans la Tribune n°116.
Le contenu de ces manuels, lié directement à l'enseignement du "fait religieux", montre d'une manière éclatante le prosélytisme intensif de la religion catholique.
Encore une fois, on va nous taxer d'anticléricalisme, mais cette fois, le morceau est trop gros pour le laisser passer sans réagir : tout se passe comme si la "vraie" civilisation prenait enfin naissance avec le christianisme, dans sa version catholique principalement.
Il serait temps, effectivement, comme notre adhérent Claude Courouve l'a signalé au "Monde" qu'il

" faudrait enseigner tout autant l'histoire de l'irreligion que l'histoire des religions. Bruno, Galilée, Vanini et Buffon ne valent pas moins que Voltaire, Diderot et le protestant Calas. Il est navrant que les oeuvres émanant de la libre pensée et de l'athéisme, et plus généralement les oeuvres philosophiques, ne soient connues que des incroyants. Voltaire, Diderot et Martin du Gard ne devraient pas passer à la trappe du politiquement correct."
Johannès Robyn

Remerciements chaleureux à

l'Union des Athées !


(Allocution prononcée par Finngeir Hiort au Congrès Annuel de l'Union des Athées à Paris, dimanche 8 juin 2003).

Je suis heureux d'être ici à Paris comme invité de l'Union des Athées. C'est naturellement un grand honneur pour moi que l'Union des Athées m'ait donné son prix de 2003. Mais plus qu'un sentiment d'honneur j'ai un sentiment de plaisir. J'ai été athée, pas toujours, mais certainement pendant 56 années et je crois aujourd'hui que je vais mourir comme athée.
Mais j'espère naturellement que je peux vivre encore quelques années, sain et sauf.

Ici je voudrais remercier le Bureau de l'Union des Athées et particulièrement monsieur le président Johannès Robyn.
J'ai eu des contacts avec lui pendant à peu près 10 ans et nous nous sommes rencontrés en Inde il y a à peu près 7 années.
J'ai aussi quelques souvenirs d'Albert Beaughon parce que j'avais quelques contacts avec lui, par lettre, aux environs de 1990. C'est alors que je suis devenu membre de cette Union et en ce temps là j'ai eu quelques contacts avec un athée en Algérie.
C'est clair qu'il se sentait très isolé. Il croyait qu'il était le seul athée de la ville où il demeurait.

J'ai été athée depuis que j'avais 19 ans. Mais je n'ai pas souvent publié mon état d'athéisme. Tout d'abord, au commencement, je ne savais pas moi-même que j'étais athée.
Je savais que je ne croyais pas en dieu, mais je ne savait pas que j'étais un athée. Cela semble être un paradoxe, mais ne l'est pas. Parce que pendant ces années là je me sentais comme agnostique. Je croyais qu'il était possible d'être neutre entre le théisme et l'athéisme. Et dans un certain sens je le crois encore.

Quelques philosophes radicaux ont dit que le mot "dieu" n'a pas de sens. Ils pensent que le mot "dieu" est vide de sens.
Cela implique que le théisme est vide de sens, mais implique aussi que l'athéisme est vide de sens.
Je trouve cette opinion très intéressante, mais je crois que c'est une opinion erronée. Le mot "dieu" n'est pas un mot vide de sens, au contraire, c'est un mot avec trop de sens.
L'imagination humaine a produit un monde plein de dieux, tous imaginaires. Ou peut-être pas ?
Est-il possible qu'il existe un dieu réel ?
Un problème serait qu'un dieu réel ne serait pas un dieu des religions. Les dieux réels ne sont pas les dieux des religions, et les dieux des religions ne sont pas réels.

Qu'est-ce que ça veut dire être athée ?
Être athée n'est pas la même chose pour tous les athées.
Il y a beaucoup de manières d'être athée. On peut être athée sans s'en rendre compte.
On peut croire que l'on est athée sans l'être en fait.
Dans un sens étroit du mot athée, on est athée si l'on ne croit pas en un dieu ou des dieux. L'état d'athéisme n'implique pas plus. On peut être un athée de haute moralité ou de basse moralité, on peut être un athée timide ou un athée insolent, un athée intelligent ou stupide etc.

Est-il important d'être athée ou non ?
Souvent il n'est pas important d'être athée. Si l'on est dentiste il est important de savoir beaucoup des dents et d'être capable d'employer une fraise. Mais pour être un bon dentiste il n'est pas important d'être athée ou chrétien.

Est-il important d'avoir des organisations athées ?
Pour beaucoup d'athées ce n'est pas important. Beaucoup de gens ne sont pas membres des organisations de la libre pensée ou d'athéisme ou de rationalisme.
La situation mondiale des athées implique qu'il y a des organisations athées, des libres penseurs, des rationalistes, brièvement des laïques, dans environ 30 pays.

Dans les autres pays du monde, c'est-à-dire plus de 160 pays, il n'y a pas des organisations de libres penseurs.
Dans ces pays il est ou défendu d'organiser les athées ou il n'y a pas beaucoup d'intérêt pour telles organisations.
Il semble que ce sont les pays islamiques qui sont les moins libéraux en ce qui concerne les athées.
Je veux conclure ce petit discours de remerciements à l'Union des Athées par mentionner quelques souvenirs de mon enfance.

J'ai grandi dans une famille religieuse, une famille qui travaillait pour l'Armée du Salut, une organisation protestante, ou plus précisément méthodiste, une organisation sociale et mondiale qui a fait beaucoup de bonnes choses pour les pauvres.
Mon père était assez autoritaire et comme prédicateur il parlait beaucoup de dieu, un dieu comme lui, sévère.
Pour moi ça devenait de plus en plus un problème parce que je ne pouvais pas voir qu'il y avait la moindre preuve de l'existence de dieu, ou des dieux en général.

Plus tard, et souvent, il m'a étonné que tant de gens croient en dieu sans la moindre preuve.
Parmi eux il y a des gens qui dans d'autres choses peuvent demander des preuves les plus détaillées pour presque quoi que ce soit. Mais dieu ? Non, quant à "lui", il suffit de croire, sans la moindre preuve.
Dans des affaires religieuses il est permis de croire presque quoi que ce soit et il y a même des gens qui exigent qu'on les respecte quand ils croient sans preuve.
Dans les religions, croire sans preuve est souvent devenu une vertu.
Cela naturellement est inacceptable !


L'athéisme, hier et aujourd'hui

par Finngeir Hiorth (Oslo, Norvège)


Cet exposé a été écrit à l'occasion du Prix de l'Union des Athées 2003, dont le président Johannès Robyn, m'a gratifié pour mes travaux sur l'athéisme et pour mon oeuvre littéraire en général. J'y exposerai le résumé d'un certain nombre de faits et points de vue abordés de façon plus détaillée dans mon livre Atheism in the world publié chez Human-Etisk Forbund (Société humaniste), St. Olavsgate 27, 0166 Oslo, 2003.

Les preuves de l'importance de l'athéisme dans le monde contemporain sont écrasantes, mais difficiles à trouver dans beaucoup de pays. Une source importante de ces preuves statistiques est la World Christian Encyclopedia dirigée par David B. Barrett, George T. Kurian et Todd M. Johnson, Oxford University Press, Oxford 2001, en 2 volumes.

En dépit de son titre, cette encyclopédie ne se limite pas à l'étude du Christianisme, mais est riche d'informations sur les autres religions et, plus important encore d'un point de vue athée, sur l'athéisme et l'absence de religion. Le directeur de cette précieuse encyclopédie, David B. Barrett, s'est particulièrement attaché à rassembler des informations statistiques sur de nombreuses religions, mais aussi sur l'absence de religion et l'athéisme.

En conséquence, la World Christian Encyclopedia est bourrée de chiffres. Pour presque tous les pays figurant dans cette encyclopédie, nous avons le nombre précis d'athées déclarés. Si nous devons croire l'Encyclopédie, le Vatican, pays d'environ 1.000 habitants, était en 1995 un pays sans athées, tous étant chrétiens. S'il y avait des athées au Vatican, il s'agissait d'athées cachés.
Ce qui pose problème dans la World Christian Encyclopedia, c'est qu'elle considère comme athée, une personne "anti-religieuse militante, agnostique anti-chrétienne, ou marxiste". Le militantisme est considéré comme le critère principal pour distinguer les athées des personnes sans religion.
Mais ce critère n'est pas retenu pour distinguer, par exemple, les différentes catégories de Chrétiens.
Dans la World Christian Encyclopedia, il n'y a pas d'athées dans tous les pays, sans doute, dans la majorité des cas, en raison de l'absence de données. Mais pour la plupart des pays, le nombre d'athées est donné par année.

C'est ainsi qu'en 1995, nous avons le nombre d'athées pour les pays suivants : Afghanistan 400 ; Indonésie 460.000 ; Iran 7600 ; Irak 31.000 ; Libye 90 ; Mauritanie 180 ; Arabie Saoudite 4.400 ; Sénégal 3.600 ; Syrie 30.000 ; Tunisie 3.400 ; Turquie 62.000.
Dans tous ces pays, l'Islam a une position dominante.
La plus grande partie des pays islamiques dans le monde n'ont jamais fait partie de l'U.R.S.S. Les statistiques dont nous disposons montrent qu'il y a un plus grand nombre de laïques dans les pays qui ont fait partie de l'Union Soviétique (Azerbaidjan, Kirghizie, Tadjikistan, Turkménistan, Ouzbékistan), 11,7 % ou plus en 1995, contre 3 % ou moins dans les pays n'ayant jamais appartenu à l'Union Soviétique.

Cela indique que les méthodes contraignantes massives utilisées en Union Soviétiques pour répandre l'athéisme n'ont pas été sans effet.
Les pays n'ayant pas appartenu à l'Union Soviétique étaient généralement dirigés par des régimes qui, au moins en théorie, avaient une attitude bienveillante envers la religion.

On entend dire parfois que l'on peut trouver des athées partout. Le problème d'une telle affirmation est qu'elle est loin d'être claire. On peut définir l'athée comme une personne qui ne croit pas en Dieu, mais que signifie "Dieu" ?
Et que signifie "partout" ? Y a-t-il un ou plusieurs athées à chaque cérémonie religieuse ? Y a-t-il toujours eu des athées au Vatican bien que les statistiques prétendent le contraire ?
Et qu'en est-il des circonstances historiques ?
Y a-t-il eu des athées à toutes les périodes de l'histoire ?

Pour de nombreuses parties du monde, nous n'avons aucune indication fiable permettant de savoir combien il y a d'athées et combien il y en a eu dans les siècles passés.
Pour la sphère occidentale, il est possible, dans certains pays, de trouver des documents sur l'athéisme aux XVIIIème et XIXème siècles. Mais pour les siècles précédents, les données sont plus rares ou complètement manquantes.

Cela ne signifie pas que l'athéisme est apparu, par exemple, au XVIIème siècle. Mais rien ne permet d'affirmer que, dans l'histoire de l'humanité, il y a toujours eu un nombre significatif d'athées. Ce que nous savons montre que l'athéisme, dans le monde occidental, était rare au XVIIème siècle, et davantage encore dans les siècles précédents.

Le mot "athée" vient du grec atheos dont le sens est à peu près "sans dieu, qui refuse les dieux, mais aussi abandonné des dieux". En Grec ancien, le mot atheos était généralement utilisé comme une insulte. Un certain nombre d'individus étaient appelés atheoi, ou personnes impies.
Pendant la période pré-socratique (env. 479-399), on trouve Xenophane et Anaxagoras qui furent accusés d'impiété, alors que Diogène d'Apollonie, Hippo de Rhegium, Protagoras, Prodicus, Critias et Diagoras de Melos furent accusés d'athéisme.
Cependant, la plupart de ces personnes croyaient en un ou des dieux, mais pas toujours les dieux qui convenaient.

Nous ne savons pas grand'chose sur ces personnes, et le peu que nous en savons ne présente pas beaucoup d'intérêt pour l'histoire de l'athéisme. L'histoire de l'athéisme montre cependant que, dès ses débuts, l'athéisme fut mêlé à d'autres points de vue essentiels fort différents.

On dit que l'une des personnes sus-nommées, Protagoras d'Abdère (env. 490-421), déclara : "Je suis incapable de savoir si les dieux existent ou s'ils n'existent pas, ni quelle forme ils ont. Car il y a beaucoup d'obstacles à la connaissance - à la fois l'obscurité du sujet et la brièveté de la vie humaine."

Protagoras déclarait donc ne pas savoir si les dieux existaient ou non. Une telle position est souvent appelée "agnostique". Mais on peut aussi interpréter ses paroles comme celles de quelqu'un qui ne croit à aucun dieu, et est par conséquent athée.

Ses vues sur la religion conduisirent Protagoras devant un tribunal où il fut accusé d'impiété, et à la fin de sa vie, il fut exilé d'Athènes et au moins un de ses livres fut brûlé en public.

Protagoras était un éminent sophiste - ce qui en fait une sorte de maître, et ses principales doctrines sont considérées comme d'un grand intérêt philosophique, même par ceux qui réfutent l'importance des sophistes en général.
Les plus célèbres philosophes de la Grèce antique, Socrate, Platon et Aristote n'étaient pas athées.
Ils croyaient en un ou des dieux. Il y avait aussi des matérialistes dans la Grèce antique, mais à la différence des matérialistes modernes, ils n'étaient pas athées.

On a souvent supposé que, comme d'autres pays de culture ancienne, l'Inde possédait une longue tradition athée.
On peut difficilement douter qu'il y ait eu quelques athées dans l'Inde ancienne. L'athéisme, le naturalisme (l'idée que la nature est l'ultime cause) et le matérialisme étaient alors intimement mêlés.
On pense que Carvaka est l'un des auteurs de l'école athée indienne, mais nous savons peu de choses sur lui.
L'oeuvre principale censée représenter ses idées est le Brhaspati Sutra (env. 600 av. J.C.), qui est perdu.
Mais on a cru possible de retrouver sa pensée à partir de vieux textes jaïnistes et bouddhistes, et aussi à partir de sources hindoues du VIII ème siècle.

Il semble qu'il y ait eu peu d'athées dans le monde occidental antique et médiéval. Lorsque nous arrivons à la fin du XVIème siècle, nous rencontrons le nom de Giulio Cesare Vanini (1585-1619) qui était athée.
Il demanda comment un dieu immatériel peut créer un monde matériel, et si un être spirituel peut communiquer avec un être corporel. Il déclara que la seule adoration possible était celle de la nature. Il accepta l'éternité de la matière et railla la doctrine de la création.
Il argumenta contre l'existence d'êtres immatériels, comme les fantômes, les démons et l'âme humaine. Il prétendit que les religions, y compris le Christianisme, étaient des fictions, inventées par les princes et les prêtres pour asseoir leur pouvoir.
Pour lui, les prétendus miracles avaient une explication naturelle. En 1619, à l'âge de 34 ans, après de longues et cruelles tortures, Vanini fut brûlé à Toulouse pour blasphème et athéisme.

Le Polonais Kazimierz Lyczynski (1634-1689), qui publia De non existencia Dei (De la non existence de Dieu), fut un autre athée de la première heure. Il fut également exécuté.

En 1992, Michael Hunter et David Wooton publièrent à Oxford un livre très intéressant, Atheism from the Reformation to the Enlightenment (L'Athéisme de la Réforme au Siècle des Lumières). Cet ouvrage contient des renseignements intéressants sur les premières critiques de la religion et sur l'athéisme en Europe.
Son champ d'investigation se limite à l'Angleterre, la France, l'Italie et les Pays-Bas et, pour la période 1500-1700, donne les noms d'une trentaine de personnes qui furent de possibles athées.
La plupart étaient des Italiens.

Avec Jean Meslier (1664-1729), nous abordons la France et le XVIIIème siècle. On sait depuis deux siècles que Meslier était athée. Il passa toute sa vie dans les Ardennes, dans la France du nord.
De 1689 à sa mort, il fut curé d'un village nommé Estrepigny. Il y mena une existence paisible et discrète, même s'il eut quelques démêlés avec son évêque et un propriétaire terrien.
Il laissa trois exemplaires d'un long mémoire (que l'on appelle aussi son testament), qui devait être rendu public après sa mort. La plus grande partie de ce testament est une violente critique du Christianisme.
De ce mémoire, il résulte clairement que Meslier était athée, matérialiste et précurseur du socialisme.
À partir de 1730, des copies du mémoire circulèrent.
En 1762, Voltaire en publia des extraits.
Dans ces extraits, d'après le chercheur Aram Vartanian, la diatribe contre la religion chrétienne était préservée, mais avec une tournure déiste. Vartanian déclare aussi que Voltaire expurgea le texte de Meslier de ses doctrines athées et matérialistes, ainsi que des critiques socio-politiques qui en découlaient.
Le texte authentique et intégral du mémoire ne fut édité qu'en 1864. L'importance de Meslier sur les Lumières demeure donc limité.

Après Meslier, l'athéisme ou le matérialisme (ou des opinions proches) furent soutenues en France par des écrivains comme La Mettrie (1709-1751), Diderot (1713-1784), Helvétius (1715-1771), Holbach (1723-1789), Naigeon (1738-1810), et Cabanis (1757-1808).

Parmi ceux-ci, Diderot et Holbach tiennent une place particulièrement importante. En 1770, Holbach publia un important ouvrage, "Système de la Nature", sous le pseudonyme de Mirabaud. Ce livre fit sensation en France et fut violemment critiqué par les représentants de l'Eglise.
Ce livre clairement athée et matérialiste fut longtemps considéré comme la Bible du Matérialisme.

À partir du XIXème siècle, on connaît davantage d'athées. Karl Marx (1818-1883), Friedrich Engels (1820-1895) et Friedrich Nietzsche (1844-1900) furent parmi les plus célèbres.
Ces trois noms confirment ce qui est dit plus haut, à savoir que l'athéisme peut s'accompagner d'opinions par ailleurs extrêmement diverses, une tendance qui s'amplifiera au XXème siècle.

Pour terminer cet exposé, nous envisagerons l'athéisme à la fin du XXème siècle. Dans mon ouvrage Atheism in the World, j'ai écrit que les statistiques officielles veulent nous faire croire qu'en 2.000, il y avait en Corée du Nord, 68 % d'athées ou de personnes sans religion, ce qui était alors la proportion la plus élevée du monde.
Mais pouvons-nous croire ces chiffres ?
Encore aujourd'hui (avril 2003), la Corée du Nord est un pays étroitement contrôlé politiquement.
Les partis d'opposition y sont illégaux et il y a peu d'organisations contestataires à cause de la répression du régime, d'une étroite surveillance interne et d'une politique isolationniste.

Si nous mettons à part le cas litigieux de la Corée du Nord, et essayons de fournir les pourcentages d'athées ou de personnes sans religion dans les divers pays du monde à l'aide du livre Religious Freedom in the World de Paul Marshall, ed. 2.000, Nashville, on arrive à ces résultats pour 29 pays :
1/ Lettonie 43,7 % ; 2/ Cuba 40 % ; 3/ Estonie 39 % ; 4/ Russie 32,1 % ; 5/ Pays-Bas 30 % ; 6/ Moldavie 28,1 % ; 7/ Biélorussie 27,7 % ; 8/ Allemagne 27 % ; 9/ Ouzbekistan 25,5 % ; 10/ Ukraine 25,3 % ; 11/ Kazakhstan 23 % ; 12/ Belgique 20 % ; 13/ Arménie 17,7 % ; 14/ Géorgie 15 % ; 15/ Singapour 14,3 % ; 16/ Roumanie 14 % ; 17/ Taïwan 14 % ; 18/ Lituanie 13,1 % ; 19/ Espagne 13 % ; 20/ Hongrie 12,5 % ; 21/ Finlande 12 % ; 22/ USA 11 % ; 23/ Chine plus de 10 % ; 24/ Vietnam 10 % ; 25/ Autriche 9 % ; 26/ France 9 % ; 27/ Royaume Uni 5 % ; 28/ Norvège 3,2 % ; 29/ Brésil 3 %.

Beaucoup de ces chiffres sont probablement erronés.
Il faut savoir que Paul Marshall n'utilise pas systématiquement le concept d'athéisme.
Dans plusieurs pays, on trouve des catégories comme "sans religion/autres", "athées, agnostiques, autres", "aucune", etc... "Sans religion" peut éventuellement regrouper les athées et les agnostiques, mais "autres" peut désigner des croyants.

D'un point de vue athée, l'Estonie est un pays très intéressant, on y trouve beaucoup d'athées et la liberté d'opinion et d'association y est très élevée.

Un problème avec les athées, c'est qu'il est souvent difficile de les rencontrer, même dans les pays où ils sont supposés être nombreux.
L'athéisme reste en grande partie "invisible".
Il est donc très étonnant que David B. Barrett et ses collaborateurs aient pu fournir des chiffres aussi précis sur le nombre d'athées et de non-croyants, non seulement dans des pays ouverts, mais même dans des pays aussi peu accessibles que l'Arabie Saoudite ou la Lybie.
(trad. J.M. Capmarty)


ANDRÉ LAMA

prix Albert Beaughon 2002


ANDRÉ LAMA est né à Paris en 1935, d'un immigré italien, ouvrier du bâtiment, et d'une Normande, ouvrière d'usine.
Sa mère meurt en 1941 à 29 ans. En pleine occupation, à cinq ans, il se retrouve seul avec un père obligé de le placer ici où là.

La guerre finie, son père se fixe dans le 20
ème arrondissement de Paris. André Lama s'élève seul, au cœur d'un quartier populaire, dans les pires conditions : logement sans eau, sans chauffage, sans WC, sans cuisine, sans salle de bain, un WC et un robinet d'eau communs par étage, dans le couloir…
Dans ce milieu où les jeunes issus de l'immigration européenne (Italiens, Espagnols, Portugais, Polonais,…) sont nombreux, on ne poursuit pas "d'études" au-delà de l'âge de quatorze ans. Chaque jeune met un point d'honneur à travailler le plus tôt possible, afin de rapporter de l'argent à la maison, de ne pas se sentir à charge…
Après divers "boulots" pénibles et mal payés de 14 à 17 ans, André Lama fait un stage de six mois dans un centre de formation professionnelle pour adultes (FPA) des métiers du bâtiment. Il en sort avec un C.A.P. de maçon et travaille en cette qualité sur les chantiers de la région parisienne jusqu'en 1960 avec une coupure de deux ans pour cause de service militaire en France et en Algérie (1957-1958).
Après douze ans de travail manuel, il ressent le besoin de faire autre chose, d'utiliser plus sa tête que ses mains.
Que faire sans aucun diplôme ?
Il entre à la préfecture de police de Paris comme simple agent où, après 4 ans de service, le droit aux concours internes est ouvert sans le barrage du diplôme.
Il a l'honneur d'être reçu le premier du concours d'inspecteurs de police auquel il s'est inscrit, ayant découvert pour l'étude un goût dont il avait été tenu à l'écart par la dureté de son enfance et de son adolescence.

Inspecteur divisionnaire retraité de la police judiciaire parisienne, André Lama est donc l'autodidacte intégral.
Membre du Cercle Ernest Renan de Paris depuis une dizaine d'années, il fournit à cette occasion des textes de conférence et surtout des articles et des études publiés dans sa revue. Vous trouverez la majeure partie de ces textes dans les ouvrages suivants parus aux Éditions des Écrivains, 147 rue St Honoré à 75001, Paris :
- Des dieux et des empereurs, tome I, 235 pp. (1998) ;
- Des dieux et des empereurs, tome II, 284 pp. (2002);
- Propos mécréants (tant qu'il est encore possible d'en
prononcer, 420 pp. (2002).

À paraître :
- La mort (antique et actuelle, avec ou sans Dieu, subie ou choisie…), 250 pp. ;
- L'Univers, l'infini, Dieu, la vie (et autres balivernes et billevesées), 300 à 400 pp.

Peut-être parce qu'il n'a pas été mis sur des rails par des études dont on reste souvent plus ou moins prisonnier, le ton d'André Lama est particulièrement libre.
Il aborde sans complexe nombre de grandes questions à la lumière d'une réflexion dont athéisme et scepticisme sont manifestement les fils conducteurs.
C'est que les temps s'annoncent durs pour nous.
Un nouveau genre de procès commence à apparaître dans les prétoires de la justice française : ceux que font les représentants des religions aux écrivains, journalistes et orateurs qui expriment des opinions ou des commentaires estimés contraires à leur Vérité.
Avec le renfort massif de l'islam, ces gens-là veulent nous étouffer. Tous les esprits libres doivent se serrer les coudes car le retour des temps inquisitoriaux se profile à l'horizon…

Derrière la façade de ses écrits, là se trouve l'essentiel du message d'André Lama.
Aussi avons-nous choisi de lui décerner le prix Albert Beaughon 2002.



Bruno Alexandre
Prix Albert Beaughon 2003

 

Je suis né en 1938. Mes parents avaient décidé de me faire poursuivre des études jusqu'en classe de 3ème.
Aussi m'avaient-ils envoyé dans un cours complémentaire où l'on ne pratiquait qu'une langue vivante.
Il était normalement, de ce fait, impossible de continuer au lycée.

Le sort a voulu que je bénéficie de la première année d'une réforme qui établissait une passerelle pour le lycée : l'option"sciences naturelles" pouvait remplacer la deuxième langue.

C'est ainsi que j'ai pu continuer dans cette même matière : Bac (en sciences expérimentales), licence, agréation. J'ai enseigné de longues années au lycée Alain d'Alençon (Orne).

Le cursus littéraire m'était fermé (j'aurais été tenté par la philo !…) mais je ne regrette pas cette orientation "forcée", j'ai trouvé beaucoup de plaisir à enseigner la biologie et accessoirement la géologie.

J'ai vécu des progrès exaltants dans ces disciplines, et cela continue, surtout dans le domaine de la biologie. Et puis cette discipline est un carrefour où peuvent se croiser bien des disciplines : physique, chimie, voire mathématiques, psychologie, philosophie… religions !
Un élève musulman m'a interpellé à propos du cours sur l'évolution : "monsieur, ce que vous dites ne correspond pas au Coran"…

Je dois peut-être développer l'itinéraire qui m'a conduit à l'athéisme.

J'ai été élevé dans le catholicisme traditionnel et j'ai très soigneusement appris mon catéchisme (communion – confirmation).

Bien que l'attitude de mon père, ancien prisonnier de guerre, avec qui je communiquais très peu (mais j'ai su plus tard que la guerre lui avait fait perdre la foi), ait éveillé en moi quelques doutes, c'est en classe terminale, sous l'influence des cours de philosophie bien sûr, que je me suis vraiment posé le problème de dieu ou pas dieu.
Je ne louerai jamais assez cette matière (la philosophie) accoucheuse d'esprit qu'il faut contre vents et marées maintenir au niveau du lycée car certains voudraient bien l'en faire sortir!…
J'ai d'abord réalisé combien l'église (catholique) avait trahi les textes dont elle se prétendait la gardienne.

J'ai été très influencé aussi par le livre de Prosper Alfaric "De la foi à la raison" ; il réalisa que sa foi était devenue rationnellement intenable. Il subit l'excommunication majeure en 1932.

Après le bac, je suis donc devenu assez vite athée.
J'ai refusé de me marier à l'église.

C'est surtout la question du mal qui m'a fait basculer dans l'athéisme.
J'ai eu l'occasion de faire une critique du livre du philosophe chrétien "avant gardiste" en son temps, Claude Tresmontant : "comment se pose aujourd'hui le problème de l'existence de Dieu".
Il s'en est suivi des échanges épistolaires et des rencontres qui m'ont permis de bien cerner la psychologie du croyant cultivé désireux d'intégrer les connaissances scientifiques de son époque et de proposer une foi modernisée.

Bien que se disant "rationaliste intégral" il n'était finalement qu'un néo-scolastique ; j'ai lumineusement vérifié avec lui ce qu'avait écrit mon prof de Philo : "… ceux qui concluent à dieu à partir du monde se sont déjà donné un monde tel qu'il conduise à dieu."

Autre anecdote très révélatrice. Je suis intervenu plusieurs années aux colloques de l'association "Diderot, l'Encyclopédisme et Autres".

En 1993 le thème était : "Le divin". J'avais choisi comme sujet : "L'encyclopédie, Dieu et le mal".
Cette communication m'a valu une mise sur la touche apparemment définitive car j'attends encore aujourd'hui une invitation.
Je savais mes 3 collègues animateurs quelque peu "orientés" mais pas à ce point.

L'un est aujourd'hui prof de français à l'université de Rennes et l'autre donne des cours de philo à l'institut catholique de Paris.

Je suis en retraite depuis 1997 j'ai donc plus de temps pour écrire d'où "Église qu'as-tu fait de l'évangile de la vie…".
Je continue à m'intéresser à l'histoire des sciences, j'ai publié depuis peu "La controverse Needham - Spallanzani sur la génération spontanée ou l'anticipation de la querelle Pouchet - Pasteur".
Il est intéressant de voir discuter deux abbés dont l'un fait de la science en ne pensant qu'à dieu alors que l'autre n'en parle pratiquement jamais…

Actuellement je travaille sur les rapports sciences - dogmes.

Mon violon d'Ingres : la poésie.

***

DIEU DANS LA CONSTITUTION EUROPEENNE

Introduction : Johannès Robyn

Nous consacrerons cette première partie de notre congrès annuel à un autre "fait religieux", bien réel celui-là : la mention de "dieu" dans la constitution européenne.
Alors que tous les "indicateurs de croyance" sont en baisse dans la plupart des pays européens (sauf quelques irréductibles comme la Pologne ou la Croatie, mais qui ont une histoire lourdement chargée), c'est paradoxalement le moment choisi pour faire mention de la notion de "dieu" et de l'héritage religieux dans les textes fondateurs de l'Union européenne.
Sans vouloir passer pour paranoïaque, cette charge du religieux voulant à tout prix s'imposer coûte que coûte comme la norme de la pensée européenne dans l'éducation ou la législation, et s'imposant comme interlocuteur privilégié auprès des représentants de l'État apparaît de plus en plus comme une opération savamment orchestrée depuis longtemps.
Que le vingt et unième siècle sera religieux (ou ne sera pas) est une prophétie que les communautés religieuses veulent contre vents et marées se voir réalisée.
Que ce soit précisément l'érosion de la religiosité, amorcée de manière plus visible depuis une bonne vingtaine d'années, qui ait provoqué ce sursaut de volonté de regain d'influence et de puissance des églises est plus que vraisemblable
On peut être assuré que les moyens financiers mis au service des communautés religieuses par les gouvernements européens ont permis une action en profondeur, au moyen d'une véritable campagne tous azimuts, afin de s'assurer la bienveillance des médias et la complicité d'hommes politiques.
L'héritage de l'Europe n'est pas plus "religieux " qu'autre chose, ou alors ce serait une monopolisation outrancière de la part des religieux qui imposerait l'amalgame culture = religion.
Et cet "héritage" est encore moins "chrétien", religion elle-même redevable, par son syncrétisme, à toute une série de croyances millénaires, et qui a dû s'adapter à la culture "européenne"- géographiquement parlant - préexistante.
La proposition de texte de l'article 2, consacré aux valeurs de l'Union, en son paragraphe 2, s'énonce comme suit :

"Les valeurs de l'Union Européenne comprennent les valeurs spirituelles de ceux qui croient à Dieu comme source de la vérité et de la justice, de la bonté et de la beauté et de ceux qui ne partagent pas cette croyance mais qui trouvent ces valeurs universelles dans d'autres sources" ; texte calqué sur le préambule de la constitution polonaise et inspiré par la Vatican.
L'article 37, quant à lui, est proposé sous la forme :

1 - L'Union européenne respecte et ne préjuge pas le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les états membres
2 - L'Union européenne respecte également le statut des organisations philosophiques et non confessionnelles.
3 – L'Union maintient un dialogue régulier avec ces églises et organisations, en reconnaissance de leur identité et leur
contribution spécifique.

Il s'agit bien là d'une volonté de communautarisation indéniable, et d'une hypocrisie à peine voilée : cette « reconnaissance de leur identité et de leur contribution spécifique » étant évidemment proportionnelle aux moyens que les états eux-mêmes fournissent à ces "communautés".

Interventions qui ont suivi l'introduction de J. Robyn

1 - Une auditrice précise que le Préambule n'a pas le caractère contraignant du corps de la Constitution et est une simple orientation.

2 - C. Demeautis (Libre Pensée) : l'art 51 est déjà en puissance dans la Traité d'Amsterdam sous la forme de la résolution n°11, traité lui-même découlant du Traité de Nice.
À partir du moment ou un état adhère au traité d'Amsterdam, il adhère à la résolution n°11. Il n'est pas besoin de référendum pour abolir la Loi de séparation de 1905.
Un exemple : comment on a intégré l'Islam de France et la méthode utilisée pour ce faire. On l'a intégré dans une France régionalisée. En 1986, M. Jospin interpellé à Metz sur le statut d'Alsace-Moselle répondit : "Je ne verrais pas d'un mauvais oeil que celui-ci fût appliqué à l'ensemble des départements de l'hexagone".
La France, c'est 18 statuts dérogatoires, celui d'Alsace-Moselle, 1 par département d'Outre-Mer, plus 1 statut fiscal pour la Corse.
En 1981, alors qu'il en avait tous les pouvoirs, le gouvernement n'a rien fait pour rétablir le texte original de la loi de séparation de 1905, caviardé par Vichy et les gouvernement précédents. Il n'a rien fait pour réviser la Constitution et la rendre encore plus démocratique.
Quand M. Jospin a été ministre de l'éducation nationale, il n'a pas abrogé la circulaire Monory sur les aumôneries dans les collèges et lycées dans lesquels il n'y avait pas d'internat ; et pourtant une circulaire est en-dessous des lois.
L'Art. 37 était trop dur dans sa formulation de départ.
En y incluant les associations philosophiques - dont la Franc-Maçonnerie - on tranquillise certaines personnes qui pourraient allumer l'incendie.
On va se focaliser sur l'Art. 37 et envoyer des gens pour le combattre, ce qui permet d'oublier l'Art. 2.
La révision constitutionnelle du 17 mars, c'est le retour à la Ferme Générale d'avant 1789. Le 17 mars, on a créé 22 républiques bananières en France.
À partir du moment où la décentralisation va se mettre en place, les lois de la République auront vécu.
Si Giscard obtient une majorité pour cette constitution avant décembre, à partir du 1 janvier 2004, ce seront les lois organiques européennes et non plus des directives qui seront émises. Les lois organiques, contrairement aux directives, sont d'application immédiate.



"DIEU" dans la Convention européenne ?

Claude Champon


Argumentation :

La tentative d'infiltrer un "dieu", la transcendance, les origines spirituelles ou des valeurs religieuses dans le texte de la Constitution européenne en cours d'élaboration (art. 2 ou 37 ou ailleurs) repose sur un sophisme et une pétition de principe.

Elle est politiquement dangereuse.


1 - La pétition de principe consiste à fonder l'Europe de l'avenir sur le passé, et en plus qui n'est pas le sien ! Les origines ou racines européennes sont celtiques, nordiques, ibériques, germaniques, slaves, atlantiques et méditerranéennes, sans parler des hongrois, des finnois ou des basques.

Le "Judéo-christianisme" ne vient pas de là. Ses valeurs sont étrangères ou au mieux métissées par la rencontre avec le monde grec d'Égypte, Alexandrie.
C'est pourquoi le folklore de la bible, après des siècles de bourrage de crânes, reste toujours étranger à nos populations plus habituées aux châtaignes et aux cochons qu'aux chameaux et aux palmiers, ou alors converties aux sushis et aux pizzas turques.

L'Europe a été amenée à écrire en grec, puis en latin, jamais en araméen, arabe ou hébreu.
Si l'on veut parler "passé", parlons-en : la première mention de l'Europe comme espace géographique remonte au troisième hymne homérique dédié à Apollon, sept siècles avant Jissé, reprise par Hérodote, cinq siècles avant itou.

Comme dieu tutélaire, Apollon (sur qui Montaigne conclut ses "Essais") fait l'affaire, ou Zeus ou Hercule.

2 - Le sophisme consiste à privilégier le moment de l'histoire ou un empire (romain) se transforme en un autre (chrétien).
Le dieu judéo-chrétien n'est pas plus romain que le bernard l'hermite n'est le légitime habitant de la coquille vide dont il a usurpé le bail.

D'ailleurs à cette époque l'Europe politique n'existait (déjà) pas du tout.
C'est ça son "origine" !
Si Rome c'est l'Europe, alors ce n'est pas le cas de l'empire de Charlemagne qui ressemble quand même déjà pas mal à l'Union Européenne, et qui a perdu comme lui l'essentiel de la Méditerranée, tout en poussant vers la Saxe (c'est-à-dire l'Allemagne)…. Et réciproquement.

Les origines de la future Europe sont comprimées et canalisées dans la conduite forcée qu'est la forme devenue vide de l'empire romain, comblée au profit de Constantin.
Il s'agit d'une réduction illégitime que dénonça l'empereur Julien l'Apostat.

Au-delà de ce goulot d'étranglement les diversités se poursuivent : les nordiques par exemple refondent la Normandie, l'Angleterre ou encore l'Écosse, et même la Sicile et Naples !
Les Germains repoussent les slaves et s'installent aussi jusqu'en Espagne actuelle (Andalousie).
Avec les croisades et les colonies, d'autres Europes verront le jour, impulsées par la volonté missionnaire des églises.

Bien pire c'est le prétendu dieu (judéo-chrétien) européen qui fut l'occasion des querelles théologiques et politiques qui déchirèrent une Europe soi-disant en gestation et la ruinèrent à coups de schismes (empire d'occident et d'orient, redoublés par le refus des catholiques byzantins d'obéir à l'évêque de Rome) et d'hérésies : guerres des Albigeois, répression des mouvements millénaristes, enfin réformes de Luther, Calvin et Zwingli, et comble de l'ironie de l'histoire : l'installation des nationalismes "modernes" sur la base du principe "cujus regio, ejus religio" des traités de Westphalie (1648).

Les pro-européens ne leur disent pas "Deo gratias".

Le dieu judéo-chrétien n'est pas européen et il n'a jamais uni l'Europe. L'Europe deviendra en tout cas autre chose que la vieille chrétienté, depuis longtemps mangée aux « mythes ».

Chaque dieu des monothéismes a son passé révolu.

Resterait-il sérieusement envisageable par les temps qui courent de confier l'unification européenne à un autre dieu monothéiste non européen (le troisième de la liste), Allah ?
L'avenir de l'Europe sera peut-être justement de protéger les humains, arabes, turcs et aussi les états-uniens contre les fanatismes de tous bords, même ceux de l'Hudson et du Potomac.

3 - Le danger : À réfuter les prétentions du  "dieu" unique et anonyme sous ses diverses présentations, je n'ai évoqué que des Europes impérialistes. La référence AU "dieu" convient bien à LA direction de l'empire TOTAL : LA Rome chrétienne, sa brève résurrection par Charlemagne, LA Rome chrétienne d'orient jusqu'en 1453, L'Europe des Habsbourg, L'Europe napoléonienne, LA Gross Europa nazie, L'Europe stalinienne et post stalinienne jusqu'en 89.

Federico Fellini dénonçait l'église (catholique) comme matrice du fascisme italien (cette façon de s'en remettre à quelqu'un – la mamma, le papa, le mari, le Duce, la Madone, l'évêque...)

Une Constitution DÉMOCRATIQUE de l'Europe ne peut que renoncer à toute mention divine et religieuse pour ce motif.



L'ÉGLISE ET L'EUROPE



Mgr Hippolyte Simon, vice-président de la Conférence des évêques d'Europe, explicite, dans Le Monde, les quatre revendications de l'Église catholique à la Convention pour l'avenir de l'Europe. Cependant la terminologie choisie ne participe pas de la clarification, mais plutôt de la dissimulation.

En réclamant la reconnaissance du "droit d'association religieuse", l'Église catholique ne revendique pas le droit de créer des associations, qui lui est reconnu par tous les États membres de l'Union européenne et qui est garanti par la Convention européenne des Droits de l'homme.

Elle demande que les associations religieuses soient distinctes des autres associations de sorte qu'elles puissent jouer un rôle politique et social différent des autres associations de citoyens.

En réclamant, au nom du principe de subsidiarité, que le statut particulier de l'Église catholique dans les États concordataires ne soit pas remis en question par l'Union, Mgr Simon exige en réalité que les associations catholiques ne soient pas soumises aux lois générales et à la Convention européenne des Droits de l'homme, de sorte qu'elles puissent continuer à exercer des discriminations en leur sein.

Simultanément, il réclame que l'Union adopte avec l'Église catholique un rapport de type concordataire, bien que des États membres ne soient pas concordataires.

L'Église serait donc au-dessus des lois, le Concordat serait la règle et la laïcité l'exception de subsidiarité pour les États laïques. En réclamant que la Constitution européenne reconnaisse son héritage religieux, l'Église catholique exige que l'Union européenne ne soit pas fondée sur le principe du Contrat social, mais sur la nécessité de l'histoire collective.

Enfin, en réclamant une référence à la transcendance, l'Église catholique exige que les organisations religieuses disposent d'un magistère moral sur le pouvoir politique de l'Union. Ces revendications sont exactement celles de Pie VI condamnant la Déclaration de 1789. La seule évolution notable en deux siècles étant que l'Église romaine accepte de partager son magistère avec d'autres confessions.
-------------------------------------------------------- René Thirifays



FÊTES LAÏQUES



Alain Jakubowicz, avocat et président du CRIF Rhône-Alpes, vient de donner un point de vue au Monde (daté du 6 juin 2003), dans lequel il déclare notamment :

"Juifs et musulmans ont donc les mêmes droits que leurs concitoyens catholiques et protestants, pour ne parler que des grandes religions monothéistes. [...] la prise en considération des seules fêtes chrétiennes dans le calendrier républicain est choquante.

Le citoyen chrétien peut, sans avoir à prendre sur ses congés ou RTT, se rendre à l'église ou au temple le jour de ses fêtes religieuses. [...]
Ce n'est pas contester la tradition chrétienne de notre pays que de considérer que la laïcité ne peut pas être à géométrie variable et justifier une rupture d'égalité entre les citoyens [...] supprimer toutes les fêtes religieuses du calendrier républicain ou y intégrer celles des cultes israélite et musulman."

Une fois de plus, dans cette recherche de l'équité, les incroyants, les athées, sont passés à la trappe, alors qu'ils représentent environ 20 à 25 % de la population (60 % pour les catholiques, 4 à 6 % pour les musulmans, et seulement 0.5 à 1% pour les juifs).

Les fêtes républicaines ne sont pas seulement des fêtes religieuses ; il  y a la fête nationale, une fête sociale (le 1er mai) et deux anniversaires de victoires militaires.

S'il est envisageable d'introduire une fête musulmane et une fête juive, et de supprimer deux ou trois des six fêtes chrétiennes (lundi de Pâques, Ascension, lundi de Pentecôte, 15 août, Toussaint, Noël) en tant que jours chômés, il conviendrait alors d'introduire deux ou trois jours pour les incroyants : ce pourrait être la commémoration de l'exécution du chevalier de La Barre, Carnaval, le solstice d'été (21 juin), l'entretien du souvenir de Bruno, Galilée, Voltaire ou Vanini, ou encore l'anniversaire de la rétractation du savant Buffon devant les théologiens, le 12 mars 1751.

N'oublions pas cependant que nous devrons un jour faire une place à une fête européenne.

Vient alors l'épineux problème des noms des jours de la semaine, six sont païens et un seul chrétien (dimanche) ; considérons que les noms païens satisfont les incroyants ; faut-il en retirer un ou deux pour les attribuer aux musulmans et aux juifs ? On pourrait alors donner le samedi, qui deviendrait shabbat, aux juifs, et le vendredi aux musulmans (sous quel nom ?)

Enfin, le compte des années depuis la naissance de Jésus-Christ ne satisfait pas les 40 % de non catholiques ; les possibilités évidentes sont le retour à l'origine du calendrier républicain ou à celle de la fondation de Rome, mais d'autres solutions existent sans doute.

Cela fait des années que j'attire l'attention du Monde sur le déséquilibre entre la représentation des croyants et la représentation des incroyants. Ce week-end encore, des articles de deux juifs pour exposer un conception fort contestable de la laïcité, puisqu'elle évacue l'existence de 20 à 25 % d'incroyants dans leur propre pays.

Le Monde est-il décérébré, ou quoi ?
----------------------------------------------------- Claude Courouve



UN PEU D'HUMOUR :
Deux amies blondes arrivent dans une station de sports d'hiver. Dans le hall de l'hôtel est affiché le tableau d'enneigement des stations. MEGEVE : 15 cm, molle. L'ALPE-D'HUEZ : 20 cm, souple. MERIBEL : 30 cm, dure. Alors une des filles s'approche du réceptionniste et lui demande :
- S'il vous plaît, Monsieur, vous pourriez nous indiquer le numéro de la chambre de M. Méribel ?
Jean-Max
DIEU LE GASTRONOME, ou

LA RECETTE DE LA
GALETTE À LA MERDE

Dans Ézéchiel IV, Dieu omnipotent, multi-casquettes, mais miséricordieux et grand chef de cuisine, se met aux fourneaux.
Il donnera à Ézéchiel une succulente recette de galette digne d'anthologie...

Les différents traducteurs, grands sauciers, ont fait un travail d'assaisonnement remarquable pour faire passer la pilule. Chaque traducteur de la bible ira de son grain de sel pour faire croire aux lecteurs que cette galette devra être cuite grâce à des excréments desséchés auxquels on aurait mis le feu... alors qu'il s'agit bel et bien d'une galette d'excréments humains dont la pâte d'orge est cuite sous la cendre, comme le confirme la dernière traduction proposée, celle de Lemaître de Sacy.

4 : 10 - La nourriture que tu mangeras sera du poids de vingt sicles par jour; tu en mangeras de temps à autre.
4 : 11 - L'eau que tu boiras aura la mesure d'un sixième de hin ; tu boiras de temps à autre.
4 : 12 - Tu mangeras des gâteaux d'orge, que tu feras cuire en leur présence avec des excréments humains.
4 : 13 - Et l'Éternel dit : C'est ainsi que les enfants d'Israël mangeront leur pain souillé, parmi les nations vers lesquelles je les chasserai.
4 : 14 - Je dis: Ah! Seigneur Éternel, voici, mon âme n'a point été souillée; depuis ma jeunesse jusqu'à présent, je n'ai pas mangé d'une bête morte ou déchirée, et aucune chair impure n'est entrée dans ma bouche.
4 : 15 - Il me répondit : Voici, je te donne des excréments de boeuf au lieu d'excréments humains, et tu feras ton pain dessus.
4 : 16 - Il me dit encore : Fils de l'homme, je vais briser le bâton du pain à Jérusalem; ils mangeront du pain au poids et avec angoisse, et ils boiront de l'eau à la mesure et avec épouvante.
4 : 17 - Ils manqueront de pain et d'eau, ils seront stupéfaits les uns et les autres, et frappés de langueur pour leur iniquité.

Pas convaincus avant de goûter ?
Fichtre... C'est sans doute que la traduction de 1946, Bible Segond, est un peu subjective... Voyons voir une autre, la Bible Thompson de 1998 :

4 : 12 - Tu mangeras des gâteaux d'orge, que tu feras cuire sous leurs yeux sur des excréments humains.

Ici ce serait donc les excréments qui servent de combustible pour la cuisson ; c'est donc encore mangeable.

Mais penchons-nous maintenant (pas trop près tout de même) sur une traduction réputée plus littérale, comme la Bible de Chouraqui par exemple :

4 : 12. - Mange un gâteau d'orge. Il sera pâtissé avec des crottes d'excréments humains, sous leurs yeux.
Et celle de la Bible de Jérusalem :

4 : 12 - Tu mangeras cette nourriture sous la forme d'une galette d'orge qui aura été cuite sur des excréments humains, à leurs yeux.

Notons au passage la subtilité des déviations des prépositions "sur", "sous", et "avec", qui servent tantôt les cendres, tantôt les excréments, et tantôt les crottes... ceci au bon vouloir du traducteur-saucier, et selon sa recette...
Mais pour quelle raison ?
La réponse est apportée sans garnitures par la version de Lemaître de Sacy, Bible Lemaître de Sacy, édition 1990, traduite du grec de la Vulgate :

4 : 12 - Tu mangeras des gâteaux d'orge, que tu feras cuire AVEC des excréments humains, SOUS LA CENDRE devant eux.

Alors, toujours envie de manger la galette du roi des cieux ?
Ci-dessus, et donc sans ambiguïté, une galette d'orge cuite AVEC des excréments humains et SOUS la cendre est la vraie recette recommandée par Dieu, délicieuse et exquise comme il se doit, selon la bonne vieille méthode de cuisson de nos arrières grand-mères sumériennes ou égyptiennes.
Recette divine de haute gastronomie que l'on trouvera difficilement dans les restaurants terrestres, mais dont la technique de cuisson est encore pratiquée de nos jours sur terre, par certains peuples du désert, mais pour faire cuire un délicieux pain, cuit dans le sable avec des cendres de bois...
Bizarrement, les peuples sub-sahariens et du Maghreb, qui fabriquent encore le pain de sable, ont changé de dieu-cuistot assez récemment.
On se demande vraiment pourquoi...
(source : Henri Fabre)

ERRATUM
Dans le n° 114, p.14, l'article « Le sabre et le goupillon » de Claude Champon comportait une série de renvois aux notes qui ont mystérieusement disparu. Elles ont été retrouvées et les voici :
1) On verra dans la suite que la croyance reste la plus forte et que les diverses étoiles ou polygones variés qui marquent les divers grades de la Légion d'honneur sont « vus » comme des « croix » dans doute par référence transhistorique à des ordres anciens (la Croix de Saint-Louis de la monarchie), et puis, vous l'auriez deviné, ça fait le lien avec la France, fille aînée de l'Église (catholique).
2) L'orateur n'a pas remarqué que le R.P. exprimait cette joyeuseté un premier avril…
3) Habile réunion de toutes les techniques de démarchage.
4) !
5) !!



L'Encéphalopathie Spongiforme Religieuse (ESR)

Une maladie terrible résultat de la malbouffe spirituelle en Occident
Par Enrico Riboni, ancien malade guéri.

CONTENU :
- Introduction, causes
- Diagnostic
- Thérapie

Introduction, causes

L'Encéphalopathie Spongiforme Religieuse, connue comme ESR ou "Maladie du Fou de Dieu" persiste à l'état endémique dans toutes les régions du monde traditionnellement monothéistes, soit essentiellement l'Europe, le bassin méditerranéen et les Amériques.

Cette dégénération du cerveau résulte de l'absorption de Farines Religieuses. Ce redoutable substitut d'éducation est souvent donné aux enfants des zones touchées par la maladie, avant qu'ils n'aient pu atteindre le développement complet de leur intellect et les effets sont alors dévastateurs.
Qui n'a jamais vu ces images terribles de foules de jeunes au cerveau spongieux acclamant en levant les bras un vieillard impotent qui radote des absurdités sur la sexualité ou sur l'économie mondiale ? Ou ces groupes de mâles au cerveau spongiforme qui s'enferment pour la vie dans un enclos jurant pauvreté, abstinence sexuelle et obéissance à vie ? Ou encore ces gens qui lisent une phrase banale d'un bouquin du genre "Dieu fit X… Dieu vit que cela était bon " avant de commencer à glousser d'émerveillement en levant les yeux au ciel ?

La dégénération du cerveau entraîne une perte sélective de l'esprit critique.
Ainsi, le patient se met à croire à tout ce que disent les gens qui portent des chapeaux bizarres qui le convainquent facilement de commettre des actions contre son intérêt bien compris : renoncement à une vie sexuelle saine, paiement d'impôts ecclésiastiques, "dons" à des pervers sexuels parlant d'une voix mielleuse, etc.

Diagnostic

Comment savoir si vous êtes atteint de l'Encéphalopathie Spongiforme Religieuse ?

Si vous répondez oui à 1 ou 2 questions ci-dessous, vous êtes atteint d'une forme bénigne. 3 réponses positives ou plus indiquent un danger grave et la nécessité de soins rapides :

Vous avez la conviction qu'une vierge peut rester vierge après avoir eu plusieurs enfants, et que cela est arrivé au moins une fois dans l'histoire.

Vous dites "il est écrit que" puis citez une phrase d'un vieux livre plus d'une fois par jour.

Vous êtes convaincu que la mort n'est qu'un "passage" vers Sirius ou vers un quelque autre au-delà.
Quand un vieillard impotent et complètement gâteux raconte des âneries sur la sexualité, vous écoutez attentivement, si et seulement si le dit vieillard a un habit blanc ou rouge et porte un chapeau bizarre.

Vous pensez qu'un amalgame de quelques cellules est pensant et mérite autant de respect qu'un humain si et seulement si cet amalgame de cellule résulte de la fécondation d'un ovule (humain) par un spermatozoïde (humain également), et que même le congeler est une horreur.

Vous pensez que quelques part un être tout puissant et créateur de l'univers veille sur vous personnellement, pauvre mammifère parmi des milliards de mammifères habitant une planète insignifiante .

Quand vous vous regardez dans un miroir le matin, vous ne pensez pas "Voici un Homo Sapiens Sapiens, primate de la famille des grands singes", mais "Voici l'être crée à l'image du Dieu tout puissant, placé par lui au sommet de la création".

Quand vous entrez dans un édifice de cultes catholique, vous plongez votre main dans le bassin d'eau à l'entrée, ignorant les dangers posés par les bactéries fécales des gens qui ont fait ce même geste avant vous alors que, eux, ils ne se sont pas tous lavés les mains après avoir été aux toilettes.

On vous dit "Dieu est un Dieu unique en 3 personnes et une seule" et vous ne bronchez pas.

Vous partez en voyage pour voir un endroit ou une vierge est apparue et a dit des banalités à des enfants.

Vous attribuez au Diable les agissements de vos contemporains que vous ne comprenez pas.

Thérapie


La thérapie d'une maladie aussi terrible n'est pas chose aisée. Le soussigné recommande les étapes suivantes :
Abstention de la consommation de Farines Religieuses, c'est-à-dire pas de bible, pas de visites à des lieux de cultes monothéistes pendant au moins 30 jours.
Substitution des Farines Religieuses par une nourriture spirituelle plus saine : lecture de livres de philosophes non-monothéistes, grasse matinée le dimanche matin, lecture de livres d'introduction à des religions non monothéistes, livres sur l'évolution et les autres primates avec lesquels nous partageons la planète.

Une fois que le cerveau commence à retrouver ses facultés critiques regardez à nouveau les dogmes auxquels vous avez cru : tout seul, en toute discrétion. Ils vous feront rire.
Le rire est la meilleure des thérapies.
Se regarder dans le miroir et se demander en toute franchise "Vois-je là l'être crée à l'image du Dieu tout puissant, sommet de la création, ou un primate de la famille des grands singes ? " Si vous ne voyez toujours pas le grand singe c'est que (1) vous êtes petit ou
(2) vous êtes affecté de narcissisme pathologique, voir un psy.

Correspondance avec l'auteur :
eriboni@ozone.ch




MÉTHODE CRITIQUE, COMMENT ON ÉCRIT L'HISTOIRE

ou les mésaventures de Henri-lrénée Marrou


Les athées déclarés devraient, moins que les autres, tomber dans les panneaux quotidiennement tendus par les media : les intoxications, manipulations et rumeurs diverses.
Vaste programme…

Henri-lrénée Marrou était un historien de renom, membre de la secte catholique romaine et fier de l'être, dont le livre "De la connaissance historique" (Seuil Points Histoire H 21, 1975) fut utilisé par des générations d'étudiants en histoire ou en philosophie, sans parler de "l'honnête homme" de référence convoqué à sa lecture effectivement intéressante.
Historien et croyant, il écrivit quelques pages assez plaisantes et finit par admettre certaines contradictions qu'il résolut - avec le minimum de malhonnêteté possible ... (pp 99 à 103 ; 128 à 131).
Les athées peuvent profiter de son effort intellectuel d'analyse.
Marrou commence par énumérer les précautions à prendre dans la recherche historique fondée sur des « documents », à partir de la tradition de Droysen, Langlois et Seignobos, Bernheim et Harsin :

CRITIQUE EXTERNE.

Critique d'authenticité ; critique de restitution (reconstituer un original disparu).
Critique de provenance.

CRITIQUE INTERNE.

Critique d'interprétation.
Critique de crédibilité.

Mais il regimbe contre l'orientation "positiviste" de la défiance, du soupçon et de la violence faite aux "documents". Le bonhomme a des raisons de relativiser cette méthode qui le ramène d'ailleurs à ses obsessions favorites... :

" En fait ce programme a été surtout prôné par les spécialistes de l'histoire politique ou ecclésiastique du Moyen Age occidental, domaine dont la documentation est encombrée de chroniques de seconde main, de diplômes et de chartes falsifiés, de vies de saints outrageusement antidatées."

On ne lui fait pas dire.

Mais H-I Marrou est pressé de dépasser la critique "négative" à laquelle il lui "paraît utile de substituer la notion positive de compréhension du document".

C'est le concept "Carrefour" (il faut positiver, coco) hors duquel point de salut.

"Prenons comme exemple l'interprétation des Evangiles canoniques. Que de temps perdu par la “critique” à rechercher la crédibilité du témoignage qu'ils portent sur les événements de la vie de Jésus ! "
On notera avec intérêt la nature de "l'exemple", certainement pas péché au hasard, les guillemets agacés qui affublent le mot "critique" et " les événements de la vie de Jésus" qui supposent donc l'existence historique du personnage, alors que c'est toute la question.

 " un Evangile : ce n'est pas un recueil de procès-verbaux, de constats d'événements, plus ou moins exacts ou tendancieux,
plus ou moins fidèlement transmis ; l'auteur ne se proposait pas de fournir un jour une documentation à l'histoire historisante, mais bien autre chose : il voulait, dans la perspective existentielle de la catéchèse ecclésiastique, transmettre à ses lecteurs la connaissance du Christ nécessaire au salut ; pour élaborer cette image de Jésus, il a pu être amené à toute une manipulation de ses sources qui nous déconcerte peut-être (par son indifférence, par exemple, à la chronologie), mais qu'il serait naïf de qualifier de falsification ou de mensonge." 

Les non-dupes errent, on connaissait la chanson ; mais si à ce compte les "critiques" sont des "naïfs", alors ceux qui se gaussent d'eux sont des cyniques, il n'y a pas de milieu.

 " Il serait plus naïf encore d'imaginer qu'on puisse décomposer ce témoignage et, séparant le bon grain de l'ivraie, isoler un pur noyau de « faits » authentiques : les Evangiles ne sont pas un témoignage direct sur la vie du Christ, ils sont un document primaire, et d'une valeur incomparable, sur la communauté chrétienne primitive : nous n'atteignons Jésus qu'à travers l'image que ses disciples se sont faite de lui - ce qui ne veut pas dire que cette image soit trompeuse, encore qu'elle ne soit pas celle que l'historien événementiel aimerait qu'elle eût été."
Ouf ! bel effort !

Parachute ultime et prime à la préméditation : le bon père Marrou nous explique ensuite qu'un document "faux" peut se révéler "positif" sous un autre rapport, car susurre-t-il exquisément : " il est rare qu'un faux ait été un acte gratuit ".
Voilà qui est bien rassurant en effet !

 " (la connaissance historique) repose en définitive sur un acte de foi : nous connaissons du passé ce que nous croyons vrai de ce que nous avons compris de ce que les documents en ont conservé."
Voilà qui est  "révisionniste" en diable !

 "Constater que la connaissance historique est issue d'un acte de foi (car faire confiance et avoir la foi, c'est tout un, comme le montrent bien le grec et le latin, pisteuô, credo) n'est pas pour autant nier sa vérité, nier qu'elle puisse être susceptible de vérité."
Évidemment, ça l'arrange bien, mais nous, on n'a pas confiance.
Et le bouquet :
" ... à la différence d'autres religions qui ne mettent en cause que des vérités éternelles ou des symboles mythiques (toujours la concurrence déloyale - C.C.), le christianisme repose sur des vérités de caractère historique (l'Incarnation, la Passion, la Résurrection, ...) est chrétien celui qui croit en Celui à qui saint Pierre a cru."

Et est ourson celui qui croit en l'ours qu'a vu l'homme.
S'ensuit un procès en négationnisme à l'encontre de ceux qui de bonne foi ou pour s'amuser auraient mis en doute l'existence de Napoléon (Whately et Pérès), de Max Müller ou de Descartes, tout cela pour prouver l'inanité des démonstrations de l'inexistence de toute la sainte famille.
Le vrai du réel sert finalement à faire passer les hallucinations.

Aux contorsions en « compréhension » de H.-I. Marrou il est permis de préférer le sérieux critique de Gabriel Bonnot, l'abbé de Mably (c'était le frère de Condillac avec qui il instruisait le futur prince de Parme) dans ses traités :
"De l'étude de l'histoire" et "De la manière d'écrire l'histoire" (Corpus des oeuvres de philosophie en langue française Fayard 1988).

Comme quoi un athée du 21ème siècle peut se sentir plus proche d'un prêtre de l'ancien royaume de France que d'un sorbonnard de la république soi-disant laïque.
----------------------------------------------------- Claude Champon



LE MISSILE ET L'ANATHÈME

 


Dès l'enfance nous sommes pris dans une toile de fils imperceptibles, tissée par les conventions, les idées préconçues historiques, politiques, économiques, philosophiques, reli-gieuses. Des préjugés figés.
Sans aucune base objective, des concepts nous sont imposés d'une manière péremptoire comme des évidences.
Indéniablement, une collusion s'est établie entre les bénéficiaires de cette mise en condition du citoyen de base.

Ainsi, au hasard, sur France Inter le jeudi 19/03/03 à 18h30, le professeur Jacquard lance-t-il : "Il y a 2.000 ans un type prêchait dans le désert ; 2.000 après, on l'entend encore."
Mais :
  1. Le "type" dont il parle a-t-il jamais existé ? Ce point fondamental n'a jamais été prouvé. Les évangiles ont été écrits au 3ème siècle de notre ère.
  2. Cette affirmation passe sous silence les moyens qui ont été utilisés pour que ce "message" nous parvienne. Et c'est dommage car ils sont efficients : armes, législation, endoctrinement, guerres, abolition ou détournement de cultures anciennes, occupation outrancière de l'espace (chapelles, calvaires, cloches), calendrier, censure, violences, violences sous toutes ses formes.
  3. La tournure employée suppose que le fait est universellement accepté : le "on" généralise. Or si Jacquard avait dit "quelques uns l'entendent encore", c'eut été moins spectaculaire mais plus exact. Beaucoup de religions en effet ne relèvent pas du christianisme et les incroyants sont particulièrement sourds à ce genre de référence.
  4. M Jacquard utilise parfois ses connaissances scientifiques mais il fait plus généralement de la philosophie ou de l'affirmation de croyance comme ici, ce en quoi il n'a pas qualité de professeur.

De tels exemples pourraient être cités à l'infini.
Pour celui qui avale quotidiennement ce brouet, sans y réfléchir, ces propos péremptoires finissent par avoir force de loi. Ces stéréotypes imposés ont la vie dure ; ainsi l'image de la femme malgré les efforts des féministes a-t-elle des difficultés à se faire plus positive.
Bien évidemment le premier de ces stéréotypes qui vient à l'esprit dans nos civilisations occidentales c'est l'Ève de la genèse dans la bible. Mais même les travaux scientifiques sur les premiers hommes ont parfois dessiné le portrait d'une femme préhistorique soumise, pondeuse, dépendante du bon vouloir de l'homme chasseur, pourvoyeur de provende.

Les ethnologues qui ont étudié les actuelles civilisations de chasseurs cueilleurs (par exemple Claude Lévi Strauss, "Tristes tropiques" en Amérique du Sud) démontrent que la femme dans ces sociétés archaïques participe activement à la survie du groupe par des actions complémentaires qui ne se résument pas à la maintenance du foyer et à la mise au monde de petits.
De plus, "si la femme a maintenant voix au chapitre dans la préhistoire c'est surtout parce que sa descendante contemporaine s'est émancipée et a fait elle-même ses études" (Claudine Cohen, rapportée par A.A. " Marianne" L 12811 n°307)

Mais Ève croquant la pomme sous l'œil du serpent ou Madame Cro-Magnon tirée aux cheveux par son costaud en peau de bête, pourquoi ces images nous obsèdent-elles encore ?
C'est que tout au long de l'histoire elles ont été constamment remises au goût du jour sous divers prétextes. Un exemple ? Pour rendre hommage à Chagall, la Poste, administration d'une république laïque, édite un timbre, reproduction d'un vitrail représentant Ève te le serpent.
Ainsi réactualisées, rafraîchies, modernisées, ces images démodées se réimposent aux jeunes esprits justifiant les actions coercitives, les unes s'appuyant sur les autres.
Chaque époque, chaque pays a ses interdits, ses lois restrictives, ses usages contraignants à l'égard de la femme.

En Égypte, Hatshepsout, reine de la XVIIIème dynastie, bien qu'héritière légitime du pharaon ne peut régner sans se marier. Elle épouse donc son demi-frère Thoutmes II. De fait elle régnera, puis sera régente mais à sa mort toute trace de son long règne sera effacée.
Dans les sociétés gréco-romaines la femme est inférieure et incapable juridiquement (imbecillitas sexus)
Dans la société hindoue ou juive elle est désignée comme impure et souillante (Lév. XV : 19 et sqq)
Le Coran établit formellement, comme l'Ancien Testament, que "la femme est en puissance de son mari".
Saint Paul réaffirme la supériorité de l'homme sur la femme ( "La femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion" - Cor. X). Elle ne doit pas prendre la parole en public.
Sous Clovis, la loi salique interdit aux femmes de prétendre hériter de la terre. Cette loi est rédigée de nombreuses fois et particulièrement sous Charlemagne. On s'en servira plus tard pour éloigner les femmes de la couronne.
Au XIIIème siècle, le droit romain est remis au goût du jour pour restreindre ce que les femmes avaient pu conquérir.

Petit à petit, au cours des siècles, on va restreindre aussi son salaire : 65% du salaire masculin au XIVème siècle, 50% au XVème siècle, 45% au XVIème siècle.
Par ailleurs, les métiers qu'elle exerçait lui sont un à un interdits.
En 1791, Olympe de Gouge essaie d'aborder la question de l'égalité en rédigeant une déclaration "des Droits de la Femme et de la Citoyenne", mais elle sera envoyée à la guillotine en 1793.
Ce n'est qu'en 1881 qu'il y a création de lycées de filles mais ils ne préparent pas au baccalauréat et la loi même stipule que "les femmes ne doivent pas songer à faire usage de leurs diplômes ni prétendre entrer dans les facultés".

XXème siècle : même si les femmes remplacent les hommes dans les usines et aux champs durant la guerre 14-18, leur statut ne s'améliore pas. Les femmes n'obtiennent le droit de vote en France qu'en 1946, et ce n'est qu'en 1948 que les Droits de l'homme reconnaissent l'égalité des sexes.
Longtemps désignées comme "homme manqué", "être accidentel", "sexe faible" ou même "le sexe" (cf la littérature classique et l'article "sexe" du Larousse du XXème siècle) on peut lire encore à son sujet des phrases comme celle-ci : "forcée à l'origine d'accepter les données de sa physiologie et les hasards qui déterminent sa vie, elle avait moins que l'homme l'habitude du choix conscient et de la responsabilité " (Encyclopédie Alpha, article"femme").
Ce n'étaient donc pas les contraintes de la vie sociale, ni les restrictions législatives qui l'empêchaient de prendre des responsabilités, c'était tout simplement sa physiologie !

Dans l'histoire enseignée aux enfants le rôle attribué aux reines intrigantes, néfastes, étrangères, traîtres n'est guère positif. Les seules femmes qui trouvent grâce sont les mères (Blanche de Castille) et les héroïnes sacrifiées (Jeanne Hachette, Jeanne d'Arc) qui n'auront jamais le pouvoir.
Cependant qu'en est-il de Blanche de Castille ?
Elle "se soucie surtout de bien élever son fils (Louis IX, dit Saint Louis), d'en faire un bon chrétien et de le préparer à être un bon roi." (Histoire de France de Bonifacio et Maréchal 1956).
Or Blanche de Castille fut régente pendant la jeunesse de son fils et ensuite lorsqu'il partit en croisade elle eut de nouveau la charge totale du royaume.

Toutes les statistiques mondiales prouvent que les filles sont nettement moins scolarisées que les garçons et, toutes activités confondues ce sont les femmes qui effectuent le plus d'heures de travail. Plus près de nous le récent débat sur la mixité visait à, protéger les garçons parce qu'ils pâtiraient semble-t-il du côtoiement des filles !!
La politique de la ville, ces dernières années, a chargé les imams, à travers les associations cultuelles, de maintenir l'ordre dans les quartiers sensibles, pendant que les caïds étaient pourvus de terrains de sport, ce qui excluait les femmes et renforçait la domination masculine (France Inter, 06/03/03, émission de Sylvie Joncourt).

Tout ceci peut paraître anecdotique, superficiel et en effet il ne s'agit pas d'une analyse historique universitaire. Volontairement ce sont des informations disparates, comme chacun aurait loisir de récolter ça et là au hasard du quotidien.
C'est assez dire pourtant combien à travers le temps et l'espace les mêmes interdits, les mêmes restrictions, les mêmes marques de subordination sont imposées aux femmes.

Ici le voile, ailleurs le tchador ou la burka, en Orient le harem, en Russie le terem ou le werkh, en Afrique l'excision, en France le percement précoce des oreilles, de tous temps et quasiment en tous lieux la dot, "prix de la fiancée", qui sous divers prétextes, se voulant parfois valorisants, transforme de fait la femme en marchandise plus ou moins estimée.
Rappelons qu'en France le régime dotal a été supprimé par la loi du 13 juillet 1965 !!
Si nous revenons à la préhistoire, compte tenu des connaissances actuelles, nous sommes tous à égalité.

Il est vraisemblable que la faculté de la femme non seulement à se reproduire mais encore à reproduire ce qu'elle n'est pas (c'est-à-dire l'homme lui-même, qui en est incapable) a dû en faire un être pourvu de pouvoir magiques, surnaturels, et ceci d'autant plus qu'apparemment il ne lui fallait aucun appareil particulier : le chasseur a besoins d'armes, le musicien d'instruments, le sorcier de talismans, la femme, elle, vaque tranquillement à ses occupations et, miracle, elle a fait un être vivant. Ceci pourrait expliquer les multiples statuettes féminines trouvées sur les lieux de fouilles (Sibérie, Vienne, Dordogne etc…) cela a pu être des représentations divines ou de personnes respectées, vénérées.

Mais vraisemblablement à partir du moment où il est devenu éleveur l'homme a dû faire une relation entre l'acte sexuel et les naissances. Dès cet instant son attitude a dû se modifier complètement. "De toute manière, à partir du moment où l'homme a compris son rôle dans la procréation il a cherché à s'assurer des héritiers mâles : et la femme alors a surtout été considérée comme l'instrument nécessaire pour assurer cette lignée" (Encyclopédie Alpha, article "Femme").
Elle est considérée alors simplement comme le vase, le contenant, l'enveloppe, "l'enceinte" mot que nous utilisons encore au XXIème siècle malgré les connaissances scientifiques datant du XIXème siècle et révélant que la femme apporte la moitié des gênes.
L'homme, à partir de là, est supposé être le seul géniteur et si la femme avec la semence de l'homme donne naissance à une fille c'est une sorte de trahison.

" Si la femme après avoir conçu enfante un mâle elle sera souillée 7 jours … si elle enfante une fille elle sera souillée 2 semaines" (Bible, Lévitique Chapitre XII verset 2).

On a souvent expliqué la soumission de la femme par le besoin de la protéger à cause de sa complexité fragile, de ses grossesses autrefois très nombreuses, mais outre que cela n'explique pas toutes les exactions, cette mise en tutelle aurait dû s'estomper avec le temps. Or c'est le contraire qui s'est produit.
Si donc la femme a été l'objet d'un rabaissement, d'une infantilisation dans de nombreuses cultures nous sommes obligés de nous poser la question du motif : le ver est-il dans le fruit ?

La science nous a montré qu'elle était loin d'être un "sexe faible" au contraire, d'une manière générale elle survit plusieurs années à son compagnon. Débarrassé des préjugés son corps s'avère un organisme particulièrement bien construit pour mettre au monde l'enfant et le nourrir. Dans les écoles de haut niveau ses camarades mâles peinent à la suivre.
Avec l'émancipation, la liberté de penser et de s'exprimer on a pu constater qu'elle était capable de "choix conscient et de responsabilité".
Bref s'il y a erreur, elle ne viendrait pas de sa personne.

À ce niveau du questionnement il n'est pas inutile d'examiner une autre série d'évidences.
Une grande idée convenue : le monothéisme serait supérieur au polythéisme, "croyances vulgaires" (Larousse du XXème siècle).
Ainsi parlant d'Akhnaton, pharaon mort en 1338 avant notre ère et qui instaura le monothéisme, Carl Grimberg ("Histoire Universelle" Tome I) dit notamment "la période la plus remarquable de l'histoire des pharaons" alors même que mis à part cette curieuse invention il ne fit rien d'exceptionnel durant un règne bref (7ans) et laissa l'Egypte affaiblie. Que lit on dans le Larousse du XXème siècle - Tome 5, article "polythéisme" ? "En général, par le simple progrès de la réflexion, le polythéisme tend de lui-même vers le monothéisme".

Ce n'est pas l'avis de Jan Assman, égyptologue allemand qui explique dans "Moïse l'égyptien" (traduit de l'allemand par Laure Bernardi, Aubier) que "là où les polythéismes anciens procédaient à des adoptions, des mélanges, transformations de dieux et des déesses des "autres", les interdictions du monothéisme sont brutales et définitives. Plus de représentations, d'images de statues qui changent de noms au gré des histoires et des époques. Judaïsme, Christianisme, Islam défendront et propageront tour à tour cette prétention à la vérité." (cité par Jean-Luc Ponthier dans "le journal du dimanche 26-08/01).

Le passage du polythéisme au monothéisme n'est donc pas, comme on nous l'a enseigné, un progrès évident.
D'autant moins évident qu'à l'examen on constate qu'avec le monothéisme les personnages féminins surnaturels ont disparu : les nymphes, les fées, les déesses, escamotées aussi les prêtresses de la vie réelles.
Mais chose curieuse si les femmes "positives" n'existent plus dans la vie courante et ne perdurent que dans les contes et récits fantastiques, les femmes négatives, elles, sont bien là.
Oui, elles sont là les sorcières en chair et en os, que l'on va questionner, torturer, brûler et "pour cela les clercs (religieux) ont l'imagination dévorante" (Marianne n° 148).

La collusion du pouvoir politique et du pouvoir religieux est indéniable. Le but est celui-ci : il est nécessaire que la femme soit considérée par tous comme un être inférieur et néfaste afin que tout ce qui vient d'elle soit négligeable, la vie que la femme donne n'a aucune valeur.
En effet cette vie est éphémère, pleine de douleurs et de chagrin, "et d'ailleurs cette terre est une vallée de larmes" on y "gagne son pain à la sueur de son front" cette existence on peut donc la mépriser, la perdre. D'autant plus aisément, que dieu, lui donne la vraie vie, la vie éternelle.
Ainsi après avoir abaissé la femme, transforme t-on l'homme en chair à canon, l'un ne va pas sans l'autre.
Tout est lié. D'où le concept de "guerre juste", "guerre sainte" peaufiné au cours de siècles par les théologiens de toutes les églises.

Certes durant l'Histoire, les guerriers ont pillé, violé, trucidé les femmes mais cela était fruste manquait de finesse et pour tout dire d'organisation. Ce sont les religieux qui ont codifié, légiféré. Encore aujourd'hui alors que le pouvoir politique et la puissance militaire ouvrent timidement leurs portes, les théologiens refusent à la femme la prêtrise.
Alors que les lois laïques lui donnent liberté sur sa procréation par la contraception et l'avortement toutes les églises lui refusent ce droit (voir Lexicon du Pape).
Le christianisme, quant à lui en rajoute sur le monothéisme en faisant d'un être masculin et divin (le Christ) celui qui rachète la faute originelle commise par une femme terrestre (Eve). De plus si on analyse la naissance du fils de dieu (le Christ) par une femme (la Vierge) - procédé qui n'était pas nécessaire à un dieu Tout Puissant - on remarque, et c'est l'église catholique qui le souligne, que la vierge ne donne au Christ que sa nature humaine c'est-à-dire son corps douloureux, souffrant, vulnérable, mortel alors que dieu, son père, lui transmet sa divinité.

Quand Jean-Paul II parle de paix se souvenir du concordat entre Hitler et la papauté de Pie XII. Se souvenir que dans les années 50 le catéchisme du diocèse de Quimper - et sans doute quelques autres - imposait à apprendre par cœur la question-réponse suivante :
"Q : Quand a-t-on le droit de tuer ? R : En cas de guerre, pour la peine de mort et en cas de légitime défense".

Et si on remonte plus loin dans l'histoire, l'église catholique ne fut pas économe de vies surtout de celles des mécréants, des impies, des hérétiques, ou jugés comme tels.

Il est actuellement de bon goût de prétendre que la foi religieuse a été instrumentalisée pour provoquer des guerres, entretenir des haines ethniques et justifier des invasions etc.
Ce qui serait étranger à sa réelle fonction.

Mais si les guerriers et les politiques se sont servi des croyances comme de moyens ou de motifs c'est qu'elles se sont avérées particulièrement efficaces. On ne fait pas la guerre avec des fleurs. Or nous voyons aujourd'hui une recrudescence de références au religieux dans tous les domaines scientifiques, social, politique ce qui fait prendre des décisions idéologiques (cellules souches embryonnaires, euthanasie, gestion de la ville, guerre en Irak etc.).

Tout le monde a en mémoire les prises de positions du Pape contre la guerre en Irak, nombreuses, sans appel mais il faut noter que dans ce domaine l'hypocrisie confine au grand art.
Jean Paul II a un compte à régler avec les américains à propos de ses prêtres pédophiles. Son prélat de Boston n'a-t-il pas été obligé de démissionner ?

Après avoir joué des pieds et des mains pour que les valeurs chrétiennes soient reconnues par Bruxelles comme valeurs fondatrices de nos civilisations occidentales, le porteur de tiare déplore la guerre en Irak parce que, dit-il "malheureusement dans le monde islamique il y a tendance à identifier l'occident avec le christianisme, certains commentateurs arabes parlent déjà de Xème croisade, c'est un chemin facile à prendre" (L'Union 25-03-03).

De fait islamistes et chrétiens ont un ennemi commun, le scepticisme des incroyants qui peut faire déraper la machine si bien huilée depuis des siècles et que nos politiques de tous bords s'évertuent à relancer.

La guerre en Irak est une démonstration de ce que j'avance : le pouvoir économique motive (pétrole, reconstruction) le pouvoir politique arme; le pouvoir religieux fanatise et justifie : "celui qui est tué sur le terrain au combat sera récompensé par un paradis éternel".
C'est un extrait d'un discours du Ministre de l'information Mohammed Saïd Al-Sahhaf, discours au nom de Saddam Hussein appelant au Jihad (guerre Sainte).
Bush n'a pas dit autre chose quand il a fait référence à dieu, au camp du bien contre le mal et qu'il a fait voter par le congrès une journée de jeûne et de prières.

L'attentat du World Trade Center le 11-09-01 revendiqué par des religieux intégristes aurait dû susciter la méfiance des politiques à l'égard des religions capables de telles dérives.
La réaction de la plupart des hommes politiques a été au contraire une réhabilitation du religieux.
Je ne citerai pour exemple que deux hommes politiques français à cause de leur rôle dans le gouvernement du moment :
"Ceux qui croient en dieu savent que "guerre" et "sainte" sont incompatibles" (Mr. Vaillant, Ministre de l'Intérieur et des Cultes - émission d'information, France Inter le 23-09-01) et :
"Les lois de la raison peuvent être religieuses" :
Mr. Forlani, Président de l'Assemblée Nationale (émission d'information, France Inter le 25-09-01).

Ce qui est caractéristique, lorsqu'on examine les critères dominants, c'est qu'ils ont servi à l'établissement des pouvoirs en place et que même les faits patents qui devraient démontrer l'inanité de leur fondement, sont utilisés au contraire comme tremplin pour leur réutilisation.
------------------------------------------------------ D. Rome-Émery

DÉTENTE :

Deux vieilles filles blondes se cherchent une voiture d'occasion. Finalement, elles trouvent une bonne affaire, paient et vont s'asseoir dedans.
Au bout de vingt minutes, le vendeur voit les deux femmes toujours assises dans la voiture qui n'a pas bougé.
- Mesdames, est-ce que vous regrettez votre achat ?
- Oh non, non, pas du tout !
- Mais alors, pourquoi ne partez-vous pas ?
- C'est parce qu'on a entendu dire que lorsqu'on achète une voiture d'occasion, on se fait toujours baiser. Alors on attend !
(Jean-Max)

***

ÉPOUSES INTOUCHABLES


La nature peut-elle être impure ?

Sans aucun doute, répond la Torah, pour qui une femme juive reste souillée après ses règles ou un accouchement, ce qui exige un temps d'abstinence sexuelle et même un bain rituel, le mikveh
Là, après s'être lavées de la tête aux pieds, les femmes introduisent un linge blanc dans leur vagin qu'elles présentent ensuite à leur mari pour témoigner de ce que leurs pertes sont terminées.

Voilà ce qui nous révélait récemment sur France 3 le documentaire (FIFA d'or 2003 au Festival de Biarritz) de l'israélienne Anat Zuria qui a connu cette humiliation.
Mais c'est aussi cela que célèbre chaque année liturgique selon Missel des dimanches la Sainte Église catholique, quarante jours après Noël, avec "la purification rituelle de la Vierge Marie" le 2 février.
Comme si la naissance doublement virginale du Fils de Dieu était finalement un acte impur marqué du sceau de l'infamie parce que fruit amer d'un adultère connu de tous depuis vingt siècles.
----------------------------------------------------------- Max Bayard



LE DIABLE AU CORPS

 

J'ai découvert et lu passionnément un livre du grand historien romantique Jules Michelet intitulé " Du prêtre, de la femme, de la famille" dans sa 4ème édition de 1845.

Il est pour moitié consacré aux faits et gestes de l'Église catholique sous le règne absolutiste du Roi Soleil.

Une église parcourue (déchirée ?) par quatre courants contraires : l'ultramontanisme des jésuites entièrement dévoués au pape, le gallicanisme franchouillard avec Bossuet comme porte-voix, le quiétisme plus ou moins soutenu par Fénelon qui pense surtout à sa carrière auprès des princes et le jansénisme de Port-Royal qui sera finalement écrasé et dont ne restent que les écrits de Pascal.

Dominant son sujet de main de maître, Michelet montre qu'au-delà de ces chamailleries théologiques, ce qui excite le bas monde clérical, c'est le pouvoir, l'argent, les femmes.

Ces femmes, les ecclésiastiques les trouvent facilement et toutes soumises dans les couvents (maisons closes) où leurs familles qui préfèrent les garçons les jettent souvent très jeunes pour régler leurs problèmes de succession.

Là, des confesseurs et des directeurs de conscience tout puissants, sans scrupules et pervers, usent et abusent d'esprits faibles et ignorants qui se donnent corps et âme, avec des conséquences souvent effroyables mais toujours impunies car seule compte, paraît-il, la justice de Dieu !

Voici un cas exhumé tardivement des registres de l'Inquisition et que rapporte Michelet (pp. 205-206).

C'est l'affreuse histoire d'une carmélite de Lerma, réputée sainte guérisseuse, mais qui en vingt ans enfanta cinq fois et enterra le fruit massacré de ses entrailles dans le jardin du couvent, où l'on retrouva les ossements.

Le père biologique était le provincial des carmes, Jean de la Vega. D'autres religieux y avaient commerce charnel avec d'autres filles qui croyaient fermement que c'était là vie dévote souhaitée par Jésus-Christ, l'époux mystique et suprême dont elles portent l'alliance nuptiale.

Alors, on se prend à s'interroger sur ce qu'il en est aujourd'hui même, dans notre pays, où les congrégations féminines sont revenues sous Vichy après avoir été chassées il y a cent ans et qui réunissent encore plus de 40.000 religieuses.

Or, voilà que l'assemblée générale des supérieurs maïeurs de France, qui s'est tenue à Lourdes du 2 au 4 décembre 2002, avait justement pour thème central "Vie religieuse et violence", violence interne et externe aux établissements.
------------------------------------------------------------------- M. B.


BRÈVES


ASTROLOGIES :

D'habitude l'astrologie se réfute par l'astronomie. Ce fut le mérite de P. Couderc avec ses deux "Que sais-je ?", Histoire de l'astronomie (1960) et L'astrologie (1978). Le "Que sais-je ?" actuel qui a remplacé le second est l'œuvre d'une voyante, comme quoi l'obscurantisme peut atteindre une maison d'édition jadis réputée comme le PUF.

Le philosophe T.W. Adorno aborda la problème de cette "superstition secondaire" sous une angle sociologique et psychanalytique (n'excluant ni Fromm ni Jung).
Ce fut l'étude de la rubrique astrologique du "Los Angeles Times" publiée sous le titre The Stars Down to Earth chez Suhrkamp Verlag 1975, traduite en français : Des Étoiles à terre, Exils Éditeur 2 rue du Regard Paris 6
ème 2000.
Le corpus étudié remonte à 1952 : le lecteur remarquera tout de suite que rien n'a changé dans le baratin astrologique. L'auteur démonte les mécanismes et l'idéologie de ce genre de littérature avec talent.
Une petite perle pour le plaisir : "On cherche à imprimer au lecteur le sentiment que s'il est autorisé à accomplir sa fonction sociale, c'est en vertu d'une sorte de bienfait irrationnel accordé au fils peu méritant par un père toujours aimant".
La grâce, quoi.
À lire, absolument.

DE NOUVELLES RÉGIONS EN FRANCE :

Les élections des conseils régionaux du culte musulman ont redessiné une FRANCE nouvelle et étrange. La projection de la "deuxième religion de FRANCE" sur la carte donne le résultats suivants :
La région Île de FRANCE éclate en petite couronne et Paris dominés par l'UOIF (Arabie saoudite et pays du Golfe) et grande couronne favorable à la FNMF (Maroc).
De la couleur UOIF relèvent la Basse-Nomandie, le Pays de Loire, le Poitou-Charentes (bravo Raffarin !), le Limousin, l'Aquitaine, la Champagne-Ardennes, l'Alsace, la Bourgogne, le Languedoc-Roussillon et la PACA.
Relèvent de la FNMF (Maroc) le Nord-pas de Calais, la Picardie, la Lorraine, la Franche-Comté, le Centre, l'Auvergne, et le Midi-Pyrénées.
La mosquée de Paris (l'État algérien) contrôle la Haute-Normandie et Rhône-Alpes et rate Paris …
Enfin la Bretagne musulmane s'est donnée au CCMTF d'obédience …turque.
Après les écoles DIWAN les écoles DIVAN ?
Et on ne trouve nulle part d'organisations de musulmans sub-sahariens. Curieux non ?
En tous cas, pour de la décentralisation et de la mondialisation, ça se pose là : la fine équipe C.R.S. (Chirac-Raffarin-Sarkosy) préfère les États arabes étrangers aux individus et aux groupes, elle place les musulmans de France dans une situation nouvelle dans nos traditions correspondant à celle des "dhimmi" en pays arabo-musulmans.

VIRGINITE DE LA VIERGE … et de sa mère, Anne.
L'Église catholique a eu chaud : On avait découvert à Jérusalem un ossuaire (une urne funéraire) du 1
er siècle portant une inscription convaincante selon les experts mentionnant "Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus".
Suivez mon regard.
Si la vierge avait eu plusieurs enfants on imagine mal que l'exception pratiquée en sa faveur et au mépris des lois naturelles en faveur du petit Jésus ait pu être maintenue et perpétuée. L'inscription était un faux en écritures ("Le Monde" du 21 juin 2003 p. 24).
On respire, mais les croyants ont la tête dure et quand on veut croire …
Un Noël breton chante : "Comme le soleil passe à travers une vitre sans la ternir, ainsi Jésus est sorti de la Vierge sans lui faire perdre sa pureté."
Ce qui prouverait surtout que le principe solaire et son adoration sont à la base de tous les cultes, comme l'avait trouvé le citoyen Dupuis, dès 1794.
---------------------------------------------------- Claude Champon

ENCORE UN BIENHEUREUX !

SS Jean-Paul II a procédé à sa 1.293
ème béatification.
Il s'agissait de l'abbé Pierre Bonhomme, né en 1803 à Gramat, dans le Lot où il mourut en 1861.

Très attiré par les demoiselles, il créa avec une poignée d'entre elles qu'il avait séduites, la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame-du-Calvaire du Gramat en 1832. Depuis, cette modeste institution vouée à l'éducation des enfants, a essaimé de par le monde jusqu'au cœur du Brésil.
Son procès en béatification ouvert à Cahors en 1952 aboutit en 1987 mais sans qu'aucun miracle puisse lui être attribué.
Or voilà qu'en 2002 un bambin tombé accidentellement dans l'Amazone a été sauvé d'une mort certaine (sic) grâce, dit-on, à l'intercession du "vénérable" Bonhomme. Dès lors, la voie était ouverte pour la cérémonie de dimanche matin.
Restera à trouver un second miracle pour la canonisation. D'ores et déjà, un concours est ouvert…



TRISTE ANNIVERSAIRE

 

La République d'Haïti s'apprête à fêter ses deux cents ans. C'est en effet en 1804 que les esclaves noirs, conduits dès 1791 par Toussaint Louverture, l'emportèrent à coups de machettes sur les grands propriétaires fonciers mais vite rejetés à la mer des Caraïbes.

Aujourd'hui, elle est dirigée par un homme que l'on dit charismatique. Il s'agit de Jean-Bertrand Aristide qui débuta sa carrière politique dans les années 80, sous la soutane, qu'il jeta plus tard aux orties pour se marier.

À l'origine, son mot d'ordre, qu'il avait puisé dans l'arsenal de la fameuse théologie de la libération (condamnée par Jean-Paul II) était, en créole : tout moun se moun, ce qui se traduit par tous les hommes sont des humains.
Tautologie qui prenait les gens des bidonvilles de Port-au-Prince pour des imbéciles et ça continue, car la plus extrême misère populaire perdure quand une petite oligarchie s'en met plein les poches en détournant l'aide internationale.

Ce n'est pas l'officialisation récente du vaudou, religion ancestrale empreinte de sorcellerie, qui va contribuer à éclairer les esprits et favoriser la paix civile indispensable au progrès social.
Les amis d'Haïti, vieille terre francophone, sont tristes devant ce gâchis sans fin.
---------------------------------------------------------- Max Bayard

HISTOIRES DE VOILES

PARIS, 16 juin (AFP) - Nicolas Sarkozy a encore dû jouer les pompiers lundi pour sauver le bébé qu'il a eu tant de mal à accoucher, le Conseil français du culte musulman (CFCM) destiné à favoriser l'intégration de "l'islam de France" dans la République.

L'organisation en catastrophe place Beauvau d'un petit déjeuner impromptu avec les trois principaux responsables musulmans pour éviter la démission de Dalil Boubakeur, le président du CFCM, a prouvé, s'il en était besoin, que le ministre de l'Intérieur n'en avait pas fini avec le dossier de l'islam.

Destiné à être l'interlocuteur des pouvoirs publics pour toutes les questions relatives à l'exercice du culte (construction de mosquées, de cimetières, aumôniers, fêtes religieuses...) le CFCM a pour objectif de faire sortir l'islam, deuxième religion de France avec plus de 4 millions de fidèles, de la marginalité.
Mais il s'avère difficile de faire vivre cet organisme où Nicolas Sarkozy  souhaite que s'exprime la diversité de l'islam de France, depuis les néo-fondamentalistes de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) jusqu'au moderniste Soheib Bencheikh.

La fragilité dont fait preuve dès ses premiers pas le CFCM, en butte aux rivalités de ses membres et aux pressions des pays étrangers, apporte de l'eau au moulin de ceux, notamment parmi les musulmans laïques, qui critiquaient sa création.
Un échec de cet organisme serait aussi un échec de la méthode Sarkozy : depuis son arrivée place Beauvau, le ministre de l'Intérieur a multiplié rencontres officielles et réunions secrètes pour parvenir à l'élection les 6 et 13 avril, par les délégués des mosquées, du Conseil français du culte musulman.

Début décembre, il confiait à l'AFP qu'après la baisse de la délinquance, le dossier "crucial" de l'islam constituait sa priorité avec celui de la Corse.
Dans ce dossier à multiples entrées, c'est encore le ministre de l'Intérieur qui a relancé la polémique récurrente sur la compatibilité de l'islam avec la laïcité.
Ce débat a pris une nouvelle vigueur au lendemain de son discours devant les militants de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) au Bourget, le 19 avril.
Depuis les huées qui ont accueilli son rappel de la loi (pas de voile sur les photos des papiers d'identité), le monde politique, associatif, éducatif religieux s'est emparé de l'affaire.

Selon un sondage publié dimanche par le Journal du Dimanche, 54% des Français se disent pour une loi interdisant le port d'insigne religieux à l'école, et 56% pensent que la laïcité est menacée en France.
A la demande notamment des proviseurs, le ministre de l'Education nationale Luc Ferry a annoncé que le gouvernement allait utiliser la refonte de la loi d'orientation de 1989 sur l'éducation, prévue en 2004, pour, le cas échéant, légiférer sur l'application du principe de laïcité à l'école.
L'Assemblée nationale vient de mettre sur pied une "mission d'information sur la question des signes religieux à l'école", pilotée par son président Jean-Louis Debré, avec l'objectif de conclure ses travaux avant la fin de l'année.
Selon plusieurs personnalités appelées à y apporter leur expertise, le conseil d'Etat a engagé une réflexion sur la loi de 1905, socle législatif de la laïcité française.
Sur la question du voile, M. Sarkozy a pour sa part estimé que les "musulmans eux-mêmes devront avoir ce débat, notamment au sein du CFCM qui me paraît être l'instance la plus appropriée".
---------------------------------------------------- Claude Courouve

Défaite laïque à Angers

Après une journée de tergiversations, une jeune fille de 12 ans, entrant en sixième au collège Jean-Lurçat d'Angers, a été admise voilée en cours.
L'inspecteur d'académie, Georges Ascione, a justifié ce choix avec des propos étonnants : "Le port du foulard est moins choquant pour moi que ces élèves qui viennent en classe le ventre dénudé, couvertes de piercings. J'en appelle au respect mutuel et à la prise en compte des particularismes". Ce brillant salarié du service public s'est par ailleurs appuyé sur l'arrêté du Conseil d'Etat pour justifier sa décision.Le message a été bien reçu par le père, Goskel Kervanci, président d'une association culturelle de quartier. « Ma fille ira en cours de gymnastique voilée, ainsi qu'à la piscine. 
C'est notre liberté de pratiquer la religion comme nous l'entendons. Nous interdire le voile à l'école, ce serait interdire la messe aux chrétiens le dimanche » (!).
Quand une hiérarchie anti-laïque s'associe à des religieux communautaristes, c'est l'école publique qui perd.

Des militantes féministes traînées devant les tribunaux

Deux procès assez similaires auront lieu dans les semaines qui viennent. À Trappes, deux enseignantes se voient attaquées par l'Union des Musulmans de Trappes pour "injures par voie de presse" par l'Union des Musulmans de Trappes (UMT), qui poursuit également le directeur du Monde, Jean-Marie Colombani. Leur crime : avoir dénoncé l'attitude agressive et communaturiste d'une minorité de la population de Trappes, au nom des valeurs de l'Islam. Signalons que l'UMT a organisé une manifestation de 150 femmes voilées, réclamant l'ouverture de la piscine de Trappes à des horaires spécialement réservées aux femmes.
Le maire de Trappes, contrairement à Martine Aubry, n'a pas encore cédé.

À Lyon, une autre militante, Michèle Vianes, fondatrice de "Regards de Femmes" et élue municipale, est elle aussi trainée devant les tribunaux par une jeune femme voilée qui entendait siéger voilée dans une commission municipale.
Elle sera jugée le 18 novembre. L'avocat de la plaignante est celui de la mosquée de Lyon, qui a défendu la Nadjet Ben Abdallah, la fonctionnaire voilée, syndiquée et défendue par la CGT, qui s'est vu sanctionnée par le tribunal administratif de Lyon. Il y a là de la part des groupes intégristes une volonté systématique d'intimider, en multipliant les plaintes, les militantes qui, courageusement, osent s'opposer à eux.

Pour la pétition, envoyer un mail à l'adresse :

soutienmerillonsegal@free.fr

extrait de «ResPUBLICA n°203 »

Monsieur Ternisien a décidé qu'il n'y aurait pas de loi !

Les commissions Debré et Stasi commencent à peine leurs auditions que Xavier Ternisien monte déjà au feu.
Ce journaliste du "Monde" dont la virulence contre les laïques (qu'il a traité de laïcards) égale la complaisance à l'égard de certains leaders de l'UOIF (lire son ouvrage) ose titrer, dans l'éditon du mardi 9, en Une du Monde : "Les députés de la mission Debré commencent à douter de la nécessité d'une loi interdisant le voile".

Remarquons d'abord la malhonnêteté du titre : c'est d'une loi contre TOUS les signes religieux A L'ECOLE qu'il est question.
Constatons ensuite le mépris pour la commission, et pour les citoyens qui vont se déplacer pour être auditonnés.
Les travaux n'ont pas débuté, que le verdict est déjà asséné en une du journal de référence de la bien-pensance.

Faut-il qu'il craigne vraiment une loi pour monter ainsi au front, et intimider le gouvernement et les parlementaires, si les propositions des commissions était contraire à ses vœux ?

Dans "La face cachée du Monde", Cohen et Péan mettaient en lumière, entre autres, les libertés avec la déontologie journalistique que prenait "Le Monde" quand il traitait du dossier des nationalistes corses.
Àquand une étude comparable sur l'information distillée dans ce quotidien concernant le communautarisme religieux ?
Pierre Cassen

Compte rendu de l'audition
devant la Commission " Laïcité " au Sénat

"VOUS NOUS AVEZ CONVAINCUS !
IL FAUT PROTEGER L'ESPACE DE NEUTRALITE ! "

Ces propos respectivement tenus par le Président de la Commission, M. Bernard STASI, et M. Marceau LONG président honoraire au Conseil d'Etat nous procurent une réelle satisfaction.

Les interventions des professeurs de Flers et du Lycée La Martinière Duchère avaient pour but, à partir de faits objectifs, de faire percevoir et ressentir ce que peut signifier la présence de filles voilées pour l'enseignant, pour une équipe éducative et plus généralement pour l'ensemble du système éducatif de la République.

L'acte éducatif suppose une liberté de parole et d'échange dans la classe. Cet échange permet à chacun de s'émanciper, de s'extraire de son déterminisme social culturel, ethnique ou sexuel. Cette exigence est garante d'une véritable liberté de conscience.

Nous avons soumis à la Commission les interrogations suivantes :

- Comment l'enseignant peut-il préparer sereinement l'étude de la Shoah, où bien du Tartuffe de Molière en envisageant la présentation de sa mise en scène par A. Mouchkine, sans s'interroger sur les réactions d'une classe dans laquelle une élève a signifié à chacun que le foulard était constitutif de son " identité " ?
- Comment évaluer et conseiller utilement l'élève pour son orientation , à l'issue d'une année conflictuelle alors que celui-ci a défié l'autorité de l'enseignant et de l'institution soutenu par une hiérarchie locale complaisante et s'appuyant sur une jurisprudence obsolète et peu opérationnelle ?

Les membres de la Commission ont, semble t-il, été " impressionnés " par le rôle qu'a pu jouer M. le Recteur de l'Académie du Rhône dans la gestion de la crise que nous avons rencontrée au Lycée La Martinière.

Il se pourrait que la Commission juge utile d'auditionner M. le Recteur de l'académie du Rhône. Grande est la tentation des autorités qui cherchent à acheter la paix sociale au prix de concessions sur les valeurs et principes de la République.
Cette dérive n'est pas le fait exclusif d'une administration qui aspire à "fonctionner", à ne pas faire de vagues ? (cf. : la piscine aux horaires réservés aux femmes musulmanes).

Oui, le T.I.R (Ternisien Impénitent Racoleur - cf. Le Monde du mercredi 10/09/03 ) est corrigé ! ! !

Les travaux des Commissions chargées de conduire une réflexion sur la Laïcité et les signes religieux à l'Ecole ne font que commencer. Si nous avons marqué des points, ne faisons pas de triomphalisme car les auditions sont destinées à permettre à chacun des membres qui les composent, une réelle appréciation des enjeux, en toute conscience .

Les propos incantatoires d'un journaliste du Monde qui cherche à intimider, ou influencer la réflexion de chacun sont indignes d'une profession et irrespectueux à l'égard d'une institution et des membres qui la composent.
Défendre la Laïcité c'est aussi réaffirmer notre opposition à la marchandisation de l'Education : l'élève n'est pas un simple usager, consommateur du service d'éducation, c'est un citoyen en devenir qui se construit une pensée libre et rationnelle détachée des superstitions, des archaïsmes et des tentations consuméristes.
Poursuivons notre combat pour une Loi afin de protéger le service public éducatif.

La mobilisation collective et déterminée pour défendre cette cause juste et légitime doit s'amplifier. Dans de nombreux établissements scolaires le problème se pose mais la lassitude, la résignation ou la cécité sont à l'oeuvre.

Les collègues de Flers, où de la Martinière Duchère, qu'ils soient syndiqués ou non, ont ainsi démontré par leur action courageuse, que la fermeté dans les principes et la réaffirmation des valeurs de la République, ne signifiaient pas l'exclusion mais plutôt la protection de celles et ceux qui ont à subir la tyrannie et l'oppression des groupes politico-religieux qui les instrumentalisent.

Pour La Martinière Duchère ; Pour Le Collectif Ornais (Flers) J-C Santana/ J. Charruel / P. Piedevache
M. Ruppé / R. Clément

Pour une loi interdisant le port de signes religieux ou de discrimination à l'école publique envoyer un courriel à :

teper@club-internet.fr

LA MALADIE DES PHYSICIENS
 
De quelle étrange maladie certains physiciens souffrent-ils donc ? Les symptômes cliniques sont les suivants : dans un premier temps, ils s'entichent d'une idée folle qui accapare peu à peu leur esprit. Peu importe qu'elle soit on non directement en rapport avec leur spécialité. Cette idée folle en entraîne d'autres au fil d'une longue quête personnelle dans l'absurde.

Puis vient le moment où ces malades veulent convaincre leurs semblables. Rapidement déçus par leurs pairs (qui s'étonnent puis réagissent généralement par un certain mépris affiché ou non), ils se tournent vers le grand public qui, fasciné par tant de science et d'érudition (!) avale aussitôt la couloeuvre. Dès qu'ils ont trouvé ce public à leur mesure, ces physiciens dépensent une énergie formidable pour le convaincre toujours davantage, ce qui est assez facile.

Et plus ce public admire, plus ces physiciens se persuadent qu'ils sont dans le vrai et que leurs pairs les ont injustement condamnés. Ils développent alors le symptôme bien connu du "complexe de Galilée" qui consiste à se persuader que l'oeuvre magistrale qui est la leur sera reconnue dans les siècles à venir comme une percée scientifique qui était trop en avance sur son temps pour être alors acceptée par la "science officielle".
 
On pourrait dresser une très longue liste de physiciens ainsi dévoyés s'occupant de chimères diverses. Plusieurs noms viennent aussitôt à l'esprit, touchant plus précisément les domaines de la parapsychologie et de l'ufologie.
 
Je viens de parcourir un livre intitulé "Nous sommes tous immortels" écrit par le physicien français Patrick Drouot.
Ce fut un véritable succès de librairie qui connut plusieurs rééditions successives rapprochées.
 
L'auteur est un adepte des régressions dans le passé.
Sa technique s'apparente, selon ses propres termes, "à une relaxation couplée à des techniques de suggestion." Il précise même : "Certaines personnes m'ont dit que cela leur faisait penser à du rêve éveillé dirigé." (page 46)
 
Grâce à cette technique, Patrick Drouot aide des gens à remonter dans leur passé, ce qui les fait franchir des incarnations successives et un espace de temps parfois fantastique... Lui-même a revécu son lointain passé et s'est vu, par exemple, grande-prêtresse druide en un temps reculé...
Inutile de dire que les témoignages rapportés par M. Drouot nous plongent sans surprise dans l'Egypte ancienne et, bien sûr, en Atlantide! C'est si original...
 
L'auteur nous cite beaucoup de travaux de "chercheurs" aussi égarés que lui et, parfois même, de véritables scientifiques comme Einstein ou Prigogine ; mais c'est alors pour interpréter à sa façon leurs travaux qui dépassent généralement le simple mortel. Ici et là il avance des preuves "scientifiques" de l'aura, des chakras, du double éthérique...
Comme en page 73 où il affirme qu'à l'hôpital Necker, à Paris, l'on a pu mettre en évidence les méridiens de l'acupuncture grâce à des injections d'isotopes radioactifs.
Hélas, notre physicien est bien mal informé puisque même dans la simple presse de vulgarisation scientifique cette démonstration a été depuis longtemps infirmée.
On peut juger de l'extraordinaire fossé qui sépare aujourd'hui Patrick Drouot de la science en lisant ce qui suit (page 47) : "C'est à cette époque que j'ai rencontré Jean-Claude Mejstelman, un musicien avec qui j'ai entrepris une recherche musicale. Pour mieux lui faire comprendre ce dont j'avais besoin pour mes travaux, j'ai projeté sa conscience dans un univers musical, le monde des sphères de la grande Tradition. Il en ramena des sons, qu'il a ensuite recréés à l'aide d'un synthétiseur de recherche. Certains sons cristallins sont destinés à activer les centres d'énergie que la tradition orientale appelle "chakras". Nous y avons adjoint un rythme précis et régulier qui correspond à la fois au rythme du corps humain, et à la pulsation de certaines étoiles.
Ce rythme constitue un lien entre l'être, et les énergies de la terre et du cosmos.
.."
 
Il y a ainsi plus de 300 pages de recherches absurdes, de témoignages délirants et d'interprétations aberrantes.
Tout pour faire un grand succès de librairie, hélas !
----------------------------------------------------------- Marc Hallet

L'UCHRONIE
OU PRÉCESSION DU TEMPS,
MALADIE RELIGIEUSE


Nous avons appris à l'école ou ailleurs que les anciens païens pratiquaient le temps cyclique (Aristote, Polybe, jusqu'à Vico) et qu'on aurait attendu les monothéismes judéo-chrétiens pour inventer le temps linéaire orienté, progressif et progressiste à la fin duquel le salut coïncide avec la fin du monde. Témoignage de cette obsession du fameux « sens de l'histoire » : le livre-programme d'Abraham Heschel « les bâtisseurs du temps » (Editions de Minuit – 1986).
Puis serait revenu Nietzsche avec l'éternel retour, Valéry, Heidegger et Borgès, etc.

Ma thèse est que les monothéismes, judaïsme, judasisme (ce devrait être le nom du christianisme, impossible sans le « traître » Judas) et islam prétendent définir un parcours du combattant mobilisateur alors que, face à la vie réelle, ils ne sont capables que de faire du surplace.

Placé devant le scandale dilemmatique du mal : ou bien dieu est tout-puissant ou bien il est méchant, les meilleurs soldats de l'orthodoxie ne s'en sortent, croient-ils, que par une fuite EN ARRIERE !
C'est le cas du livre de Gustave Martelet s.j. « Libre réponse à un scandale » (Cerf 1986-1988).

La thèse a été clairement dénoncée par notre ami Bruno Alexandre lors du Congrès 2002 de l'Union des Athées.
J'insisterai sur un aspect secondaire, mais relié à l'ensemble et dont le livre du jésuite fourmille : le renvoi À L'ARRIERE du monde, au passé.
Page 41 : "Le christ en amont du péché et son accompagnement de l'histoire".
On notera le mot "accompagnement" qui fait penser à certains services hospitaliers chargés des mourants.

On est loin de Pantocrator de Monreale ou de Ravenne, mais tout est dit ! Tout était dit dès le début, tout est verrouillé ; de la naissance à la mort une sorte d'aide-soignant nous poursuit, alors il n'y a plus de suspens, et quelle barbe.
Page 125 : " …le mystère du christ aux sources mêmes de l'acte créateur comme l'alpha et l'oméga de toute création."
Page 155 : "L'agneau prédestiné avant la fondation du monde. " (I Pierre, 18-20).
Dès les débuts supposés du christianisme on avait droit à une théâtralisation du paradoxe uchronique, anachronique ou antichronique dans l'évangile de Jean 8, 56-58 :
"Abraham votre père, exulta à la pensée de voir mon Jour ; il l'a vu et il s'en est réjoui.Les Juifs lui dirent alors : « tu n'as pas cinquante ans et tu as vu Abraham ! »
Jésus leur répondit :
En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût,
Je suis."
Et il se tire pour ne pas être lapidé par ses contradicteurs exaspérés.

Paroxysme d'une discussion hargneuse ? Jésus pète les plombs ?
Dans toutes les traductions ou interprétations, le thème de la précession du temps est imposé par les chrétiens, catholiques ou protestants.
Je trouve par exemple dans un tract de la "Croisade du livre chrétien" proche de Billy Graham une sottise confondante, du simple point de vue de la cohérence formelle : "… ce sera l'éternité ! Elle durera toujours et ne finira jamais. "
En français comme dans les autres langues "l'éternité" est par définition hors du temps, hors de la durée. Pour l'éternité il n'y a ni avant ni après, ni souvenir ni attente, c'est l'instant présent, l'Éternel retour selon Nietzsche.
Éternité et histoire sont exclusives l'une de l'autre.
Parler d'une éternité qui dure au présent ( !) et au futur prouve qu'on ne sait même pas de quoi on parle.

L'islam, religion plus récente et plus tendue, a repris et amplifié dramatiquement le thème de la précession. Il circule dans certains milieux et banlieues et ailleurs le livre en français "La cité d'Isis – Histoire vraie des arabes" d'un certain Pierre Rossi (Nouvelles Editions Latines – 1976). L'ouvrage est un véritable cafouillis de rapprochements et d'inductions arbitraires : il en ressort que nous sommes tous des arabes, que les Grecs étaient arabes, etc., que toutes les pensées possibles relèvent de la religion, la seule qui existe, donc l'islam.
Nous sommes tous arabes et musulmans même si nous ne le savons pas. C'est que nos parents ne nous l'ont pas dit et nous ont mal élevés (propos tenus par l'étudiant qui me prêta le livre en 1998). "La philosophie grecque est partie intégrante de la religion, donc partie intégrante de la pensée orientale." (p. 106). En exergue du chapitre X de l'ouvrage on peut lire : "Avant le Coran nous étions musulmans" (cf sourate "Le récit" 28,53 : "Nous étions déjà soumis à sa venue." trad. La Pléïade), par où l'on prête à une parole historique la vertu performative de déclarer se précéder elle-même.
Il s'agit là d'un véritable délire de l'illusion rétrospective et de l'introduction de la pensée d'un merveilleux capable de la tordre et de la rabattre sur elle-même.

Ce ne serait qu'une curieuse fantaisie si cela n'avait pas de graves conséquences. Le professeur pakistanais Younus Shaik dont nous avons publié la lettre dans la T.A . n° 110 de mars 2002 n'a-t-il pas été condamné à mort pour avoir, en des propos jugés blasphématoires, indiqué que les parents du prophète n'avaient pas été musulmans, puisqu'ils n'avaient pas eu le temps de profiter de la révélation de leur fils ?
Les délires des monothéistes qui se propo-sent d' "accompagner" le temps utilement et agréablement prétendent en fait en contrecarrer le cours.
Le temps est retenu, figé, et au fur et à mesure qu'il "passe" l'élastique s'allonge, s'allonge…

À l'opposé d'une sagesse matérialiste qui consisterait à coïncider avec sa propre évolution, à l'accompagner vraiment, ils font violence à l'historicité sur laquelle ils sont en même temps fiers de se fonder (les événements christiques selon l'historien catholique H.-I. Marroux, la vie de Mohamed).
C'est le recours paresseux à l'hébétude du merveilleux, c'est-à-dire à l'improbable, et le dos tourné au fantastique, problématique des transformations et des métamorphoses qui enrichissent la vie.

Les croyants pensent à l'envers, y compris d'eux-mêmes, et le discours religieux est toujours "attrape-tout" : de tout et son contraire dans une irréalité totale.

Il y a bien une explication matérielle des délires.
La régression infinie en deçà des origines qui continuent pourtant à être postulées reflète le doute profond qui frappe l'au-delà, l'eschatologie elle aussi postulée, c'est-à-dire toutes les histoires de salut et de jugement définitif.

Les croyants n'arrivent pas à croire à la fin de l'histoire qu'ils font profession d'annoncer, d'attendre et de révérer.
"Il est tout à fait certain que c'est à cause des déceptions qui ont été infligées rapidement aux espérances qu'elle comportait initialement dans l'obtention de résultats d'ensemble terminaux que l'idée de progrès a connu l'extension qui conduit au « progrès infini.»" (Blumenberg cité par Jacques Bouveresse in "Rationalité et cynisme" - Editions de Minuit, 1985, p.117)

Les religions, en dépit de certaines prétentions, ne peuvent s'amarrer à l'idée de progrès, de l'évolution forcément frustrante et toujours remise à plus tard.
C'est pourquoi elles s'enfoncent dans le passé et le lointain.
Très généralement le mot "tradition" vient clore tout débat et entériner l'artifice misérable de la rétroactivité des points de vue, qui offense autant la morale que la raison, comme chez René Guénon ou Julius Evola dans le syncrétisme tautologique généralisé. D'ailleurs toute tradition est "perdue" et leur pensée est aussi pensée de la décadence.

Comme l'écrit l'inspiré Rossi : "Le cœur de la philosophie grecque est le cœur d'Orphée, de même qu'il est le cœur d'Isis et du Verbe, de la Parole islamique ou de la Prophétie juive. Tout se tient, tout s'explique si l'on consent à regarder au fond de ces intuitions."  (La cité d'Isis, p.104).

Tout est dans tout et réciproquement. Le cercle est bouclé et la consolation assurée : on a-toujours-été-là et magiquement cela autorise à penser qu'on y-sera-toujours.

D'ailleurs (p.104) le bonhomme affiche candidement son désir de puissance :
"La dernière venue des trois grandes religions l'islam était préfigurée dans les millénaires antérieurs tout comme Jésus était préfiguré dans les ancêtres d'Abraham.
Il est nécessaire ici de renverser nos conceptions ordinaires de la critique et de l'histoire."

Oui, c'est clair : il faut faire passer ce qui était après avant.

"Car si l'idée de préfiguration est si fortement ancrée dans la mentalité religieuse de l'Orient ; c'est par ardent désir d'avouer, par delà les différences accidentelles, l'unité essentielle et intemporelle de l'alliance de l'homme avec Dieu. Quelques versets du Coran en disent, à cet égard, plus long que les commentaires." 

Toujours le monde renversé et le texte plus long que ses commentaires…
L'astuce est d'arriver bon dernier, de fermer la porte derrière soi et de ramasser toute la mise précédente, y compris la préfiguration christique chez Jean 8, 56-58.
Les sourates XXII, Le pèlerinage ou II, La vache refont le coup de Jésus déclarant qu'il était là avant Abraham !
Avec une telle certitude totale installée on sait quelle violence est possible.

Les matérialistes, eux, sont partisans d'une évolution jamais achevée, pas plus que la connaissance approchée et jamais atteinte qu'on peut en avoir, mais toujours surprenantes l'une et l'autre.
-------------------------------------------------------- Claude Champon


Extraits d'une lettre de M. Jean- Pierre Daniel, adressée à "La Libre Pensée"
Ploërmel, le 18 juin 2003
Madame, Monsieur,

Étant Breton et abonné à la "Tribune des Athées", je me permets de répondre à votre communiqué du 21 avril 2003 paru dans cette revue (n° 114).
Précisons ;
- Le mouvement "Emgann" n'est pas autonomiste mais indépendantiste de gauche. Il a le droit. On devrait leur donner la parole comme à tout le monde.
- L'agression dont vous parlez est un "entartage" comme le fait le farceur belge Noël Godin, dit "Le Gloupier" (...)
- L'animateur de télévision entarté, dont vous parlez, est Fañch Broudic. Il n'a pas reçu la tarte à cause de sa notoriété ni même de son appartenance au parti communiste mais parce qu'il est responsable des émissions en langue bretonne sur France 3.
(...) Or, contrairement aux apparences, souvent trompeuses là aussi, dans sa petite plaquette "Histoire de la langue bretonne" (il n'est pas historien mais journaliste), il se montre indifférent à la disparition éventuelle du breton, et, en bon communiste, défend l'État français systématiquement (y compris les gouvernements de droite donc) qui n'est en rien responsable de cette érosion de notre langue selon lui. Quelques pages avant il est bien obligé de reconnaître que l'État a interdit le breton pendant plus de 50 ans en France. Chaque fois que j'écris "breton" traduisez basque, flamand, alsacien, corse, occitan, provençal, kanak, créole… Alors qu'il analyse tout d'après les structures économiques et sociales en marxiste, dans ce cas, il dit : les parents bretons ont décidé d'abandonner leur langue vers les années 50. Pourquoi ? Mystère.

Alors, quelqu'un qui est bretonnant de naissance, et gagne sa vie, surtout, grâce au breton (et très bien apparemment, puisqu'il devrait être à la retraite mais continue) et écrit des choses pareilles mérite au moins le ridicule un instant. C'est bien peu de chose. (…)


Laïcité réelle

 


Dans le numéro 113 de la Tribune parut, en page 22, une lettre malicieuse de notre correspondant José Versluys au maire de sa commune (La Motte-en-Provence). Ayant appris qu'une soirée paroissiale allait se tenir dans la salle municipale des fêtes, José demandait s'il pourrait disposer de cette salle, comme le curé mais pour une soirée athée.
Nous n'avons toujours pas connaissance d'une réponse, ajoutions-nous.
Pourtant le maire avait répondu, vite et très aimablement : moins de dix jours après. Dans ce cas d'une administration c'est presque un record.
José Versluys oublia toutefois de nous communiquer cette lettre-là. Yves Rosé, ledit maire, l'y assurait que la commune bien évidemment laïque et, en conséquence, qu'il ne voyait "que des avantages" à mettre une salle à la disposition de notre ami.
***

En lisant les sottises misogynes de St. Paul dans sa lettre aux Corinthiens reproduite(s) en p. 19 de la Tribune des Athées n° 114 mars 2003, je dus penser à une récente émission de télévision sur l'inné vs l'acquis.
En effet, un scientifique anglais y faisait remarquer que les hommes (= mâles) ont des mamelons parce qu'ils ont tous commencés par être des femmes. Ce n'est qu'au bout de je ne sais plus combien de temps que le fœtus se décide à devenir un jour un petit garçon.
Bref, tous les machos, incl. Mohammed, Moïse, St. Paul et Cie, tous les mollahs, imams, ayatollahs et leurs troupeaux ont tous été des "fillettes" avant d'être des mâles (!).
Comme quoi ce cher Paul se trompe à 100% en proférant son fameux : "L'homme, en effet, ne vient pas de la femme, mais la femme vient de l'homme."
C'est exactement le contraire qui est le cas.
Il est vrai que les hommes, musulmans ou non, n'aiment pas tellement ébruiter la chose, et d'ailleurs bon nombre ne la soupçonnent même pas (quoique révélée par la science il y a plusieurs années déjà).
Faudrait poser la question à un imam : "Pourquoi Allah a-t-il donné des mamelons totalement superflus et inutilisables aux êtres humains de sexe masculin ?"
------------------------------------------------------------ Nelly Moïa



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