La Tribune N° 116
septembre 2003
   
Tout n'est pas noir en ce triste bas-monde :
Dans le préambule du projet de constitution européenne, on ne parlera que de « l'élan spirituel »(mais c'est déjà trop !).
« Le Monde» du 03/06 déplore: Une interprétation minimaliste de la place du christianisme dans l'histoire de l'Europe a prévalu. C'est sans doute, nous affirme-t-on, que l'insistance à vouloir affirmer ces fameuses « valeurs chrétiennes »aura eu l'effet inverse de ce qu'on voulait.
Ne dit-on pas : « qui trop embrasse mal étreint ».
Le Pape est sans doute trop âgé pour en avaler sa crosse, mais je suis sûr qu'il n'en pense pas moins. Ne songerait-il pas à remplacer les évangiles par un recueil de dictons populaires... Mais il sait qu'il peut compter sur les plus grands génies politiques de tous les temps : Aznar et Blair.
A les voir, on pourrait penser qu'ils ont été à l'école ensemble et suivi les cours de caté du même curé !
Par ordre alphabétique, pour ne pas faire de jaloux :

- Aznar propose le 20 juin, au parti populaire européen que la constitution européenne fasse référence à la chrétienté.
Ça, pour le coup, c'est pour caresser dans le sens du poil les démocrates-chrétiens : le nouveau système de répartition des votes dans l'Europe élargie sera moins favorable à l'Espagne que prévu : il faut des alliés pour renverser la vapeur.
Mais aussi sa vengeance a été terrible : dorénavant, l'enseignement de la religion catholique sera obligatoire dans l'enseignement public, à partir de 2004, au même titre que n'importe quel autre cours ! Les réfractaires auront toutefois le choix et pourront opter pour un cours d'histoire des religions où on leur apprendra « la prière », « la vérité et la foi », ou « l'individu face au mystère » et toutes ces sortes de choses.
Effectivement, on a le choix : décapité, pendu, étouffé, noyé, garrotté, écartelé ou brûlé vif.
J'adore quand des chrétiens me laissent le choix ! Et encore, vous n'avez pas tout entendu !
Ces cours seront dispensés depuis l'école primaire jusqu'en terminale! Et mieux (ou pire), un examen sur ces matières sera exigé pour entrer à l'université !!!
Les professeurs seront évidemment désignés par les évêques, et payés par l'État.
Il paraît que l'accord signé en 1976 entre l'Espagne et le Vatican à la priorité sur la constitution de 1978, qui excluait le principe d'une religion d'état.
Un bel exemple qui nous montre encore une fois que les lois de l'église sont au-dessus des lois.
On assiste bien à une véritable poussée communautariste. Va pour Aznar.

- Blair, son petit copain rigolo (il se marre tout le temps, même quand il raconte les pires mensonges, vous n'avez pas remarqué ?) veut aussi faire quelque chose pour les pauvres croyants si persécutés : il a constitué un « groupe de liaison des communautés de foi » (voir p. 19).
Au diable les incroyants !
Quant à lui, le Vatican s'est vengé en publiant son « Lexicon », où l'église rappelle ses principes fondamentaux.
On a donc le droit maintenant de dire publiquement que tous ceux qui ne respectent pas TOUS ces principes n'ont
aucun droit à s'affirmer catholiques, et il ne faut plus venir nous dire que NOUS n'avons pas à décider qui est un « bon » catholique », un « bon » musulman etc. Ils ont leurs écritures, qu'ils les respectent. Il faut évidemment que ce soit aux catholiques que le chef religieux rappelle les principes fondamentaux, comme le refus total de la contraception, l'opposition à l'usage du préservatif, même comme moyen de lutte contre le sida, le rejet des homosexuels, qui n'ont aucun droit et toutes sortes de choses humanitaires en diable.
Quand quelqu'un osera encore vous dire « je suis catho» vous aurez le droit de vous moquer de lui.
Que l'on dise : « Je suis croyant - à quoi ? – non pratiquant » tient encore la route, mais affirmer : « je suis catholique, luthérien, musulman, etc. non pratiquant » reste d'une absurdité effarante ; ces religions exigent, précisément, la pratique pour prétendre en faire partie.
En pays d'islam, les procédés didactiques sont sans pareil : si vous n'avez pas bien compris, vous êtes condamné à mort, comme au beau pays de Pakistan, où, après Younus Shaikh, on récidive encore, et de plus belle.
Meilleure nouvelle: l'Islande, premier pays nordique à être totalement christianisé (la liberté religieuse y fut abolie en 930, mais ils ont mal tourné, ils sont devenus luthériens, ce qui n'est pas drôle du tout !), voit le pourcentage de ses pratiquants tomber à 8%! Aussi, dans les années 1980 une association humaniste, Sidmennt, s'est développée. En 1998, des anciens et des nouveaux membres de sidmennt ont constitué une Société des athées (SAMT) « qui est devenue rapidement le groupe le plus actif de Sidmennt» (Voir « La raison» no459, p.I2).
Voilà qui est plutôt rassurant...

Dans ce numéro, vous aurez principalement droit, comme promis, aux actes de la seconde partie du congrès : « Mensonges et omissions à l'école publique ».
On y analyse un peu plus à fond les fameux manuels scolaires, noyautés et phagocytés par le catholicisme.
Mais mettez-vous à la place des éditeurs de manuels : dans un pays ou au moins 50% de la population au moins se déclare catholique, on ne va pas vendre des manuels athées, quand même! C'est un commerce, et comme tout bon politicien, un commerçant ne vend que ce que le bon peuple a envie d'acheter. Et ne pensez pas que ce ne sont là que broutilles!
En France, le chiffre d'affaires se rapportant aux manuels scolaires dépasse les 200 millions d'euro, ce qui fait bien plus de 10% du chiffre d'affaires total des maisons d'édition.
Johannès Robyn

Notre situation n'est pas facile : les religions, quelles qu'elles soient, sont toujours actives et soutenues politiquement et financièrement par 1es pouvoirs publics et les médias.

À tous les niveaux de la société, la croyance dominante (catholique) cherche toujours à s'imposer.
Dans l'état d'agressivité actuel des religions dominantes, sans espérer encore une "reconnaissance de l'athéisme" ou "du fait athée", nous nous associons chaque fois que c'est possible, avec d'autres mouvements pour tenter encore de défendre la laïcité de l'Etat.
Laïcité mise à toutes les sauces, mêmes islamiques, après le brouet judéo-chrétien.

Il n'en reste pas moins qu'une laïcité qui maintient et exige la stricte séparation des états d'avec les églises, est une nécessité presque physique pour notre survie. Il suffit de voir la manière dont sont traités les contestataires de l'orthodoxie dans les états religieux.
Sans doute nos méthodes européennes de répression semblent-elles moins barbares (pour combien de temps ?), mais elles n'en sont pas pour autant moins efficaces : le "mur du silence" dressé autour de tout ce qui peut paraître gênant ou "politiquement incorrect", et l'interdiction d'exercer son métier par exemple sont des armes tout aussi efficaces que l'excommunication ou des procès tumultueux, dont l'effet publicitaire risque d'avoir l'effet opposé à celui recherché.

Il suffit pour n'importe quel culte de se voir attribuer une reconnaissance plus ou moins ouverte ou hypocrite, pour jouir gratuitement de locaux ou de subventions déguisées sous diverses formes, et ainsi assurer sa place dans nos sociétés.
Si les états sont particulièrement attentifs à assurer la survie de groupes religieux, principalement lorsqu'ils représentent une grande partie de l'électorat, il est impensable qu'ils agissent de même pour assurer la survie de l'athéisme, alors qu'un bon 25% de citoyens affirment n'appartenir à aucune religion.

L'état laïque défend et assure la promotion du discours religieux au nom de la liberté d'expression, mais réprime hypocritement sa contestation ou sa dérision publique au nom du même principe ; n'y aurait-t-il donc de discours que religieux ?

Mais nous n'en sommes pas à une contradiction près : lors de notre participation à la Journée de la Laïcité 2002 nous avons fait l'inévitable constat que tous les états européens subventionnent, d'une manière ou d'une autre, certaines religions. Ils pratiquent ainsi tous également ce que leurs propres lois interdisent à leurs citoyens : une discrimination religieuse évidente non seulement par rapport à d'autres croyances minoritaires, mais également vis à vis des athées et des incroyants de toutes sortes.
Ce favoritisme n'a rien de laïque, il ressemble à du "pluralisme", mais n'est que simple démagogie.

Dans un état laïque, les fonds publics ne devraient pas servir à la promotion de croyances, quelles qu'elles soient et encore moins à subvenir aux besoins prosélytes des trois religions les plus agressives et intolérantes que le monde ait jamais connues.

Il faut pour le principe empêcher toute référence à un dieu dans la Convention européenne, quel que soit son nom ou la manière dont il serait cité. L'Europe actuelle n'a pas de dette spéciale vis à vis d'un dieu particulier, ni d'aucune religion spécifique.
J.R.


pour 2004 :

Abonnement : 14,25 €

Cotisation : 15,75 €


Communication :

- Nous faisons actuellement une tentative pour établir un stand régulièrement Square Nadar (au pied de la Statue du Chevalier de La Barre). Récit des nombreux contacts avec les administrations (Préfecture, …).
Réponse de la Préfecture : il est interdit de faire du colportage dans les espaces publics de la Ville de Paris. Mais c'est dans l'absence d'une réponse de la Mairie de Paris. Interrogée directement, la Ville, elle, a précisé qu'elle ne formulait pas d'objection.
Comment cela se passe-t-il alors pour les Fêtes de la Laïcité auxquelles nous participons ?
Le combat continue.
***

FAUT-IL REVOIR LES MANUELS D'HISTOIRE ?

Intervention d'Emmanuelle GRÜN
Enseignante (formation « Lettres » et « Antiquité ») dans le cadre associatif pour des enfants en difficultés avec une formation de correctrice.
Militante indépendante mais en réseau. Site internet ouvert depuis peu :

http:/site.voila.fr/nomdedieu.index.html

La façon dont l'Antiquité est traitée dans les manuels d'histoire l'a interpellé, surtout sur l'impact généré par l'église catholique.
Il en va de même en ce qui concerne les sciences ainsi que la morale. D'où un grand impact sur les enfants.
Connexion sur le débat relatif à la spiritualité.
Mise en garde contre le danger d'une pensée unique.

PROPOSITION :

Réaliser un correctif ou des errata à présenter aux autorités académiques, aux éditeurs de manuels et aux enseignants.
Une dizaine d'associations ont déjà pris le relais et diffusent cette action.
En ce qui nous concerne, nous pourrions relever toutes les "déviances" à caractère religieux trop prononcé, relativiser les "certitudes" historiques et l'impact des religions, surtout chrétienne, sur notre culture, cela au point de vue aussi bien philosophique que scientifique.

Claude Champon : on peut recueillir les doléances générales de païens.
Diversification des points de vue.

Qui est responsable du contenu des manuels d'histoire ?
On rappelle le Symposium de Louvain en 1972.

Jocelyn Bézecourt : il doit être plus facile de faire pression sur un éditeur que sur l'Instruction publique.

Benoît Meli (enseignant dans le secondaire) rappelle :

- 1996 : pression de l'église catholique, pour obtenir une vision politique de l'enseignement (action de Luc FERRY) ; réhabilitation d'une forme d'enseignement du fait religieux.
- 2001 : rapport DEBRAY : avoir une croyance est un état normal de la vie
- 2003 : rédaction des nouveaux manuels.
Il y a une réunion à Marseille en mars : l'inspection pédagogique de Marseille organise une séance « enseigner le fait religieux ».

***
MENSONGES ET OMISSIONS À L'ÉCOLE PUBLIQUE

Introduction : Johannès Robyn

On n'aura pas oublié le rapport Debray, qui demande un renforcement de l'enseignement du "Fait religieux" à l'école.
L'an dernier, nous avons longuement débattu sur l'ambiguïté et le manque de précision de ce terme. D'autre part, on nous assurait qu'il ne s'agissait aucunement d'enseigner la ou les religions à l'école. Mais qu'en est-il?
Il faut se souvenir que la démarche du ministre Luc Ferry n'avait en fait rien d'original. Dès 1991, la "ligue de l'enseignement" met l'accent sur l'inculture religieuse des élèves et en 1996, le rapport Joutard conduit à la révision des programmes d'histoire (et de français).
Bien que rien n'oblige les éditeurs des manuels scolaires à respecter les programmes et qu'il n'existe aucune sorte "d'imprimatur" ou de "nihil obstat" de la part de l'État quant à leur contenu, il est un fait qu'ils constituent un des supports majeurs dans l'enseignement.
Il a donc paru intéressant à un collectif créé pour l'occasion, de se pencher sur le contenu de ces manuels.
Le résultat des premiers examens est catastrophique.
Les dogmes religieux, et surtout les événements relatés par les "livres saints" sont présentés comme des réalités historiques, qu'il s'agisse de la religion judaïque, chrétienne ou islamique. En dépit des découvertes archéologiques les plus récentes et des études approfondies menées sur les résultats des fouilles du siècle passé, on présente insidieusement l'histoire du "peuple hébreux" telle qu'elle est décrite dans la Bible (descendants d'Abraham, émigrant d'Ur vers Harran, puis vers la "terre promise"-par le "dieu" 1) comme des faits historiques.
Le tout accompagné de cartes précises et d'illustrations, comme la "reconstitution" du temple de Salomon par exemple, et soi-disant confirmé par les documents et les fouilles archéologiques à l'encontre de toute évidence (voir T.A. 114).
Les Hébreux sont bien entendu présentés comme le premier "peuple monothéiste" de l'histoire.
"L'histoire" des débuts du christianisme est, eUe aussi, évidemment conforme à la légende, aux croyances ou aux évangiles. L'historicité du personnage de Jésus ne fait aucun doute. Les manuels fournissent une série de détails de sa biographie, recomposée d'après les textes des évangiles et dont on a synthétisé les différences et les contradictions.
On reproduit même quelques uns de ses "portraits"; les chrétiens seuls sont persécutés à cause de leur foi "dérangeante" (?) et l'expansion rapide du christianisme laisse penser à un vrai miracle.
Mais c'est en tous cas le catholicisme qui est toujours présenté comme le christianisme orthodoxe.
L'islam n'est pas de reste: à nouveau les textes religieux sont présentés comme historiques, les monuments vénérés par les musulmans comme de véritables témoins, sans oublier l'amalgame trop fréquent arabe-musulman.
On assiste en fait de manière subreptice, sous couvert d'enseigner le "fait religieux", à une véritable "historisation" des mythes fondateurs des trois religions "du livre".
L'histoire et les religions de l'antiquité sont souvent présentés de manière caricaturale, et les événements importants passés sous silence ou interprétés péjorativement.
Le rapprochement à peine sous-entendu du paganisme et du nazisme est simplement inadmissible.


Emmanuelle Grün :

Comment je suis venue à ce sujet : je m'occupe d'élèves en difficulté et j'ai eu à donner des leçons d'histoire.
J'ai aussi travaillé avec une association qui s'occupe de problèmes de sectes et ce que j'ai surtout retenu de cette expérience, c'est que les adeptes étaient souvent victimes d'une pensée unique ; il n'y avait qu'une seule vérité et à partir de là, tous les autres repères s'effaçaient.

J'ai tiré profit de cette expérience et j'ai remarqué quelque chose : un décalage entre les livres anciens et les interprétations modernes, au point que l'on pouvait se demander si ces interprétations avaient été faites à partir de ces livres.

J'ai pensé que l'on n'avait pas bien compris les textes, jusqu'au moment où je me suis rendu compte qu'il y avait une influence religieuse catholique, et c'est évidemment parce que ces peuples de l'Antiquité continuent d'être des ennemis païens et qu'il faut effacer la mémoire du passé.

C'est alors que j'ai eu l'idée d'examiner le contenu des manuels scolaires.
Ce n'est pas un projet très ambitieux, il s'agit simplement d'agir directement, de décider des types de correction, après divers échanges et débats, proposant un regard plus juste sur l'histoire.
L'idée est de réagir contre un prosélytisme religieux.
Un collectif a été créé :

Collectif pour un Enseignement non Prosélyte.

Un site Internet a été mis en place et des errata ont été rédigés pour deux manuels de 6ème et 5ème de la collection Hatier, et qui rendent compte de façon évidente de l'orientation au niveau religieux.
Les deux points qui paraissent importants au niveau de la dérive c'est, d'une part, un effacement du passé - omissions volontaires proches de la pensée totalitaire ou sectaire - d'autre part, une déconsidération des valeurs scientifiques, faisant apparaître l'histoire comme une pensée unique, avec substitution du vocabulaire religieux au vocabulaire scientifique.
Tous les repères historiques sont déconsidérés au profit de repères religieux.

Exemples : 6ème Hatier ; M. Yvernel :

On ne dit pas que les Grecs ont inventé la démocratie en la mettant sur un même plan que l'oligarchie et la tyrannie.

Jésus est un personnage historique, mais on sait peu de choses sur lui. Les détails de sa vie nous sont connus par les Évangiles.
Les Évangiles apparaissent comme un document historique.

À la Renaissance, on se met à étudier les oeuvres de l'Antiquité négligées ou oubliées au Moyen-Âge, sans dire que l'étude de ces oeuvres risquaient de mener au bûcher.

Pourquoi peut-on dire que le massacre de la St. Barthélémy est une image de propagande ?

1ère. Nathan :

Le nazisme est un retour au paganisme (donc les Grecs sont des nazis). Illustration : une affiche pour les Jeux Olympiques d'été de Berlin. Cette affiche juxtapose les références à l'olympisme antique et au passé guerrier figuré par la porte de Brandebourg.

On notera toutefois l'absence de tout élément de propagande nazi.

Enfin la gaffe : l'Église se décide à réagir tardivement contre le protestantisme.

La liste n'est pas close et tous renseignements peuvent être communiqués au site suivant :

site.voila.fr/nomdedieu.index-html

***

Un intervenant aborde le problème du "désherbage".
En quoi cela consiste-t-il ? Enlever les "mauvaises herbes", c'est-à-dire supprimer les vieux livres.
Claude Champon témoigne que, dans un IUFM, ayant voulu lire la Mort du Loup de Vigny, on lui a répondu : ici, ce n'est pas une bibliothèque municipale !
Les vieux livres ont été brûlés.
Ils sont aujourd'hui remplacés par la littérature pour la jeunesse, qui désapprend à lire. On veut faire une littérature adaptée aux enfants. Les livres de Jules Verne et de Dumas sont trop épais.
On a chassé Hachette au profit de Bayard.

Claude Champon :

MOUVEMENT DE RECTIFICATION

des menteries et erreurs, simplifications abusives, rumeurs avalisées, euphémisations et diabolisations, révisions historiques, sélections orientées, fourberies, dissimulations et omissions contenues dans les manuels d'histoires de l'enseignement PUBLIC français destinés à imprégner de superstitions, notamment chrétiennes, les esprits des générations à venir.

L'Union des Athées pour sa part pourrait rétablir la vérité historique concernant les origines des christianismes et le bouleversement des paganismes polythéistes et matérialistes antiques sur les points suivants : APPARITION évidente des monothéismes, HISTORICITÉ de Jésus-christ, DOUCEUR prétendue de la christianisation, PERSÉCUTIONS subies par les chrétiens, TRIOMPHE spontané de la chrétienté, ESCLAVAGE, FEMMES et GESTION sociale du sexe et combler les omissions les plus criantes comme NAUFRAGE DE LA RAISON ANTIQUE, THÉÂTRE, interdits et VIRGINITÉS diverses et variées.

L'APPARITION (expression officielle des programmes 2002 pour le primaire) ou la nouveauté DES monothéismes (pluriel ! judaïsme et christianismes, en attendant les islams).

L'apparition est une violence faite aux yeux et au bon sens, on ne compte plus les "apparitions" de la "vierge".
Non, ni le judaïsme ni surtout le christianisme ne sont originaux et ne se sont imposés comme des évidences immédiates et singulières ; ce sont des constructions historiques besogneuses étalées dans le temps.
Le judaïsme a hérité de l'Égypte et de Babylone, ne serait-ce que son écriture. Le christianisme en particulier est un éclectisme.
Des religions concurrentes également monothéistes ont eu au moins autant d'importance au début de notre ère : Atys, Mithra, Isis, Zoroastre ou Pythagore dont les tables valent bien celles de Moïse … Mais on préfère reprendre la rumeur intéressée citée par Plutarque du Grand Pan qui est mort.

L'HISTORICITÉ du personnage de Jésus-christ (citation du manuel de 6
ème de la collection Martin Yvernel chez HATIER : "Jésus est un personnage historique : il a existé mais on sait peu de choses sur lui." :
C'est une fourberie. Il faut rétablir ici le scrupule historique : un personnage dont on sait peut de choses est peu historique, très fortement légendaire et scripturaire, très inventé après coup.
On pourrait même savoir beaucoup de choses sur un personnage qui n'a jamais existé. C'est le cas de Guillaume Tell.
On parle d'un juif comme Jeshua et aussi Barrabas ! (cf. la série Corpus christi). De qui s'agit-il et qui donc est mort sur la croix, en fait attaché au pieu (cf. fiche technique par J. Robyn in T.A. n° 100 page 111).
Tout a été avoué par Henri-Irenée Marrou, historien, épistémologue et catholique : " … à la différence d'autres religions qui ne mettent en cause que des vérités éternelles ou des symboles mythiques, le christianisme repose sur des vérités de caractère historique (… l'Incarnation, la Passion, la Résurrection) : est chrétien celui qui croit en Celui à qui saint Pierre a cru. " (De la connaissance historique Seuil Points Histoire H 21, 1975 page 129).
Et est ourson celui qui croit en l'ours qu'a vu l'homme qu'a vu l'homme…
Bref le christianisme manipule des histoires et a inventé le "révisionnisme" perpétuel (cf. les pratiques contemporaines de "repentances" vaseuses : "Nous demandons pardon et pardonnons…").

Quant à "Christ" il est malhonnête de laisser croire qu'il s'agit d'une sorte de nom d'état civil (on a même droit à une frise chronologique !) de l'homme si mal connu Jeshua : c'est le mot grec pour l'hébreu "meshia" qui signifie "oint" (comme l'animal que l'on sacrifie).
Mais conçoit-on une religion qui se nommerait : meshisme ou ointisme ? Tout simplement imprononçable.

Le pouvoir des églises chrétiennes s'est imposé en DOUCEUR :
Ici cf. la description des "conciles de la haine" dans l'œuvre de Manuel de Dieguez "Et l'homme créa son Dieu" - Fayard 1984 (ne pas confondre avec le livre également excellent pour d'autres raisons "Et l'homme créa les dieux" de Pascal Boyer - Robert Laffont 2001.)
En fait il s'agit d'une prise du pouvoir au sommet de l'empire romain (Constantin le putschiste, Théodose qui sera d'ailleurs après excommunié par Ambroise…).
La "liberté religieuse" des chrétiens se renversait en dictature (édit de Milan de 313) et "les décisions du Saint-Esprit étaient ratifiées comme des lois civiles" (p.62).
Les PERSÉCUTIONS des premiers chrétiens (discours convenu : "les païens cherchaient à leur faire renier leurs croyances") :

Une (re)lecture de "Polyeucte" de Corneille s'impose.
L'iconographie ("Blandine jetée aux lions") ou la littérature édifiante et le cinéma ("Quo Vadis ?") mettent volontiers en avant des victimes femmes, vieilles éplorées-mais-dignes ou jeunes bien excitantes (tactique reprise de nos jours par l'islam avec les pauvres petites si attachées à leurs voiles ).
Tout mouvement messianique ou nationaliste met d'abord des femmes en avant, on sait ce qu'il en advient après…
Les religions postérieures misogynes ont toujours su reprendre sans vergogne le thème antique et païen d'Antigone.

Le TRIOMPHE paisible, rapide et complet du christianisme en occident :

Le doublet "païen-paysan" (du mot commun latin "paganus") indique que les campagnes furent longtemps très récalcitrantes.
Cf. Leroy-Ladurie (Minois : Histoire de l'athéisme page 95 et sqq.) : À Montaillou les inquisiteurs qui pourchassent encore les cathares ou albigeois au XIVème siècle découvrent avec stupéfaction des influences profondes de paganisme matérialiste chez les paysans du coin.

Ne pas oublier non plus que "le" christianisme se répand longtemps sous sa version "arienne" qui sera déclarée hérésie en 325 (concile de Nicée) et, comme soixante ans après certains n'avaient toujours pas bien compris, en 381 (concile de Constantinople I).
Le prétendu premier roi de FRANCE anachronique, Clovis, faillit bien sombrer dans l'arianisme et ce ne sont pas des considérations théologiques qui firent tomber ce néophyte du "bon côté".

Beaucoup d'excellents "premiers chrétiens" avaient tout faux, et comme c'est toujours le dernier qui parle qui a raison…
Plus près de nous les allemands, réfractaires aux bienfaits de la civilisation romaine (rôle d'Hermann-Arminius contre les armées d'Auguste ou des Saxons contre Charlemagne), auraient été "mal baptisés", d'où le retour du refoulé avec un certain Luther (1517).

L'histoire des christianismes est celle des hérésies et des schismes, des "variations" comme disait Bossuet dans une expression presque biologique, dont « l'œcuménisme » rêvé n'est que la vaine dénégation.

À consulter : - Gustave Flaubert "La tentation de saint Antoine" dont le catalogue des élucubrations finit par engendrer un comique d'accumulation ;
- la documentation réunie par Luis Bunuel pour son film "La voie lactée" in L'Avant-Scène cinéma n° 94-95 spécial Bunuel 07-09-1969.

La VIRGINITÉ féminine et masculine

Des enfants et adolescents scolarisés pourraient être intéressés par la présentation d'un aspect stratégique du christianisme, surtout sous sa forme romaine : le culte de la virginité féminine et spécialement masculine !
Or aucun manuel n'informe leurs lecteurs de cette exigence canonique.
S'agissant du bon ordre social et économique qui passe par la propriété et l'héritage, donc par les femmes et leur vertu, le christianisme n'a en rien corrigé leur antique sujétion.
Il n'a jamais été révolutionnaire ni émancipateur de leurs désirs, dont il se méfie (Eve !), et n'a fait que reprendre les phallocratisme orientaux et méditerranéens en place.
Le culte de la virginité des filles est d'ailleurs calqué sur celle - imbattable - de "la mère du dieu", puis de sa propre mère à son tour, sans remonter plus haut…

Il suffit de suivre l'économie et l'ordre des passages consacrés à cette question dans le "Catéchisme de l'église catholique" pour en comprendre l'ordonnancement.
On aura alors une surprise … de taille : la virginité catholique culmine dans celle des hommes.
Le catholicisme est plat et banal s'agissant de la valeur traditionnelle des pucelages féminins. Mais à la virginité féminine déjà bien peu lisible biologiquement et même de moins en moins avec les pratiques modernes du corps, il a ajouté la notion, rare de par le monde, de virginité masculine !

Le texte de référence invoqué au §1618 sort directement des Evangiles, et il s'agit de Matthieu 19, 12 :

" Il y a des eunuques qui le sont de naissance, dès le sein de leur mère ; il y a aussi des eunuques qui le sont devenus par la main des hommes ; et il y en a qui se sont fait eunuques eux-mêmes à cause du Royaume des cieux."

Vous avez bien lu et vous devez oser comprendre : en fait de virginité masculine il s'agit de la castration (comme la garantie la plus sûre …). Avec seulement le choix de l'occasion : une malformation indexée à la gestation et à la mère … une utilité sociale (les fameux castrats par exemple), enfin l'automutilation opérée "pour le Royaume " (sic).

Ici nous sommes dans la psychiatrie et pas loin des adorateurs de Cybèle ou de certains enthousiastes sibériens.

Une autre interprétation plus douce (?) de la virginité sera historiquement le rejet de « l'onanisme » et de ce qu'on appellera pollution, les fameuses cartes d'Australie ou "pollutions nocturnes", mot dont le succès investira l'écologie moderne.
Si la sexualité est un danger diabolique, l'innocence est le seul objet de désir convenable. C'est paradoxalement ce qui explique la vogue de la PÉDOPHILIE chez les prêtres voués en principe au célibat et à la chasteté.
L'explication habituelle de leurs débordements par la rétention est insuffisante.
Les psychiatres et les enquêteurs constatent dans la majorité des cas que les prêtres catholiques coupables nient la différence d'âge et bizarrement excipent d'une innocence des relations avec des impubères garçons de préférences.

C'est assez logique : ils aiment l'innocence des innocents (pré castrés "naturels "à leurs yeux) et pensent en participer à leur contact. À rapprocher du culte et de la représentation des anges avec leur sexe … par défaut, qui connaîtront des développements laïcisés avec Peter Pan (souvenir païen ?) et le " Petit Prince".

***
Bruno Alexandre :

Le mensonge dogmatique


En prenant connaissance du thème de ce colloque et travaillant en ce moment sur les implications de la théorie de l'évolution sur le dogme et la morale dans le catholicisme, j'ai pensé à l'itinéraire de deux acteurs du mouvement catholique dit moderniste de la fin du 19
ème et du début du 20ème siècle, les abbés Joseph Turmel et Alfred Loisy qui ont eu à souffrir, parce qu'ils ne voulaient pas tourner le dos à la science, des mensonges de leur Église.

Tout particulièrement Joseph Turmel, l'un des plus grands historiens des dogmes, qui est passé de la foi la plus sincère à l'incroyance la plus radicale.
Dans son livre "Comment j'ai donné congé aux dogmes" il écrit : "Je ne puis avoir que de l'aversion pour une puissance qui, depuis plus de 40 ans m'a torturé parce que j'ai démasqué ses mensonges. L'Eglise qui m'a caché systématiquement la vérité, qui m'a nourri de mensonges s'est comportée comme le brigand acharné sur sa victime"
Une Église qui est capable de détourner des vérités gênantes, par un enseignement orienté, ses séminaristes agit de même avec les enfants du catéchisme et à ce sujet J. Turmel n'est pas plus tendre : "Maîtresse de l'enfant dit-il, elle dépose en lui des impressions qui le suivront jusqu'à la fin. Elle sera pour l'homme la grande ensorceleuse." Il la traite ailleurs de grande naufrageuse et d'école du mensonge.

Pour en venir au problème d'aujourd'hui on comprendra qu'à plus forte raison pour les collégiens et lycéens elle ne lésinera pas pour cacher subtilement son vrai visage.
Mais après tout, même si les manuels scolaires ont choisi d'être consensuels, pourquoi le professeur ne se permettrait-il pas devant ses élèves de porter un regard critique, avec bien sûr comme rempart, la voix de la science.
La grande affaire des théologiens d'aujourd'hui est de minimiser les répercussions de la science sur leurs vérités dogmatiques.

Je vous ai déjà parlé l'an passé à la même époque, de ces deux domaines soi disant distincts, celui de la science et celui de la foi et de mon désaccord quand manifestement il y a chevauchement. Par manque de temps, je n'avais que mentionné le dogme du péché originel face à la science.

Eh bien je développerai maintenant cette question que je restreindrai à l'influence de la théorie de l'évolution biologique sur le dogme du péché originel et les conséquences morales qui en découlent.
I - LE DOGME OFFICIEL

Cela suppose qu'il y en a un  "non officiel".
C'est bien là toute l'ambiguïté de L'Église! Pour ne pas désespérer Billancourt, elle sort le dogme officiel traditionnel et pour l'homme instruit elle sort le dogme des théologiens !

Il reste que celui qui engage l'Église est le dogme officiel, peaufiné par papes et conciles qu'il est donc nécessaire de citer pour bien montrer que les conceptions avancées de l'Eglise le trahissent.
Le concile de Carthage (418)

"Quiconque dit qu'Adam le 1
er homme a été créé mortel de sorte que, qu'il péchât ou non, il devait mourir corporellement, c'est à dire quitter son corps, et que la mort ne serait pas un conséquence du péché mais une nécessité de nature, qu'il soit anathème."

Le concile de Trente (à partir de 1545)

1. " Si quelqu'un ne confesse pas que le premier homme, Adam, après avoir transgressé le commandement de Dieu dans le paradis, a immédiatement perdu la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été établi et a encouru […], la mort dont il avait été auparavant menacé par Dieu […] : qu'il soit anathème .

2. Si quelqu'un affirme que la prévarication d'Adam n'a nui qu'à lui seul et non à sa descendance[…]ou que, souillé par le péché de désobéissance, il n'a transmis que la mort et les punitions du corps à tout le genre humain, mais non pas le péché, qui est la mort de l'âme : qu'il soit anathème… "

Donc le péché originel est transmis à la descendance et il y a à la fois mort du corps et mort de l'âme.

Profession de foi de Paul VI (1968) :

« Nous croyons qu'en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes, dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n'est pas celui où elle se trouvait d'abord dans nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice, et où l'homme ne connaissait ni le mal ni la mort. […] Nous tenons donc, avec le concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, "non par imitation mais par propagation," et qu'il est ainsi "propre à chacun". »

Le Catéchisme:

Contrairement à ce qu'avancent beaucoup de théologiens contemporains, la Tradition enseigne la création d'un homme unique, Adam, et d'une femme unique, Ève, créés l'un pour l'autre et formant une "unité à deux". (§ 371).
Un "premier homme" (§ 374) et une "première femme" sont donc à l'origine de l'humanité. Gen. 3:20 précise qu'Adam "donna à sa femme le nom d'Ève, car elle est mère de tous les vivants."

Dans la Genèse, le récit de la chute est considéré comme imagé mais il rend réellement compte d'un "fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme. La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l'histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents." (§ 390).
L'arbre de la connaissance du bien et du mal du jardin d'Eden veut marquer une mise à l'épreuve de la liberté de nos premiers parents.
L'arbre symbolique traduit la dépendance que devait avoir le premier couple quant aux normes voulues par Dieu, et la nécessité qu'il y avait de les respecter puisque émanant d'un créateur infiniment bon.
"Le premier péché" (§ 397) est la conséquence d'un manque de confiance dans la sagesse et la bonté du créateur.
C'est un péché d'orgueil. Le premier couple a voulu se donner la priorité, s'émanciper de Dieu, "être comme Dieu" et non "selon Dieu" (§ 398).  Cette "première désobéissance" (§ 399) conduisit à la perte de la "sainteté originelle" et des privilèges qui y sont afférents. (§ 399).

Les conséquences personnelles de cette première faute furent, comme prévu, catastrophiques car les conditions initiales harmonieuses de vie paradisiaque s'éteignirent et la mort physique fit son entrée comme terme de la vie humaine, le catéchisme le dit explicitement : "Enfin, la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance se réalisera : l'homme retournera à la poussière de laquelle il est formé. La mort fait son entrée dans l'histoire de l'humanité ". (§ 400)

II - LE DARWINISME

        On comprend que le darwinisme fit l'effet d'une bombe dans l'univers mental des croyants qui avait déjà été malmené par Giordano Bruno (qui a fait éclater l'univers clos d'Aristote), Copernic et Galilée (qui détruisent le géocentrisme).
Le darwinisme va à l'encontre du dogme. Deux points sont absolument incompatibles avec lui :

- l'origine animale de l'Homme qui n'est donc plus à part. Au lieu d'être créé directement, il est le résultat d'un très long processus de transformation des êtres vivants; les animaux ne sont plus créés pour l'homme mais il vient d'eux !

- le caractère contingent ( c'est à dire non nécessaire, aléatoire, sans finalité) de l'évolution vers l'homme, ce dernier apparaissant comme le fruit d'un double hasard : hasard des variations héréditaires, hasard des facteurs de sélection, ces hasards étant bien entendu en totale contradiction avec le finalisme divin.

Développons un peu ces points pour savoir où en est la science contemporaines car depuis le temps darwinien des progrès considérables ont été faits. Malgré cela le darwinisme est resté le noyau de l'évolutionnisme contemporain.

Les mutations génétiques aléatoires sont les seules sources des transformations évolutives des êtres vivants ; elles sont les seules transmissibles à la descendance et elles expliquent aussi bien la micro que la macro évolution.

En son temps, J. Monod dans son livre "Le hasard et la nécessité" a excellemment montré le hasard de l'évolution.

Les mutations sont triées par les conditions environnementales, le milieu, dans lequel elles s'insèrent, qui exercent sur elles une pression sélective.

Les conditions variables de milieu renforcent donc le caractère hasardeux de l'évolution.

Au total on peut donc affirmer que le monde vivant actuel n'avait initialement rien de nécessaire c'est à dire qu'il aurait pu être autrement qu'il est. Tout cela pour dire que l'homme aurait bien pu ne pas être !
On le voit, la conception scientifique évolutionniste est à l'opposé du finalisme religieux.

Il est un paléontologiste américain de grand renom, S. J. Gould qui a magnifiquement développé ce point, (bien qu'il ait fait des concessions discutables aux gens de foi avec son principe de "Noma" = non empiètement des magistères).
Il a démoli, même chez de nombreux rationalistes et scientifiques, l'imprégnation finaliste judéo-chrétienne parfois inconsciente.
Sa conception est aux antipodes du mystique Teilhard de Chardin pour qui l'oméga était déjà dans l'alpha.
S. J. Gould ne nie pas la réalité d'une complexification mais il ne la considère pas comme le fruit d'une tendance évolutive, d'une sorte de loi immanente de progrès; il la considère tout simplement marginale, accidentelle, contingente en d'autres termes. "Homo sapiens, dit-il, n'est qu'un petit rejet (il dit aussi ramille) à peine émergé sur un arbre généalogique gigantesque et ancien" .

Les mammifères, dont nous sommes, sont une goutte d'eau dans la mer des vivants.
Les mammifères n'y représentent qu'un tout petit secteur presque réduit à un rayon, et de plus l'homme est une goutte d'eau dans le monde des mammifères et puis ici le monde des bactéries n'est pas représenté.

On le voit, ce sont les bactéries qui prédominent.
La complexité varie en sens inverse de l'abondance et de la biodiversité. Par une vue anthropocentrique des choses nous sous estimons totalement le monde bactérien qui a conquis, et depuis longtemps, tous les milieux même les plus hostiles.
Les séquençage de l'ADN ont fait apparaître une diversité génétique plus grande chez les bactéries que chez tous les autres êtres vivants !


Des bactéries vivent non seulement dans l'eau, l'air, le sol mais aussi dans les êtres vivants (nous en hébergeons beaucoup : 10% du poids sec de notre corps) et dans les roches.
Elles supportent des conditions de températures extrêmes : des glaces aux eaux océaniques profondes ou jaillissent des émanations pouvant atteindre plus de 300 ° C.

Au laboratoire on a cultivé des bactéries à 250°C, sous une pression de 265 atmosphères.
Thermophila acidophilum prospère à 60° C dans un taux d'acidité extrême.

L'histoire paléontologique parle classiquement d'une succession d'âges comme portée, dans une vision teilhardienne des choses par une force de progrès vers l'homme : âge des unicellulaires, des invertébrés, des poissons, des reptiles, de l'homme.
Le schéma montre en tout cas qu'à tous les âges c'est l'âge des bactéries, cela marginalise donc les autres âges qui apparaissent comme secondaires.
L'âge du complexe, remarquable certes, ressort du fonctionnement hasardeux de la nature ce qui en fait en phénomène accessoire par rapport à la règle qui est bactérienne.

L'Homme est un avatar de l'évolution.
La rançon de cette complexité est d'ailleurs la fragilité. L'homme ne pourrait vivre sans bactéries alors que l'inverse est possible (Sans bactéries les cycles trophiques ne pourraient se fermer).
Nos agressions de la nature pourraient aller jusqu'à être mortelles pour l'homme mais il faut tout de suite ajouter : pas pour les bactéries.
Il est sans doute faux de dire qu'un cataclysme nucléaire d'une grande ampleur détruirait toute vie. Elle détruirait la complexité fragile, elle n'éradiquerait pas les bactéries.

Il faut soutenir ce que disait S. J. Gould :
"Quel que soit le critère auquel on se réfère, les bactéries furent dès le début, sont aujourd'hui, et resteront toujours les organismes les plus réussis de la terre" .

Arrêtons de louer les bactéries; si elles avaient un cerveau elles diraient ce que dit le théologien pour les hommes : mais c'est pour nous que la terre a été créée.

J'insiste maintenant davantage sur l'argument le plus a - théiste qui soit : la contingence dans l'évolution.

        Les bouleversements géologiques (mouvement des plaques, répartition continents/océans, variations du niveau de la mer, volcanisme, météorites, changements climatiques) n'ont pas contribué dans une mince proportion à la contingence.

Ils ont été à l'origine de grandes crises qui ont parfois décimé les espèces dans des proportions gigantesques.

La plus grande crise (- 250 millions d'années) a ainsi décimé 90 % des espèces marines et la presque totalité des espèces de vertébrés terrestres.
Elle a servi de limite entre ère primaire et secondaire.
Entre les crises la vie se diversifie, foisonne, buissonne, mais force est de constater que des crises font passer l'évolution buissonnante par des goulots d'étranglement extrêmement destructeurs.

L'étude de la succession des fossiles pour la recherche de l'origine des vertébrés tend à montrer que les goulots d'étranglement des crises conservent certaines espèces où le hasard intervient autant que les adaptations de ses formes.

À partir du foisonnement du cambrien et de la crise qui suivit, actuellement deux sortes de fossiles seulement ont été retrouvés (Pikaia dans les schistes de Burgess et Yunannzoon en chine). Si ces formes (ancêtres des vertébrés) avaient été éliminées, il n'y aurait sans doute pas eu de vertébrés.

Les mêmes phénomènes se répètent par la suite lors des crises qui séparent les buissonnements évolutifs, ce qui augmente le degré d'aléatoire menant aux formes les plus complexes.

Citons un autre exemple très connu.

Lors de la crise dite Crétacé/tertiaire qui a vu la disparition des dinosaure, si la grosse météorite (dernière balle perdue provenant du ciel écrit S. J. Gould), responsable (en partie parce que l'affaire est complexe) n'avait fait que frôler la terre, les mammifères n'auraient pas pu prendre leur essor et nous ne serions pas là !

Plus près de nous, si le "genre Homo (…) n'était pas apparu avant l'affirmation des âges glaciaires, il n'y aurait certainement eu personne pour écrire et écouter notre histoire évolutive" écrit le paléoanthropologue Pascal Picq.

Si l'on additionne donc le hasard des mutations génétiques et le hasard des facteurs de l'environnement, il y avait bien peu de chances qu'à cette loterie sortent les numéros (dont le nôtre !) des êtres complexes donc fragiles.

C'est bien pour cela que sur la courbe abondance / diversité et complexité dominent les bactéries !

L'évolution est donc éminemment contingente.

Si l'on rembobinait le film de la vie, écrit S. J. Gould, la probabilité pour qu'apparaisse "une créature ressemblant même de loin, à un être humain, est effectivement nulle, et celle de voir émerger un être doté d'une conscience, extrêmement faible."

N'en déplaise aux théologiens nous sommes les enfants du hasard (et de la nécessité car une fois telle mutation apparue elle engage l'évolution dans une certaine voie et en élimine donc d'autres qui étaient a priori possibles.)

Comment l'Eglise a-t-elle reçu le darwinisme?

III L'ATTITUDE DE L'ÉGLISE FACE AU DARWINISME

1 le rejet

Un rapide historique avant d'en venir aux propositions contemporaines.
Le pape en fonction au moment de la publication de "L'origine des espèces" de Darwin était pie IX, c'est le pape du Syllabus, de l'infaillibilité pontificale prononcée par Vatican I.
On devine la réaction catégorique de rejet.
        
Pie IX (1846 1878) distinguait vraie science et fausse science ; la vraie est celle qui se conforme à l'infaillible révélation divine, "étoile" qui doit guider le scientifique et "lumière" qui "aide à se préserver des écueils et des erreurs".
Une conférence à Notre Dame ne disait-elle pas "nos mystères ne peuvent qu'éclairer vos sciences, et vos sciences ne peuvent qu'éclairer nos mystères".
La science fut accusée de propager l'athéisme et le matérialisme. Il est très intéressant de lire les actes du concile Vatican I qui remet la science à sa place !

La constitution dogmatique sur la foi catholique "Dei Filius" énonce, dans le Chap. IV portant sur la foi et la raison, que l'Église "a reçu, en même temps que la charge apostolique d'enseigner, le commandement de garder le dépôt de la foi" et qu'elle a, "de par dieu le droit et le devoir de proscrire la fausse science."
L'Église ne peut admettre que les sciences, "dépassant leurs frontières, elles n'envahissent ni ne troublent le domaine de la foi.", précisant que "le sens des dogmes sacrés qui doit être conservé à perpétuité est celui que notre Mère, la Sainte Église, a présenté une fois pour toutes, et jamais il n'est loisible de s'en écarter sous le prétexte et au nom d'une compréhension plus poussée."
Ce que répète le canon IV , art. 3 : "Si quelqu'un dit qu'il est possible que les dogmes proposés par l'Eglise se voient donner parfois, par suite du progrès de la science, un sens différent de celui que l'Église a compris et comprend encore, qu'il soit anathème." (Session III – 1870)

Léon XIII, (1878 -1903) successeur de Pie IX, quoiqu'un peu plus libéral, n'en fut pas moins un fervent défenseur de la dogmatique classique et face aux contestations scientifiques (qui débordaient d'ailleurs la question de l'évolution). Il fut le promoteur du regroupement de scientifiques catholiques, cette science catholique devant tordre le cou aux attaques rationalistes. Il y eut 5 congrès (1888 à 1900) strictement contrôlés par le vatican. (Les problèmes sentant le soufre furent délibérément censurés) .
Avec Pie X tombe une chape de plomb sur toute idée tant soit peu nouvelle.

Pie X (1903 -1914) à l'esprit obtus, allait entreprendre une véritable chasse aux sorcières pour étouffer les idées nouvelles et en rester à l'enseignement traditionnel des séminaires où dans les manuels bien pensants était écrit : "(l'inspiration) préserve l'écrivain sacré de toute erreur, non seulement de toute erreur dogmatique et morale, mais aussi de toute erreur historique ou scientifique".
Le séminariste devait s'en tenir au concordisme ; la bible s'accorde parfaitement avec l'histoire et la science.
Par une encyclique et un décret il voulut verrouiller toute tentative moderniste.

Voilà où en était l'Eglise au début du XX
ème siècle!
"Elle est, écrit G. Minois, historien catholique, un répondeur automatique, avec une bande enregistrée au XVIème siècle, voire au XIIIème".
Mais l'Église comptait aussi des gens éclairés qui auront du mal à supporter le carcan romain et qui provoqueront "la crise moderniste".

L'abbé Alfred Loisy et Joseph Turmel en furent les figures emblématiques de ce modernisme que Pie X voua aux gémonies.
Après une thèse sur l'A.T., Loisy fonde une revue : "L'enseignement biblique" où justement il se livre à des études critiques du livre de la Genèse démolissant l'historicisme et le concordisme.
La réaction ne se fait pas attendre, Rome retira à Loisy l'enseignement de l'exégèse. Cela ne calma pas Loisy, esprit peu arrangeant, au contraire ! Et il continua, dans sa revue, à dénoncer les conceptions erronées : en premier lieu, le Pentateuque ne peut être l'œuvre de Moïse et il ne faut pas prendre au pied de la lettre, donc comme une histoire vraie, les récits de la Genèse et considérer que les livres saints, pour "tout ce qui regarde les sciences de la nature, ne s'élèvent pas au dessus des opinions communes de l'antiquité".

Empêché par ses supérieurs de publier une étude sur la chronologie biblique, Loisy est obligé de quémander auprès du ministre de l'instruction publique une chaire à l'École Pratique des Hautes Etudes qu'il inaugure rien moins qu'avec le problème ultra sensible de la création : "La genèse et les mythes babyloniens".
En 1908 Alfred Loisy fut excommunié.
Dans un ouvrage autobiographique Loisy nous fait part de son état d'esprit en 1902 :
"il est sûr que le régime actuel de l'Eglise est une école de mensonge et de bassesse… Les imbéciles, les lâches, les menteurs ont la partie trop belle et il serait vraiment opportun de les écraser entre le pouce et l'index comme une vermine." (p.139)

        Joseph Turmel mérite une mention particulière vu l'ampleur de son érudition.
Par une étude raisonnée des textes, il met très tôt en doute la valeur historique de la Genèse et de l'Exode.
Restant dans l'Église bien qu'ayant perdu la foi dès 1886, il fut dénoncé, dut donner sa démission et remettre ses manuscrits : 23 cahiers de 5.000 lignes furent livrés aux flammes "pour la plus grande gloire de Dieu".
Sous Pie X il publie, entre autres, sous le manteau, une "Histoire du péché originel" (1900-1904).
Il écrira plus tard une monumentale "Histoire des dogmes" après avoir été frappé, en 1930, d'une excommunication majeure, victime, selon ses mots, de "l'école du mensonge".

Plus près de nous : Teilhard de Chardin.

C'est à propos du péché originel que Teilhard de Chardin a commencé à attirer la suspicion de ses supérieurs. Étant entré de plain pied dans la science moderne, il n'a pas fait, il est vrai, dans la nuance, en écrivant une "Note sur quelques représentations historiques possibles du péché originel" (1922).
Il y montre que pour s'accorder aux connaissances modernes il s'avère nécessaire de s'éloigner des représentations anciennes car la préhistoire ne cautionne pas les figures traditionnelles d'Adam et Ève dans leur coin privilégié de terre paradisiaque. Exit donc le couple originel et le monogénisme qui y est lié. Et Teilhard propose ses vues tout à fait originales, et donc tout à fait inacceptables pour la lettre du dogme ambiant.

Le couperet était inévitable.
Rome l'obligea à renier ses dires sur le péché originel et lui retira sa chaire de l'Institut catholique.

Pie XII

En ce qui concerne la théorie de l'évolution biologique la réserve est de règle. Il est concédé que le corps humain puisse provenir "d'une matière déjà existante et vivante", mais le corps seulement.
En aucune façon l'esprit ne peut émerger de la matière.

L'unicité d'Adam, littéralement premier père de l'humanité, ce qui implique le monogénisme, est réaffirmée sans ambiguïté de même que le traditionnel péché originel.
Dans l'encyclique "humani Generis" (1950) il écrit :
"Mais quand il s'agit d'une autre vue conjecturale qu'on appelle le polygénisme, les fils de l'Église ne jouissent plus du tout de la même liberté. Les fidèles en effet ne peuvent pas adopter une théorie dont les tenants affirment ou bien qu'après Adam il y a eu sur la terre de véritables hommes qui ne descendaient pas de lui comme du premier père commun par génération naturelle, ou bien qu'Adam désigne tout l'ensemble des innombrables premiers pères.
En effet on ne voit absolument pas comment pareille affirmation peut s'accorder avec ce que les sources de la vérité révélée et les actes du magistère de l'Église enseignent sur le péché originel, lequel procède d'un péché réellement commis par une seule personne Adam et, transmis à tous par génération, se trouve en chacun comme sien."

Dans cette encyclique, il est aussi rappelé que les onze premiers chapitres de la Genèse appartiennent "au genre historique en un sens vrai".
Une obsession dans cette encyclique est le statut du dogme. Pie XII s'élève contre ceux dont la philosophie à "l'existence éphémère comme la fleur des champs" fait "du dogme lui-même quelque chose comme un roseau agité par le vent".
Le "relativisme dogmatique" est un mal.
La règle d'or est "que le Christ a confié (le dépôt de la foi) pour en assurer l'interprétation authentique, (…) au seul magistère de l'Eglise".
La sainte Ecriture, dit Pie XII est le "fondement de nos sciences sacrées".
Savants et théologiens peuvent discuter des conjectures de l'évolution à condition "qu'in fine", "tous soient prêts à se soumettre au jugement de l'Église".

Pie XII cependant desserra l'étau de l'interprétation exégétique par son encyclique "Divino afflante Spiritu" (Sous l'inspiration de l'esprit saint).
Vatican II aussi débloqua les choses et la fin du 20
ème siècle témoigne d'un effort considérable de conciliation science/dogme.

2        le revirement dogmatique

En 1993, le prestigieux Joseph Ratzinger, président de la Congrégation de la doctrine pour la foi, présentait à Jean-Paul II, un document issu de la commission biblique pontificale et portant sur l'interprétation de la bible dans l'Église.
Le document est volumineux, plusieurs dizaines de pages. Il ouvre l'exégèse à toutes les méthodes d'étude scientifique des textes, et aujourd'hui, sans scrupules, adorant ce qu'elle honnissait hier, l'Église, par ses théologiens, tire un trait sur l'interprétation littérale et historicisante qui lui avait fait distribuer des excommunications.
En d'autres termes elle se renie !
        
De Pie XII à l'époque actuelle la pensée scientifique a miné la pensée théologique dogmatique, ce constat s'impose quand on lit Jean Paul II :
"…De nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l'évolution plus qu'une hypothèse.
Il est en effet remarquable que cette théorie se soit progressivement imposée à l'esprit des chercheurs, à la suite d'une série de découvertes faites dans diverses disciplines du savoir. La convergence, nullement recherchée ou provoquée, des résultats de travaux menés indépendamment les uns des autres, constitue par elle-même un argument significatif en faveur de cette théorie."


        Ajoutons ces propos de J. M. Maldamé, membre de l'Académie Pontificale des Sciences:
"…la lecture historicisante du texte biblique est désormais impossible. L'interprétation ancienne ne correspond pas aux faits. […] Toutes les tentatives de concordisme sont fausses dès le principe. Les imposer au nom de la foi relève de la mauvaise foi ".

Dont acte !
Alors par qui étaient donc inspirés tous ceux qui pendant des siècles ont prôné l'historicisme et le concordisme ?
On a envie de répondre : le diable!
Constatons ici que c'est la science qui bien que ne manipulant que les inférieures "causes secondes" a fait reculer les tenants des causes premières sur leurs propres textes.
Singulier renversement ; la révélation censée être au dessus de la science, se retrouve en dessous !

Il nous reste maintenant à examiner comment les théologiens contemporains essaient, héroïquement, d'assimiler les indigestes (pour eux !) fruits de la science.

Plutôt que de tenter un survol de diverses propositions qui sont plus ou moins chevauchantes, j'en ai choisi une, celle qui essaie le plus explicitement d'intégrer les données de la paléontologie. Il s'agit de celle du Jésuite Gustave Martelet qui expose ses idées dans un livre intitulé : "Libre réponse à un scandale – La faute originelle la souffrance et la mort."

Gustave Martelet avoue que le dogme du péché originel apparaît aujourd'hui "scandaleux sur plus d'un point" à nombre de croyants, au regard de la culture scientifique actuelle.
Sa volonté est donc de réinterpréter ce dogme pour l'adapter à la modernité.
Se targuant de la libéralisation contemporaine de l'exégèse renvoyant aux genres littéraires et au contexte culturel du temps de la rédaction biblique, la Genèse est bien sûr relativisée, le récit est considéré comme allégorique, symbolique, rédigé avec les mentalités du temps des auteurs (car il y en a eu deux !) influencés par les mythes mésopotamiens. Le langage est accepté comme mythique mais, nous dit un autre théologien "tout en choisissant le langage mythique, las auteurs ont fait œuvre de démythisation" car la nature n'est plus déifiée !

Adam ne représente plus une personne unique, mais est le symbole de l'humanité entière. Adam est la figure éponyme de l'humanité. Dans cette perspective le péché d'Adam est en quelque sorte le péché de tout le monde, de tout homme, Adam n'est pas plus ou moins pécheur que les autres, il est ce que nous sommes tous et en ce sens peut nous représenter tous.

La faute originelle est donc considérée comme étant une image de l'expérience du péché qu'ont les auteurs :

"La faute originelle, entendue comme le premier péché, est donc pour la Genèse le péché actuel, paraboliquement projeté au début de l'histoire. L'originel qui, chronologiquement parlant, nous échappe, la bible l'atteint donc par une rétro-vision à partir du présent".

Adam n'est plus le pécheur causal, responsable d'une sorte de vice de la nature humaine transmissible à la descendance, mais simplement le pécheur inaugural, le premier pécheur. Il se trouve ainsi banalisé.

Cette faute originelle lointaine dans la préhistoire se rapporte néanmoins à des hommes dignes de ce nom, avec leur conscience, leur esprit, leur liberté.
Le théologien se pose très justement le problème de l'émergence, dans le cursus de l'évolution, de l'esprit qui fait que l'homme est homme et non animal. Martelet est soucieux de s'accorder avec la paléontologie et accepte que le statut d'homme est atteint avec le genre Homo et il cite Homo habilis qui a déjà l'essentiel de sapiens c'est-à-dire qu'il est doué des spécificités humaines. (Fig. 5).

Quelles en sont les critères objectifs ?

Selon le théologien, ce sont les outils, qui dépassent incontestablement l'outillage animal. Il va de soi que pour Gustave Martelet les spécificités humaines n'ont pu naître progressivement par évolution. L'homme est né "tout d'un coup" par la volonté de Dieu. L'esprit est certes biologiquement conditionné dans son apparition mais il est l'apanage de l'intervention mystérieuse de Dieu, responsable d'un "saut ontologique". Un fossile humain "est humain tout entier ou ne l'est pas du tout" .
Gustave Martelet concède cependant que les caractéristiques qui font d'un homme un homme n'avaient pas jadis les qualités de celles d'aujourd'hui.
La conscience humaine au commencement était "encore enveloppée dans les brumes de son état naissant" et il est reconnu que la Genèse attribue à l'aurore de l'humain des clartés de plein jour qu'il n'avait pas encore.
On peut ici se demander si la valeur de la liberté primitive, sa faiblesse ne la rendait-elle pas nécessairement pécheresse ?
Gustave Martelet considère, quant à lui, cette liberté dans sa "finitude native", comme "éminemment fragile" et "aisément pécheresse". Cette liberté "reste longuement", semble-t-il à son état naissant. Homo Habilis est un enfant au point de vue de la moralité : "enfant dans la technique, la conscience, la pensée, le langage, pour ne rien dire de la taille de son corps et des dimensions même de son cerveau, l'habilis ou tout autre individu qui représente nos origines, n'est-il pas aussi un enfant du point de vue de la moralité ?"
Alors "de même donc qu'encore petit et immature un enfant peut pécher… presque sans le savoir, de même l'humanité dans son enfance, peut "pécher" sans que sa faute lui soit directement imputable."
Faudrait-il donc l'imputer à Dieu ??


Dans ces conditions on doit regarder la faute originelle comme une "faute d'enfance aisément excusable".
Il s'en suit qu'une conception enfantine du péché convient à cette humanité qui semble en rester longuement à un état naissant.
Comment après cela ne pas reconnaître que le sens du dogme du péché originel a été à ce point changé qu'on y retrouve plus l'enseignement séculaire de l'Eglise !


Gustave Martelet n'hésite d'ailleurs pas à critiquer cet enseignement : "Si la Genèse (nous donne du péché originel) une version qui est plutôt tragique, c'est sans doute en raison du report qu'elle opère du péché actuel sur le "premier péché". Mais ce report il nous est conseillé de ne plus l'accomplir étant donné ce que nous savons désormais des commencements modestes de notre humanité."

En d'autres termes, c'est la science qui a gagné !!

On voudrait bien savoir maintenant en quoi a consisté la faute originelle, valorisée par le dogme classique, et qu'il nous faut qualifier désormais d' "inaugurale"…
Ce serait "le désir insensé de devenir dieu par soi-même, en réduisant ainsi à notre taille le mystère de Dieu".
On conçoit bien mal un tel désir dans la tête d'Homo habilis, deux fois moins volumineuse que la nôtre et tout occupé à savoir comment il allait façonner ses galets pour essayer de survivre dans un environnement qui devait être effrayant pour lui !

Et le paradis dans tout cela ?
Il exprime "le bienfait radical d'exister". Il n'est plus le jardin des Hespérides, le paradis n'est plus ce jardin où les conditions étaient idéales et où l'homme ne connaissait pas la mort physique : "Le péché se rapporte à la mort spirituelle, mais il n'est pas la raison d'être de la mort biologique." il n'est "rien d'autre qu'une image voilée de Jésus-Christ lui-même "en qui tout a été créé", dans les cieux et sur la terre et ''en qui tout est maintenu'' " (COL I: 10,17).

Dans cette conception Jésus Christ n'est donc plus donné au monde en raison du péché ; dans le dessein divin il n'est donc plus second par rapport au péché, mais voulu de toute éternité.
L'incarnation a été voulue de tout temps, donc avant le péché qui n'est pas sa cause, elle est simplement devenue rédemptrice après le péché.
C'est donc l'amour de Dieu qui a voulu Christ dès le départ pour que nous puissions être divinisés.
Et par le Christ c'est Dieu même qui partage notre condition historique marquée par les maux de finitude (par ce que nous ne sommes pas Dieu).
Partageant nos maux et nos souffrances cela innocenterait dieu de tous les maux liés à notre finitude.

Ainsi la défaillance morale des premiers hommes semble aller de soi et on a bien envie de dire que le mal est consubstantiel à l'homme. N'est-ce pas d'ailleurs ce que dit Paul qui aurait lui aussi pensé qu'Adam devait représenter toute l'humanité ?
Eh bien, s'appuyant sur Paul, Martelet considère l'humanité comme entièrement pécheresse du fait que Jésus est l'universel sauveur. C'est en quelque sorte dire que le péché était inévitable !!

Dangereux pour Dieu cela!
        
En effet, il reste à examiner le Problème de l'existence même du mal et de sa compatibilité avec la bonté et perfection de Dieu ?
L'intention première d'ailleurs de Gustave Martelet est bien de résoudre ce problème ; le titre est sans équivoque : "Libre réponse à un scandale – la faute originelle, la souffrance, et la mort." Au regard de la légitimation du mal, l'interprétation de Gustave Martelet du péché originel peut sembler aller contre son intention. Il en a bien conscience et pose des questions adéquates:
"…Ne faut-il pas reconnaître […] que le mal est naturel à l'homme ? [….] Dieu serait-il alors le véritable responsable du mal qui frappe la liberté?"

La réponse de Gustave Martelet à sa propre objection est très laborieuse, il se départit même de sa rigueur habituelle et laisse parler l'apologiste. D'après le récit de la Genèse il ne déduit pas mais impose que "le couple humain est le vrai responsable de sa faute", car si c'était Dieu le responsable du péché, ce dernier, nous dit-il, se changerait en bien et donc Dieu ne serait plus Dieu. Il n'y a pas meilleur sophisme !

Si Dieu n'est pas responsable, comment comprendre alors qu'il ait pu créer un être libre, donc peccable, et que son omniscience savait effectivement
pécheur?
La réponse du théologien à cette question ne peut être trouvée "qu'en fonction du rapport que Dieu lui-même contracte avec la misère effective du monde qu'il crée."

Reprenant la pensée de St Jean Damascène faisant valoir que si Dieu prévoyant l'existence du mal s'était abstenu de créer, il eut reconnu que le mal était plus fort que lui (autre raisonnement de l'apologie béate !), Martelet trouve la solution d'un Dieu plus puissant que le mal dans le fait de l'incarnation car ainsi Dieu "a pris sur lui en s'incarnant tous les maux relatifs à l'œuvre ainsi créée, qu'ils soient de la nature ou de la liberté ; il l'a fait pour que nous puissions les porter comme un moment, parfois tragique et pourtant nécessaire, de notre identité. […] IL fait réellement siennes les détresses du mal qu'en créant et pour pouvoir créer il n'a pu éviter."
La décision divine de créer est indissociable de "son regard sur l'agneau immolé".
Ce regard "conditionne le dessein créateur".

Par ce raisonnement Martelet croit maintenir une création fondamentalement bonne et même "très bonne".
L'homme de Dieu ne peut effectivement dire moins puisque son éminent Maître des cieux l'a jugé telle, au sixième jour de sa création (Gen 1: 31).
Et Martelet est piètrement leibnizien quand il nous dit que si pour l'homme ce monde n'est peut-être pas le meilleur "sous le rapport des purs possibles", il est "du point de vue de la nature et de la liberté, le meilleur que (Dieu) voit", et que le scandale du mal se dissout puisque Dieu accepte d'être "le premier des souffrants, la co-victime de son monde" .

En ce qui concerne cette nouvelle vision proposée par Martelet, le scandale est déplacé. Pour lever le scandale du mal lié à notre finitude, Martelet introduit un autre scandale celui que j'appellerai le scandale de l'amour divin.
Car le soi disant acte d'amour que Dieu consent au moment de créer, c'est à dire l'acceptation dès l'origine de l'agneau immolé n'apparaît pas pour la morale purement humaine non pas un acte d'amour mais un acte scandaleux.
Un Dieu qui théoriquement peut tout, aurait choisi un monde où ses créatures sont amenées à souffrir, sachant qu'il aurait de ce fait à se faire souffrir lui-même ?
Cela porte un nom, c'est du masochisme! (Dieu "co-victime ").
L'auteur semble lui-même gêné car après nous avoir dit que c'est "dans l'amour seul" que le dessein d'incarnation est voulu, il ajoute "sans doute ce "regard" porte-t-il sur notre rédemption par le sang, mais dans le Nouveau Testament le sang "répandu" dit l'amour et non pas la vengeance".
Belle justification ! On n'est pas plus avancé après qu'avant.

Bref, c'est l'impasse !
C'est à ce niveau à mon sens qu'un hiatus s'insinue entre la raison et la foi. La raison d'aucun homme, si elle n'est pas rendue seconde par la croyance, ne peut, se mettant à la place d'un père créateur, imaginer comme solution d'amour, l'immolation d'un fils aimé, unique.
C'est pourquoi il faut dire que la foi est non seulement au dessus de la raison (Pascal) mais aussi contre et en même temps contre la morale humaine.

En cela la foi apparaît donc rationnellement inacceptable
.

Finalement sciences, raison, morale mènent au devoir d'incroyance ! J'en arrive à la même conclusion qu'il y a deux ans, quand je vous exposais le problème du mal dans le contexte de la seule conception traditionnelle.

BILAN

Faisons un rapide bilan afin de bien constater l'imposture :

1 - Dieu ne crée plus l'homme directement et immédiatement à partir de la matière inanimée.
La création est progressive, il y a une enfance de l'humanité.
2 - Adam et Ève ne sont plus un couple mais symbolisent l'humanité .
3 - Le paradis n'est plus ce lieu parfait où l'homme ne mourait pas – c'est l'image de ce qui nous attend à la fin des temps ; la promesse de Jésus Christ.
4 - Le péché originel est ramené au niveau des péchés actuels, il en est simplement le 1
er .
5 - L'incarnation n'est plus la conséquence du péché originel .

De tout cela je tire comme conséquences :

a) que le mal n'est plus de la responsabilité de l'homme mais de Dieu s'il y a une enfance de l'humanité donc aussi une enfance spirituelle.
b) que Dieu n'est plus omnipotent si pour en arriver à l'homme imparfait de la préhistoire, il a fallu qu'il s'y prenne il y a plus de 3,5 milliards d'années...

Nous voilà donc avec un Dieu impuissant et mauvais…

Que sont donc devenues les déclarations solennelles, sous le sceau de l'Esprit Saint, des conciles et encycliques, sur l'immutabilité du dogme ?

Et il paraît (citation de l'Encyclopédia Universalis – article "Adam") que "le conflit entre l'évolutionnisme biologique et la vérité religieuse de la Bible apparaît maintenant comme dépassé", alors que l'auteur (André Dubarle) a écrit des centaines de pages sur le péché originel , justement parce qu'il y a problème !…

Il est clair que je viens de vous entretenir d'une organisation qui a menti, qui ment, qui vit et survit par le mensonge.

***
L'UCHRONIE
OU PRECESSION DU TEMPS,
MALADIE RELIGIEUSE

Nous avons appris à l'école ou ailleurs que les anciens païens pratiquaient le temps cyclique (Aristote, Polybe, jusqu'à Vico) et qu'on aurait attendu les monothéismes judéo-chrétiens pour inventer le temps linéaire orienté, progressif et progressiste à la fin duquel le salut coïncide avec la fin du monde. Témoignage de cette obsession du fameux « sens de l'histoire » : le livre-programme d'Abraham Heschel « les bâtisseurs du temps » (Editions de Minuit – 1986).
Puis serait revenu Nietzsche avec l'éternel retour, Valéry, Heidegger et Borgès, etc.

Ma thèse est que les monothéismes, judaïsme, judasisme (ce devrait être le nom du christianisme, impossible sans le « traître » Judas) et islam prétendent définir un parcours du combattant mobilisateur alors que, face à la vie réelle, ils ne sont capables que de faire du surplace.
Placé devant le scandale dilemmatique du mal : ou bien dieu est tout-puissant ou bien il est méchant, les meilleurs soldats de l'orthodoxie ne s'en sortent, croient-ils, que par une fuite EN ARRIERE !
C'est le cas du livre de Gustave Martelet s.j. « Libre réponse à un scandale » (Cerf 1986-1988).

La thèse a été clairement dénoncée par notre ami Bruno Alexandre lors du Congrès 2002 de l'Union des Athées.
J'insisterai sur un aspect secondaire, mais relié à l'ensemble et dont le livre du jésuite fourmille : le renvoi À L'ARRIERE du monde, au passé.
Page 41 : "Le christ en amont du péché et son accompagnement de l'histoire".
On notera le mot "accompagnement" qui fait penser à certains services hospitaliers chargés des mourants.

On est loin de Pantocrator de Monreale ou de Ravenne, mais tout est dit ! Tout était dit dès le début, tout est verrouillé ; de la naissance à la mort une sorte d'aide-soignant nous poursuit, alors il n'y a plus de suspens, et quelle barbe.
Page 125 : " …le mystère du christ aux sources mêmes de l'acte créateur comme l'alpha et l'oméga de toute création."
Page 155 : "L'agneau prédestiné avant la fondation du monde. " (I Pierre, 18-20).
Dès les débuts supposés du christianisme on avait droit à une théâtralisation du paradoxe uchronique, anachronique ou antichronique dans l'évangile de Jean 8, 56-58 :
"Abraham votre père, exulta à la pensée de voir mon Jour ; il l'a vu et il s'en est réjoui.
Les Juifs lui dirent alors : « tu n'as pas cinquante ans et tu as vu Abraham ! »
Jésus leur répondit :
En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût,
Je suis."
Et il se tire pour ne pas être lapidé par ses contradicteurs exaspérés.

Paroxysme d'une discussion hargneuse ?
Jésus pète les plombs ?
Dans toutes les traductions ou interprétations, le thème de la précession du temps est imposé par les chrétiens, catholiques ou protestants.
Je trouve par exemple dans un tract de la "Croisade du livre chrétien" proche de Billy Graham une sottise confondante, du simple point de vue de la cohérence formelle : "… ce sera l'éternité ! Elle durera toujours et ne finira jamais. "
En français comme dans les autres langues "l'éternité" est par définition hors du temps, hors de la durée. Pour l'éternité il n'y a ni avant ni après, ni souvenir ni attente, c'est l'instant présent, l'Éternel retour selon Nietzsche.
Éternité et histoire sont exclusives l'une de l'autre.
Parler d'une éternité qui dure au présent ( !) et au futur prouve qu'on ne sait même pas de quoi on parle.

L'islam, religion plus récente et plus tendue, a repris et amplifié dramatiquement le thème de la précession. Il circule dans certains milieux et banlieues et ailleurs le livre en français "La cité d'Isis – Histoire vraie des arabes" d'un certain Pierre Rossi (Nouvelles Editions Latines – 1976). L'ouvrage est un véritable cafouillis de rapprochements et d'inductions arbitraires : il en ressort que nous sommes tous des arabes, que les Grecs étaient arabes, etc., que toutes les pensées possibles relèvent de la religion, la seule qui existe, donc l'islam.
Nous sommes tous arabes et musulmans même si nous ne le savons pas. C'est que nos parents ne nous l'ont pas dit et nous ont mal élevés (propos tenus par l'étudiant qui me prêta le livre en 1998). "La philosophie grecque est partie intégrante de la religion, donc partie intégrante de la pensée orientale." (p. 106).
En exergue du chapitre X de l'ouvrage on peut lire : "Avant le Coran nous étions musulmans" (cf sourate "Le récit" 28,53 : "Nous étions déjà soumis à sa venue." trad. La Pléïade), par où l'on prête à une parole historique la vertu performative de déclarer se précéder elle-même. Il s'agit là d'un véritable délire de l'illusion rétrospective et de l'introduction de la pensée d'un merveilleux capable de la tordre et de la rabattre sur elle-même.

Ce ne serait qu'une curieuse fantaisie si cela n'avait pas de graves conséquences. Le professeur pakistanais Younus Shaik dont nous avons publié la lettre dans la T.A . n° 110 de mars 2002 n'a-t-il pas été condamné à mort pour avoir, en des propos jugés blasphématoires, indiqué que les parents du prophète n'avaient pas été musulmans, puisqu'ils n'avaient pas eu le temps de profiter de la révélation de leur fils ?

Les délires des monothéistes qui se propo-sent d' "accompagner" le temps utilement et agréablement prétendent en fait en contrecarrer le cours.
Le temps est retenu, figé, et au fur et à mesure qu'il "passe" l'élastique s'allonge, s'allonge…

À l'opposé d'une sagesse matérialiste qui consisterait à coïncider avec sa propre évolution, à l'accompagner vraiment, ils font violence à l'historicité sur laquelle ils sont en même temps fiers de se fonder (les événements christiques selon l'historien catholique H.-I. Marroux, la vie de Mohamed).
C'est le recours paresseux à l'hébétude du merveilleux, c'est-à-dire à l'improbable, et le dos tourné au fantastique, problématique des transformations et des métamorphoses qui enrichissent la vie.

Les croyants pensent à l'envers, y compris d'eux-mêmes, et le discours religieux est toujours "attrape-tout" : de tout et son contraire dans une irréalité totale.
Il y a bien une explication matérielle des délires.
La régression infinie en deçà des origines qui continuent pourtant à être postulées reflète le doute profond qui frappe l'au-delà, l'eschatologie elle aussi postulée, c'est-à-dire toutes les histoires de salut et de jugement définitif.
Les croyants n'arrivent pas à croire à la fin de l'histoire qu'ils font profession d'annoncer, d'attendre et de révérer.
"Il est tout à fait certain que c'est à cause des déceptions qui ont été infligées rapidement aux espérances qu'elle comportait initialement dans l'obtention de résultats d'ensemble terminaux que l'idée de progrès a connu l'extension qui conduit au « progrès infini.»" (Blumenberg cité par Jacques Bouveresse in "Rationalité et cynisme" - Editions de Minuit, 1985, p.117)

Les religions, en dépit de certaines prétentions, ne peuvent s'amarrer à l'idée de progrès, de l'évolution forcément frustrante et toujours remise à plus tard.
C'est pourquoi elles s'enfoncent dans le passé et le lointain.
Très généralement le mot "tradition" vient clore tout débat et entériner l'artifice misérable de la rétroactivité des points de vue, qui offense autant la morale que la raison, comme chez René Guénon ou Julius Evola dans le syncrétisme tautologique généralisé. D'ailleurs toute tradition est "perdue" et leur pensée est aussi pensée de la décadence.

Comme l'écrit l'inspiré Rossi : "Le cœur de la philosophie grecque est le cœur d'Orphée, de même qu'il est le cœur d'Isis et du Verbe, de la Parole islamique ou de la Prophétie juive. Tout se tient, tout s'explique si l'on consent à regarder au fond de ces intuitions."  (La cité d'Isis, p.104).
Tout est dans tout et réciproquement. Le cercle est bouclé et la consolation assurée : on a-toujours-été-là et magiquement cela autorise à penser qu'on y-sera-toujours.
D'ailleurs (p.104) le bonhomme affiche candidement son désir de puissance. "La dernière venue des trois grandes religions l'islam était préfigurée dans les millénaires antérieurs tout comme Jésus était préfiguré dans les ancêtres d'Abraham. Il est nécessaire ici de renverser nos conceptions ordinaires de la critique et de l'histoire."

Oui, c'est clair : il faut faire passer ce qui était après avant.
"Car si l'idée de préfiguration est si fortement ancrée dans la mentalité religieuse de l'Orient ; c'est par ardent désir d'avouer, par delà les différences accidentelles, l'unité essentielle et intemporelle de l'alliance de l'homme avec Dieu. Quelques versets du Coran en disent, à cet égard, plus long que les commentaires." 
Toujours le monde renversé et le texte plus long que ses commentaires…
L'astuce est d'arriver bon dernier, de fermer la porte derrière soi et de ramasser toute la mise précédente, y compris la préfiguration christique chez Jean 8, 56-58.
Les sourates XXII, Le pèlerinage ou II, La vache refont le coup de Jésus déclarant qu'il était là avant Abraham !
Avec une telle certitude totale installée on sait quelle violence est possible.

Les matérialistes, eux, sont partisans d'une évolution jamais achevée, pas plus que la connaissance approchée et jamais atteinte qu'on peut en avoir, mais toujours surprenantes l'une et l'autre.
----------------------------------------------------- Claude Champon


L'ARNAQUE DE L'OSSUAIRE : ARRESTATION DU PROPRIÉTAIRE

La lettre du 25 juin 2003 vous avait annoncé brièvement que le fameux ''ossuaire du christ'' annoncé comme celui du fondateur de la secte chrétienne n'était qu'un faux. C'est donc fort logiquement que le propriétaire de l'objet, qui est aussi marchand d'antiquités, a été arrêté par la police israélienne le 21 juillet 2003. Odad Golan est accusé d'être le responsable de la tromperie. Des instruments utilisés pour la réalisation de ce genre de faux, ainsi que des faux partiellement réalisés, ont été trouvés à son domicile. La valeur de l'ossuaire est passée de plus d'un million de dollar à rien du tout...

PÉDOPHILIE AUX USA

Les curés de l'archidiocèse de Boston disposent d'un palmarès que, peut-être, d'autres régions au passé pire encore leur envient : on estime à plus de 1.000 le nombre de cas de pédophilie survenus depuis 1940, le nombre de plaintes s'élevant actuellement à 789. Le rapport du procureur général du Massachusetts a dévoilé ces nombres accablants le 23 juillet 2003. L'attente était pressante après la démission de son archevêque en décembre 2002 et celle d'un responsable d'une commission d'enquête en juin 2003 devant les obstacles posés par la hiérarchie de l'Eglise.

DES PRIÈRES POUR LA PLUIE EN ITALIE

L'Europe occidentale a subi de très fortes chaleurs pendant le mois de juillet 2003 à tel point que l'Italie a prié pour la venue de la pluie. Ainsi, un prêtre a laissé ''ses deux églises ouvertes toute la nuit pour des prières ininterrompues'' (Yahoo actualités 15 juillet 2003) en espérant obtenir l'aide d'un dieu aux absences remarquées. Après les Talibans en janvier 1999 et les chrétiens états-uniens lors de la sécheresse de l'été 1999, les catholiques italiens s'abandonnent eux aussi aux prières pour la pluie, le malheur et la désolation étant les meilleurs moyens de capter, sinon l'eau, du moins de nouveaux fidèles.

UNE RELIGIEUSE ANGLAISE PRÉFÈRE LE LUXE AUX VOEUX DE PAUVRETÉ

Oubliés les voeux de pauvreté, vive le luxe, le champagne et les dépenses inconsidérées ! Tel fut le credo d'une religieuse anglaise qui usa de son poste de directrice d'école pour piller le budget de son établissement, l'école catholique Saint John Ribgy Collège dans le sud de Londres.

L'ÉGLISE CONTRE LA LAÏCITÉ

Face aux dangers de l'islam, de nombreuses et vibrantes défenses de la laïcité ont été émises par de curieux et récents convertis à la séparation des Eglises et de l'Etat. On compte ainsi parmi les rangs de ces étranges laïques le quotidien Le Figaro et l'Eglise catholique de France, émise en 1925, révèle les fondements réels du catholicisme par son attachement viscéral, d'une part, à la suprématie systématique du divin sur l'humain et, d'autre part, à son intrusion constante et totale dans la vie de l'individu comme dans la chose publique.

Consultez le site de Jocelyn Bezecourt :

http://perso.wanadoo.fr/atheisme

BABYLONE
OU : LE RIRE
DU JEUNE HOMME

Une foire du livre attire généralement un grand nombre de personnes qui viennent y passer quelques instants, mais dont la curiosité réelle est limitée. Les gens défilent devant les livres, leurs regards effleurent les titres, se posent parfois sur une couverture illustrée.
Un jour pourtant nous vîmes un jeune homme s'arrêter devant un stand, prendre un livre en mains, puis, tout de suite, se livrer à une grande manifestation d'enthousiasme.

« Cyrus ! s'écria-t-il, vous avez un livre sur Cyrus ! »
« Vous voyez bien », répondit l'auteur.
« Cyrus, c'est le roi qui a détruit Babylone. En 1609. Qui a conquis la ville. Qui l'a détruite ! »
« Oui, c'est lui. Vous êtes sûr de la date ? »
« Mais oui. C'est bien ce Cyrus qui a asséché l'Euphrate pour pouvoir pénétrer dans la ville, non ? »
« Cyrus a effectivement fait creuser des canaux pour détourner le fleuve. »
« Ah, quel exploit ! » dit le jeune homme. Il ne trouvait plus ses mots. Une sorte d'extase le rendait muet.
Il finit par reprendre ses sens, reposa le livre, et s'éloigna en disant qu'il allait chercher de l'argent pour l'acheter.
Ce jeune homme n'était pas un déséquilibré. Il était bien vêtu. Il savait ce qu'il faisait. C'était simplement quelqu'un que l'idée de la destruction de Babylone faisait jubiler.

Hérodote, dans son « Enquête », nous raconte comment, par deux fois, Babylone fut conquise par les Perses.
La première conquête eut lieu en 539 avant Jésus Christ, après sept ans de guerre. Après, également, un siège de plusieurs mois, durant lequel le roi perse fit faire des travaux gigantesques. Son armée dut, successivement, creuser 360 tranchées pour assécher un fleuve affluent du Tigre, puis détourner le cours de l'Euphrate pour le rendre guéable, et ainsi permettre aux soldats d'investir la ville en marchant dans le lit du fleuve.

Quelques années plus tard, en 517, ce fut Darius qui vint mettre le siège devant Babylone. Les Babyloniens s'y étaient préparés. Ils déjouèrent sans peine une première tentative perse qui avait utilisé le stratagème de Cyrus, puis ils prirent dans leur ville des mesures draconiennes.
Chaque habitant, sa mère mise à part, n'eut le droit de garder qu'une seule femme avec lui, épouse, concubine ou servante. Les autres furent étranglées, pour économiser les vivres. La ville était devenue imprenable.

Le roi des rois, au bout de quarante mois de siège, commença à désespérer, mais il trouva un allié inespéré en la personne d'un nommé Zopire (fils de Magabyse, on n'invente pas de tels noms) qui, après s'être mutilé, s'introduisit dans la ville en se faisant passer pour un déserteur, victime des tortures du Grand Roi. On lui avait coupé le nez et les oreilles, son dos était couvert de plaies, et il désirait se venger.

Ce soi-disant transfuge, au prix de mille ruses et du sacrifice de milliers de soldats perses, parvint à tromper les Babyloniens qui lui confièrent des responsabilités. Dont il usa pour les trahir. Une fois de plus Babylone fut investie et mise à sac.
Que Babylone eût été l'objet de convoitises de la part des «Barbares » n'a rien d'étonnant.
C'était une ville d'une richesse et d'un prestige énormes.
Hammourabi en avait fait sa capitale quelque dix-huit siècles avant Jésus Christ. Elle était avide de conquêtes, elle aussi. Un de ses rois, alors allié aux Mèdes, avait détruit l'empire assyrien et pris Ninive en 612 avant Jésus Christ.

Son fils, Nabuchodonosor II alla jusqu'en Égypte battre les Égyptiens, et, dix-huit ans plus tard la prise de Jérusalem lui assura la domination de la Syrie et de la Palestine. Alexandre la choisit comme capitale et y mourut en 323. Il était dans l'ordre des choses que des souverains orientaux fussent attirés par ses fastes, et cherchassent à la supplanter.
Pour cette entreprise, nous dit Hérodote (un peu vite), Xerxès entraîna à sa suite une armée de cinq millions d'hommes (y compris femmes et enfants, mais pas les bêtes de somme).

Mais revenons à notre jeune homme qui riait à la seule vue du nom de Cyrus sur la couverture d'un livre.
Ce jeune homme habitait sur l'autre versant de la montagne et voyait les fastes de Babylone d'un autre point de vue qu'Hérodote. Et cette autre face de l'histoire est celle de l'Ancien Testament, telle qu'elle nous est donnée dans les douze chapitres du livre de Daniel, et à d'autres endroits encore par des prophètes qui évoquent le destin de la ville fabuleuse.

Les uns (Jérémie, Daniel lui-même) prophétisent sa chute ; pour d'autres, (Esaïe, Jean dans son Apocalypse) c'est chose faite : «Dieu a jugé la grande prostituée qui corrompait la terre par son impudicité ... Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande, qui a abreuvé toutes les nations du vin de la fureur de son impudicité.»
Tout cela dans un décor fantastique peuplé d'anges et de bêtes immondes (dont le chiffre est 666), alors que tonne dans un ciel d'orage la voix d'un Dieu courroucé et vengeur.

Hérodote consacre l'un de ses chapitres de l'«Enquête» aux mœurs des Babyloniens. Il n'emploie pas le mot «impudicité», encore qu'il juge honteux certaine loi de Babylone qui obligeait les femmes du pays à se prostituer une fois dans leur vie au temple d'Aphrodite, mais cette coutume institutionnalisée ne fait pas de la cité entière «une grande prostituée».
Les Juifs avaient en réalité d'autres raisons de haïr Babylone, avec laquelle ils étaient souvent en conflit.

En 587, le roi Nabuchodonosor II avait pris Jérusalem, et par la suite son fils n'avait pas hésité à utiliser dans ses banquets les vases d'or et d'argent que son père avait enlevés au temple de la ville sainte.
«Le roi et ses grands, ses femmes et ses concubines s'en servirent pour boire, nous dit Daniel. Ils burent du vin, et ils louèrent les dieux d'or, d'argent, de fer, de bois et de pierre.»
C'était là attenter au sacré. On ne traite pas ainsi un peuple élu, des gens à qui Dieu parle directement du haut des cieux.
Sacre, massacre.
D'où le rire du jeune homme qui, transposant ce sacrilège dans sa propre époque, dans son propre point de vue - qui n'était assurément pas celui de l'historien grec - vengeait par son rire l'offense faite à son dieu.
Les mécanismes d'un tel transfert sont à vrai dire un peu brouillés par les évènements qui ensanglantent notre époque.
Les querelles entre Mèdes, Assyriens, Babyloniens et autres ont peu de choses à voir avec celles qui opposent à l'heure actuelle le monde musulman à Israël. Mais enfin il y a au cœur de l'homme des préjugés indéracinables, celui par exemple qu'il existe une vraie foi, un vrai dieu qui a une fois pour toutes énoncé ses préférences - et son désir - de voir les mécréants de tout acabit éliminés de cette terre.
Dans cette perspective, la prise de Babylone par Cyrus a de quoi, maintenant encore, réjouir le cœur du vrai croyant.

On aurait pu s'amuser un peu et faire semblant de partager l'enthousiasme de ce jeune homme en lui démontrant par exemple, à l'aide d'une plaisanterie usée, qu'il était le frère de son bien-aimé Cyrus :
« Mais oui, tu es le frère de Cyrus : Cyrus (six Russes), c'est six slaves. Six slaves (s'ils se lavent) ils se nettoient, et s'ils se nettoient (si ce n'est toi), c'est donc ton frère.... »
Bien sûr, plaisanter de la sorte n'est pas sérieux.
Mais est-il sérieux de jubiler à la pensée qu'un tyran sanguinaire qui vivait il y a plus de deux millénaires ait pu massacrer les habitants d'une ville qui n'était probablement pas plus corrompue que nos cités modernes ?

Dans la Bible, il y a ceci encore : «Vanité des vanités, tout est vanité et poursuite du vent» ("all is vanity and feeding the wind" en anglais ; la métaphore est jolie) .
----------------------------------------------------------------- Claudé

IMPARDONNABLE

Va-t'en par les routes et les jardins, et force les gens à entrer, afin que ma maison soit remplie - Luc 14, 23.
Tel est le fondement théologique du prosélytisme chrétien qui fit tant de ravages pendant tant de siècles.

Feuilletez par exemple chez votre libraire l'Histoire des Indes, le témoignage oculaire et honnête de Bartolomé de Las Casas enfin traduit et publié en français (1).
Là, le dominicain castillan raconte ce qu'il a vu - donc une petite partie seulement - des atrocités commises par les conquistadores catholiques aux Indes occidentales (Cuba, Saint-Domingue et le Mexique d'aujourd'hui).

Orgie macabre où tout ce que touchent les Blancs devient rouge sang … sauf l'or qu'ils pillent sans retenue.

On en avait déjà une idée avec La destruction des Indes (2) du même auteur et illustré de gravures horrifiantes, miroir de l'épouvantable tyrannie espagnole, faible écho de l'ethnocide de onze millions d'indiens dont l'Église se demandait à l'époque si c'étaient vraiment des hommes.

Réponse finalement positive car il fallait remplir la maison du Seigneur de toutes les âmes pouvant être promptement baptisées avant le massacre.

Contrains-les d'entrer, voici aussi le thème de méditation de Pierre Bayle (3) fameux philosophe protestant que les mauvais esprits disaient athée. Il s'en prend longuement à l'intolérance catholique spécialement illustrée de son temps par Louis XIV qui vient de révoquer l'Édit de Nantes et lance les dragonnades (= les missionnaires bottés) de sinistre réputation après un siècle de guerres des religions sur tout le continent.
Qui peut encore raisonnablement souhaiter inscrire un tel héritage au fronton de l'Europe nouvelle ?
----------------------------------------------------------- Max Bayard

(1) Histoire des Indes (écrites entre 1527 et 1561 et inachevée) Traduit de l'espagnol par J-P.Clément et J-M. Saint-Lu 3 volumes, au total 2.352 p. pour 95 €).
(2) La destruction des Indes (1552) - Introduction historique d'A.Milhou et analyse iconographique de J-P.Duviols.
(3) Supplément du Commentaire philosophique (PUF) 260 p. 25 € - Introduction et annotation par M. Pécharman in Les fondements philosophiques de la tolérance sous la direction de Y-Ch. Zarka, F. Lessay et J. Roger Tome III.
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QUEL ÂGE ?

Récemment, ARTE consacrait un documentaire à Jean-François Champollion (1790-1832) qui perça le secret de hiéroglyphes égyptiens. Et j'ai appris ceci :

Après l'expédition ratée de Bonaparte (les Anglais lui volèrent son butin en pleine mer) des archéologues français démontèrent le plafond d'un temple des bords du Nil et le transportèrent péniblement à Paris. Il représentait la voûte céleste assortie des douze signes du zodiaque tels qu'ils se présentaient lors de la construction. Des savants l'examinèrent et en conclurent qu'il avait plus de 15.000 ans, ce qui contrariait la chronologie biblique de la Genèse qui fixe l'origine du monde à 6.000 ans seulement.
D'où une vive polémique avec l'Église catholique indignée et presque outragée.

Du moins jusqu'à ce qu'en 1821 Champollion intervint et démontra que l'ouvrage ne remontait pas au-delà de l'époque gréco-romaine, ce qui mit fin à la querelle.
De passage à Rome, notre homme fut reçu par Léon XII, bien connu pour son hostilité aux idées nouvelles, qui le félicita et le remercia pour le beau, grand et bon service rendu au Magistère quatre plus tôt.
Depuis, les compteurs ont tourné et l'on évalue l'Univers à 13,7 milliards d'années et notre toute petite planète à 4 milliards.
L'Église a appris à se taire là-dessus mais reste fidèle à la Genèse, car c'est pour elle la parole de Dieu !
-------------------------------------------------------------- Max Bayard

Lettre électronique de Rationalist International numéro 112, 27 août 2003 (extraits) :

Le Premier Ministre Tony Blair a de grands projets. Il a tenté d'éviter de les révéler prématurément, car il se méfiait de la réaction du public. Mais ces plans ont filtré dans une réponse 1 écrite au parlement et ont été repris par The Observer. M. Blair s'apprête apparemment à balayer cette bonne vieille laïcité et à inviter Dieu sur la scène où s'élabore la politique du pays. Dans une rupture majeure avec les traditions britanniques selon lesquelles la religion et le gouvernement ne devraient pas être « mélangées » selon The Observer, il a nommé une instance religieuse représentant des confessions chrétiennes et autres, pour servir de comité consultatif à haut niveau pour le gouvernement britannique. Le "Faith Community Liaison Group" (groupe de liaison des communautés de foi) fait partie du Home Office (ministère de l'Intérieur). Sa sphère d'influence inclut officiellement les départements de l'Education, de la Culture, des Media, du Sport, du Commerce et de l'Industrie.. .
traduction Thomas Zartregu

QU'EST-CE QU'UN ÉVÉNEMENT
QUE L'ON NE PEUT REPRODUIRE ?

Je n'ajouterai sans doute rien sur la question du hasard : il me suffira d'examiner les usages du mot avec ses conséquences souvent désastreuses et involontaires.

Le jeune Diderot se déclarait convaincu par le matérialisme ("Pensées philosophiques" GARNIER p. 22) selon lequel le monde résulte "du jet fortuit des atomes" de même que l'Iliade ou la Henriade seraient " un résultat de jets fortuits de caractères".
Le présent texte est un complément à ma contribution "Comment définir et illustrer la conception athée du monde ?" (TA n° 109 décembre 2001) et à mon compte-rendu "Ni dieu ni gène" (TA n° 110 mars 2002).

Le problème est celui de l'usage des mots : hasard(s) (de dé à jouer en arabe), aléatoire (du latin alea : dé), chance et malchance, fortuit, nécessaire, occasion (cf. "à l'occasion"), (im)possible, (im- ou peu) probable, unique.

Pour une fois le concept du dieu pourrait servir à quelque chose. La divine girouette désigne alternativement ou confond les concepts difficiles de hasard et de nécessité (il vaudrait mieux dire détermination).
De manière pré-rationnelle la divinité concentrait en elle une opposition qui, depuis longtemps, a éclaté au dehors : il faudrait choisir entre le dieu despote et capricieux (par exemple Allah) d'un monde surprenant et irrégulier (le hasard, ici miracle permanent) d'une part et le dieu calculateur et horloger (celui de Leibniz ou de Voltaire) d'un monde ordonné et prévisible (la nécessité) d'autre part.

Il y a plusieurs manières d'entrer dans le vif du problème et de donner d'abord des réponses parfois péremptoires :
René Thom : "Le hasard ? Ça n'existe pas !" (1989)
Mais aussi : "La nécessité, c'est un enchaînement de hasards" ; mais n'a-t-on pas tout mis alors sur le dos du mot "enchaînement" ?

Laplace fut tenté de bannir complètement le hasard :
"Une intelligence qui pour un instant donné connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux." (Essai philosophique sur les probabilités Gauthier-Villars p. 15).

  Nous avançons en comprenant que le mot hasard est pris strictement au sens d'imprévisibilité, d'absence de garantie, d'incertitude devant les accidents (ce qui nous tombe dessus) de la vie passés ou à venir. Ceux-ci ne sont pas niés dans leur contingence d'apparition mais on suppose qu'un enchaînement les porte, bref que le monde se tient.
C'est ce qui permet de surveiller l'usage du mot "hasard" en français.

Les anglophones n'ont que de la "chance" au sens où chance signifie chance ET malchance comme "homme" subsume homme ET femme …
Quant aux germanophones ils ignorent également le mot "hasard" qu'ils rendent par "Zufall", qui connote la chute, comme casus en latin, ou occasion, accident.
Le hasard est ressenti comme accablant, les hasards affolent, mais on peut aider la chance et il faut apprendre à penser en termes de causes probables.

On ne peut croire au hasard. Il ne faut jamais admettre que le hasard soit une cause : des événements arrivent "au" hasard tant que nous ne les relions pas; "par hasard" est déjà fautif qui en fait subrepticement un complément d'agent. Il y a des répartitions "au" hasard, le hasard ne FAIT rien.

Le hasard n'est pas une force physique, mais une disposition qui nous en reste obscure. Le monde peut aller au hasard sans pour autant que le hasard – déifié – le mène comme une force physique qu'il n'est pas. Mais le hasard ou pire les hasards nombreux servent d'argument pour les croyants qui voient dans l'émergence d'une chance parmi tant d'autres le doigt du dieu.

Texte habile comme d'habitude de Leibniz :
"On peut rendre raison a priori de toute proposition vraie ; il suffit par l'analyse du sujet de montrer que le prédicat lui appartient. Mais, possible en droit, cette démonstration a priori n'est pas toujours possible en fait car dans les propositions contingentes la démonstration suppose une analyse infinie, dont Dieu seul est capable." (Essais de théodicée § 44 p. 134 Aubier).

Toujours LE REFUGE DE L'IGNORANCE ricanerait Spinoza.
L'homme con a un dieu intelligent. Ici Leibniz nous fait le coup de la connaissance platonicienne antérieure à la réalité ; ça ne marche pas avec les irréductibles qui, depuis les épicuriens, tablent toujours sur le retard de la conscience et de la connaissance sur l'être.

En fait le tirage d'une chance à la fois, la sienne, élimine le hasard. Il y avait, il y a pour l'éternité 100% de chance pour le numéro qui est sorti. C'est l'argument "dominateur" (kurieuôn) de Diodore de Mégare repris par les Stoïciens.
Le recours au hasard ("Tu as eu de la chance puisqu'il y avait beaucoup d'autres hasards possibles") ne repose que sur une illusion rétrospective, comme celle des morts qui souffriraient, alors que par définition ce n'est pas possible.

"D'infinis tirages ne nécessitent pas, comme les ignorants le supposent, un temps infini; il suffit en réalité que le temps soit infiniment subdivisible, notion illustrée par la fameuse parabole du Duel avec la Tortue." (Borgès La loterie à Babylone in Fictions Gallimard p. 93-94).

LA FAUTE A PAS DE CHANCE ?

Deux anecdotes ou cas rencontrés dans la vie quotidienne :

1 – Un académicien français rentrait chez lui plus tôt que prévu et découvre son infortune conjugale.
Combien de chances y avait-il que l'adultère fut découvert ? Quelle probabilité ?
L'anecdote complète et plaisante peut nous fournir des indications. L'amant qui se renfroque penaud tente un commentaire : "Je comprends que vous soyez surpris....."
L'autre en bon puriste de la langue répond vertement : " Non, monsieur, moi, je suis étonné ; c'est vous qui êtes surpris. "

Beaucoup d'interprétations sont possibles : l'académicien remet les pendules à l'heure en faisant remarquer que ce n'est pas lui qui s'est fait (sur)prendre.
On peut y voir aussi une suprême marque de galanterie pour sa femme dont l'inconduite l'étonne(rait), encore que s'il n'est pas surpris au sens usuel, c'est qu'il ne se faisait plus guère d'illusions sur sa vertu …

Dans l'exemple "être surpris" (l'amant) ou "être étonné" (le cocu) ne relèvent pas du hasard, mais ils restent indéterminés aux yeux des trois acteurs du vaudeville.
C'est dans l'instant qu'on est confronté à l'indéterminé; pour la totalité des temps il a toujours été vrai que la femme de l'académicien trompait son mari et que celui-ci la surprenait tel jour à telle heure. Il faut seulement se souvenir que le vrai se dit seulement des assertions ou jugements. Les événements sont réels ou irréels, probables, mais ni vrais ni faux.
C'est pourquoi encore le merveilleux est au hasard (tout est possible), tandis que le fantastique repose sur des lois et le dieu leibnizien semble se garder sa connaissance infinie pour lui seul.
Elle n'a donc aucune importance et on fera sans.

CONJURER LE SORT OU LE HASARD, NE RIEN LAISSER AU HASARD.

Chamfort rapporte le propos d'un grand seigneur de la cour de France qui ne voulait pas avoir de doute sur sa descendance et éviter d'éventuelles contestations après sa mort.
Il disait honorer son épouse une fois par mois et ajoutait : "Arrive qui plante …". Le mépris et l'ignorance inévitable à l'époque de la biologie inspiraient une conduite organisée et socialement efficace.
"LE HASARD FAIT BIEN LES CHOSES" ou aussi bien "IL N'Y A PAS DE HASARD", écrit le jour de l'arrestation d'un bandit corse recherché depuis des années interférant avec un procès criminel et un référendum local.

2 – Pendant des siècles des gens souffraient de HTA (Hyper Tension Artérielle) et en mouraient sans le savoir, puisque cette affection ne détermine aucun symptôme perçu. La prise de la tension et d'autres examens font apparaître une maladie non "clinique" (c'est-à-dire décelable par les seuls moyens physiques immédiats du patient et du médecin). On a sans doute de la HTA "par hasard " au sens où on ne connaît pour le moment pas les probabilité géniques d'en avoir, et en plus il est trop tard, les dés ont été jetés.

Mais on ne meurt de nos jours certainement pas de HTA "par hasard", dès lors qu'existent des moyens de détection non cliniques. C'était l'argument de Leibniz contre le "fatalisme mahométan" : "Que le médecin vienne ou non s'il est écrit que je dois mourir…", répondait un musulman à un ami inquiet, qui lui répondait du tac au tac : "Oui, mais il est peut-être écrit que tu mourras parce que tu n'auras pas consulté le médecin."

Le hasard - mot importé par le français de l'arabe, ne comporte-t-il pas un peu de Inch Allah ? - est une impression subjectivement ressentie qui vient sanctionner des actions inconnues ou des inactions obscures.
Le hasard ou pire les hasards qui ouvrent vers l'inconnu pour le grand public, dès lors pressé de se précipiter dans les bras d'une divinité rassurante, peuvent être rationalisés par ce que Laplace nomme "l'Analyse des hasards", qui consiste à remonter des événements aux causes (p. 14).
Je m'en tiendrai à la psychologie : les gens affirment tenir à la liberté. Mais trop de liberté (l'aléatoire, la fantaisie, le n'importe quoi, le surprenant) les effraie (W. Reich) et ils se réfugient dans les bras du despotisme.
Pour les matérialistes athées il n'y a pas de n'importe quoi ni de sécurité octroyée. Le hasard ne doit pas être redouté ni en conséquence idolâtré.

COINCIDENCES.

Lincoln, élu en 1860, est mort assassiné un vendredi. Kennedy son secrétaire l'avait alors conjuré de ne pas sortir ce jour-là. Son vice-président Johnson démocrate du sud né en 1808 lui succéda à la Maison-Blanche.
Kennedy, élu en 1960, le vendredi où il fut assassiné n'eut pas dû sortir pour peu qu'il eut écouté son secrétaire Lincoln. Son vice-président, Johnson, démocrate du sud né en 1908, lui succéda à la Maison-Blanche.
Est-ce si surprenant ? Les patronymes sont très courants et déjà les prénoms ne coïncident pas. Le même numéro du Monde proclamant le 15 octobre 1999 la victoire du best-seller "L'étranger" de Camus dans l'enquête menée avec la FNAC publie un vigoureux article de Michel Tort s'en prenant à l'ordre symbolique prôné par Lévi-Strauss et Lacan au nom de la Loi et du Nom du Père. Le hasard a-t-il bien fait les choses ?
N'y a-t-il pas des noms plus répandus que d'autres et aussi bien des idées et des débats "dans l'air" ?

Que penser du fils du charcutier Bon prénommé Jean par ses excellents parents (cf. les annuaires du téléphone).
Ou du récit de notre ami Finngeir Hiorth discutant dans un train en pleine Indonésie de l'athéisme avec des musulmans obtus sous le regard d'un chinois rigolard et muet qui à la fin de la conversation sans avoir toujours rien dit offre un œuf au voyageur. Diderot exhibait un œuf dans "Le rêve de d'Alembert" en proclamant que c'était ce qui réfutait toutes les facultés de théologie de la terre, mais le chinois faisait-il allusion à ce passage ?
En tous cas il ne s'agissait pas d'un miracle.

Une expression courante dans la petite-bourgeoisie pour désigner une personne dotée d'habiletés combinatoires est qu'elle sait " nager". Le code d'Hammourabi prévoyait des jugements en forme d'ordalies entre contradicteurs : par immersion, le survivant gagnait et prenait les biens de l'autre… Quel rapport ? Mais c'est peut-être cela une civilisation : un patrimoine d'imprégnations parfois très lointaines.

ANTI-HASARD. Positivement : on oublie que notre société est bien plus encombrée de hasard saturé ou d'anti-hasard, c'est-à-dire d'une pluralité d'explications quand une seule doit suffire. C'est le monde du roman ou du film policier à scénarios multiples où le hasard manque et où toutes les hypothèses défilent et où chaque personnage est à son tour désigné comme l'assassin (cf. "Dix petits nègres"," Mais qui a tué Harry ?", "Mort sur le Nil" ou "Rashomon").

La détermination rationnelle requiert la sobriété et la précision.

Bibliographie de base :
ARVONNY Maurice : Dieu joue probablement aux dés - Le Monde 15/12/1982
BOLL Marcel : Les certitudes du hasard PUF 1951.
BORGES Jorge Luis : Fictions - Gallimard 1967
BRISSON Luc et MEYERSTEIN F.W. : Inventer l'univers - Les Belles Lettres 1991
CONCHE Marcel : Temps et destin Editions de Mégare 1980
DUCROCQ Albert : Dans une physique de paradoxes l'invraisemblable avéré - Le Figaro 24/11/1994
LEVI Robert : Il n'y a d'absolu que dans le relatif suivi d'un essai sur LE MYTHE DU HASARD - Vrin 1975
PIAGET Jean et INHELDER Bärbel : La genèse de l'idée de hasard chez l'enfant - PUF 1951
POSTEL-VINAY Nicolas et CORVOL Pierre : Le retour du Dr Knock - O. Jacob 2000 (et l'excellent article à ce propos de Paul Benkimoun dans Le Monde lors de l'été 2000)
RUELLE David : Le hasard n'est que l'expression de nos incertitudes conférence UTLS du 05/8/2000 – Extraits dans Le Monde du 22/8.
STENGERS Jean : Vertige de l'historien, Les histoires au risque du hasard - Les empêcheurs de penser en rond Institut Synthélabo 1998.
------------------------------- Claude Champon

PAKISTAN ET ISRAËL : MÊME COMBAT.

Lorsque l'on regarde la carte, on remarque que le monde "musulman" et le monde (1) "chrétien" sont séparés par une ligne qui part du détroit de Gibraltar, longe le Sud de la Méditerranée, traverse le détroit du Bosphore, la mer Noire, le Caucase, la mer Caspienne et au-delà, sépare le monde turko-mongol de la Russie. De part et d'autre de cette "ligne de feu" se sont déroulés durant plusieurs siècles et se déroulent encore, comme en Tchetchénie, des guerres meurtrières et passionnelles qui ont beaucoup marqué les mémoires collectives. Considérons le monde au nord de cette ligne imaginaire : si en Europe Occidentale les sentiments de haine ont été, en général, assoupis depuis longtemps, il n'en est pas de même de l'Europe Orientale et de la Russie, en particulier, où les ressentiments sont encore bien présents même dans le discours officiel, malgré que le monde turko-mongol musulman à ses frontières ait été envahi et vaincu depuis longtemps. Quant au monde musulman, malgré la victoire définitive de son ancien ennemi "chrétien", malgré l'anachronisme criard de son message religieux, ses imams continuent, en dépit du bon sens et dans une souveraine fuite en avant suicidaire, à engendrer des discours de combats et de luttes offensives et à enseigner que l'islam véhicule les meilleures lois universelles (2), et que son prophète est un modèle de conduite pour tout le genre humain.
Comment, dans un tel état d'esprit, se rendre compte de sa triste situation et porter un regard objectif vers les autres ?
En plus de ses puissants "prédateurs" traditionnels, l'islam s'est aliéné‚ aussi au monde musulman, l'amitié et le respect de civilisations plus apparentées sur le plan culturel.
Le monde indien qui est, en réalité, un prolongement naturel du monde turko-perse et en deçà, du monde arabo-berbère regarde, aujourd'hui, ces derniers comme des "ennemis" potentiels depuis la création, en 1947, du Pakistan, autrefois partie intégrante de l'Inde.
Cet état artificiel dû à la volonté de quelques hommes comme Mohamed Iqbal et Mohamed Ali Jinnah est la transformation d'un mythe religieux en réalité politique.
Ce drame vécu par l'Inde est identique à celui que vivent les Arabes et d'une manière générale tous les pays musulmans depuis la création d'Israël.

Il existe un grand nombre de points communs entre la création du Pakistan et celle d'Israël et, c'est une aberration qu'il n'y ait - apparemment - pas beaucoup de relations entre les deux entités. En effet, les deux états ont été créés presque à la même époque dans le même climat tragique d'opposition, de guerres et de déplacements forcés de population. Tous les deux sont fondés sur une base religieuse : État islamique pour l'un et État juif pour l'autre. (3) Tous les deux se sont opposés, dès leur début, au milieu respectif dans lequel ils se sont implantés, en cherchant constamment à le dépecer.
On peut rajouter que tous les deux sont puissamment armés, qu'ils possèdent la bombe atomique et qu'ils sont protégés tous les deux, depuis leur création, par la même puissance.

Mais là s'arrête la comparaison, car, si Israël, formé en grande majorité de Juifs immigrants ou descendants d'immigrants originaires d'Europe, politiquement, scientifiquement et économiquement avancés, a réussi rapidement à devenir un pays moderne et démocratique (4), le Pakistan, lui se débat encore dans l'instabilité politique à cause du fanatisme religieux et de la pauvreté culturelle d'une grande partie de la population.
C'est plutôt l'Inde qui est en passe de devenir une grande démocratie.
C'est une raison de plus pour espérer faire toucher du doigt et du nez, aux musulmans, l'anachronisme de leurs croyances.
Il est vain de chercher à acquérir des connaissances scientifiques modernes si les mentalités demeurent figées dans des valeurs humaines dépassées.
------------------------------------------------------- Mostefa Salah
1) Les termes "musulmans" et "chrétiens" ont dans cet article une définition géographique et culturelle et non religieuse.
2) Ce "modèle de conduite pour tout le genre humain" fut dans sa jeunesse pauvre et orphelin, donc mal parti pour une éventuelle carrière commerciale, seul débouché qui se présentait à lui dans une ville de marchands-caravaniers. Ambitieux et désirant acquérir un certain capital de départ, il épousa Khadidja, une riche veuve de quinze ans son aînée. Tant que celle-ci fut en vie, il n'épousa aucune autre femme. Puis, de gigolo il se transforma en pédophile, en épousant Aïcha, une fillette de neuf ans, puis incestueux, en épousant Zaynab, l'ex-femme de son propre fils adoptif Zayd IBN HARITHA.
3) À noter l'amalgame du mot "Juif" qui, comme le mot musulman, est en contradiction avec le mot "démocratie". Pour ce dernier vocable, la définition religieuse semble avoir été évacuée en lui consacrant le terme "islamique". Dans le même ordre d'idées, on devrait parler de "juif" et de "judaïste".
4) En réalité, la démocratie en Israël n'a rien à voir avec celles qui sont appliquées en Occident libéral. Les citoyens sont soumis à deux systèmes juridiques et judiciaires distincts appliquant des règles différentes et contradictoires. Le premier est laïc et universaliste. Le second est religieux- fondamentaliste et se réfère à la "halakha" (la "charia" rabbinique). Ce dernier prend le relais notamment dans les colonies juives implantées en territoire palestinien ou les colons peuvent ainsi, dans le cadre de la justice, défendre le principe religieux "cette terre nous a été donnée par dieu ". Comme on voit, c'est en réalité, une démocratie ségrégationniste et à géométrie variable.

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FEMMES VOILÉES
Pour une loi interdisant le port de signes religieux
ou de discrimination à l'école publique

Lorsque la première « affaire du voile islamique » a éclaté en 1989, les belles âmes ont prêché la tolérance : couvert par une aveugle bienveillance, le phénomène était voué à s'éteindre de lui-même. Et puis pouvait-on imaginer une figure plus parfaite de la victime qu'une jeune fille voilée ? Comment la rigueur universaliste républicaine pouvait-elle oser s'en prendre à elle, fille d'immigré musulman, banlieusarde, asservie ?
La culpabilité post-colonialiste des beaux quartiers l'a ainsi laissée à sa condition d'intouchable ; elle a consenti du même coup à exposer la musulmane non voilée à des persécutions bien réelles.

Loin de s'atténuer, le phénomène s'est au contraire développé.
Encouragé par un laisser-faire qui vaut effectivement reconnaissance de l'obligation d'appartenance, il a déclenché , une exaspération des antagonismes religieux exprimés à l'école publique.
Quand bien même le port du voile à l'école publique serait réductible à la manifestation d'une opinion religieuse issue d'un
« choix personnel », il n'en serait pas moins condamnable – de même que le port de la croix ou de la kippa -, mais tout le monde peut constater qu'il excède largement cette dimension.
Brandi parfois comme signe politique (comme l'ont montré les récents événements au collège de Savigny-le -Temple), il signe l'enfermement de la femme dans une communauté de repli.
Sous prétexte de la « protéger » en la couvrant, il la dépouille de toute qualité en la réduisant à une particularité qu'elle n'a pas choisie : contrairement aux apparences, il s'agit bien d'une mise à nu, d'une dépossession de soi.

Mais cet enfermement et cette dépossession visent aussi bien les filles que les garçons.
Ramenant les unes à la stricte condition d'épousables sur horizon de mariages arrangés, interdisant aux uns de jeter les yeux sur elles, disant aux autres «elles vous sont réservées » , le
port du voile disqualifie a priori tout rapport entre les sexes qui
ne serait pas réductible à un pur échange social réglé autoritairement de l'extérieur; il annule toute prétention à la qualité personnelle et fait de la condition sociale le tout de la destination humaine.
Il fait prévaloir l'emprise d'une appartenance culturelle exclusive, marque d'une identité collective dont le statut et le sens demeurent pour le moins ambigus (entre religieux et politique).

Les partisans du voile font sonner bien fort leur attachement à la citoyenneté et à la liberté, mais c'est pour mieux nier l'utilité d'une école républicaine mixte fondée sur le dépassement des données sociales par le développement acquis des talents personnels; ils savent s'appuyer sur les carences de la législation actuelle pour mettre en échec la démarche courageuse d'enseignants, de chefs d'établissement ou de parents d'élèves qui entendent faire respecter ces principes dans
leur établissement.
Opposés au port du voile islamique à l'école publique, nous avons longtemps hésité à réclamer une loi, pensant que ce serait
trop que de légiférer sur une matière qui pouvait apparaître comme particulière. Il aurait en effet été suffisant de rester ferme sur les principes dès le début.

Mais, nourrie par les illusions multiculturalistes, la tolérance funeste (installée notamment par la loi de 1989 et les arrêts du Conseil d'Etat) qui règne depuis trop longtemps sur ce point pose maintenant, à travers le statut des femmes et au-delà de lui, la question générale de la reconnaissance d'une obligation d'appartenance. Le principe général est que l'école doit être soustraite à la pression de tout groupe politicoreligieux quel qu'il soit. Il est grand temps de songer à assurer la liberté de conscience aussi pour ceux qui ne souhaitent afficher aucune « identité » particulière.

La conviction religieuse, puisqu'elle est de l'ordre de la liberté, ne peut pas se manifester comme un absolu (ou une nonne non négociable) à l'école publique - lieu décisif où la liberté du citoyen se forme -, a fortiori elle ne peut certainement pas s'y signaler par une mainmise sur une portion de la population au nom de rôles sexuels autoritairement réglés.
Interdire par la loi tout signe religieux à l'école publique et tout signe de discrimination, c'est clairement signifier que personne n'est tenu de se définir a priori par une appartenance.

Catherine Kintzler, professeur de philosophie à Lille 3
Pierre - André Taguieff, philosophe, directeur de recherche
au CNRS
Bernard Teper, président de l'UFAL
Michèle Tribalat, directrice de recherche à l'INED

Pour signer ce texte, envoyer un courriel à :

teper@club-internet.fr

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LES AUDITIONS DE LA COMMISSION STASI

François Fillon, ministre des Affaires sociales, est favorable à une loi interdisant les signes religieux à l'école (audition devant la Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République, 12 septembre 2003).

Le vendredi 19 septembre, l'auteure Chahdortt Djavann a été entendue par la Commission et a exprimé sa principale proposition contre le voile: il doit être interdit pour les mineures non pas pour des raisons de laïcité mais par respect des droits de l'homme et du citoyen car le voile est une mutilation psychologique, sexuelle et sociale pour les fillettes.
Par la fermneté de ses propos Chahdortt Djavann a provoqué le séisme tant attendu après plusieurs auditions très consensuelles.

Les doctes anal~tes membres de la commission sont plus habitués à distiller des éloges au tOut venant avec force amabilités et politesse, Chahdortt Djavann les a sainement bousculés, malmenés, montrant par là le fossé qui sépare cet aréopage de sages d'une personne ayant souffert dans sa chair du port du foulard islamiste.

Voir le site de Jocelyn Bezecourt :

http://perso.wanadoo.fr/atheisme/djavann2.httnl




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